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C. S. Lewis

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C. S. Lewis
Statue de C.S. Lewis à Belfast. Il est représenté ouvrant une armoire, allusion au Lion, la Sorcière blanche et l'Armoire magique
Statue de C.S. Lewis à Belfast. Il est représenté ouvrant une armoire, allusion au Lion, la Sorcière blanche et l'Armoire magique

Nom de naissance Clive Staples Lewis
Activité(s) romancier, essayiste, universitaire
Naissance 29 novembre 1898
Belfast, Drapeau du Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d'Irlande Royaume-Uni
DĂ©cès 22 novembre 1963 (Ă  64 ans)
Oxford, Royaume-Uni Royaume-Uni
Langue d'écriture Anglais
Genre(s) fantasy, science-fiction, apologétique, livres pour enfants
Ĺ’uvres principales
Compléments

Clive Staples Lewis, plus connu sous le nom de C. S. Lewis, nĂ© Ă  Belfast le 29 novembre 1898 et mort Ă  Oxford le 22 novembre 1963, Ă©tait un Ă©crivain et universitaire irlandais. Il est connu pour ses travaux sur la littĂ©rature mĂ©diĂ©vale, ses ouvrages de critique littĂ©raire et d'apologĂ©tique du christianisme, ainsi que pour la sĂ©rie des Chroniques de Narnia parues entre 1950 et 1957.

Il Ă©tait un ami très proche de J. R. R. Tolkien, l'auteur du Seigneur des anneaux, aux cĂ´tĂ©s duquel il a enseignĂ© Ă  la facultĂ© de littĂ©rature anglaise de l'universitĂ© d'Oxford ; ils faisaient tous deux partie du cercle littĂ©raire des Inklings. En partie grâce Ă  l'influence de Tolkien, Lewis s'est converti au christianisme, devenant, selon ses propres termes, « un très ordinaire laĂŻc de l'Église d'Angleterre[1] Â» ; cette conversion a eu de profondes consĂ©quences sur son Ĺ“uvre. il a acquis une grande popularitĂ© par les chroniques radiophoniques sur le christianisme qu'il a donnĂ©es au cours de la Seconde Guerre mondiale et obtenu un Ă©norme succès avec ses livres de fantasy pour enfants.

Les œuvres de C. S. Lewis ont été traduites en plus de 40 langues et le recueil des Chroniques de Narnia s'est vendu à plus de 120 millions d'exemplaires dans le monde et continue à se vendre au rythme de plus d'un million d'exemplaires par an. Le Monde de Narnia a également été adapté à plusieurs reprises au théâtre et au cinéma.

Sommaire

[modifier] Biographie

[modifier] Enfance

Venu au monde le 29 novembre 1898, au sein d'une famille protestante aisĂ©e d'origine galloise, dans une maison de campagne Ă  quelques kilomètres de Belfast en Irlande, Clive Staple Lewis est le deuxième enfant d'Albert James Lewis (1863–1929) et de Flora Augusta Hamilton Lewis (1862-1908) ; son frère Warren Hamilton Lewis est son aĂ®nĂ© de trois ans. La famille dĂ©mĂ©nage en 1905 dans une grande maison appelĂ©e Little Lea, Ă  Strandtown, toujours en Irlande du Nord. En 1908, sa mère dĂ©cède Ă  la suite d'un cancer ; c'est un vĂ©ritable drame pour Lewis[2].

Ce dĂ©cès marque la famille Lewis et resserre les liens qui les unissent. Warren part en pension, ce qui contribue Ă  la passion prĂ©coce pour la lecture et l'Ă©criture de Clive Staples. Ils se retrouvent nĂ©anmoins rĂ©gulièrement, et Ă©crivent ensemble les Chroniques de Boxen, qui se dĂ©roulent dans un monde peuplĂ© d'animaux. Un troisième grand malheur vient frapper Lewis : son propre dĂ©part en pension, moins d'un mois après la disparition de sa mère. C. S. Lewis part rejoindre son frère Ă  l'Ă©cole de Wynyard, Ă  Watford en Angleterre.

