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Abbaye de Morimond

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Abbaye de Morimond
Image illustrative de l'article Abbaye de Morimond
Chapelle Sainte-Ursule

Diocèse Diocèse de Langres
Fondation 1115
Dissolution 1791
Abbaye-mère Abbaye de Cîteaux
Abbayes-filles 28 filles
Période ou style Architecture romane, Architecture classique
Protection  Inscrit MH (1926)[1]

Coordonnées 48° 00′ 28″ N 5° 38′ 43″ E / 48.0077777778, 5.6452777777848° 00′ 28″ Nord
       5° 38′ 43″ Est
/ 48.0077777778, 5.64527777778
  [2]
Pays Drapeau de France France
Région Champagne-Ardennes
Département Haute-Marne
Commune Parnoy-en-Bassigny

Géolocalisation sur la carte : France

(Voir situation sur carte : France)
Abbaye de Morimond

L'abbaye de Morimond est une abbaye cistercienne, située à Parnoy-en-Bassigny dans le département de la Haute-Marne, en France. Elle est la quatrième des quatre abbayes filles de Cîteaux, avec La Ferté, Pontigny et Clairvaux. Ces abbayes avaient un rôle de première importance dans l'organisation de l'Ordre de Cîteaux.

Le nom Morimond dérive du latin mori mundo (« mourir au monde »), illustrant l'idéal de renoncement au monde des moines cisterciens. [réf. nécessaire]

Sommaire

[modifier] Histoire

[modifier] Étienne Harding

En ce XIe siècle Oldoric, fils de Foulque d'Aigremont, en épousant Adeline, fille de Regnier de Choiseul et d'Ermengarde de Vergy, s'associait au vœux de celle-ci de créer un établissement religieux. C'est ainsi qu'un oratoire voit le jour entre Damblain et Fresnoy au lieu longtemps nommé "le Vieux-Morim" ; là un solitaire prénommé Jean devait pendant plus de dix ans attendre que des disciples le rejoigne. Devant sa désolation Joceran de Brancion, évêque de Langres, l'incitait à se mettre sous l'influence de l'abbaye de Cîteaux. C'est pourquoi Étienne Harding, alors abbé de Cîteaux, le recevait et décidait d'envoyer deux de ses frères pour organiser l'arrivée d'un colonie à Morimond. En 1115, avec l'accord enthousiaste d'Oldoric et d'Adeline, l'abbé Étienne venait au château d'Aigremont et en présence d'Oldoric de Provenchères, de Gérard de Dammartin, d'Hugues de Meuse, d'Arlebaud de Varennes et de Roscelin de Bourbonne, tous seigneurs du voisinage, il se voyait remettre la terre où devaient s'élever la futur abbaye de Morimont. Après avoir, comme le veut la coutume, désigné l'emplacement du cimetière, Étienne Harding indique l'endroit où devra s'élever l'oratoire et les bâtiments. De son côté Oldoric remettait la terre de Waldenvillers (aujourd'hui lieu-dit la ferme de Vaudainvillers) pour augmenter le fond de l'abbaye. Peu de temps après l'évêque se rendait auprès de Simon de Clefmont, comte de Bassigny, pour en obtenir la confirmation. De retour à l'abbaye de Cîteaux une colonie de moines, avec à leur tête le frère Arnould, qui prendra le nom d'Arnaud Ier, quittait l'enceinte de Cîteaux et partait prendre possession des terres de Morimond[3].

