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Baroque

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L’Adoration de Pierre Paul Rubens : une structure dynamique de formes qui s’enroulent en spirale autour d’un espace vide : d’éclatantes draperies, un souffle de mouvements Ă©clairĂ©s par une flèche de lumière, peints avec une brillante maĂ®trise Ă©mancipĂ©e.

Le baroque est un style qui naĂ®t en Italie Ă  Rome, Mantoue, Venise et Florence Ă  la charnière des XVIe et XVIIe siècles et se rĂ©pand rapidement dans la plupart des pays d’Europe. Il touche tous les domaines artistiques, sculpture, peinture, littĂ©rature, architecture et musique et se caractĂ©rise par l’exagĂ©ration du mouvement, la surcharge dĂ©corative, les effets dramatiques, la tension, l’exubĂ©rance et la grandeur parfois pompeuse.

Il poursuit le mouvement artistique de la Renaissance artistique, le nĂ©oclassicisme lui succède Ă  partir de la seconde moitiĂ© du XVIIIe siècle.

Sommaire

[modifier] Naissance et évolution du concept de baroque

Le terme Baroque vient du portugais « barroco Â» qui signifie de forme irrĂ©gulière Ă  propos d'une perle, d'une pierre. (Toutefois le substantif barroco dĂ©signe d'abord un gros rocher Ă  la rondeur irrĂ©gulière, ou encore un fossĂ©, un ravin[1] ; dans les deux cas, le terme semble contenir une idĂ©e d'irrĂ©gularitĂ©).

Le terme « baroque Â» dans son sens actuel, comme la plupart des pĂ©riodes ou dĂ©signations stylistiques, a Ă©tĂ© inventĂ© postĂ©rieurement par la critique d'art et non par les praticiens des XVIIe et XVIIIe siècles. Ceux-ci ne se pensaient pas baroques mais classiques. Ils utilisent les formes du Moyen Ă‚ge, les ordres classiques, les frontons, toute une modĂ©nature classique issue des modèles grĂ©co-romains. Il est nĂ© Ă  Rome Ă  la fin du XVIe siècle. En français, le terme est attestĂ© dès 1531 Ă  propos d'une perle, Ă  la fin du XVIIe siècle au sens figurĂ©.[2]

Le mot pourrait Ă©galement provenir d'une appellation latine d'un syllogisme : baroco, syllogisme qui est en fait un erronĂ©.[rĂ©f. nĂ©cessaire]

En 1694 (en pleine pĂ©riode baroque donc), le mot, pour l’AcadĂ©mie française « se dit seulement des perles qui sont d’une rondeur fort imparfaite. Un collier de perles baroques Â»[3]. Près d’un siècle plus tard, en 1762, alors que le baroque s’achève, outre sa première signification, et toujours selon la mĂŞme AcadĂ©mie, « il se dit aussi au figurĂ©, pour irrĂ©gulier, bizarre, inĂ©gal. Â»[4]. Au XIXe siècle, pour la sixième Ă©dition de son dictionnaire, l’AcadĂ©mie inverse l’ordre des dĂ©finitions : les perles passent au second rang et le sens figurĂ© au premier. C’est en 1855 que, pour la première fois, le mot est utilisĂ© pour dĂ©crire la pĂ©riode et l’art succĂ©dant Ă  la Renaissance sous la plume de l’historien d’art suisse Jacob Burckhardt dans Le Cicerone[5]. Ça n’est pas un hasard si c’est dans le monde allemand que naĂ®t cette acception du mot, les Français et les Anglais disposent de leurs rois pour dĂ©crire l’évolution des styles (voir style Louis XIV, etc.) alors qu’à l’époque, l’Allemagne est divisĂ©e en une myriade de micro-États, le Kleinstaaterei.