[modifier] Études

Il dĂ©crit cette expĂ©rience comme celle d'un « camp de concentration[3] Â». En effet, le directeur de cette Ă©cole est sadique et autoritaire, autant envers ses Ă©lèves qu'avec ses collaborateurs. C. S. Lewis reste longtemps marquĂ© par les sĂ©vices subis et observĂ©s Ă  Wynyard. Deux ans plus tard, l'Ă©cole fait faillite et ferme. Ă€ la rentrĂ©e de 1910, Albert Lewis l'inscrit dans une Ă©cole Ă  Belfast mĂŞme. EntrĂ© en septembre, Clive Staples en sort en novembre pour des raisons de santĂ©. Un an plus tard, il rentre Ă  la Cherbourg School, oĂą il vit tranquillement sa vie d'Ă©colier pendant deux ans. Ce changement de vie contribue Ă  lui faire perdre la foi.

Il rentre en septembre 1913 au Malvern College, qu'il dĂ©crit sous le nom de « Wyvern Â» dans son autobiographie. Lewis porte un regard extrĂŞmement critique sur la pression considĂ©rable qui pèse sur les Ă©lèves, plus soucieux de leur rĂ©putation et de leur place au sein de la hiĂ©rarchie non officielle de l'Ă©tablissement que de leur rĂ©ussite scolaire ; Ă  tel point qu'il considère la pĂ©dĂ©rastie qui y est pratiquĂ©e comme « la seule oasis au milieu du dĂ©sert brĂ»lant des ambitions rivales[4] Â». Quant Ă  lui, n'apprĂ©ciant guère le sport et n'Ă©tant pas intĂ©ressĂ© par les amours homosexuelles, il se consacre tout entier Ă  son intĂ©rĂŞt grandissant pour les mythologies celtiques et nordiques.

En 1914, il part suivre des cours privĂ©s au domicile de W. T. Kirpatrick, un ami de son père, ancien proviseur du Lurgan College. Chez lui, il dĂ©couvre la littĂ©rature classique, pour laquelle il se prend de passion. Le nom de ce professeur a peut-ĂŞtre inspirĂ© Lewis pour le nom du hĂ©ros du livre Le Neveu du magicien dans Le Monde de Narnia. D'après son autobiographie, les deux annĂ©es passĂ©es chez M. Kirpatrick furent pour lui idylliques ; Lewis apprĂ©ciait tout particulièrement les longues conversations durant lesquelles son prĂ©cepteur le contraignait Ă  s'assurer de la pertinence de ce qu'il disait et Ă  approfondir ses raisonnements. Il pallie son relatif isolement en entretenant une correspondance rĂ©gulière avec son ami d'enfance Arthur Greeves, qui partage sa passion pour les rĂ©cits mythologiques.

Après avoir passé une partie des examens d'entrée à l'University College d'Oxford, il est appelé sous les drapeaux, au régiment d'infanterie légère du Somerset. Il prend donc part à la Première Guerre mondiale, et combat dans les tranchées, en France, où il est blessé par des éclats d'obus le 15 avril 1917, au cours de la bataille d'Arras. Rapatrié en Angleterre, il est libéré de ses obligations militaires en décembre 1918. Il reprend les études à Oxford, et mène de front plusieurs brillants cursus en philosophie, lettres classiques et littérature anglaise.

[modifier] Conversion et premières œuvres

Le coin du pub ou les membres des Inklings se réunissaient.

À la suite d'un long cheminement, qui avait commencé à la fin de ses études universitaires, Lewis se reconvertit au christianisme en 1931, sous l'influence, entre autres, de la lecture de George MacDonald et G. K. Chesterton, et de conversations avec J. R. R. Tolkien et Hugo Dyson. Il devient par la suite membre de l'Église anglicane, même s'il garde toute sa vie des idées assez éclectiques sur le plan théologique, et reste toute sa vie déçu par la piètre qualité des chants religieux et des sermons entendus à l'église. Sa conversion est décrite dans son autobiographie, Surpris par la joie - qui permet par ailleurs de connaître assez bien les premières années de sa vie. Son itinéraire spirituel est également relaté dans Le Retour du pèlerin (The Pilgrim's Regress), une parodie du Voyage du pèlerin de John Bunyan.