[modifier] L'installation et l'organisation

Les premiers moines découvraient une vallée étroite, humide et profonde, environnée de grandes forêts, située aux frontières de la Lorraine et de la Champagne. Dans ce lieu désolé ils construisent tout d'abord des huttes avant d'édifier en bois les premiers bâtiments de l'abbaye et de se livrer à la mise en culture de leurs terres. Ils vont s'atteler à l'assainissement de la région en créant des étangs (ceux de Fraucourt, de Morimond, le Moulin-Rouge près de Ravennefontaines, Damfal et Belfays près de Montigny, Defoy à Lavilleneuve, le Petit-Étang à Choiseul, etc...). Le plus important, celui de l'abbaye, était destiné à recueillir l'eau de cinq plus petits (ceux du Lavoir, le Grand-Étang, la Ferrasse, le Maître et Bonnencontre), il était utilisé comme moyen d'irrigation, comme force motrice (pour des scieries, fouleries, huileries, tanneries et moulins) et comme viviers. Ils plantent des vignes sur le coteau "des Gouttes" et de nombreux jardins potagers et entreprennent le défrichement des forêts qui bordent l'abbaye. Ce dernier travail se pratiquait en trois temps, tout d'abord venaient les coupeurs ("incisores") chargé de faire tomber les arbres, puis les extirpateurs ("extirpatores") qui déracinaient les souches et enfin les brûleurs ("incensores") qui enflammaient les débris. De ces immenses forêts ils tireront le bois nécessaire à la fabrication du charbon, du bois de chauffage et de celui destiné aux constructions. Ils avaient divisés leurs forêts en deux classes, celles coupées tout les vingt ou trente ans (les "sylvœ cœduœ") et celles laissées en massifs exploités tout les cent cinquante à deux cent cinquante ans (les "sylvœ glandariœ"), ils laisseront aussi des parties inviolées nommées "bois sacrés" où de vénérables chênes qu'ils avaient nommé le saint-Bernard, le saint-Étienne, le saint-Albéric, le sainte-Marie etc...s'épanouissaient[3].

Sur les terres éloignées les moines vont édifier des granges monastiques dirigées par des frères convers (membres des ordres religieux catholiques chargés principalement des travaux manuels et des affaires séculières d'un monastère), nommé "bartlingo" à cause de leur longue barbe. Ils étaient fils de laboureurs, de manœuvres et de serfs. Ils se divisaient en plusieurs fratries, les meuniers ("frates molendinarii"), les boulangers ("frates pistores"), les brasseurs ("frates brasciarii"), les huiliers ("frates olearii"), les corroyeurs ("frates coriarii"), les foulons etc... Chaque fratrie avait un frère inspecteur et à la tête de tous était un moine directeur. A leurs cotés se joignaient des serviteurs et des étrangers. Au sein d'une Grange les frères convers, jamais plus de huit ou dix, avaient un chef nommé Maître ("magister conversorum") chargé d'accueillir les étrangers et les pauvres. En seconde place venait le "frater stivarius" chargé de la charrue, associé au frère bouvier ou pique-boeuf ("frater bubulcus"). Les frères vachers, bergers et porchers étaient accompagnés d'un plus jeune ("junior suus"), à eux s'ajoutait le laitier, le charretier et le palefrenier. Lorsqu'une grange pouvait suffire à l'entretien de treize frères convers avec les domestiques elle devenait abbaye. À la fin du XIIIe siècle l'abbaye de Morimond comptait quinze granges toutes sous la direction du cellerier, rassemblant plus de deux cent chevaux, autant de boeufs, des vaches et des veaux en grand nombre ainsi qu'une vingtaine de porcheries chacune comptant deux à trois cent porcs. Les troupeaux devaient être rentré tous les soirs. Les granges étaient construite sur un même modèle, à savoir une cour fermée par deux grandes portes, les écuries et les logements des domestiques d'un coté et de l'autre le bâtiment des frères ; l'ensemble était fermé par un mur d'enceinte délimitant la "curtis grangiœ" qui était terre sacrée et inviolable[3].

Les travaux des champs n'étaient pas les seuls occupations de moines, le pape Benoît XII, formé dans ses jeunes années au monastère cistercien de Fontfroide, entreprend, entre autres choses, d'organiser l'enseignement dispensé dans les monastères. Il décide que chaque abbaye doit avoir une école et chaque province un lycée. Il en reconnait six : Oxford, Toulouse, Montpellier, Salamanque, Bologne et Metz ; au-dessus d'eux se situe le collège de Paris et, comme toutes les abbayes de l'ordre, Morimond était tenue d'envoyer à Paris deux moines profès. Morimond verra dans ses murs s'épanouir des moines érudits, tel Otton de Freising auteur du "Traité des trois degrés, ou moyen d'obtenir l'héritage célèste", Himbert de Losne, Odon, Renaud Ier qui a composé la vie de sainte Glossinde. A son apogée la bibliothèque de l'abbaye de Morimond comptera six mille volumes dont les deux tiers, après la Révolution, formèrent le fond de la bibliothèque de Chaumont[3].

