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La bisexualité (mot formé du préfixe bi (deux) et de « sexualité »[1], sur le modèle de homosexualité et hétérosexualité) désigne l'attirance sexuelle et sentimentale pour les deux sexes, soit simultanément soit alternativement.
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À l'origine, le terme s'appliquait à la biologie ; puis il a pris le sens d'une prédisposition biopsychologique à la fois féminine et masculine propre à tout être humain. Cette prédisposition n'augure en rien des conduites sexuelles à proprement parler. Il ne faut pas la confondre avec l’androgynie, c’est-à-dire un être humain dont l'apparence ne permet pas de décider à quel sexe il appartient. Quand une personne est physiquement porteuse des deux sexes, on parle plutôt d'intersexuation (ou anciennement d'hermaphrodisme).
On distingue la bisexualité comme comportement de la « bisexualité psychique » théorisée notamment par Wilhelm Fliess et Sigmund Freud qui serait le fondement psychique inconscient de tout être humain. Dans Trois essais sur la théorie sexuelle, Freud avance le concept de bisexualité innée, selon lequel, à la naissance, tout être humain porte en lui des dispositions à la fois féminines et masculines, et doit réprimer l'une ou l'autre au fil de son développement pour s'identifier pleinement à son sexe physique ; l'incapacité à réprimer les tendances relevant du sexe opposé font partie des explications avancées par Freud pour déterminer l'origine de certains troubles de la personnalité. En psychanalyse, le concept de « bisexualité psychique » se réfère donc à ce que les études sur le genre ont appelé ensuite l'identité de genre, c'est-à-dire la correspondance entre l'identité intime et sociale d'une personne et son sexe physique (le fait qu'un humain mâle peut se sentir plus ou moins masculin et/ou féminin, par exemple). Cet emploi du terme doit être distingué de l'usage courant du mot pour évoquer une orientation sexuelle, puisqu'à partir de la seconde moitié du XXe siècle les sciences humaines font une distinction nette entre l'identité de genre d'une personne et son orientation sexuelle.
Dans son sens actuel, le terme « bisexualité » désigne les conduites et l'attirance sexuelle ou sentimentale pour des personnes de sexe féminin et masculin, soit simultanément soit alternativement. La bisexualité agie est une orientation sexuelle caractérisée par l’amour ou le désir sexuel pour les membres des deux sexes, distincte de l’homosexualité et de l’hétérosexualité, de la pansexualité (ou omnisexualité), ou encore de l’asexualité. Les personnes bisexuelles peuvent avoir des relations simultanées avec les partenaires de sexe masculin et féminin, pratiquer la monogamie en série avec des partenaires de l’un ou l’autre sexe, avoir des relations de plus ou moins de longue durée avec des partenaires d’un seul sexe ou pratiquer la chasteté. La bisexualité se réfère aux désirs et au concept de soi, pas nécessairement au comportement.
Pour quelles raisons existe-t-il des activités bisexuelles chez les hominidés ? Dans les années 2000, les recherches en neurosciences ont montré que les êtres humains stimulent leurs zones érogènes car cela procure des récompenses / renforcements dans le cerveau[2]. Ces récompenses, en particulier l'orgasme, sont perçues au niveau de la conscience comme des sensations de plaisirs érotiques et de jouissances. En simplifiant, l'être humain recherche les activités sexuelles car elles procurent des plaisirs érotiques intenses.
Chez l'être humain (et le chimpanzé, le bonobo, l'orang outan et le dauphin), le comportement sexuel n'est plus un comportement de reproduction, mais devient un comportement érotique[3]. Au cours de l'évolution, l'importance et l'influence des hormones[4] et des phéromones[5],[6] sur le comportement sexuel a diminué. Au contraire, l'importance des récompenses est devenue majeure[2]. Chez l'être humain, le but du comportement sexuel n'est plus le coït vaginal mais la recherche des plaisirs érotiques, procurés par la stimulation du corps et des zones érogènes[7].