Ami intime de J. R. R. Tolkien (auteur de Bilbo le Hobbit et du Seigneur des Anneaux), ils frĂ©quentent ensemble une sociĂ©tĂ© littĂ©raire qui s'appelait les « Inklings Â», oĂą l'on retrouve Ă©galement Owen Barfield. On y lit pour la première fois les romans de Lewis, Tolkien et de Charles Williams. GĂ©nĂ©ralement, ils se rencontraient au pub Eagle and Child Ă  Oxford et les discussions avaient lieu autour d'une bière.

Dès 1925, il enseigne à l'université d'Oxford, et préside l'Oxford Socratic Club où croyants et incroyants débattent de la validité du christianisme. Lewis intervient souvent dans ces débats. Des personnages connus y participent, comme le biologiste Konrad Lorenz, mais aussi J. B. S. Haldane et Jacob Bronowski. En 1936, il publie l'Allégorie de l'amour, une étude sur la littérature médiévale qui lui vaut immédiatement une grande réputation.

[modifier] Œuvres de fiction, essais et dernières années

Plus tard, il devient professeur de littérature anglaise de la Renaissance et du Moyen Âge à l'Université de Cambridge. Ses travaux sur la littérature anglaise du XVIe siècle sont toujours considérés comme des références sur le sujet. Les Miracles, en 1947, rassemble quelques unes de ses réflexions apologétiques. Il écrit plusieurs livres de fiction principalement destinés à la jeunesse, dont les Chroniques de Narnia, en sept tomes. Il a également écrit le roman Un Visage pour l'éternité en 1956.

Le film Les Ombres du cœur (Shadowlands), de Richard Attenborough, avec Anthony Hopkins et Debra Winger, décrit sa rencontre avec Joy Gresham, sa future femme, qui intervient à cette période. Juive, communiste, celle-ci s'est convertie au christianisme, et, séparée de son mari, vit à Londres avec ses deux fils, David et Douglas. C. S. Lewis l'épouse religieusement en 1956, alors qu'elle est déjà atteinte d'un cancer des os dont elle meurt en 1960. Une brève rémission, au début de l'année 1960, avait été l'occasion d'un voyage en Grèce – c'était alors la première fois que l'écrivain quittait les îles Britanniques depuis 1918. Il en tire A Grief Observed, qu'il fait paraître sous le pseudonyme de N. W. Clerk. Mais à force d'entendre ses amis lui recommander ce livre pour mieux comprendre les sentiments qu'il éprouvait après le décès de sa femme, Lewis finit par reconnaître avoir écrit l'ouvrage.

Atteint de nĂ©phrite, puis de septicĂ©mie, il doit dĂ©missionner de son poste Ă  Cambridge Ă  l'Ă©tĂ© 1963. Sa mort, le 22 novembre 1963, passe complètement inaperçue, se produisant le jour de l'assassinat de John F. Kennedy et de la mort d'Aldous Huxley. Cette coĂŻncidence inspirera, vingt ans plus tard, l'ouvrage de Peter Kreeft Between Heaven and Hell, un dialogue fictif entre les trois personnages Ă  leur arrivĂ©e au Purgatoire. Il est enterrĂ© Ă  Oxford, dans le cimetière de Holy Trinity Church ; dans l'Église anglicane, il est fait Ă  mĂ©moire de C. S. Lewis le 22 novembre.