Il faut attendre une gĂ©nĂ©ration et 1878 pour que le « style baroque Â» fasse son entrĂ©e dans le Dictionnaire de L’AcadĂ©mie française et que la dĂ©finition perde un peu de son caractère dĂ©prĂ©ciatif[6]. Il est vrai que l’impĂ©ratrice EugĂ©nie a remis au goĂ»t du jour les mignardises et le style Louis XV et qu’est nĂ©, ce que nous appelons le nĂ©obaroque[7] : la rĂ©habilitation peut commencer et Wölfflin Ă©crire son Ĺ“uvre pour nous Ă©clairer sur ce qu’est ce baroque si complexe, tourmentĂ©, irrĂ©gulier et, au fond, plus fascinant que bizarre…

L’historien d’art d’origine suisse Heinrich Wölfflin (1864–1945) Renaissance et Baroque [8] dĂ©finit le baroque comme un « mouvement importĂ© en masse Â», un art antithèse de l’art de la Renaissance. Il ne fait pas de distinctions entre le maniĂ©risme et le baroque, ce que font les auteurs modernes, et il ignore sa phase plus rĂ©cente, le rococo qui s’épanouit dans la première moitiĂ© du XVIIIe siècle. En France et en Grande-Bretagne, son Ă©tude n’est prise au sĂ©rieux qu’à partir de l’influence prĂ©dominante que Wölfflin acquiert au sein de l’école germanique.

Articles dĂ©taillĂ©s : baroque ancien, baroque moyen et rococo.

[modifier] Prémices

Façade de l'église du Gesù à Rome, considérée comme la première église de style baroque (1580, Giacomo della Porta)

Les idées germinales du Baroque se retrouvent dans le travail de Michel-Ange. Le style baroque débute aux alentours de 1580.

Les historiens de l’art, souvent protestants, ont traditionnellement accentuĂ© le fait que le style baroque Ă©voluait Ă  une Ă©poque oĂą l’Église catholique rĂ©agissait face Ă  plusieurs mouvements culturels produisant une nouvelle science et de nouvelles formes de religions – la RĂ©forme. On a dit que le baroque monumental Ă©tait un style que la papautĂ© pouvait instrumentaliser, comme le firent les monarchies absolues, en imposant une voie d’expression Ă  mĂŞme de restaurer son prestige, au point de commencement symbolique de la Contre-RĂ©forme catholique. Que ce fut ou non le cas, son dĂ©veloppement eut du succès Ă  Rome oĂą l’architecture baroque renouvela largement le centre-ville ; peut-ĂŞtre la plus importante rĂ©novation urbanistique.

[modifier] Diffusions

La popularitĂ© et le succès du baroque sont encouragĂ©s par l’Église catholique quand elle dĂ©cida que le cĂ´tĂ© dramatique du style des artistes du baroque pouvait promouvoir des thèmes religieux avec une implication directe et Ă©motionnelle. C’est un art du catholicisme tel qu'il fut dĂ©fini entre 1545-1563 par le Concile de Trente, dont le dĂ©cret le plus significatif est le « DĂ©cret sur l’innovation et les reliques des saints, et sur les images saintes Â». C’est donc un art de la Contre-RĂ©forme. Cependant, il connaĂ®tra de fortes rĂ©sistances dans les pays acquis Ă  la RĂ©forme, oĂą se dĂ©veloppera un art protestant. L’Angleterre restera en outre un important centre de refus, la France Ă©galement.

L’aristocratie laïque considérait également l’effet dramatique des arts et de l’architecture baroque comme une façon d’impressionner leurs visiteurs et leurs éventuels rivaux. Les palais baroques sont constitués d’une succession de cours à l’entrée, d’antichambres, de grands escaliers et de salles de réception, dans un ordre de splendeur croissante. De nombreuses formes d’art - musique, architecture et littérature - s’inspirent les unes des autres au sein de ce mouvement culturel.

Le charme du style baroque se transforme consciemment, passant de la finesse, des qualitĂ©s intellectuelles de l’art maniĂ©riste du XVIe siècle au charme viscĂ©ral visant les sens. Il emploie une iconographie directe, simple, Ă©vidente et dramatique. L’art baroque s’inspire dans une certaine mesure des tendances hĂ©roĂŻques d’Annibale Carracci et de son cercle, et trouve l’inspiration Ă  travers d’autres artistes comme Le Corrège et Le Caravage et Federico Barocci, qualifiĂ©s parfois de nos jours de « proto-baroques Â».

On oppose souvent l’art des Carraches (les frères et cousin) à l’art du Caravage par les termes de classique et baroque, ce sont deux influences opposées au niveau plastique (ce qui fut définit par Wölfflin) qui vont avoir beaucoup d’influences sur leurs successeurs.

Prométhée, de Nicolas-Sébastien Adam, 1737 (Musée du Louvre): un fiévreux tour de force rempli de tensions contrastées, de multiples angles et points de vue, et d’intense émotion.