Pour ces raisons, on observe que quasiment tous les primates ont des activités bisexuelles[8],[9], en particulier les chimpanzés Pan paniscus (bonobo)[10], que dans les sociétés sexuellement libérales les enfants et les adolescents ont des activités bisexuelles[11],[12],[13], et qu'apparemment il existait dans toutes les sociétés anciennes de guerriers, avant l'avènement des religions actuelles qui sont peu favorables à la sexualité, des pratiques bisexuelles généralisées[14]. L'influence majeure du contexte culturel dans l'orientation sexuelle est bien mise en évidence par exemple dans la société Grecque de l'Antiquité, où la femme avait une position inférieure à l'homme. L'amour le plus désirable, l'« amour céleste », était homosexuel[15],[16]. L'hétérosexualité était dévalorisée, les épouses servant à avoir une descendance légitime et une gardienne fidèle au foyer[17].
Toutes ces données suggèrent qu'il existe une tendance significative à la bisexualité chez l'être humain. Alors pour quelles raisons la bisexualité n'est-elle pas généralisée dans les sociétés occidentales actuelles ? Il faut prendre en compte en Occident la grande valorisation culturelle du couple hétérosexuel, une très forte homophobie[18], et surtout un très fort monosexualisme expliquant d'une part le fait que les bisexuels sont souvent rejetés par les hétérosexuels et également par les homosexuels (voyez à Biphobie), et d'autre part que la bisexualité n'existe pas au niveau des pratiques et des valeurs culturelles[19], et qu'il est donc extrêmement difficile de vivre de manière bisexuelle[20]. Néanmoins, malgré la biphobie, l'homophobie et l'hétérocentrisme, on observe quand même qu'entre un tiers et la moitié des personnes occidentales ont eu au moins une expérience bisexuelle[21], mais que vraisemblablement la plupart des personnes, en raison de toutes les difficultés et pressions psychologiques exposées précédemment, se conforment aux pratiques et aux valeurs dominantes.
Pour toutes ces raisons, la bisexualité est biologiquement normale et ne peut être considérée comme un acte contre-nature, une maladie ou un trouble psychologique. Chez l'être humain, le but du comportement érotique est la recherche des plaisirs sexuels, nouveaux, variés et intenses, « peu importe le sexe ou le genre du ou des partenaire(s) »[22].
Plusieurs sexologues ont conçu des échelles de mesure de la sexualité qui visent à rendre possible une étude des comportements sexuels humains plus précise que les catégories tranchées d'hétérosexualité, d'homosexualité ou de bisexualité. Le premier et le plus connu des chercheurs à réaliser une étude ce genre est le sexologue américain Alfred Kinsey : dans deux études connues sous le nom de rapports Kinsey (Sexual Behavior in the Human Male en 1948 et Sexual Behavior in the Human Female en 1953), il emploie une échelle qui, en se fondant sur les témoignages des personnes interrogées sur leurs pratiques sexuelles, les classe non pas en deux ou trois catégories tranchées, mais en sept catégories qui vont de l'hétérosexualité exclusive (degré 0) jusqu'à l'homosexualité exclusive (degré 6). Les degrés intermédiaires correspondent à des comportements de fait bisexuels. Les rapports Kinsey font beaucoup de bruit à leur parution, car ils montrent que les personnes ayant eu des rapports sexuels avec des personnes des deux sexes sont beaucoup plus nombreuses que ce que l'on croyait jusqu'alors. Par la suite, l'échelle de Kinsey est souvent évoquée pour réfuter la conception traditionnelle binaire de la vie sexuelle en hétérosexualité et homosexualité[23].
