Almohades
الموحدون (al-muwaḥḥidun) (ar)
ⵉⵎⵡⴻⵃⵃⴷⴻⵏ (Imweḥḥden) (ber)
Drapeau
L'empire almohade vers 1200
| Statut | Monarchie |
|---|---|
| Capitale | Marrakech, Séville et Rabat[1] |
| Langue | arabe et langues berbères (mozarabe, hébreu, langue romane d'Afrique du Nord et dialecte arabe andalou) |
| Religion | sunnisme (ibadisme, judaïsme, christianisme et soufisme) |
| Monnaie | dinar[2] |
| Superficie | 1 621 393,5 km² |
|---|
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Les Almohades (en arabe الموَحدون (al-Muwaḥḥidun), en berbère ⵉⵎⵡⴻⵃⵃⴷⴻⵏ (Imweḥḥden)) « qui proclame l’unité divine », ou Banu Abd al-Mumin[3] (en arabe : بنو عبد المؤمن), sont une dynastie musulmane berbère qui fut fondée au début du XIIe siècle à Tinmel, dans l'anti-Atlas marocain, et qui domina, à partir du Maroc, le Maghreb et une partie de la péninsule Ibérique de 1147 à 1269.
Muhammad ibn Tûmart, issu d'un mouvement religieux appuyé par un groupe de tribus berbères du Haut Atlas marocain[4],[5] (en majorité masmouda), organise le renversement des Almoravides. Par la suite, Abd al-Mumin et sa famille, issus des Zénètes, prennent la relève en éliminant les Zirides et les Hammadides et en conquérant leurs territoires, ainsi que l'ensemble de l'Andalousie.
Suite à leur affaiblissement et la perte des territoires de l'est de l'empire au profit des Zianides et des Hafsides, les Almohades sont finalement renversés par les Mérinides en 1269 quand ces derniers s'emparent de Marrakech.
Sommaire |
Le mouvement almohade est fondé, au début du XIIe siècle, par Muhammad ibn Tûmart, un réformateur berbère de l’Anti-Atlas. S’opposant au rite malikite pratiqué par les Almoravides, Ibn Tûmart prêche le retour aux sources religieuses de l’islam ; formé en Orient et influencé par le chiisme, il reproche à ceux-ci d’avoir délaissé l’étude du Coran pour un juridisme excessif ; il dénonce également leur conception anthropomorphe de Dieu, contraire au principe fondamental de l’unité divine (ou tawhid, « unité divine »).
Depuis les montagnes du Haut-Atlas, il organise une communauté militaire et religieuse autour d’un islam austère et rigide et, en 1121, se proclame mahdi (le Messie, l’imam caché dont la venue est attendue par les chiites)[4].
Le « Maître du Sous » reconnut en Abd al-Mumin l'homme prédestiné : « La mission sur quoi repose la vie de la religion ne triomphera que par Abd al-Mumin, le flambeau des Almohades. » Ibn Tûmart, « l'Impeccable », enseignera à son disciple préféré le dogme de l'« unicité » divine et l'entraînera vers le Maroc jusqu'à son village natal d'Igli[6].
Avant son décès, le fondateur avait été rejoint par différentes tribus berbères de l'actuel Maroc; il avait organisé et structuré son armée afin de la préparer à un conflit ouvert et déclaré avec les Almoravides.
Pour éviter que les Almohades, au lendemain d'une défaite, ne voulussent écarter Abd al-Mumin, qui demeurait malgré tout un étranger, on cacha longtemps la mort d'Ibn Tûmart - plus de deux ans, assure Ibn Khaldoun[7] - le temps de préparer sa montée au pouvoir au sein des Almohades[8], prit la tête d'une armée de Masmoudas organisée par Ibn Tûmart et lança depuis l'actuel Maroc la guerre sainte, ou jihad, contre le Maghreb almoravide. Tlemcen, Oran, Fès puis Marrakech tombèrent en 1147. Après avoir conquis le Sud puis le Nord de l'empire almoravide, il se dirigea avec son armée vers Tlemcen. Abd al-Mumin, après avoir ruiné Tlemcen et avoir fait massacrer ses habitants, releva les murs et invita d'autres populations à s'y fixer[9] puis se dirigea plus en avant vers l'est jusqu'à la Tripolitaine.