[modifier] L’apologétique de C. S. Lewis

[modifier] Notion de "simple christianisme"

Si l'on met à part les Chroniques de Narnia, c'est sans doute pour son travail apologétique que C. S. Lewis est le plus connu aujourd'hui - il est probablement l’apologète chrétien ayant remporté le plus de succès durant le vingtième siècle. Plus de quarante ans après sa mort, on ne doute toujours pas de son influence. Ses travaux sont lus par des protestants et des catholiques avec le même attrait. On a assez écrit sur Lewis pour remplir plusieurs étagères d’une bibliothèque.

Bien que les rĂ©alisations de Lewis en tant qu’apologète soient gĂ©nĂ©ralement acclamĂ©es, il ne manque pas de critiques. Durant sa vie il a dĂ» faire face aux objections de son coreligionnaire anglican W. Norman Pittinger et de la philosophe catholique Elizabeth Anscombe. En 1985, vingt-deux annĂ©es après sa mort, un livre entier visait Ă  rĂ©futer toute l’entreprise apologĂ©tique de Lewis, publiĂ© par le philosophe John Beversluis. Les diverses critiques, nĂ©anmoins, reflètent les prĂ©supposĂ©s de leurs auteurs, qui ne sont pas des vĂ©ritĂ©s d’évidence… L’un des problèmes tire son origine de la notion de « simple christianisme Â» (“mere Christianity”), le concept qui a donnĂ© le titre original de l’ouvrage qui s’intitule en français Les Fondements du christianisme, que Lewis avait choisi comme point de vue Ă  dĂ©fendre. Il est facile d’objecter qu’il n’existe pas de chose telle qu’un « simple christianisme Â» et que des diffĂ©rences majeures, telles que celles existant entre protestants et catholiques, ne peuvent pas ĂŞtre Ă©vacuĂ©es. Conscient de cette objection, Lewis comparait le simple christianisme Ă  une pièce au travers de laquelle on trouve son chemin pour se rendre dans les chambres d’une maison. La pièce n’est pas l’endroit oĂą le premier venu souhaite rester, mais c’est un endroit Ă  partir duquel on trouve un accès Ă  l’une ou l’autre des autres pièces, en reconnaissant que ceux qui sont dans les chambres d’à cĂ´tĂ© sont des membres de la mĂŞme maison. Par « simple christianisme Â», Lewis voulait parler du fonds commun de doctrines et de pratiques enracinĂ©es dans l’Écriture chrĂ©tienne (la Bible) et les premiers credo, qui sont fondateurs pour la plupart des Ă©glises chrĂ©tiennes.

[modifier] Une apologétique méthodique du christianisme

Lewis développait son apologétique du christianisme en trois étapes. D’abord, il commençait par établir l’existence de Dieu sur des fondements qui étaient éminemment philosophiques. Ensuite, il cherchait à démontrer que Dieu s’est révélé de manière prééminente en Christ et dans la religion chrétienne. Enfin, il défendait le théisme et le christianisme contre des objections courantes, comme le problème du mal.

Contre l’agnosticisme qui prévalait en son temps et toujours aujourd’hui, Lewis croyait qu’il était possible de démontrer l’existence de Dieu, du moins dans le sens de rendre l’existence de Dieu de loin plus vraisemblable que sa non-existence. Il était conscient de l’argument ontologique qu’on rapproche souvent de Descartes ou d’Anselme de Cantorbéry, et des arguments d’ordre cosmologique présentés classiquement par Thomas d’Aquin. Pour ce qui est de l’argument ontologique qui déduit l’existence de Dieu du concept même de l’Être Nécessaire, il disait dans une lettre à son frère Warren que l’argument ne serait pas valide à moins qu’on établisse d’abord que l’idée de l’Être Nécessaire, de laquelle cet argument part, est objectivement fondée et n’est pas une vague fabrication de nos esprits. Il ne rejetait pas les arguments cosmologiques partant des faits que sont le changement, la causalité, et la contingence, mais il confessait dans une lettre à son ami Bede Griffiths qu’ils n’étaient pas efficaces pour lui, personnellement. Mais ses preuves favorites à lui sont celles découlant de la moralité, de la raison, et du désir.