Le Baroque tardif ou Rococo succède au Baroque classique, au XVIIIe siècle. Il apparaĂ®t dès la fin du XVIIe en Allemagne, en Autriche et en BohĂŞme. Le goĂ»t de la beautĂ© sensuelle apporte une composition plus libre au caractère systĂ©matique du Baroque du XVIIe siècle. L'ornementation se multiplie, devient riche et fantaisiste. Les fresques en trompe-l'Ĺ“il, les escaliers, les nymphĂ©es et les sculptures allĂ©goriques vont jusqu'Ă  la surcharge des Ă©glises, des châteaux et des fontaines. Vienne, Londres, Dresde, Turin, l'Allemagne du Sud et la BohĂŞme en adoptent toutes les audaces. Le plaisir des yeux est impĂ©ratif autour du "capriccio" exhubĂ©rant du Baroque tardif, comme la fontaine de Trevi Ă  Rome (1732-1762) par Salvi et l'escalier de Caserte près de Naples (1751-1758) par Vanvitelli.

Les espaces architecturaux s'ouvrent à Paris (place de la Concorde), à Bordeaux (place de la Bourse), à Nancy (place Stanislas). En Autriche, Fischer von Erlach et Lucas von Hildebrandt rivalisent d'architecture fantastique. En Bavière, les abbayes rurales se couvrent d'angelots. Les frères Adam sont célèbres à Munich Le Rococo de Bohême, de Moldavie et d'Allemagne du Sud orne les églises de pèlerinage, comme à Wies où les murs croulent sous les effets de dorures sur fond blanc.

Les colonies américaines de l'Espagne et du Portugal influencent le style plateresque ibérique. En France, les disciples de Mansart se tournent vers les hôtels particuliers et leur décor intérieur, visibles dans le faubourg Saint-Germain et dans le Marais ou encore sur les boiseries extraordinaires de Rambouillet.

[modifier] Caractéristiques

Le baroque a été défini par Heinrich Wölfflin comme l’époque où l’ovale remplace le cercle au centre de la composition, équilibre substitué de la centralisation, effets de couleur et de peinture commencèrent à devenir de plus en plus primordiaux.

Quelques gĂ©nĂ©rales analogies en musique rendent utile l’expression « musique baroque Â». Des phrases aux longueurs contrastĂ©es, l’harmonie et le contrepoint dĂ©logent la polyphonie, et les couleurs orchestrales apparaissent plus souvent. (Cf musique baroque). Une fascination semblable avec une expression simple, forte, dramatique, oĂą les rythmes clairs, amples, syncopĂ©s remplacent les comparaisons mĂ©taphysiques, sophistiquĂ©es et entrelacĂ©es de maniĂ©ristes comme John Donne. On ressent l’imagination fortement influencĂ©e par les dĂ©veloppements visuels de la peinture dans le Paradis Perdu de John Milton, une Ă©popĂ©e baroque.

En peinture, l’expression Baroque est plus ample que l’expression ManiĂ©riste : moins ambiguĂ«, moins obscure et mystĂ©rieuse, plutĂ´t comme l’expression de l’opĂ©ra, une forme d’art baroque majeur. La pose baroque s’appuie sur le Contrapposto (« dĂ©hanchement Â»), une tension dans la forme qui dĂ©place les plans des Ă©paules et des hanches dans deux directions opposĂ©es. (XVIĂ©mĂ© et XVIIe siècle).

[modifier] Peinture

EnĂ©e fuyant Troie Federico Barocci, 1598 : une scène d’inspiration classique, figĂ©e en pleine action dramatique, oĂą le plan de l’image Ă©clate dans un balayage de perspectives diagonales.
Article dĂ©taillĂ© : Peinture baroque.

Une dĂ©finition de la signification de baroque en peinture est fournie par les sĂ©ries de tableaux exĂ©cutĂ©s par Pierre Paul Rubens pour Marie de MĂ©dicis au Palais du Luxembourg Ă  Paris (Ă  prĂ©sent au Louvre)[9], dans lesquels un peintre catholique satisfait aux exigences d’un mĂ©cène catholique : les conceptions de la monarchie Ă  l’ère baroque, l’iconographie, la maĂ®trise de la peinture et les compositions tout comme la description de l’espace et du mouvement. De Caravaggio Ă  Cortona, il y avait diffĂ©rentes ramifications dans l’école italienne baroque, tous deux approchant la dynamique Ă©motionnelle dans des styles diffĂ©rents. Une autre Ĺ“uvre frĂ©quemment citĂ©e, Sainte ThĂ©rèse en extase du Bernin, pour la chapelle Cornaro de Sainte Marie de la Victoire, rassemble architecture, sculpture et théâtre dans une grandiose vanitĂ©.

