Aphrodite (en grec ancien Ἀφροδίτη / Aphrodítê) est la déesse grecque de la germination, de l'amour, des plaisirs et de la beauté. Elle a pour équivalent Vénus dans la mythologie romaine et Turan chez les Étrusques. Elle semble dériver de la déesse appelée Inanna chez les Sumériens, Ishtar chez les Akkadiens et Babyloniens, Astarté ou Athtart à Ougarit, Shaushka ou Shaushga chez les Hourrites, et Ashtart en langue punico-phénicienne. On peut distinguer deux conceptions différentes d'Aphrodite : celle du plaisir de la chair, plus « terrienne » en quelque sorte, et celle de l'amour spirituel, pure et chaste dans sa beauté.
Le quatrième mois du calendrier grégorien aurait été nommé Avril en son honneur par les Romains.
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Il existe deux légendes différentes sur sa naissance. Chez Homère, elle est la fille de Zeus[1] et Dioné[2], l'une des filles d'Océan. Dioné est une figure mal connue, mais son nom, version féminine des formes obliques du nom de Zeus, suggère qu'elle était initialement sa parèdre[3]. Aphrodite appelle Arès son « bon frère[4] », alors que son mari Héphaïstos, après l'avoir surprise avec ce même Arès, menace de réclamer à Zeus les cadeaux qu'il lui a offerts en échange de la main de sa fille[5].
Dans la Théogonie d'Hésiode et selon la tradition la plus populaire, Aphrodite naît de la mer fécondée par le sexe d'Ouranos, tranché par Cronos : « tout autour, une blanche écume [le sperme] sortait du membre divin. De cette écume une fille se forma[6] ». Pour les Grecs, cette légende s'inscrit dans le nom même de la déesse : elle est « née de l'écume[7] » (ἀφρός / aphrós) — cependant, il ne s'agit en fait que d'une étymologie populaire, sans fondement[8]. Poussée par les Vents, elle vogue jusqu'à Cythère, puis Chypre. Ainsi s'expliquent, selon Hésiode, ses principaux surnoms : « Cypris » et « Cythérée », mais aussi son épithète homérique[9] φιλομμειδής / philommeidếs, qu'il interprète comme signifiant « sortie des testicules » (μήδεα / mếdea)[10].
Diverses traditions post-homérique et post-hésiodique font naître Aphrodite du sang de Cronos mutilé par Zeus, ou bien des amours de Cronos et d'une mystérieuse Évonymé (fragment d'Epiménide), auquel cas elle apparaît comme la sœur aînée des Moires et des Érinyes. Chez Cicéron (De la nature des dieux, III, 21), elle est, comme Hermès, la fille d'Ouranos (Cœlus) et d'Héméra (Dies, déesse du Jour)
Mariée à Héphaïstos (dieu forgeron boîteux), elle a de multiples aventures extra-conjugales. La principale est celle avec Arès, d'où naissent Harmonie, Déimos, Phobos [11], auxquels Simonide ajoute Éros et Cicéron, Antéros (De la nature des dieux, III, 21). Informé de la relation adultère par Hélios, qui voit tout de sa position élevée, Héphaïstos crée un filet magique qu'il place sur le lit pour emprisonner le couple. Convoquant Zeus et les Olympiens, il leur révèle la duperie devant les amants emprisonnés[12]. Les dieux, hilares, y vont de leur commentaire, en particulier Hermès, qui dit qu'il voudrait bien, pour coucher avec Aphrodite, devoir être découvert par tous les dieux. Par suite, Aphrodite maudit Hélios et sa descendance, c'est-à-dire Pasiphaé et ses filles Ariane et Phèdre (malédiction qui sera aggravée par celle dont Poséidon affligera Minos, époux de Pasiphaé et père d'Ariane et Phèdre). Elle doit toutefois, de honte, s'exiler à Rhodes pendant qu'Arès part en Thrace. À l'époque classique, Arès est également réputé être le père d'Éros[13], qu'Hésiode dépeignait auparavant comme une force primordiale — on attribue aussi la paternité de l'Amour à Ouranos[14]. On notera en revanche que, dans la Théogonie d'Hésiode (v. 934 à 938), Arès et Aphrodite sont bien époux légitimes, la mention de leur union et de leur descendance intervenant entre celle de Poséidon et Amphitrite et celle de Zeus et de Maïa.
Aphrodite a également une liaison avec :
Aphrodite passe en outre pour avoir distingué de nombreux héros mortels, parmi lesquels :
Éros et son double jumeau Antéros passent parfois pour ses enfants, alors que selon Hésiode, Éros est une des premières divinités, non engendré mais issu directement du Chaos.