[modifier] Otton de Freising et Évrard de Mons

Statue d'Otton de Freising

Tout à son travail Arnaud ne se méfia pas de l'hostilité à son égard du fils aîné d'Odolric. Celui-ci n'avait de cesse de réclamer les terres que son père avait donné à l'abbaye. ne se sentant pas la force d'affronter ce seigneur, Arnauld accompagné d'Evrard, d'Adam et de Conrad, choisi de se retirer et de partir pour Jérusalem fonder une nouvelle colonie. Lorsque l'abbaye de Clairvaux fut mise au courant de son projet Saint-Bernard en référa au pape : "...nous espérons que nos plaintes et nos vœux arriveront jusqu'à vous, malgré notre bassesse et la grandeur de vos nombreuses occupations. L'affaire dont il est ici question n'est pas seulement la nôtre, mais celle de tout notre ordre...nous vous annonçons qu'un de nos frères abbés, celui de Morimond, ayant abandonné son monastère, a résolu, dans un esprit de légèreté, de se rendre à Jérusalem". Malgré les injonctions de ses supérieurs Arnaud ne voulu pas revenir à Morimond et il devait mourir dans le plus grand dénuement en janvier 1126 en Flandre[3].

Ayant apprit la mort d'Arnaud, Étienne Harding partit pour Morimond accompagné de Gauthier, prieur de l'abbaye de Clairvaux, qu'il installa à la tête de Morimont. Celui-ci, dés son arrivé, prend soin de faire confirmer l'acte de fondation de l'abbaye ainsi que les donations d'Oldoric par Guillenc d'Aigremont alors évêque de Langres, ainsi fait le fils d'Oldoric se plia devant le sceau de l'évêché. Puis il s'attela à la tâche de faire revenir les compagnons d'Arnaud en les menaçant d'excommunication s'ils refusaient, dans une longue lettre il leur promettait la colère divine : "Par votre départ scandaleux vous avez blessé la charité, troublé la paix, brisé l'unité...A ceux qui reviendront, la vie; à ceux qui resteront, la mort!". Devant une telle sanction tous regagnèrent Morimond[3].

L'abbaye de Morimond par son emplacement aux frontières de la Lorraine et de la Champagne recevait une multitude de pèlerins en quête de spiritualité, aussi il fut décider d'agrandir l'abbaye afin de pouvoir les recevoir. Dans un premier temps Gauthier Ier installa dans les granges placées sur le chemin du monastère un frère chargé d'accueillir le voyageur et de faire bruler toute les nuits une lanterne afin de signaler la possibilité d'un abri. Aussi un soir d'août 1132 quand un groupe d'une quinzaine de jeunes nobles viennent demander le refuge le frère en charge de l'accueil les laisse entrer, s'occupe d'eux, leur offre le gîte et le couvert et les invite à participer à l'office du soir. Le matin, au lieu de reprendre la route, ceux-ci lui font part de la forte impression de sérénité qui se dégageait du lieu et donc de leur volonté d'intégrer le monastère. Le frère fit appelé l'abbé Gauthier Ier qui leur ouvrit les portes de Morimond. Parmi ces jeunes nobles se trouvait Henri, fils du comte de Carinthie, Herbert de Moravie, Conrad de Thuringe, et surtout Otton de Freising, fils de Léopold III d'Autriche et d'Agnès de franconie (en). Otton deviendra en 1138 abbé de Morimond[3].

Otton de Freising ne resta pas à Morimont, remarqué par le pape celui-ci le nomme évêque de Freising en Bavière. Ce poste n'était pas seulement dû au remarquable travail d'Otton à l'abbaye mais il résultait aussi d'un calcul du pape qui voulait ainsi contrebalancer le pouvoir de Conrad III de Hohenstaufen alors roi romain germanique, en l'opposant à Otton de Freising, petit-fils de l'empereur Henri IV. D'autres religieux commencèrent une glorieuse carrière à Morimond aussi en 1145 déjà dix d'entre eux furent évêques. Otton parti prendre place sur le siège de Freising c'est Renaud Ier, frère de maison de Frédéric III de Dampierre, qui est élu comme abbé de Morimond[3].