Le style baroque tardif fait progressivement place à une décoration rococo, laquelle, cependant, contraste avec ce que l’on appela plus tard le baroque. Et en opposition au baroque on trouve l’art classique souvent directement assimilé à la France comme un art au service de la Monarchie.

[modifier] Sculpture

En sculpture baroque, les ensembles de figures prirent une importance nouvelle, il y eut un mouvement dynamique et une énergie portée par les formes humaines – elles s’enroulent en volutes autour d’un tourbillon central, ou atteignent vers l’extérieur les espaces alentours. Pour la première fois, la sculpture baroque eut plusieurs angles de vue idéaux. Une caractéristique de la sculpture baroque fut d’ajouter des éléments sculptés supplémentaires, par exemple, des éclairages dissimulés ou des fontaines.

L’architecture, les sculptures et les fontaines du Bernin (1598–1680) donnèrent les caractĂ©ristiques hautement chargĂ©es du style baroque. Le Bernin Ă©tait sans aucun doute le plus important sculpteur de la pĂ©riode baroque. Il s’approcha de Michel-Ange, du point de vue de ses compĂ©tences multiples : le Bernin sculptait, travaillait comme architecte, peignait, Ă©crivait des pièces et mettait en scène des spectacles. Ă€ la fin du XXe siècle, le Bernin Ă©tait très reconnu pour sa sculpture, Ă  la fois pour sa virtuositĂ© Ă  tailler le marbre et sa capacitĂ© Ă  crĂ©er des formes alliant physique et esprit. C’était aussi un bon sculpteur de bustes très demandĂ© des puissants.

[modifier] La chapelle Cornaro : le chef d’œuvre d’art total

La Transverbération de sainte Thérèse (1645–52), créée pour la chapelle Cornaro de l’église Sainte-Marie-de-la-Victoire à Rome, nous aide à comprendre le baroque. La chapelle conçue pour la famille Cornaro comme un espace auxiliaire sur un côté de l’église est un chef d’œuvre d’art total.

Vue d’ensemble de la Chapelle Cornaro et de la Transverbération de sainte Thérèse.

Le Bernin a façonné une boîte en brique formant une scène sur laquelle se pâme une sainte Thérèse de marbre blanc entourée d’un encadrement architectural de marbre polychrome révélant une fenêtre pour éclairer la statue par le haut. En léger relief, les groupes de visages sculptés de la famille Cornaro occupent des loges, le long de deux murs latéraux de la chapelle. L’observateur est placé, comme un spectateur-témoin de l’extase mystique de la sainte. Thérèse d'Avila est fortement idéalisée dans un décor imaginaire. La statue relate son expérience mystique contée aux nonnes de l’ordre des carmélites. Elle y décrit l’amour de Dieu comme une flèche brûlante perçant son cœur. Le Bernin concrétise littéralement cette image en représentant un ange, une flèche d’or à la main, tel un Cupidon, dans une posture d’inclination au-dessus d’elle et lui souriant. La figure angélique plonge la flèche dans sons cœur ou la lui retire. Le visage de la sainte reflète l’anticipation de l’extase ou son épanouissement.

Le mélange de religion et d’érotisme, l’un des aspects du génie baroque, a longtemps choqué, soit la retenue néoclassique, soit la pudeur victorienne. Le Bernin, un dévot catholique, n’est pas tenté de faire la satire d’une religieuse mais d’incarner dans le marbre une vérité complexe tirée de l’expérience religieuse. Thérèse décrit sa réaction physique à l’illumination spirituelle dans un langage d’extase utilisé par de nombreux mystiques et la représentation du Bernin est sincère.