Lewis était convaincu que ses arguments, surtout lorsqu’ils étaient pris ensemble en convergence, établissaient l’existence d’un Dieu personnel qui est la source de la moralité, de la rationalité, et la source d’une joie spirituelle. Dieu se tient au-dessus et au-delà de l’ensemble de la création en tant que son éternel fondement. Cette idée de Dieu, affirme-t-il, est de loin plus plausible que le panthéisme (ou plus exactement en français, panenthéisme), qui mélange tellement Dieu et le monde que Dieu ne pourrait pas exister à moins que le monde n’existe. Après avoir effleuré quelque temps une sorte de panenthéisme hégélien, Lewis en est venu à réaliser qu’un Dieu indistinct du monde ne pourrait pas être inconditionnellement vrai et bon. Les preuves qui sont ici résumées établissent l’existence d’un Dieu qui ne peut être touché par le mal.

[modifier] La moralité

L’argument dĂ©coulant de la moralitĂ© (argument from morality), que Lewis avait assez amplement avancĂ© dans ses causeries Ă  la radio, « The Case for Christianity Â» (comprenez « les arguments en faveur du christianisme Â»), commence avec l’affirmation que nous sommes inconditionnellement forcĂ©s de faire du bien et Ă  Ă©viter le mal. Tous les ĂŞtres humains normaux jugent spontanĂ©ment que certaines actions sont mauvaises et devraient ne pas ĂŞtre menĂ©es. Ils savent qu’ils devraient ĂŞtre honnĂŞtes, sincères, tempĂ©rants, justes, et aimants envers les autres – et qu’il leur est interdit de commettre le vol, le parjure, l’adultère, le meurtre, et tout ce genre de choses. Il peut y avoir des dĂ©saccords sur les dĂ©tails du code moral, mais pas sur son caractère obligatoire. La question est de savoir d’oĂą provient cette obligation. D’après la tradition classique de thĂ©ologie chrĂ©tienne, qui remonte Ă  saint Paul, cette obligation vient de Dieu qui, pour ainsi dire, Ă©crit Sa loi sur le cĹ“ur humain, afin que mĂŞme les gens auxquels une loi morale positive n’a pas Ă©tĂ© proclamĂ©e aient un sens innĂ© de ce qui est commandĂ© ou prohibĂ©. Lorsqu’ils font du mal, ils souffrent d’une mauvaise conscience et rĂ©alisent qu’ils mĂ©ritent d’être punis.

Lewis prend en charge et réfute les objections les plus courantes à cet argument. Il donne des raisons solides pour refuser que le sens de l’obligation morale pourrait émaner d’un instinct de masse (ou instinct grégaire), d’une convention sociale, ou développer un surmoi au sens freudien. S’adressant à une audience populaire, Lewis n’entre pas dans chaque détail technique ni ne réfute chaque difficulté, mais il met en avant les essentiels dans un langage simple et persuasif.

[modifier] La raison

La seconde preuve favorite de Lewis, l’argument découlant de la raison, apparaît dans son livre Miracles. Un certain type de naturalisme, observe-t-il, caractérise la pensée rationnelle comme simple produit de réflexes nerveux, d’instincts, et d’habitudes. Lewis réplique que le conditionnement physique ou psychologique ne peut pas expliquer notre pouvoir d’émettre des jugements sur la vérité ou sur l’erreur. Nous sommes conscients que nos jugements sont déterminés non par des forces sub-rationnelles mais par la réalité telle qu’elle affecte nos esprits. Le pouvoir d’arriver à la compréhension au travers d’explications rationnelles est une preuve de l’affinité entre l’esprit et la réalité. Cela n’est explicable que s’il y a un esprit tel quel authentique qui rend compte à la fois d’une intelligence et d’intelligibilité.

