Le bruit est un son complexe produit par des vibrations diverses, souvent amorties et qui ne sont pas des harmoniques[1].
Le mot bruit vient du verbe bruire qui signifie « faire entendre un son, un murmure confus ». Bruire vient du latin « brugitum », participe passé du latin populaire « brugere » qui a pour traduction « il brame ». Dans ce cas, le verbe bramer est le cri du cerf, du chevreuil ou du daim. « Brugere » est l’association du latin classique « rugire » (rugir) et « bragere » (braire). Au XIIe siècle, le bruit signifie « renommée » ou « éclat » au sens figuré et « son de voix » au sens propre[2].
Le son est la sensation auditive due à une vibration acoustique. On distingue deux faces appropriées au son, premièrement, la face physique c'est-à-dire l'ébranlement, la perturbation dans un milieu matériel élastique, deuxièmement, la face perceptive c'est-à-dire le signal perçu par l'ouïe. Le son est donc un transfert d'énergie dans un milieu élastique qu'on peut résumer en un mot : l'onde.
Le bruit est différencié du son généralement par une sensation désagréable à l'oreille. Il peut aussi se définir comme un signal acoustique, électrique ou électronique constitué d'un mélange incohérent de longueurs d'onde. Il est plus précisément composé de partiels très nombreux qui peuvent donner un spectre continu. Ce qui fait la différence entre bruit et son, est que la fréquence de vibration du bruit est irrégulière et ne permet donc pas de lui donner une hauteur précise contrairement au son. Le bruit est physiquement caractérisé par son intensité, la présence d'harmoniques non périodiques, de fortes modulations et l'existence de discordances ; c'est pourquoi on le trouve désagréable.
| -10 dB(A) | Sons inaudibles par l'homme, audibles par certains animaux |
| 0 dB(A) | Laboratoire d’acoustique (le niveau de 0 dB(A) n’existe pas dans la nature) |
| 25 dB(A) | Conversation à voix basse (à 1,50 m) |
| 30 dB(A) | Chambre à coucher silencieuse |
| 45 dB(A) | Appartement normal |
| 60 dB(A) | Conversation normale |
| 70 dB(A) | Rue à gros trafic |
| 75 dB(A) | Aspirateur |
| 80 dB(A) | Aboiements |
| 90 dB(A) | Tondeuse à gazon (moteur à essence) |
| 105 dB(A) | Niveau sonore maximal autorisé dans les discothèques |
| 120 dB(A) | Réacteur d’avion (à quelques mètres), concert de rock en plein air |
Le niveau zéro en dB(A) est fixé arbitrairement à la limite de l'audible pour un humain moyen, avec une pondération prenant en compte les variations de sensibilité de l'oreille humaine en fonction de la fréquence. Le db(A) tire son nom de la "pondération A" qui est la plus fréquente. Il en existe d'autres comme l'ITU-R 468.
En d'autre termes : un son de même intensité réelle (pression acoustique), aura une valeur en dB(A) différente selon qu'il sera plus ou moins aigu, les sons très graves ou très aigus correspondant aux valeurs les plus faibles. Par conséquent, des personnes ayant une meilleure audition que la moyenne, ou certains animaux peuvent entendre des bruits inférieurs à 0 dB(A), c'est par exemple le cas des chiens pour les sons aigus (voir ultrasons), ou des éléphants pour les sons très graves (voir infrasons).
Le bruit, s'il est excessif et donc dérangeant pour autrui, devient une nuisance sonore pouvant être définie comme un trouble anormal du voisinage. Le trouble anormal du voisinage est considéré par la jurisprudence comme un abus du droit de propriété définit par l'article 544 du Code civil[4]. Le caractère anormal du trouble est laissé à l'appréciation des juges du fond[5]. Le trouble peut être de plusieurs natures dont sonore, par exemple les bruits divers pouvant provenir d'une habitation (radio, aspirateur, instrument de musique, pas et chocs, etc.), d'une usine, d'un lieu public (comme un cinéma), ou encore le chant d'un coq[6]. La responsabilité impute au propriétaire ainsi qu'à l'ensemble des habitants de l'immeuble mis en cause, quel que soit leur statut[7]. Il est possible de règlementer la production de bruit chez les particuliers par des arrêtés municipaux en limitant à certains horaires les travaux comme tondre son gazon, utiliser un marteau-piqueur, etc.[8]. Cela n'a rien de général cependant.
Une Directive européenne impose aux 25 états membres de faire faire par les grandes collectivités des cartes de bruit.
Selon l'INRS[9], le bruit peut affecter les personnes de plusieurs manières :
Selon l'IFEN[11], le bruit est la deuxième cause de pathologies professionnelles (9,4%). Ces chiffres sont probablement très inférieurs à la réalité, car les examens auditifs sont rares, et les salariés ignorent souvent leur mal, ou le dissimulent[12]. Les jeunes sont aussi très exposés: en 1992, une étude[11] a montré que 22% des élèves en terminale souffraient de troubles auditifs, et que leur nombre a doublé en dix ans.