| Valeur | Explication |
|---|---|
| 0 | Exclusivement hétérosexuel(le) |
| 1 | Prédominance hétérosexuelle, expérience homosexuel(le) |
| 2 | Prédominance hétérosexuelle, occasionnellement homosexuel(le) |
| 3 | Bisexuel sans préférence |
| 4 | Prédominance homosexuelle, occasionnellement hétérosexuel(le) |
| 5 | Prédominance homosexuelle, expérience hétérosexuel(le) |
| 6 | Exclusivement homosexuel(le) |
Dans les années 1970, un autre sexologue américain, Fritz Klein, élabore un autre instrument d'étude du comportement sexuel, encore plus précis, afin de prendre en compte la grande variété des témoignages qu'il recueille au cours d'un forum sur la bisexualité qu'il crée et anime à New York. Il publie pour la première fois cet outil, la grille d'orientation sexuelle de Klein, dans son ouvrage The Bisexual Option en 1978. La grille d'orientation sexuelle de Klein n'est pas une échelle de mesure, mais un modèle de formulaire pour interroger les personnes sur leur sexualité. Elle prend en compte non pas seulement les pratiques sexuelles, mais aussi les sentiments de la personne ou encore ses fantasmes. Elle fait par ailleurs le distinguo entre la vie passée de la personne, sa vie présente et son idéal de vie. Pour chacune de ses réponses, la personne peut répondre par des chiffres allant de 1 (le même sexe seulement) jusqu'à 7 (l'autre sexe seulement). Les pratiques, le vécu, les désirs et les sentiments des personnes interrogées sont ainsi pris en compte de manière plus nuancée, ce qui aboutit à un profil d'orientation sexuelle composé de 21 critères différents[24].
Dans les années 2000, une étude menée par Lisa M. Diamond, chercheuse en psychologie à l'université d'Utah aux États-Unis, qui a suivi un groupe de 79 femmes non hétérosexuelles pendant dix ans[25], a montré l'existence d'une orientation bisexuelle pérenne chez les femmes, la pérennité de l'orientation bisexuelle (92%) sur dix ans étant supérieure à celle de l'orientation lesbienne (66 %).
Lors d'une enquête sur l'orientation sexuelle en France menée par l'IFOP début 2011[26], 3% des personnes interrogées se déclaraient bisexuelles. Extrapolé à l'échelle du pays, ce pourcentage donne environ 1,48 millions de personnes bisexuelles en France[26]. Parmi les personnes qui se déclarent bisexuelles ou homosexuelles, l'enquête constate une légère surreprésentation des hommes sur les femmes, ainsi qu'une légère surreprésentation des personnes âgées de moins de 50 ans, peut-être en raison de la libération des mœurs après 1960[26]. Il n'y a en revanche aucune différence entre les bisexuels, les hétérosexuels et les homosexuels en termes de répartition géographique ou de milieu social[26]. Les bisexuels sont légèrement plus nombreux que les homosexuels à vivre en couple (55% contre 46%) ; ils sont aussi plus nombreux à avoir des enfants à la maison (24% contre 14%)[26].
Il est important de garder à l'esprit que les termes d’hétérosexualité, d'homosexualité, de bisexualité, et plus généralement les notions mêmes de sexualité et d'orientation sexuelle sont des concepts relativement récents à l'échelle de l'Histoire (ils ont été introduits par la médecine et la psychologie au XIXe s.). Ils ne sont donc pas forcément adaptées dans des contextes historiques plus anciens, puisque les sociétés anciennes ne réfléchissaient pas dans les mêmes termes et n'utilisaient pas (ou pas exactement) les mêmes catégories de pensée. Il n'est cependant pas absurde de supposer que, de tout temps, il a existé des personnes éprouvant des attirances que nous appellerions aujourd'hui hétérosexuelles, homosexuelles ou bisexuelles, mais ces attirances ne s'inscrivaient pas dans les mêmes cadres sociaux (libertés, contraintes, modes de sociabilité, etc.) : elles ne prenaient donc pas les mêmes formes et ne donnaient pas lieu à l'élaboration d'identités individuelles (« je suis gay », « je suis bi ») comme c'est le cas à partir de la fin du XXe siècle[27].