La présentation dépouillée par Lewis de ses arguments laisse du travail à faire encore. Elle connaît des ancêtres qui remontent loin de Platon à Anaxagore, et ressemble ainsi à l’argument pour l’existence de Dieu proposé dans des termes très techniques par Bernard Lonergan et popularisé dans divers travaux apologétiques de Hugo Meynell. Pour tous ces auteurs, la merveilleuse correspondance entre la raison et la réalité implique que la réalité est imprégnée d’un ordre qui remonte à un Esprit créateur. L’attention de Lewis ne s’attache point tellement à l’intelligibilité du monde qu’à la capacité de l’esprit pour la vérité, qui selon son avis ne peut pas être expliquée par une sélection naturelle mais uniquement par un Créateur intelligent.

[modifier] Le désir

Le troisième argument de Lewis part du dĂ©sir naturel d’une union avec Dieu. L’idĂ©e que l’âme humaine est naturellement attirĂ©e vers une union tellement bĂ©nie est omniprĂ©sente dans la tradition chrĂ©tienne. Augustin d'Hippone l’exprimait dans une forme classique lorsqu’il s’exclamait dans les Confessions : « Tu nous as faits pour toi, Seigneur, et notre cĹ“ur est sans repos tant qu’il ne repose en toi Â» (Confessions, I:1) Ce dĂ©sir pour Dieu ne fut pas proposĂ© dans la forme d’une preuve, il semble, jusqu’au vingtième siècle. InfluencĂ©s par le jĂ©suite belge Joseph MarĂ©chal, le jĂ©suite français Henri de Lubac et le jĂ©suite allemand Karl Rahner en ont fait leur preuve première pour l’existence de Dieu. Lewis n’était apparemment pas familier de ces auteurs du Continent, mais il pourrait bien avoir trouvĂ© des ingrĂ©dients pour son propre argument chez le thĂ©ologien anglican Richard Hooker.

L’argument se développe en plusieurs étapes. D’abord, on doit établir que tous les êtres humains ont par nature un désir pour quelque chose qui transcende l’ensemble de la création. D’après Lewis, c’est un désir secret qu’on a besoin de découvrir, mais un besoin que chaque être humain peut discerner par une mûre introspection. Aucune joie terrestre ne peut satisfaire pleinement nos cœurs. Le nœud de l’argument est la prémisse selon laquelle aucun désir naturel ne peut être vain. Cette proposition était acceptée comme l’évidence même par Aristote et par la tradition scolastique dans son entièreté, qui souscrivait à une conception téléologique de la nature, mais elle est rejetée par les empiristes, qui rétorquent que nous manquons de sources suffisantes pour induire tout cela. Sans reporter cette objection, Lewis tire la conclusion que Dieu doit exister, car autrement le désir serait vain et n’aurait aucun objet atteignable. (L’existence d’un désir pour Dieu suppose donc que Dieu existe, s’il est admis qu’un désir ne peut être vain.)

Dans son autobiographie, Surpris par la Joie, Lewis désigne cet ardent désir par le nom allemand Sehnsucht et l’analyse avec des termes très expérimentaux. Ce désir non satisfait, remarque-t-il, est plus désirable qu’une satisfaction terrestre. Pendant un temps, confesse-t-il, il ressentait ce désir à un tel point qu’il en perdit presque la vue de l’Objet divin, mais il vainquit ce subjectivisme avec l’aide du philosophe idéaliste Samuel Alexander. En fin de compte il en est venu à réaliser qu’il s’agissait moins de sa poursuite de l’Objet que de l’Objet qui le poursuivait.

[modifier] Apologétique en religions comparées

[modifier] Des conséquences de son approche du christianisme sur les autres religions

Lewis ne traite pas de manière extensive les religions non chrétiennes. Une fois que l’option de la religion est faite, les seules alternatives sérieuses sont le panenthéisme et le monothéisme. L’hindouisme, qui représente au mieux le panenthéisme, ne satisfait pas Lewis. Il mésestime le bouddhisme en tant qu’hérésie hindoue et l’islam en tant qu'hérésie chrétienne. Il faut donc choisir parmi les religions théistes – le judaïsme, et le christianisme – et si l’on peut montrer que le christianisme est divinement révélé, alors ce doit être le choix. D’autres religions ne peuvent être vraies uniquement dans la mesure où elles sont compatibles avec lui. Les chrétiens ne sont pas contraints de regarder les autres fois comme fausses excepté sur les points où elles entrent en conflit avec la simple foi chrétienne. [Voyez à ce propos l’article Wikipédia consacré à l’œcuménisme.]

