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Alfred Charles Kinsey (23 juin 1894 - 25 août 1956) est un professeur d'entomologie et de zoologie, célèbre pour avoir publié deux importantes études sur le comportement sexuel de l'homme et de la femme : Sexual Behavior in the Human Male (1948, réédité en 1998) et Sexual Behavior in the Human Female (1953, réédité en 1998).
En 1947, il a fondé au sein de l'Université de l'Indiana à Bloomington, un Institute for Sex Research (« Institut pour la recherche sur le sexe »), rebaptisé plus tard Kinsey Institute for Research in Sex, Gender and Reproduction (mais couramment appelé Kinsey Institute).
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Entre autres critiques, le journal médical britannique The Lancet a avancé que « pour une étude sur le comportement sexuel normal, Kinsey avait interrogé un nombre d'incarcérés et de délinquants sexuels qui n'était proportionnellement pas représentatif »[réf. souhaitée]. Les exclure aurait tout autant été une distorsion de la vérité. La scientificité des méthodes de Kinsey est certes contestable, mais les chiffres qu'il avança ont depuis été « nettoyés » par Paul Gebhard, son successeur au Kinsey Institute, qui conclut dans son rapport publié en 1979 qu'aucun des estimés précédents n'avait été affecté significativement par ce biais[1].
Les publications de Kinsey ont permis une des premières descriptions exhaustives d'une sexualité insoupçonnée. Les relations avant le mariage, l'adultère, la masturbation, l'homosexualité et la bisexualité, qui passaient pour des anomalies, se sont avérées plus présentes et communes que l'opinion publique ne le pensait. À cet égard, la libération sexuelle n'a sans doute pas encore changé si profondément les pratiques sexuelles mais les travaux pionniers de Kinsey ont certainement permis d'en parler sans hypocrisie.
Les enquêtes menées par Alfred Kinsey au tournant des années 1950 ont permis de constater que homosexualité et hétérosexualité ne sont pas deux orientations sexuelles et amoureuses exclusives. Elles constituent plutôt les pôles d'un même continuum de l'orientation sexuelle. À partir de deux études sur le comportement sexuel des Américains effectuées auprès de quelque 5 300 hommes (en 1948) et de 8 000 femmes (en 1953), Kinsey a conçu une échelle portant sur la diversité des orientations sexuelles. Cette échelle, graduée entre hétérosexualité (0) et homosexualité (6), avait comme but d'évaluer les individus en fonction de leurs expériences et leurs réactions psychologiques :
| Score | Explication |
|---|---|
| 0 | Exclusivement hétérosexuel(le) |
| 1 | Prédominance hétérosexuelle, expérience homosexuel(le) |
| 2 | Prédominance hétérosexuelle, occasionnellement homosexuel(le) |
| 3 | Bisexuel sans préférence |
| 4 | Prédominance homosexuelle, occasionnellement hétérosexuel(le) |
| 5 | Prédominance homosexuelle, expérience hétérosexuel(le) |
| 6 | Exclusivement homosexuel(le) |
Ce schéma montre la diversité des orientations sexuelles. Selon Kinsey, tout être humain porte en lui une composante hétérosexuelle et une composante homosexuelle. Celles-ci s’aménageant diversement d’une personne à l’autre, on ne peut finalement établir des catégories sexuelles étanches et « tranchées au couteau ». De plus, s’ajoutent à l’acte sexuel, les questions de sensibilité et d’affectivité qui complexifient davantage les choses.
En 1948, l'année même de la publication du premier Rapport Kinsey, une commission de l'American Statistical Association, comprenant des statisticiens tels que John Tukey, condamne la méthodologie de Kinsey, notamment quant à son choix des personnes interrogées. Tukey déclare : « Il aurait mieux valu trois personnes au hasard qu'un groupe de 300 personnes sélectionnées par M. Kinsey[2],[3]. » La critique porte principalement sur la surreprésentation de certains groupes : 25% de détenus ou anciens prisonniers, et 5% de prostitués masculins[4].
En même temps, un psychologue comme Abraham Maslow reproche à Kinsey de ne pas avoir pris en compte le « biais » dû au fait que les personnes interrogées sont exclusivement des volontaires. Autrement dit, les données émanent uniquement de personnes volontaires pour parler de leur vie sexuelle, à une époque où ce sujet est tabou pour la plupart des Américains. Avant même la publication des Rapports Kinsey, le Dr Maslow a examiné ces données. Sa conclusion est que l'échantillonnage de Kinsey n'est pas représentatif de l'ensemble de la population[5].
Au XXIe siècle, des activistes religieux, le docteur Reisman et S. Brinkmann, ont affirmé que Kinsey était l'auteur d'actions inexcusables et révoltantes, comme l'utilisation, dans ses recherches, de séquences filmées d'abus sexuels sur des enfants. Les allégations de Reisman ont été déboutées par la justice américaine. Les ouvrages de Brinkmann sont édités par un organe de publication « fidèle au magistère de l'Eglise universelle », qui lutte contre la libération sexuelle et se signale par son homophobie[6].
Cinquante ans après les publications des Rapports Kinsey, James H. Jones, professeur d'histoire à l'Université de l'Arkansas, publie en 1997 une biographie de Kinsey que le quotidien Le Monde du 15 mars 1998 qualifie d'iconoclaste et qui, selon l'auteur de l'article, remet en question et l'homme et ses découvertes :
« Alfred Kinsey devient le grand-prêtre de la sexologie. Aux États-Unis et en Grande- Bretagne, son rapport fera autorité pendant plus de quarante ans. Jusqu'à cette biographie iconoclaste de James Jones, publiée en novembre 1997, qui révèle le jardin secret du « bon » Alfred Kinsey. Car derrière le « Dr Jekyll » se cache un « Mr. Hyde »: un homosexuel sadomasochiste cohabite avec le scientifique respecté, travailleur infatigable, bon père, bon époux. »
— Laurent Zecchini
Le quotidien publie aussi le même jour une interview de Edward Laumann dans laquelle le sociologue dit entre autres :
« Kinsey présume qu’il y a une sorte de signification fondamentale de l’homosexualité dans le fait que quelqu’un qui est pour l’essentiel hétérosexuel, mais qui a eu une expérience homosexuelle, est en réalité homosexuel, ce qui me paraît très contestable… Il a sélectionné des gens qui étaient prêts à parler du sexe selon leurs propres attirances sexuelles. L’un des principaux résultats de son rapport a été de normaliser des attitudes sexuelles très variées. Ce faisant il a donné une sorte de permission générale faisant disparaître réticences et tabous… »
— Selon le professeur Edward Laumann, sociologue de l'université de Chicago, interviewé par Laurent Zecchini
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