L'exemple d'Otton ouvrait la voie à la noblesse allemande et parmi elle Évrard d'Einberg, comte de Mons, qui après de longues années passées en pèlerinage sur la route des tombeaux des saints et alors que fatigué il s'en retournait dans son pays et arrivait aux frontière de la Champagne, aperçu une lumière dans la nuit. C'était la lanterne d'une métairie qui signalait sa présence comme l'avait voulut Gauthier Ier. Ayant trouvé là la paix et la sérénité qu'il cherchait il sollicita un emploi sans faire part de son origine. C'est ainsi qu'il devint porcher à l'abbaye de Morimond. Quelques années plus tard il était reconnu par deux de ses valets lancé sur ses traces pour le retrouver. Les religieux averti que le puissant et fier guerrier, seigneur de Mons, gardait leurs porcs en appelèrent à l'abbé qui accouru et proposa à Évrard de prendre l'habit monastique ; il fondera en 1142 l'abbaye d'Einberg en Allemagne et celle du Mont Saint-Georges en Thuringe[3].

[modifier] Les possessions de l'abbaye

Après les premières donations d'Oldoric et d'Adeline pour constituer le fond de l'abbaye, d'autres se joignirent à eux. Josbert de Meuse et sa femme Adeline lui donneront la terre de Morveau vers 1135. Quelques années plus tard, et avant leur départ à la seconde croisade, plusieurs seigneurs firent des dons à l'abbaye, c'est le cas de Gislebert de la Porte, Barthélemy de Nogent, Regnier de Bourbonne, Renard et Conon de Choiseul, Hugues de Beaufremont, Macelin et Eudes d'Hortes, Guy de Rançonnières, Regnier de Vroncourt, Gérard et Geoffroy de Bourmont, Hugues de Vaudémont, les sires de Tréchâteau, de Grancey et de Montsaugeon ; quatre d'entre eux sont seigneur-bannerets (chevalier ayant droit de porter une bannière et donc de commander plusieurs chevaliers), dix sont de fiefs de haubert (possédé à l'origine par un chevalier) et quinze sont écuyers. La plus importante de ces donations fut celle de Robert et Simon Wiscard ainsi qu'Hugues de Beaujeu qui cédèrent la "terre des Gouttes", consistant alors en deux grosses métairies proche de Morimond. Afin de garantir ces biens l'abbé Renaud Ier rencontrait le pape en 1147 et obtenait de lui qu'il place l'abbaye sous sa protection[3].

En 1160 un dénombrement est réalisé et permet de mesurer les possessions du monastère : dix granges (à Vaudenvillers, Dosme, Anglecourt, Grignoncourt, Andoivre, Morveau, Les Gouttes, Grandrupt, Rapchamp, Fraucourt), le franc-alleu de Levécourt, le droit de prendre deux charges de sel dans les salines de Moyen-Vie, des tennements (terre concédée à une personne non noble par un seigneur) et des gaignages (petite exploitation) dans une douzaine de villages, le droit d'usage, de pêche et de pâturage dans les forêts d'une soixantaine de villages, les rivières et les prairies des seigneuries de Choiseul, de Bourbonne, d'Aigremont et de Clefmont. Plus tard le seigneur de Lambrey, Renard, devait lui donner le fief de Mont ; Thibaut, comte de Bar et de Pont-à-Mousson, quelques métairies ; Foulque de Choiseul le domaine de Salves-Champ ; Gérard de Vaudémont l'exploitation de mines de fer à Chaligny ; le comte de Bourgogne une partie des salines et des forges à Scey-sur-Saône. Devant l'étendue de son territoire l'abbaye voyait bien que ses occupants ne suffisaient plus à assurer l'exploitation de ses terres, il fut donc décidé d'en confier l'usage à des ouvriers et, pour que ceux-ci puissent célébrer leurs offices, une chapelle fut construite en-dehors du mur d'enceinte de l'abbaye et dédiée à Sainte Ursule dont ils ramenèrent des reliques[3].