La vengeance d'Aphrodite est terrible. Pour la vindicte, elle ne le cède en rien à Héra, mais si cette dernière ne poursuit les femmes que par jalousie, Aphrodite ne les frappe que lorsqu'elles la servent mal ou refusent de la servir, et les femmes sont alors tant ses victimes que ses instruments destinés aux hommes, plus rarement par jalousie, leur inspirant parfois des amours difficiles :
Ses protégées ne sont guère mieux loties. Hélène se plaint amèrement de la faveur de la déesse : « Infortunée que je suis, lui dit-elle, te voilà encore à mes côtés, pleine de desseins perfides ! »
La légende la plus connue concernant Aphrodite est peut-être celle qui raconte la cause de la guerre de Troie. Éris, la seule déesse à ne pas être invitée au mariage du roi Pélée et de la nymphe de la mer Thétis, jette par dépit une pomme d'or dans la salle du banquet avec l'inscription « À la plus belle ». Zeus refuse de choisir entre Héra, Athéna et Aphrodite, les trois déesses qui, selon lui, méritent la pomme. Elles demandent à Pâris, prince de Troie, d'être le juge. Toutes les trois essaient de le soudoyer. Héra lui promet la puissance royale, Athéna, la gloire militaire, et Aphrodite, la plus belle femme du monde. Pâris choisit Aphrodite et demande en récompense Hélène de Troie, femme du roi grec Ménélas. L'enlèvement d'Hélène par Pâris provoque la guerre de Troie. Au cours de cette guerre, la déesse sera légèrement blessée par le héros grec Diomède en portant secours à son fils Énée.
Aphrodite est reconnue par les Grecs comme une divinité sémitique, et plus précisément phénicienne[25]. De fait, elle correspond très probablement à la déesse Ishtar-Astarté, avec laquelle elle partage de nombreux traits : ce sont des divinités androgynes[26] ; Astarté est la « reine du ciel » alors qu'Aphrodite est dite « la céleste » (Ourania) ; leur culte comprend l'offrande d'encens et le sacrifice de colombes. Par ailleurs, le nom d'Aphrodite n'a pas été retrouvé sur les tablettes de linéaire B, témoignages écrits de la civilisation mycénienne[27].
Selon Pausanias, son premier lieu de culte est la cité de Paphos[28], sur l'île de Chypre, que l’Odyssée mentionne déjà comme son lieu de séjour[29]. Chaque année sont célébrés ses mystères, qui comprennent une procession allant de Paphos à Golgoi. C'est peut-être à cette fête qu'il faut rattacher un rite rapporté par l'apologiste chrétien Clément d'Alexandrie, selon lequel les participants reçoivent un gâteau en forme de phallus et apportent une pièce de monnaie, « comme à une courtisane ses amants »[30]. Il est probable que Clément parle en fait de l'argent destiné aux sacrifices, ou la taxe pour les oracles[31], mais il est également possible que la prostitution sacrée ait également été pratiquée[32]. Aphrodite est également vénérée à Salamine de Chypre[33], sur le mont Idalion[34] et à Amathonte[35]. Un mois du calendrier chypriote, Aphrodisios, lui est consacré[36].
Aphrodite est particulièrement vénérée en Asie mineure, notamment en Troade. Nouvelle-Ilion (Novum Ilium) frappe des monnaies à son effigie et la ville d'Aphrodisias porte son nom. La ville de Cnide lui consacre des jeux annuels, les Euploia ou les Knidia[37] ; elle achète également au sculpteur Praxitèle l'une des statues les plus connues de l'Antiquité, dite « Aphrodite de Cnide[38] ».
Dans le Péloponnèse, son lieu de culte le plus connu est Corinthe : en armes, elle est vénérée sur l'Acrocorinthe et sous l'épiclèse de Mélainis, dans le bois du Kraneion. Selon Strabon, qui écrit aux débuts de l'ère chrétienne, on y pratique la prostitution sacrée : « le temple d'Aphrodite à Corinthe était si riche, qu'il possédait à titre de hiérodules ou d'esclaves sacrés plus de mille courtisanes, vouées au culte de la déesse par des donateurs de l'un et de l'autre sexe[39]. » Déjà au Ve siècle av. J.‑C., Xénophon de Corinthe consacre au temple plusieurs prostituées sacrées en remerciement de sa double victoire aux jeux Olympiques et commande à Pindare un chant de gala (scolie) qui chante les « filles très accueillantes, servantes de Peïtho [la persuasion] en la fastueuse Corinthe[40]. » Ces hiérodules prennent part aux Aphrodisies locales et intercèdent pour la cité en cas de danger[41].
Toujours dans le Péloponnèse, Gytheion voue un culte à Aphrodite Migonitis fondé, suivant la légende, par Pâris lui-même, après avoir obtenu pour la première fois les faveurs d'Hélène sur l'îlot voisin, Cranaé[42]. À Sparte, elle possède plusieurs sanctuaires, dont le plus ancien comporte deux statues archaïques : une Aphrodite en armes et Aphrodite Morpho, chargée de chaînes[43].
La naissance d'Aphrodite sortie des eaux est représentée pour la première fois sur les vases attiques à figures rouges, vers 460 av. J.-C.. Elle entraîne à sa suite Éros et des divinités allégoriques comme Péitho (la Persuasion), Pothos ou Himéros (le Désir). Mais elle est aussi souvent accompagnée des Nymphes, des Heures, des Charites, des Tritons et des Néréides.
D'autres représentations :
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