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Un bourg est une agglomération rurale moins importante que la ville où se tient ordinairement le marché des villages environnants[1]. On parle généralement de bourg pour désigner une cité de taille intermédiaire entre le village et la ville, sans faubourg[2] ou banlieue. Sur le plan administratif, le bourg est le chef-lieu d'une commune dont peuvent dépendre des villages et hameaux.
Cependant, la fonction et l'importance symbolique, économique ou politique du bourg ont pu évoluer au cours des siècles et le terme même a changé de sens.
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L'étymologie du mot et sa portée historique réelle font encore débat parmi les linguistes et les historiens. Il semble que sa provenance, autant que sa définition historique soient plus complexes que les réponses généralement apportées dans des ouvrages utilisés comme référence.
Ces hypothèses, sommairement exposées, appellent deux remarques : d'une part, elles ne prennent pas suffisamment en compte la phonétique, d'autre part les sources historiques et géographiques (attestations anciennes, localisation, toponymie) sont mal exploitées.
Pour Lucien Guinet[8], l'évolution de « fort » à « ville » semble un fait acquis, mais elle n'implique nullement que le français bourg procède du latin burgus, et cela, pour de nombreuses raisons qu'il expose.
Effectivement, le terme burgus latin a pu laisser des traces et il semble que l'espagnol et le portugais burgo, bourg puis quartier de ville, ainsi que les toponymes Burgos et El Burgo de Osma en soient issus, car seul un /u/ long latin: būrgus peut expliquer ces formes, le germanique *burg avec un /u/ toujours bref aurait donné *borgo, *borgos (à noter qu'en vieux castillan, il existe un terme buergo qui procède sans doute du gotique baurgs). Cette hypothèse est renforcée par des toponymes occitans du type Burc (/ü/), qui postulent un /u/ long, alors qu'on trouve également en occitanie la forme Bourg (de Borg, d'où provençal borgada qui a donné « bourgade »). Or, il est douteux que dans une même région, on ait deux évolutions phonétiques différentes à partir d'un même étymon. On peut donc supposer soit l'étymon germanique *burg par l'intermédiaire de l'ancien français borc, soit une francisation d'anciens Burg en Bourg. On constate que le vieux français présente une phonétique différente de ces trois langues qui peut s'expliquer par l'étymon germanique *burg.
Les traces historiques du terme burgus au Bas Empire sont réelles, comme on l'a vu, mais le terme n'est pas utilisé dans les textes officiels, où apparait vicus pour village. À l'époque mérovingienne, vicus est remplacé d'une part par cortis et puis par villa qui de sens de « domaine rural » va passer au sens de « village ». Pendant la période carolingienne, même chose, la documentation disponible (censiers, capitulaires, pouillés et polyptyques) ne fait pas état de burgus, mais de vicus et de villa. Comment expliquer ce long silence, si ce n'est par une disparition du terme latin burgus, balayé par les bouleversements consécutifs à la migration des peuples et à la chute de l'Empire romain[9] ?
En outre, un dérivé issu du latin burgarii (cf. ci-dessus) ne semble pas attesté. On devrait trouver, dans le cas d'une continuité du terme latin un type « burgier, borgier » pour « bourgeois », mais ce n'est pas le cas. On trouve, encore dans le Roland, le terme burgeis qui désigne certes l'habitant du bourg, mais plus spécifiquement l'« habitant du bourg affranchi de la justice féodale », le terme est visiblement une création de l'ancien français au Moyen Âge avec l'adjonction du suffixe -eis (> -ois) qui sert à former avant tout des adjectifs de nationalité. Un dérivé en -iscus (> -eis) n'est pas attesté en latin, de même qu'aucun dérivé en -isk n'est attesté en germanique semble-t-il.
Dans la toponymie de la France, on remarque que si le nom de lieu Bourg est fréquent, il s'agit de créations relativement récentes, car leurs attestations ne sont pas anciennes et ils n'obéissent pas au mode de composition (déterminant + déterminé) qui a prévalu dans la France du nord, au contraire des appellatifs -ville, -court, -vy (ou -vic de vicus ) à l'époque mérovingienne et carolingienne sous l'influence probable du germanique. Cependant il existe des exceptions notables, hormis l'Alsace et la Lorraine francique de langue germanique bien entendu, il s'agit du Calaisis, du Boulonnais et de la Normandie. On y trouve toute une série de toponymes en -bourg qui ne peuvent ni être des emprunts au latin, ni des formations du Bas Moyen Âge. Ces régions sont connues pour d'autres raisons, pour avoir accueilli des colons saxons et anglo-saxons. L'analyse du premier élément confirme cette hypothèse puisqu'il s'explique par le saxon dans le Boulonnais et par le saxon, le vieil anglais ou le vieux norrois en Normandie, par exemple Bourbourg (en Néerlandais Broekburg) avec brōc ruisseau ; Cherbourg avec ċiriċe église ; Jobourg avec eorð terre ; Cabourg (plusieurs noms de lieux de ce type en Basse-Normandie, équivalent des Cadbury et Cadborough anglais); Saint-Aubin-sur-Quillebeuf (jadis « Wambourg », Wamburgum 1025, Weneborc 1217, équivalent des Wanborough anglais) ; Caillebourg ; etc.
En résumé, le latin burgus, fort, très vraisemblablement d'origine germanique, pénétra en Gaule sous l'Empire, où il ne laissa que quelques traces toponymiques dans le midi[9]. Le terme saxon fut introduit vers le Ve siècle dans le Boulonnais et la région de Bayeux, puis à nouveau au Xe siècle par les colons anglo-saxons en Normandie, au sens de « bourg fortifié » et de « village ». Il est passé en vieux français par l'intermédiaire des dialectes picards[11] et normands, tout comme le terme hameau.
Au cours du bas Moyen Âge, la population des villes explose, le bourg devient trop étroit, on construit alors hors des murs les faubourgs (litérallement « faux bourgs ») protégés par de nouvelles enceintes suivant une évolution radio-concentrique le plus souvent autour d'un édifice religieux.
Au Xe siècle, d'autres bourgs se développent autour d'une riche abbaye, des remparts d'un château ou à côté des villes principales. La majorité de ces bourgs compte entre 1 000 à 8 000 habitants, avec une densité moyenne de 150 personnes à l’hectare[12].
Le droit d'organiser un marché a permis de conserver cette dénomination de « bourg ». Il est suffisamment important pour constituer un centre administratif, qui a une fonction sociale et économique. En général, en Europe, il se groupe autour d'une église, siège d'une paroisse, et de nos jours est souvent le siège d'une municipalité administrant une commune (celle-ci peut englober plusieurs villages et hameaux). Le bourg est aussi caractérisé par la présence d'artisans, d'agriculteurs, de commerçants et de certains services publics comme la poste.
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