Pendant plus d'un siècle l'abbaye devait garder le même visage, seul l'oratoire primitif avait été déplacé en 1130 pour le rapprocher du monastère. Au fil des ans le nombres de moines augmentant prodigieusement, l'abbé Guy Ier décidait la construction d'une église et en traçait les plans. Les premières pierres furent placées en 1230 et la construction devait durer jusqu'en 1251 date à laquelle il fut célébré sa dédicace. La nef mesurait cinquante mètres, le transept et l'abside trente mètres et sa voute, supportée par douze piliers, culminait à vingt-cinq mètres. Trois chapelles s'y trouvaient ainsi que plusieurs oratoires. Sa façade était ouverte par trois portes et percée d'une rosace. L'intérieur était pavé d'un grand nombre de pierre tombales. L'édifice achevé il était consacré le 7 septembre 1253 par Guy de Rochefort. Beaucoup plus tard, sous l'autorité de ses derniers abbés, l'abbaye devait subir d'importantes modifications. Une galerie de tableaux était construite ainsi qu'une grande tour pour remplacer le cloché primitif. Un orgue imposant, des stalles sculptées et un baldaquin de vingt mètre de hauteur sur six de largeur venaient sublimer la vielle abbaye. L'église de Morimond représentait la puissance de l'abbaye qui possédait plus d'une vingtaine de moulins sur la Meuse, la Moselle et la Saône, une mine de fer, deux usines métallurgiques, une verrerie, des charbonnières, des pressoirs à vin (l'abbaye possédait des vignes dans les environs de Dijon), de grandes étendues de bois, des fours à chaux, des charges de sel à Salins, des maisons dans une douzaine de villes (l'hôtel de Morimont à Dijon où l'abbaye avait acheté des granges et des écuries à l'extrémité de la ville et avait fait élever plusieurs maisons sur ce qui deviendra aujourd'hui la Place Émile-Zola), des granges exploités par cent soixante ouvriers, des troupeaux, la haute justice dans six villages et un grand nombre de droits de passage sur les terres de Lorraine, Bourgogne, Champagne, Bar, les évêchés de Toul, Langres et Metz[3].

[modifier] L'essaimage de Morimond

Morimond se développa rapidement, et essaima largement en France, Allemagne, Pologne, Bohême, Espagne, et Chypre. Aux confins de la Champagne et de la Lorraine, la situation de l’abbaye en faisait un avant-poste de l’ordre pour rayonner sur l’Allemagne et l’Europe orientale : rien qu'entre 1123 (monastère de Kamp) et 1305 (monastère de Stolpe), Morimond et Clairvaux parrainèrent 44 abbayes cisterciennes dans le Saint-Empire et environ 700 en Europe. Parmi les plus anciennes abbayes-sœurs de Morimond, on trouve le monastère de Maulbronn (1147) en Bade-Wurtemberg, un monastère médiéval du Nord des Alpes préservé et même classé au Patrimoine mondial de l'UNESCO.

En même temps qu'était édifié les premiers bâtiments de l'abbaye, vers 1119, l'abbé Arnaud Ier, qui avait déjà reçu ses premiers disciples venu des environs, envoyait une douzaine de moines vers Besançon explorer ce qui deviendra la terre de l'Abbaye Notre-Dame de Bellevaux, première fille de Morimond. Toujours la même année il participait, aux côtés de l'abbé Étienne Harding, à la rédaction de la "Charte de charité et d'unanimité" qui définira l’organisation interne et la forme de gouvernement que l’Ordre cistercien s’est donné (le soutien et service mutuel entre les abbayes, le système de filiation entre les abbayes-mères et abbayes-filles, le chapitre général et le système de visite annuelle). Voyant la puissance que prenait rapidement l'abbaye de Morimond, la Maison de Clefmont voulut s'associer plus étroitement au monastère et pour ce faire lui cédait une terre à Bourdons-sur-Rognon, où devait être érigé l'abbaye de la Crête avec à sa tête l'abbé Baudouin et douze moines tous formés à Morimond. En 1123 l'archevêque de Cologne, Friedrich I von Schwarzenburg, demande à Arnaud Ier de l'aider à fonder une abbaye cistercienne dans son diocèse. Après un voyage à Cologne et de retour à Morimond, accompagné de plusieurs jeunes disciples dont un du nom de Conrad, Arnaud désignait le vénérable Henri et douze moines pour partir construire l'abbaye de Kamp en Allemagne, nommée en premier lieu Notre-Dame-d'Ald-Camp ou Ald-Velt ou aussi Campen[3].