La famille Cornaro se promeut discrètement dans cette chapelle, elle est reprĂ©sentĂ©e latĂ©ralement, elle assiste Ă  l’évènement depuis les balcons. Comme Ă  l’opĂ©ra, les Cornaro ont une position privilĂ©giĂ©e par rapport au spectateur, dans leur loge privĂ©e, au plus près de la sainte ; le spectateur nĂ©anmoins a une meilleure vue. C’est une chapelle privĂ©e, dans le sens oĂą personne ne pouvait dire de messe Ă  l’autel sous la statue (au XVIIe siècle et probablement jusqu’au XIXe) sans la permission de la famille ; mais la seule chose qui sĂ©pare l’observateur de l’image est la barrière de l’autel. Les fonctions de spectacle dĂ©montrent Ă  la fois le mysticisme et la fiertĂ© de la famille.

[modifier] Architecture

Le palais WilanĂłw en Pologne
Le palais de Ludwigsburg près de Stuttgart, le plus grand palais baroque
Melk, Wachau
Article dĂ©taillĂ© : Architecture baroque.

Dans l’architecture baroque, l’accent est mis à la fois sur l’aspect massif et chargé, colonnades, dômes, clair-obscur, effets colorés de peinture, et le jeu chargé des volumes opposés au vide. Dans les intérieurs, le mouvement baroque se manifeste autour et à travers un savant escalier monumental sans précédent en architecture. L’autre invention du baroque que l’on retrouve dans les intérieurs du monde entier est l’appartement public, une succession processionnelle d’intérieurs de richesse croissante culminant avec l’emplacement de la chambre à coucher, de la salle du trône, ou d’une chambre publique. L’enchaînement de l’escalier monumental suivi de l’appartement public fut copié à moindre échelle partout dans les résidences aristocratiques de toutes prétentions.

L’architecture baroque fut reprise avec enthousiasme dans la partie centrale de l’Allemagne (cf par exemple le Palais de Ludwigsburg et le Palais Zwinger à Dresde), en Autriche et en Pologne (cf par exemple Wilanow et le palais de Bialystok). En Angleterre, le point culminant de l’architecture baroque fut incarnée par l’œuvre de Sir Christopher Wren, Sir John Vanbrugh et Nicholas Hawksmoor, de ~1660 vers ~1725. On retrouve de nombreux exemples d’architecture baroque et de plan de ville dans les autres villes d’Europe, ainsi qu’en Amérique hispanique. Les plans de ville de cette époque comprennent des avenues rayonnantes, avec des squares à leurs intersections, s’inspirant des plans des jardins baroques.

[modifier] Littérature et philosophie

Article dĂ©taillĂ© : LittĂ©rature baroque.

En fait, le baroque exalte de nouvelles valeurs que l’on rĂ©sume souvent Ă  l’utilisation de mĂ©taphores et d’allĂ©gories, que l’on retrouve largement en littĂ©rature baroque, et en recherche de « maraviglia Â» (merveilleux, Ă©tonnement – comme dans le ManiĂ©risme), et l’utilisation d’artifices. Si le maniĂ©risme ouvrit une première brèche Ă  la Renaissance, le baroque en fut la rĂ©ponse opposĂ©e. On retrouva l’affliction psychologique de l’Homme – un thème abandonnĂ© après les rĂ©volutions de Copernic et de Luther dans la recherche d’un soutien solide, une preuve de l’ultime puissance humaine – Ă  la fois dans l’art et l’architecture de la pĂ©riode baroque. Une part rĂ©vĂ©latrice des Ĺ“uvres fut rĂ©alisĂ©e sur des thèmes religieux, depuis que l’Église catholique romaine Ă©tait le principal « client Â».

Les artistes recherchaient la virtuositĂ© (et le virtuoso devint une forme commune d’art) avec le rĂ©alisme, soucieux du dĂ©tail (certains parlent d’une « complexitĂ© Â» typique).

Le privilège donnĂ© aux formes extĂ©rieures devait composer et Ă©quilibrer le manque de contenu observĂ© dans de nombreuses Ĺ“uvres baroques : Maraviglia de Marino, par exemple, fut pratiquement rĂ©alisĂ© Ă  partir d’une forme primitive. Elles devaient susciter au spectateur, au lecteur, Ă  l’auditeur, fantaisie et imagination. Toutes Ă©taient focalisĂ©es sur l’homme en tant qu’individu, comme une relation directe avec l’artiste, ou directement entre l’art et ses utilisateurs, ses clients. L’art est alors moins distant de son utilisateur, s’approche de lui de manière plus directe, rĂ©solvant le fossĂ© culturel qui tenait Ă  l’écart l’art et l’usager l’un de l’autre, par Maraviglia. Mais l’attention croissante de l’individu, crĂ©a Ă©galement avec ces principes quelques genres importants comme le Romanzo (roman) et met de cĂ´tĂ© d’autres formes populaires ou locales, en particulier la littĂ©rature dialectale, ce qu’il faut souligner. En Italie ce mouvement face au simple individu (que certains dĂ©signent comme un « descendant culturel Â», tandis que d’autres l’indiquent comme une cause possible de l’opposition classique au baroque) fut la cause du remplacement irrĂ©mĂ©diable du latin par l’italien.