Si l'on tente d'observer les comportements bisexuels et leur acceptation ou leur rejet dans les différentes sociétés à travers l'Histoire, il apparaît que la bisexualité a une histoire universelle, selon la plupart des sources historiques et littéraires. Dans la plupart des sociétés connues, les gens ont montré des degrés variables de bisexualité, et ce sans que ce comportement ait été jugé anormal. La plupart des relations bisexuelles étaient attachées soit à une période de la vie (comme pour le shudo dans le Japon pré-moderne), soit à un troisième genre (comme pour les Deux-Esprits nord-amérindiens ou les bacchás d'Asie centrale). Ce sont plutôt les comportements hétérosexuels et homosexuels masculins, bien qu'également présents, qui semblent constituer des exceptions partout, sauf dans les sociétés influencées par les religions abrahamiques (judaïsme, islam et certaines églises du christianisme), où les comportements bisexuels et homosexuels sont fortement réprimés et l'hétérosexualité encouragée. La majeure partie de ce que l’on appelle homosexualité dans les cultures anciennes est en fait une forme de bisexualité, dans la mesure où les pratiques et relations homosexuelles sont très rarement conçues comme excluant toute relation hétérosexuelle (au contraire de la catégorisation actuelle, dans laquelle une personne homosexuelle est attirée exclusivement par les personnes du même sexe).
L'histoire de la bisexualité féminine est plus difficile à établir, dans la mesure où les sociétés les mieux connues étaient généralement patriarcales et où les sources diverses nous renseignent plutôt sur les relations entre hommes.
Dans la Grèce antique, il semble que les hommes avaient successivement des comportements majoritairement hétérosexuels, et de temps en temps homosexuels et bisexuels. L'homosexualité était associée à l'adolescence, suivie par une phase de bisexualité caractérisée par des relations pédérastiques, puis l'homme adulte se mariait, enfantait et adoptait un comportement principalement hétérosexuel. La Rome antique, la Chine et le Japon connaissent également des modèles de comportement similaires[réf. nécessaire]. Le cas le plus célèbre est sans nul doute celui d'Alexandre le Grand qui a eu beaucoup de femmes, mais entretenait aussi des relations avec au moins deux hommes, dont son ami proche Héphaestion. Mais les comportements bisexuels étaient également courants chez les empereurs romains et chinois, ou encore chez les shogun japonais.
En Grèce antique, la pratique de la pédérastie s'inscrit dans une conception de la vie sentimentale et sexuelle qui tient d'une bisexualité successive[28]. Dans un premier temps, à partir de la puberté, le jeune homme est en âge d'être courtisé par des hommes d'âge mûr, et de lier avec l'un d'eux une relation pédérastique dans laquelle il est l'éromène (« l'aimé »). Ce type de relation n'empêche nullement le jeune homme de commencer à être également attiré par des jeunes gens de son âge, qu'il s'agisse de jeunes garçons ou de jeunes filles. Lorsque le jeune homme achève sa puberté, et qu'il commence à avoir de la barbe, il est tenu d'abandonner progressivement son rôle d'éromène, et songe à se marier. Une fois adulte, l'homme mûr peut avoir des relations homosexuelles, mais cette fois en tant qu'éraste (« amant »), avec des hommes plus jeunes qu'il courtise comme lui-même a été courtisé pendant son adolescence.
Le modèle social fait donc coïncider les âges de la vie avec des rôles différents dans la relation. L'homme adulte a le droit d'avoir des relations homosexuelles avec des jeunes gens, tant qu'il les courtise dans les règles, mais il est mal vu d'en venir à dédaigner toute relation avec les femmes : l'homosexualité telle qu'on la conçoit de nos jours, c'est-à-dire une attirance entièrement tournée vers les personnes du même sexe, n'était donc pas acceptée. De plus, s'il est normal pour un jeune homme d'être passif dans la relation, un homme adulte doit tenir le rôle actif : il était parfois mal vu qu'un adulte continue à tenir un rôle passif dans une relation.