Avec l'arrivé sur le siège du monastère de Gautier Ier deux nobles, nommés Bernon et Richwin, abandonnaient à l'abbaye leur château d'Ebrach, situé dans le diocèse deWurtzbourg en Bavière, aussi l'abbé décidait, en 1126, d'y envoyer le frère Adam et douze compagnons fonder une colonie. En 1130 les frères Eudes et Othon de Montsaugeon, qui avaient un frère nommé Gérard archidiacre de Langres, donnaient à Gautier Ier leur terre de Tulley et celui-ci y implanta l'abbaye de Theuley. Sous le règne d'Otton de Freising plusieurs abbayes verront le jour, telle celle de Heiligenkreuz, de Morimondo, d'Einberg, de Mont Saint-Georges et de Waldsassen. Cette dernière failli ne pas voir le jour car Morimond, épuisée par le départ d'un grand nombre de religieux, ne pouvait satisfaire à la demande de Gerwic, bénédictin de l'abbaye de Sigeberg vers Cologne, de lui confier des frères pour l'abbaye qu'il était entrain d'édifier dans une sombre forêt des environs de Ratisbonne avec l'aide du seigneur du lieu Thibaut de Wohbourg. Devant l'insistance de Gerwic Otton de Freising lui confiait six religieux et une lettre à remettre à l'abbé de Wolkenrode afin que celui-ci lui confie sept autres frères pour atteindre le nombre de treize obligatoire pour fonder une abbaye cistercienne[3].

Non seulement Morimond essaimait ses abbayes-filles avec une grande régularité mais sa renommée apportait à elle une nombre de plus en plus grand de disciples. Ceux-ci, qui avaient été marié, devaient quitter leurs épouses, Arnaud Ier avait eu l'idée, dés les premiers temps de l'abbaye, de faire construire une maison non loin de Montigny, à quelques kilomètres de Morimont, pour y loger celles qui avaient été les épouses des moines ; cet établissement, régit par la règle de Cîteaux, prendra le nom de Belfays (il n'existe plus, détruit au cours du XIVe siècle seule reste le lieu-dit "la ferme de Belfays" non loin de l'aire de service de Val-de-Meuse sur l'autoroute A 31) . En 1137, en l'espace de six mois ce n'est pas moins de quatre colonies, c'est-à-dire cinquante deux frères, qui franchirent les portes de Morimond pour partir s'aventurer dans le sud de la France fonder des abbayes[3].

La première de ces abbayes du sud fut celle de Notre-Dame d'Aiguebelle au diocèse de Saint-Paul-Trois-Châteaux, c'est là que Gontard le Loup, seigneur de Rochefort reçu les moines venu pour son édification en juillet 1137. Au mois d'octobre de la même année l'abbaye de l'Escaladieu est fondée par une colonie dirigée par Bertrand qui, dans les premiers temps, s'installait dans une granges donnée par Forton de Vic, en accord avec le comte de Bigorre Pierre de Marsan, avant qu'il ne lui fut remis un domaine à Cabadour dans la Vallée de Campan. Un mois plus tard vingt six religieux quittaient en même temps l'abbaye de Morimond pour fonder Le Berdoues au diocèse d'Auch et Bonnefont[3].