Le mouvement almohade doté d'une puissante armée formée de plusieurs tribus berbères masmoudiennes du Haut Atlas marocain[10] propulse Abdul-Mu'min (1130-1163) à la tête d’un empire englobant l'ensemble du Maghreb jusqu’à la Tripolitaine et l'Andalousie occidentale (prise de Cordoue en 1148 et de Grenade en 1154).
Il se proclame calife, rejetant ainsi la souveraineté des Abbassides, et impose le principe d'hérédité dynastique peu avant sa mort[4].
En 1158 invasion du Djerba et Tripoli du royaume de Sicile.
Son fils, Abu Yaqub Yusuf (1163–1184) issu de son union avec la fille d'une lignée de Masmouda de Tinmel[11] lui succède. Ce dernier et son propre fils, Abu Yusuf Yaqub al-Mansur surnommé « le Victorieux » (1184–1199) et troisième calife, poursuivent son œuvre et étendent leur autorité à l'ensemble d'Andalousie en infligeant une défaite à Alphonse VIII de Castille à la bataille d'Alarcos en 1195. En Afrique ils réussirent à chasser les garnisons placées dans des villes côtières par les rois normands de Sicile.
Quand les Almohades eurent occupé Cadix, ils eurent à leur disposition la puissante flotte des Beni Maimoun. Le Berbère Yousof, qui avait servi sur les bateaux du roi de Sicile Roger II, puis avait été nommé amiral par Abou Yaâqoub, avait fait de l'escadre du calife la première de la Méditerranée. Aussi Saladin demanda-t-il, en 1190, son concours pour arrêter les rois chrétiens sur la route de Syrie, mais sans doute ne l'obtint-il pas, car sa complicité avec Qaraqouch n'était pas faite pour lui tirer la bienveillance d'Abou Yaâqoub[12].
Mohammed Ibn Tûmart, fondateur du mouvement Almohade, était un berbère né vers 1080 à Igilliz dans la tribu des Hargas, au versant septentrional de l'Anti-Atlas. Il était le fils du chef de ce village amghar. Quant à Abd al-Mumin Ibn Ali, son disciple, c'est un Zénète, fils d'un potier du village de Tadjra, localité située au nord-est de Tlemcen, près de la ville de Nedroma. Ibn Toumert fut chassé par la population de Béjaïa en raison des troubles qu'il y engendrait, et se réfugia à proximité dans la Zaouia de Mellala, rassemblant autour de lui des disciples dont Abd al-Mumin, qui étudiait alors à Béjaïa, capitale hammadide, où il était parti chercher la science. Depuis le Maroc, l'empire almohade va s'étendre de la Libye actuelle au nord de l'Espagne et eut pour capitale Marrakech, où les Almoravides (Mourabitoun ou Moulethemin - « voilés ») étaient au pouvoir. Les Almohades prirent Marrakech des mains des Almoravides en 1147, et ses défenseurs massacrés ainsi que tous les représentants de la lignée almoravide, notamment le jeune émir Ishak. Rendu maître de la ville de Marrakech, Abd al-Mumin décida d'élever sur les ruines de Dar al Hajar, la mosquée Koutoubya.
L'architecture produit de nombreux chefs d'œuvres dont trois mosquées assez remarquables par la similitude de leur minaret (base carrée et décoration) au point qu'elles aient été surnommées les trois sœurs : la Giralda de Séville, la Koutoubia de Marrakech et le minaret inachevé de la mosquée Hassan à Rabat, plus connu sous le nom de Tour Hassan. Les universités maintiennent un contact avec les connaissances de la Grèce et la Rome antique ainsi que l'enseignement de philosophes comme Averroès. Plusieurs grands philosophes juifs et musulmans vécurent sous cette dynastie. Averroès et Maïmonide sont les plus connus. Pour ne pas être contraint d'abjurer sa religion, Maïmonide émigre en Égypte.