Les formes de ce type de relation, et leur admission ou leur rejet par la société, sont très variables selon les cités grecques et selon les auteurs qui abordent le sujet. Ainsi Platon défend-il une conception entièrement éducative de la relation pédérastique, en en rejetant la composante sexuelle. Il faut garder une certaine distance envers ces textes, puisqu'il est très possible que certains auteurs aient tenté de minimiser cet aspect ou au contraire de l'exalter. Les sources montrent en tout cas clairement l'existence de ces relations, qu'il s'agisse des relations très codifiées de la pédérastie ou au contraire de la prostitution.
Quoi qu'il en soit, les amours homosexuels comme hétérosexuels sont abondamment évoquées par les arts grecs antiques, aussi bien la céramique que la littérature. Un thème répandu est la comparaison de l'amour des filles et de l'amour des garçons, que l'on trouve dans le Dialogue sur l'amour de Plutarque[29], dans les Amours du pseudo-Lucien ou encore dans le roman grec Leucippé et Clitophon d'Achille Tatius[30].
Plutarque affirme que « celui qui aime la beauté humaine sera favorablement et équitablement disposé envers les deux sexes, au lieu de supposer que les hommes et les femmes diffèrent sous le rapport de l'amour comme sous celui du vêtement »[réf. nécessaire].
La bisexualité féminine est moins bien documentée. La poétesse Sappho, connue pour ses amours lesbiennes, évoque en réalité dans ses poèmes des attirances pour des personnes des deux sexes (que ces attirances soient ou non autobiographiques). On trouve également l'évocation de relations entre femmes dans certaines séquences des Dialogues des courtisanes (attribués à Lucien).
La bisexualité est l'orientation sexuelle « normale » chez les Romains[31],[32]. Leur règle de comportement moral suppose qu'un homme libre doit être actif, c'est-à-dire être celui qui pénètre : la passivité chez un citoyen libre est infamante, et fait perdre tout honneur à celui qui s'est fait pénétrer.
En conséquence, on ne peut pénétrer, en dehors de sa femme, aucune femme libre, célibataire ou mariée, et aucun homme libre : si deux hommes libres ont des rapports, l'homme passif est, en théorie, sévèrement puni. Si un adulte a des rapports avec un jeune citoyen non pubère, il est également puni. Les esclaves et tous ceux qui ne sont pas romains, hommes et femmes, enfants, adolescents ou adultes, sont à la disposition de leurs maîtres. Le philosophe Sénèque résume ce principe en ces termes : « La passivité sexuelle chez un homme libre est un crime, chez un esclave, une obligation, chez l'affranchi, un service[32] ». Ainsi l'orateur Cicéron a une femme (et un fils), mais lui préfère les charmes de son jeune esclave-secrétaire favori[32].
Les homosexuels ont parfois adopté l’étiquette « bisexuel(le) » de façon à garder le privilège de l’hétérosexualité. En découle l’idée reçue que tous ceux qui s’identifient comme bisexuel(le)s sont en réalité des gays ou lesbiennes ayant peur de l’admettre. Cette idée fausse explique cependant un des adages de la culture gay : « Bi maintenant, gay plus tard ». Beaucoup de bisexuels ne se sentent de véritable place ni dans la communauté gay ni dans le monde hétérosexuel, parce qu’ils ont tendance à rester invisibles au public (vivant sans attirer de l’attention des sociétés homosexuelles et hétérosexuelles). La communauté bisexuelle se forme notamment pour lutter contre cette occultation de la bisexualité.
Le mot « biphobie » est un néologisme[33] caractérisant une personne pensant que la bisexualité n'existe pas, ayant de nombreux préjugés contre ces personnes, c'est-à-dire croyant qu'on ne peut être qu'hétérosexuel ou homosexuel, ou possédant des clichés défavorables sur la bisexualité, comme par exemple le fait qu'être bisexuel rendrait infidèle ou instable. Le modèle binaire, monosexualiste, qui ne reconnaît que l'hétérosexualité et l'homosexualité reste encore prépondérant. Dans les années 2000, dans les sociétés occidentales, la bisexualité est beaucoup mieux acceptée chez les femmes que chez les hommes[34] ; les bisexuelles sont d'autant plus libres de parler ouvertement de leur sexualité que les bisexuels[34].