[modifier] L'influence de Morimond en Espagne

Les colonies qu'Otton de Freising avait fondé dans le sud de la France n'allaient pas tarder à essaimer en Espagne avec l'aide d'Alphonse VII. Les moines Fortuné et Heimelin explorèrent la province de Tolède et Durand et Raymond celle de Rioja. Raymond, appelé à la cour d'Espagne pour faire part de son projet d'abbaye, y venait accompagné de Dom Didace Vélaquez et rencontrait Sanche III de Castille, fils d'Alphonse VII, qui lui proposait la ville de Calatrava la Vieja à charge pour lui de la défendre contre les Almohades ce qu'il réussit à la grande surprise de la noblesse Espagnole en fondant l'ordre religieux et militaire dit de Calatrava ; Sanche III remettait donc la ville et le fort de Calatrava à un pauvre moine cistercien : "Moi, le roi Sanche par la grâce de Dieu, fils de dom Alphonse de bienheureuse mémoire, illustre empereur des Espagnes, par l'inspiration divine fais cet acte de donation, valable à perpétuité, à Dieu, à la sainte vierge Marie, à la sainte congrégation de Cîteaux et à vous, dom Raymond, abbé de Fitero, et à tous vos frères, tant présents qu'à venir, de la ville appelée Calatrava, afin que vous l'ayez et la possédiez en toute propriété, paisiblement, librement, par droit héréditaire, et que vous la défendiez contre les païens, ennemis de la croix de Jésus-Christ, par son secours et le nôtre ; ainsi vous l'abandonne, et avec elle tous les doimaines qui en dépendent, comme montagnes, terres, eaux, prés, etc". Après la mort de Raymond en 1163 les chevaliers de l'ordre ne voulurent plus être sous la gouvernance d'un abbé aussi élire-t-ils Dom García. Celui-ci se rendit à Cîteaux en septembre 1164 où il était reçu par l'abbé Gilbert le Grand qui lui remit la règle de l'ordre confirmée l'année suivante par une bulle du pape Alexandre III. De retour dans son pays Dom Garcia se voyait remettre les terres d'Almadén, de Chillón, de Cogolludo, d'Almoguera et de Maqueda. En 1187 le grand maître de l'ordre, Nuño Pérez de Quiñones, se rendait à Morimond pour y soumettre la demande du roi Alphonse VIII de Castille de rattaché l'Ordre de Calatrava à l'abbaye de Morimond directement et non plus à l'abbaye de l'Escaladieu, la demande fut accepté avec empressement : "Guy, humble abbé de Cîteaux, avec les évêques et les abbés du chapitre, à tous les frères de Calatrava et au vénérable Nugno, grand-maître, salut et fraternité...Nous ne pouvons qu'approuver le projet que vous avez formé de passer des rangs de la milice du monde dans ceux de la milice du Christ...à la demande, que vous nous adressez humblement, de vous admettre à la participation des privilèges de notre ordre, non comme des alliés, mais comme de vrais frères, nous l'accueillons avec plaisir...Si vous voulez fonder des abbayes, vous en remettrez l'établissement à l'abbé de Morimond, qui les aura dans sa filiation et sera tenu de les visiter une fois chaque année par lui-même ou par un délégué". À la fin du XIIe siècle était réalisé l'unification de l'Ordre d'Aviz, au Portugal, et celui d'Alcántara à l'ordre de Calatrava, plus tard ce fut Ordre du Christ qui rejoignait Calatrava[3].

Galerie

Les ordres religieux Espagnole
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[modifier] Mourir au monde

Morimond subit d'importantes déprédations lors des guerres de religion (1572), puis au cours de la guerre de Trente Ans (1636). En 1790 les moines étaient au nombre de vingt-cinq. Après avoir dû remettre les archives et les objets précieux de l'abbaye aux membres de la municipalité de Bourbonne-les-Bains, l'abbé Antoine Chautan et les derniers religieux se voyaient intimer l'ordre de quitter les lieux le dimanche des Rameaux 1791. Les bâtiments de l'abbaye devaient être petit à petit démantelé pour servir de carrière aux villages du voisinage et fut finalement vendue comme bien national[3]. Seule l'église fut conservée, mais tomba graduellement en ruines au long du XIXe siècle. Un fragment du collatéral nord est encore visible, de même que le portail d'entrée du XVIIIe siècle, près du pavillon, des arcades et de la bibliothèque.