L'endroit où les personnes sont le plus exposées au bruit est leur lieu de travail. Depuis 1963, le bruit est reconnu par l'INRS comme cause de maladie professionnelle. De ce fait, il est concerné par la réglementation du Code du travail sur la prévention des maladies professionnelles (articles L.4121-1 à L4121-5). Le décret du 19 juillet 2006 n°2006-892 prévoit de traiter le bruit à sa source (fabriquer des machines moins bruyantes) et d'organiser des mesurages pour fournir un équipement adapté le cas échéant aux salariés. Le mesurage peut être demandé par l'employeur, le comité d'hygiène, de sécurité et des conditions de travail, la médecine du travail ou l'inspection du travail. Il peut être réalisé soit par la Caisse régionale d'assurance maladie, soit par un organisme accrédité par le Comité français d'accréditation ou un organisme équivalent européen[13]. Si selon la loi de santé publique une protection sonore est exigée si les salariés sont exposés à plus de 80 dB pendant 8 heures, il resterait des progrès à faire dans ce sens car en 2005 en France, 6,8% des salariés étaient exposés durant de longues durées à plus de 85 dB[14].
Certains musicologues voyaient déjà dans la musique de Janequin au XVIe siècle des connotations de bruit dans les moyens stylistiques qu'il utilisait à l'époque, notamment des onomatopées. Dès cette époque, la musique devient expressive ce qui peut expliquer qu'on ait tenté d'imiter certains bruits naturels (le chant des oiseaux par exemple). Les titres des œuvres de Janequin étaient assez évocateurs (La chasse, La guerre, Les cris de Paris,...). La guerre, connue aussi sous le titre La bataille, et qui célèbre peut-être la victoire de François Ier à Marignan en 1515, contribue également de façon significative au développement, à travers toute l'Europe, d'un type de musique imitant la marche militaire, le vacarme des armes et les cris des combattants[15].
Selon Denis de Touzé, « Le bruit, dans la musique tonale, est conçu comme l’irruption d’un désordre au sein d’un langage ordonné. ». Les notions de chaos, de désordre ou de bruit ont souvent été utilisées pour décrire la musique de certains compositeurs comme Beethoven, précurseur du mouvement romantique, Liszt, Schubert, Berlioz ou encore Wagner. « Le châtiment suprême, les affres des enfers vers lesquels des démons diaboliques entraînent les damnés, les flots déchaînés, le tonnerre qui gronde son mécontentement, la foudre implacable qui s’abat dans un éclair destructeur pendant que le vent siffle la terreur : tous ces tumultes et diableries n’ont pas échappé à des mises en musique savoureusement évocatrices de Berlioz, Liszt, Moussorgski, Rimski-Korsakov, Rossini, Saint-Saëns, Tchaïkovski, Wagner... »[16] La tempête sera l'élément le plus utilisé chez les musiciens du XIXe siècle. Beethoven en 1812 composa la symphonie n°6 dite Pastorale dont le mouvement Allegro s'intitule « Orage-Tempête ». Il utilisera beaucoup les cordes graves pour illustrer les bruits sourd de l'orage ainsi que les timbales et les cymbales. De même, Rossini avec la « Tempesta », dernier mouvement de ses Six sonates à quatre voix en 1804. Quelques gouttes de pluie tombent sur le sol puis s'accélèrent avec le vent jusqu'à une tempête, annonciatrice de celle qui, vingt-cinq ans plus tard, servira de décor à son opéra Guillaume Tell. Dernier exemple, Richard Wagner qui, dès les premières mesures de l'opéra « Le vaisseau Fantôme », nous plonge dans l’ambiance de la tempête qui tourmente Le Hollandais volant.
Nous avons pu le voir dans la musique savante du XIXe siècle, le bruit dans la musique est essentiellement l'imitation de bruits. On retrouve bien sur cela dans la musique populaire, notamment dans les comptines comme Frère Jacques dans laquelle on imite les cloches (« Ding ding dong ») ou encore dans Trois jeunes tambour avec justement l'imitation du tambour (« Et ri, et ran, ran-pa-ta-plan »). Avec les nouvelles techniques, les instruments électroniques et notamment la guitare électrique, l'imitation dans la musique populaire se fait plus réaliste : sirène de police grâce au trille, bombe (effet dive bomb), train (dans Hamburger train de Primus par exemple),... Mais les techniques modernes permettent d'enregistrer et d'intégrer directement des bruits aux compositions. Dans la musique populaire, il illustre souvent les paroles, comme dans Money des Pink Floyd où on entend le tintement des pièces et les bruits des machines à sous. Mais il peut aussi être utilisé comme instrument : dans le même morceau des Pink Floyd, le bruit des pièces de monnaie servent de rythmique, et exemple plus flagrant, le groupe les Tambours du Bronx qui utilise des objets comme des bidons pour faire de la musique.
L'exploitation des mesures acoustiques permet de représenter les niveaux sous forme de cartographie de bruit[17].
Le bruit le plus puissant[18] jamais entendu par une oreille humaine est celui produit par l'éruption du volcan Krakatoa en 1883.
Le bruit peut désigner par extension toute information inutile, par opposition à l'information utile d'un message, constituée par le signal. On parlera alors de rapport signal sur bruit pour désigner la qualité de la transmission.
En intelligence économique, on s'intéressera par exemple aux signaux faibles, en éliminant le bruit constitué par toutes les autres informations inutiles.
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