À l'époque des Almohades, les musulmans, qui avaient été les premiers à organiser les formes de leur commerce selon les nécessités du trafic international, avaient perfectionné leurs méthodes, dont les chrétiens s'inspiraient. Malgré les différences de religion, malgré même le développement de la course, dont le contrôle échappait aux souverains africains, les rapports et les échanges entre chrétiens et musulmans ne cessèrent de se développer. Le Maghreb ne trafiqua pas seulement avec l'Espagne. Tunis, Bougie, Constantine, Tlemcen, Ceuta (il existait un foundouk marseillais [fundicium marcilliense] à Ceuta en 1236) échangèrent des marchandises avec Pise, Gênes, Venise, Marseille[13].
Le principe d'hérédité dynastique déplaît aux chefs de tribus, les cheikhs. Après une sévère défaite près de Tunis en 1187, l'émir doit s'allier avec Saladin.
Les États chrétiens d'Espagne (Castille, León, Aragon et Navarre) et du Portugal s'organisent pour la Reconquista, notamment en faisant taire leurs disputes, et infligent à El-Nasir la défaite de Las Navas de Tolosa (16 juillet 1212).
Au Maghreb, des dynasties locales s'imposent, comme les Hafsides en Tunisie en 1229, les Abdalwadides dans le Maghreb central en 1239 ou encore les Mérinides qui s'emparent en 1244 de Meknès dans le Maghreb occidental. En Andalousie, les Nasrides de Grenade créent un royaume indépendant qui survit jusqu'en 1492.
Dans le même temps, la Reconquista progresse à grands pas. Cordoue, la ville symbole de l'islam espagnol, tombe en 1236, Valence en 1238, Séville en 1248. Ces reculs successifs et cet émiettement de l'empire sonnent le glas de la dynastie almohade qui prend fin avec Abû al-`Ula al-Wâthiq Idrîs, après la prise de Marrakech par les Beni Mérine (Mérinides) en 1269.
Suite à l'irruption en Berbérie Orientale des frères Ali et Yahia Ben Ghania, descendants des Almoravides que Abdl Mounim avait dépossédés après avoir traversé l'Algérie en vainqueurs. Les deux frères s'avaient taillé une principauté dans le Djerid, Ali fut tué, mais son frère Yahia entreprit la conquête du centre et du nord de l'Ifriqiya. Il réussit à s'emparer de Mahdia, de Kairouan et de Tunis en 1202, faisant prisonniers le gouverneur almohade et ses enfants. Ben Ghania pilla les villes, ses jardins et ses animaux.
Devant cette situation pleine de périls, le calife Al Nacir, qui régnait à Marrakech partit à la reconquête de l'Ifriqya. Il entra, en février 1206, à Tunis abandonnée par l'ennemi et y resta un an pour rétablir l'autorité almohade sur l'ensemble du territoire. Après quoi, avant de repartir pour le Maroc, il confia le gouvernement de la province à un de ses fidèles lieutenants, Abdel Ouhaid Abou Hafs el Hentati (forme arabisée du nom berbère Faska u-Mzal Inti).
Le nouveau gouvernement avait été investi des pouvoirs les plus étendus : il recrutait des troupes qui lui étaient nécessaires pour la paix et pour la guerre, nommait les fonctionnaires de l'État, les cadis. Il fut un chef intelligent et énergique. Après sa mort, son fils Abou Zakariya lui succéda en 1228, un an après sa nomination, il se proclamait indépendant du calife de Marrakech sous prétexte que celui-ci avait embrassé le sunnisme.
Prince de grande envergure, Abou Zakaria devait fonder la dynastie hafside qui règne sur l'Ifriqiya pendant trois siècles.
Toumart.
Ali.
| Précédé par | Almohades | Suivi par | |||
|---|---|---|---|---|---|
| Almoravides-Hammadides- Zirides |
|
Hafsides-Nasrides-Zianides-Mérinides |
Marc Geoffroy, Ibn Tûmart et l'idéologie almohade, dans Averroès, Discours décisif, GF-Flammarion, 1996.
Jacques Attali, La Confrérie des Eveillés, Fayard, Paris, 2004, 314 pages. (Roman historique se déroulant dans le Maroc et l'Andalus almohades, au milieu du XIIè siècle.)
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