Dans la littĂ©rature anglaise, les poètes mĂ©taphysiques reprĂ©sentent un mouvement très apparentĂ© ; leur poĂ©sie employait de la mĂŞme façon d’inhabituelles mĂ©taphores, qu’ils examinaient souvent avec prĂ©cision. Leurs vers manifestent un goĂ»t pour le paradoxe, et pour d’inhabituelles et dĂ©libĂ©rĂ©ment inventives tournures de phrase.

[modifier] Théâtre

Dans le domaine du théâtre, l’élaboration de vanités, de multiples changements d’intrigue, et une variété de circonstances caractéristiques du maniérisme (les tragédies de Shakespeare par exemple) sont supplantés par l’opéra qui regroupe tous les arts en un tout unifié.

Plusieurs auteurs Ă©crivent des pièces de théâtre durant la pĂ©riode baroque tels que Corneille (ComĂ©dies, L'Illusion comique) et Molière (Dom Juan ou le Festin de pierre) en France ; Shakespeare (RomĂ©o et Juliette) en Angleterre ; Tirso de Molina (Marthe la dĂ©vote, comĂ©die ; le Trompeur de SĂ©ville, drame historique) et Lope de Vega(l’Etoile de SĂ©ville, Aimer sans savoir qui, comĂ©dies) ou Calderon (La Vie est un songe) en Espagne.

Le théâtre baroque peut se définir, dans un premier temps, comme le négatif du théâtre classique. À l’analyse intellectuelle, le baroque préfère l’émotion, la perception, à la recherche de la vraisemblance, le baroque promeut l’illusion, à l’unité de ton, le baroque privilégie l’inconstance et le paradoxe, à la simplicité, le baroque oppose la complexité.

En règle générale, la littérature baroque est marquée par une forte implication de la mort et du jeu de l’illusion. Comme dans les vanités en peinture, la mort est utilisée comme métaphore du temps qui passe, de l’irrémédiable, et de l’éphémère. Contrairement au romantisme, la mort ne représente pas une souffrance morale, mais plutôt une évidence métaphysique.

L’illusion est aussi caractĂ©ristique du baroque qui se prĂ©sente, Ă©tymologiquement, comme une pierre prĂ©cieuse Ă  multiples facettes. Ainsi, nombreuses Ĺ“uvres sont porteuses de diverses mises en abyme (peut aussi s'Ă©crire "abĂ®me") : dans l’Illusion Comique de Corneille, le public assiste au spectacle d’un père qui regarde son fils Ă©voluer dans un milieu qui s’avère ĂŞtre de la comĂ©die. De ce fait, l’auteur donne plus de force Ă  son plaidoyer en faveur du théâtre et entraĂ®ne malgrĂ© lui le public Ă  adhĂ©rer Ă  son point de vue. Les personnages, tout comme le spectateur, sont, Ă  un moment ou Ă  un autre, victimes de l’illusion. Pridamant croit son fils mort au vers 977, Matamore croit en ses propres mensonges. L’Illusion Comique ne fait pas que parler du théâtre : par ses personnages, cette pièce convoque aussi d’autres genres littĂ©raires rĂ©pandus au XVIIe siècle. Clindor est un hĂ©ros picaresque, c’est-Ă -dire audacieux et opportuniste, vagabond et aventurier, tandis qu’Alcandre semble ĂŞtre un avatar des mages prĂ©sent dans les pastorales. De mĂŞme, le personnage de Matamore correspond au type du soldat fanfaron prĂ©sent dans les comĂ©dies latines.