En 1987, un groupe de militants bisexuels fonde le North American Bisexual Network (NABN) après une manifestation à Washington ; il devient en 1991 le BiNet USA[35]. Plusieurs autres associations de bisexuels fleurissent également dans différentes parties des États-Unis. De 1990 à 2002, le magazine Anything That Moves (« Tout ce qui bouge ») contribue à lutter contre la biphobie et à donner une meilleure visibilité aux bisexuels au sein des mouvements LGBT. Le sexologue et psychiatre Fritz Klein entretient également une activité de militant : il crée en 1998 l'American Institute of Bisexuality, qui a pour but de favoriser les études portant sur la bisexualité, mais aussi de mieux diffuser les connaissances à ce sujet et donc de lutter contre les clichés.
Une communauté bisexuelle active émerge en Grande-Bretagne au cours des années 1980-1990. En 1994, un rassemblement de militants bisexuels débouche sur l'institution de conférences nationales annuelles sur la bisexualité, qui se transforment quelques années plus tard en une importante convention, la BiCon[36]. À partir de 1995, un fanzine mensuel, Bi Community News, diffuse l'actualité de la communauté. Il existe plusieurs associations et groupes de bisexuels, comme le Bisexual Index, fondé lors d'une BiCon en 2007[37],[36].
En France, la première association nationale de bisexuels, Bi'Cause, est créée en 1997 à Paris par un groupe de femmes lassées d'être confrontées à la biphobie au sein de la communauté lesbienne[38]. Elle célèbre la Journée de la bisexualité à partir de 2009[39].
Le nombre d'associations bisexuelles dans le monde s'accroît énormément au cours des années 1990. L'édition 2001 du Bisexual Resource Guide, un document produit par le Bisexual Resource Center et qui contient un annuaire des associations bisexuelles dans le monde, répertorie 2134 organisations bisexuelles dans 68 pays (incluant des pays aussi divers que le Botswana, la Colombie, les îles Fidji, la Hongrie, la Lituanie, la Namibie, Singapour, la Corée du sud ou l'Uruguay)[40].
Pour plus de visibilité et pour créer un symbole pour le rassemblement de la communauté bisexuelle, Michael Page a créé le drapeau de la fierté bisexuelle en 1998, sur le modèle du drapeau arc-en-ciel, afin d'accroître la visibilité des bisexuels au sein de la communauté LGBT.
Le drapeau bisexuel a une raie rose en haut pour l’homosexualité, une raie bleue en bas pour l’hétérosexualité et violette au milieu pour représenter la bisexualité, le violet étant la combinaison du rouge et du bleu. Cette dernière est plus petite que les autres, figurant ainsi la non-visibilité des bisexuel(le)s dans la société.
Le « double croissant » bisexuel représente deux lunes opposées et tangentes en un point. Utilisé essentiellement en Allemagne, il a été conçu en 1998 par Vivian Wagner avec l'assistance d'une équipe, afin d'offrir un autre symbole que le triangle rose, peu apprécié à cause de son lien avec la déportation des homosexuels sous le régime nazi[41].
La journée de la Bisexualité a été créée en 1999. Elle est célébrée le 23 septembre par les bisexuels du monde entier à chaque année. Elle donne lieu à diverses initiatives militantes de communication auprès du grand public et de lutte contre la biphobie.
Rose By Any Other Name, une web-série réalisée par Kyle Schickner pour FenceSitter Films et lancée en 2009, a pour personnage principal une femme qui s'identifie d'abord comme lesbienne, puis se découvre bisexuelle lorsqu'elle tombe amoureuse d'un homme[52].
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