[modifier] Liste des abbés de Notre-Dame de Morimond

  • 1115-1126 : Arnaud Ier
  • 1126-1138 : Gautier Ier
  • 1138-1139 : Othon de Freising
  • 1139-1154 : Renaud Ier
  • 1154-1155 : Lambert
  • 1155-1159 : Henri Ier
  • 1159-1160 : Aliprand Ier
  • 1160-1161 : Eudes
  • 1161-1162 : Gautier II
  • 1162-1168 : Aliprand II
  • 1168-1170 : Gilbert
  • 1170-1183 : Henri II
  • 1183-1193 : Pierre Ier
  • 1193-1194 : Henri III
  • 1194-1195 : Bartholomée
  • 1195-1198 : Pierre II
  • 1198-1199 : Béthold
  • 1199-1239 : Guy Ier
  • 1239-1240 : Arnaud II
  • 1240-1264 : Conon
  • 1264-1272 : Nicolas Ier
  • 1272-1284 : Jean Ier
  • 1284-1286 : Hugues Ier
  • 1286-1296 : Dominique
  • 1296-1301 : Gérard
  • 1301-1303 : Hugues II
  • 1303-1320 : Guillaume Ier
  • 1320-1331 : Gautier III
  • 1331-1354 : Renaud II
  • 1354-1380 : Thomas de Romain
  • 1380-1393 : Jean II de Levecour
  • 1393-1402 : Jean III de Martigny
  • 1402-1424 : Jean IV de Bretagne
  • 1424-1427 : Guy II
  • 1427-1431 : Jean V de Sabaudie
  • 1431-1441 : Guy III
  • 1441-1449 : Jean VI de Blasey
  • 1449-1459 : Jean VII de Graille
  • 1459-1460 : Philibert
  • 1460-1462 : Humbert de Losne
  • 1462-1466 : Thomas de Luxembourg
  • 1466-1471 : Guillaume II de Mège
  • 1471-1484 : Antoine de Boisredon
  • 1484-1491 : Jacques Ier de Livron
  • 1491-1495 : Jean VIII de Vivien
  • 1495-1503 : Jacques II de Pontarlier
  • 1503-1517 : Rémy de Brasey
  • 1517-1551 : Edmond Ornot de Pichange
  • 1551-1576 : Jean IX Coquey
  • 1576-1590 : Gabriel de Saint-Blis
  • 1590-1591 : François Ier de Sérocour
  • 1591-1620 : Claude Ier Masson
  • 1620-1667 : Claude II Brissault
  • 1667-1680 : François II de Machaut
  • 1680-1683 : Nicolas II de Chevigny
  • 1683-1703 : Benoît-Henri Duchesne
  • 1703-1720 : Nicolas III Aubertot de Mauveignan
  • 1720-1736 : Lazare Languet
  • 1736-1749 : Nicolas IV Philibert Guyot
  • 1749-1775 : Pierre III Thirion
  • 1775-1791 : Antoine Chautan

Source : Gallia Christiana

[modifier] Filles de Morimond

Parmi les plus connues de ses filles figurent les abbayes suivantes :


Morimond continua de participer activement à la fondation de nouveaux monastères cisterciens pendant près de deux siècles, si bien qu'à la fin du XVIIIe siècle, elle compte parmi sa filiation plus de sept cent monastères masculins et féminins.

Des bulles de plusieurs papes placèrent les principaux ordres militaires d'Espagne sous sa juridiction spirituelle, tels que :

Plan de l'abbaye en 1789

Parmi les moines célèbres de l'abbaye, on compte Othon (Otto) de Freising, fils du margrave Léopold III d'Autriche : il étudia à Paris puis entra à l'abbaye, de laquelle il devint l'abbé. Le pape Benoît XII, troisième des papes d'Avignon, commença sa carrière à Morimond.

[modifier] Architecture

L'église abbatiale, en croix latine, était construite dans un style sévère et dépouillé, conformément à l'esthétique cistercienne, sans tours ou ornements. En 1572, pendant les guerres de religion, puis de nouveau en 1636 pendant la guerre de Trente Ans, Morimond fut détruite, les bâtiments durent être reconstruits. L'abbaye fut dévastée à la Révolution française et vendue comme bien national. Seule l'église survécut, mais tomba en ruine au XIXe siècle.

De nos jours, seul un fragment de l'aile nord de l'église subsiste des structures médiévales. La chapelle Sainte Ursule date du XVe siècle, tandis que la porte d'entrée, la bibliothèque et quelques pavillons témoignent des constructions du XVIIIe siècle. On retrouve également des traces des infrastructures hydrauliques construites pour faire fonctionner les forges et moulins de l'abbaye.

[modifier] Photos

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[modifier] Sources partielles

Sur les autres projets Wikimedia :

  • Histoire de l'abbaye de Morimond, Abbé Dubois, Loireau-Feuchot, 1852 Google livres

[modifier] Voir aussi

[modifier] Articles connexes

[modifier] Notes et références

  1. Notice no PA00079172, sur la base Mérimée, ministère de la Culture
  2. Relevées sur Google Maps
  3. a, b, c, d, e, f, g, h, i, j, k, l, m, n, o, p, q et r Histoire de l'abbaye de Morimond

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