L’illusion permet aussi de dire la vĂ©ritĂ© : on le voit dans la pièce Hamlet, de Shakespeare. Le jeune Hamlet sait que le roi actuel, son oncle, a tuĂ© son propre frère, autrement dit le père du jeune hĂ©ros. Il fait reprĂ©senter sous les yeux du roi une scène de meurtre semblable en tous points Ă  celle que nous n’avons pas vue, mais que nous connaissons par le discours du fantĂ´me du roi Hamlet assassinĂ© par son frère. Le roi, devant cette reprĂ©sentation, quitte la scène. Dans cette pièce, illusion et vĂ©ritĂ© se rejoignent Ă©trangement et provoquent ainsi un vertige chez le spectateur. Dom Juan de Molière met aussi en scène un caractère baroque : l’inconstance. Pour le HĂ©ros sĂ©ducteur, « tout le plaisir de l’amour est dans le changement Â», cette thèse s’applique dans tous les domaines et rejoint ainsi le mouvement baroque.

L’esthĂ©tique baroque repose sur le mouvement, l’inconstance, la contradiction, l’antithèse. Les personnages passent d’une palette de sentiments Ă  une autre. On est dans l’excès, le paroxysme. Le discours donne Ă  voir plus qu’à entendre ; il s’agit de montrer, de convoquer les images par le procĂ©dĂ© rhĂ©torique de l’hypotypose. Alors que l’esthĂ©tique classique recherche l’unitĂ©, le baroque se complaĂ®t dans la pluralitĂ©, d’oĂą son goĂ»t pour l’accumulation. Le baroque donne les deux versants d’une mĂ©daille : la vĂ©ritĂ© est indissociable du mensonge, comme le rĂ©el l’est du rĂŞve, comme la vie l’est de la mort.

Au théâtre, le baroque est également traduit grâce à une certaine mise en scène (lumières, jeux, costumes, décors...) qui met en évidence les caractères du mouvement.

[modifier] Musique

Article dĂ©taillĂ© : Musique baroque.

En musique, le baroque s’applique à la fin de la période de la domination du Contrepoint imitatif.

NĂ© dans une Italie oĂą les idĂ©es fusaient mais ne se dĂ©plaçaient qu’au rythme des transports de l’époque, on constate en ces annĂ©es 1600 le dĂ©veloppement parallèle de genres constituant peu Ă  peu ce que l’on a appelĂ© ensuite la musique baroque. Ces aventures musicales sont liĂ©es Ă  des villes ou des rĂ©gions bien distinctes :

L’Orfeo de Monteverdi créé en 1607 à Mantoue marque traditionnellement la naissance de l’opéra. On note la naissance du genre oratorio à Rome avec La Rappresentazione di Anima e di Corpo d’Emilio de Cavalieri en février 1600.

À Venise entre 1550 et 1610, plus précisément dans la basilique Saint Marc, se développe un style polychoral avec Gabrieli et Merulo qui donne à l’Europe une des musiques les plus grandioses et les plus sonores qui aient été composées jusqu’alors, impliquant plusieurs chœurs de chanteurs, des cuivres et des cordes répartis dans des emplacements différents de la Basilique.

Le terme baroque est utilisĂ© pour dĂ©signer Ă  la fois le style de musique composĂ© au cours de la pĂ©riode chevauchant celle de l’art baroque, et Ă©galement celui d'une pĂ©riode lĂ©gèrement plus tardive. Jean-SĂ©bastien Bach et Haendel, voire Gioacchino Rossini sont souvent considĂ©rĂ©s comme leurs figures culminantes. L’étendue des points communs de la musique baroque avec les principes esthĂ©tiques des arts graphiques et littĂ©raires de la pĂ©riode baroque est encore une question dĂ©battue. L’amour de l’ornementation est un Ă©lĂ©ment commun assez clair, et il est peut ĂŞtre significatif que le rĂ´le de l’ornement fut grandement diminuĂ© Ă  la fois en musique et en architecture lorsque la pĂ©riode classique remplaça le baroque. On peut noter que l’application du terme « baroque Â» Ă  la musique est un dĂ©veloppement relativement rĂ©cent : le premier usage du mot appliquĂ© Ă  la musique apparut seulement en 1919, inventĂ© par Curt Sachs. Il fallut attendre 1940 pour qu’il fĂ»t employĂ© pour la première fois en anglais (dans un article publiĂ© par Manfred Bukofzer) ; mĂŞme Ă  la fin des annĂ©es 1960, il y avait encore d’importants dĂ©saccords dans les cercles acadĂ©miques pour dĂ©terminer si une musique aussi variĂ©e que celle de Jacopo Peri, François Couperin et J.S. Bach pouvait ĂŞtre regroupĂ©e, de façon sensĂ©e, sous une mĂŞme appellation.

L’opéra nait durant l’époque baroque à l’écart de l’expérience de Florentine Camerata, les créateurs de la monodie, qui tentèrent de recréer les théâtres des arts de la Grèce antique. Effectivement, c’est exactement l’événement qui est souvent présenté comme le début de la musique baroque vers 1600.

NĂ©o-baroque : le foyer de l’OpĂ©ra de Charles Garnier, Paris, plan datant du Second Empire, 1861, ouvert finalement en 1875

[modifier] Le néobaroque

Article dĂ©taillĂ© : nĂ©obaroque.

[modifier] Voir aussi

[modifier] Notes et références

  1. ↑ Olívio da Costa Carvalho, Dicionário de português-francês, Porto Editora, 1996 (ISBN 972-0-05011-X)
  2. ↑ Albert Dauzat & al., Dictionnaire étymologique Larousse, 1989 (ISBN 2-03-710006-X)
  3. ↑ Dictionnaire de L’Académie française, 1re édition. en ligne
  4. ↑ Dictionnaire de L’Académie française, 4e édition. en ligne.
  5. ↑ Source : Claude LebĂ©del, Histoire et splendeurs du baroque en France, Ă©dition Ouest-France, Rennes, 2003.
  6. ↑ Dictionnaire de L’Académie française, 7e édition. F. Didot, Paris, 1878 en ligne
  7. ↑ On rappellera les mots de Charles Garnier rĂ©pondant Ă  l’impĂ©ratrice qui lui demandait de quel style Ă©tait l’OpĂ©ra Garnier qu’il prĂ©sentait : « c’est du NapolĂ©on III, votre Altesse… Â» tant Ă©tait devenu indĂ©finissable le style en vogue mĂ©langeant Renaissance, nĂ©oclassicisme et style Louis XV.
  8. ↑ Heinrich Wölfflin, Renaissance und Barock: Eine Untersuchung über Wesen und Entstehung der Barockstils in Italien, 1888
  9. ↑ The Life of Marie de' Medici

[modifier] Bibliographie

  • Germain Bazin, Baroque et Rococo, Thames & Hudson, coll. « Univers De L’art Â», Paris, 1964, rééd. 2004 (ISBN 2878110730)
  • Germain Bazin, Destins du baroque, Hachette Groupe Livre, Paris, 1968
  • Yves Bottineau, L’Art baroque (1986), Citadelle & Mazenod, Paris, rééd. 2006, (ISBN 978-2850880216)
  • Gilles Deleuze, Le Pli - Leibniz et le baroque, Les Ă©ditions de Minuit (coll. « Critique Â»), Paris, 1988, 191 p.
  • Dominique Fernandez, photographies de Ferrante Ferranti. La perle et le croissant/L’Europe baroque de Naples Ă  Saint-PĂ©tersbourg, Omnibus, coll. « Terres Humaines Â», Paris, 1995, trad. Agathe Rouart-ValĂ©ry, Ă©d. Gallimard, Paris, coll. « Folios essais Â», 1935, rééd. 2000, (ISBN 2070413411)
  • (en) Michael Kitson, The Age of Baroque, Ă©d. McGraw-Hill, Londres, 1966,
  • (en) John Rupert Martin, Baroque (Style and civilization), Ă©d. Viking, 1977, (ISBN 978-0713909265)
  • Benito PelegrĂ­n, Figurations de l’infini, l’âge baroque europĂ©en, le Seuil, Paris, 2000, 456 pages, (ISBN 2020147017)
  • Benito PelegrĂ­n, D'un Temps d'incertitude, Éditions Sulliver, Paris, 2008.
  • Victor-Lucien TapiĂ©, Baroque et classicisme, Hachette, coll. « Pluriel RĂ©fĂ©rence Â», 1957, réédition 1980, (ISBN 2012792766)
  • Victor-Lucien TapiĂ©, Le Baroque, PUF, coll. « Que sais-je Â», Paris, 2000, (ISBN 213052849X)
  • Heinrich Wölfflin, Renaissance et baroque, Ă©d. G. Monfort, collection « Imago Mundi Â», Brionne, 1997, (ISBN 2852265370)
  • Yves Bonnefoy, Rome, 1630 - L'horizon du premier baroque, Flammarion, Paris 2000

[modifier] Articles connexes

[modifier] Liens externes

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