[modifier] Origine divine de la révélation chrétienne

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Voir « trilemme Â» sur le Wiktionnaire.

Afin d’établir le fait de la rĂ©vĂ©lation chrĂ©tienne, Lewis emprunte deux lignes de raisonnement. Sa première approche est tirĂ©e des affirmations du Christ. Dans un trilemme empruntĂ© Ă  G. K. Chesterton, il avance que quiconque se rĂ©clame ĂŞtre Dieu doit ĂŞtre soit un fou ("lunatic" en anglais), soit un menteur, ou, effectivement Dieu ; puisque JĂ©sus, qui a revendiquĂ© sa divinitĂ©, n’était ni un menteur ni un fou, il Ă©tait donc Dieu. Lewis, bien sĂ»r, sait que cet argument n’est pas si simple. Quasiment tout le monde concèdera que JĂ©sus n’était ni un fou ni un trompeur, mais Lewis veut pousser ses contradicteurs Ă  expliquer pourquoi, après avoir avancĂ© que JĂ©sus Ă©tait sensĂ© et bon, ils nient sa divinitĂ©.

La principale difficultĂ©, bien sĂ»r, est d’établir que JĂ©sus a effectivement prĂ©tendu ĂŞtre Dieu. Il peut ne pas avoir dit brusquement « Je suis Dieu Â», mais d’après les Évangiles il a parlĂ© de lui-mĂŞme comme d’un Fils dans un sens unique et transcendant. Un nombre certain des dires de JĂ©sus impliquent clairement que le Fils prĂ©existait avec le Père, qu’il est Ă©gal au Père, et qu’il reviendra en gloire Ă  la fin des temps pour juger toutes les nations. JĂ©sus a aussi prĂ©tendu pouvoir pardonner les pĂ©chĂ©s en son nom propre, un acte qu’on admet ĂŞtre rĂ©servĂ© Ă  Dieu seul.

Le second argument pour la divinité de Christ est ses miracles, un sujet sur lequel il a écrit l’un de ses livres apologétiques les plus importants. Le livre est une réponse très réussie à des auteurs tels que Hume, qui niaient le fait que les comptes rendus historiques de miracles physiques pussent être crédibles. Lewis, lui, dans une longue dissertation sur les lois de la nature, montre que de telles lois, loin d’exclure la possibilité des miracles, sont des conditions nécessaires pour leur existence. S’il n’y avait pas de lois régulières de la nature, les miracles ne pourraient pas être reconnus comme des exceptions et perdraient leur fonction de signes divins. Les miracles sont possibles, du moment que de telles lois existent, et du moment que Dieu n’est pas absolument lié aux lois qu’Il a établies. C’est vrai, il serait déraisonnable que Dieu suspende les lois de la nature de manière arbitraire, mais ce serait sensé pour Lui de les suspendre ponctuellement pour des raisons telles que la manifestation du salut.

Si les miracles se produisaient au petit bonheur la chance, les rĂ©cits Ă  leur sujet ne pourraient pas ĂŞtre crĂ©dibles. Mais les miracles bibliques, en gĂ©nĂ©ral, rentrent dans un modèle très Ă©vocateur, qui manifeste les desseins bienveillants de Dieu. Tous les miracles bibliques conduisent Ă  ou attestent de l’Incarnation que Lewis dĂ©crit comme Ă©tant « le grand miracle Â». La maĂ®trise de JĂ©sus sur la vie et la mort et sur les puissances de la nature est une preuve convaincante de sa divinitĂ©.

Après un examen des miracles plus communs, Lewis consacre un chapitre à la résurrection. Comme signe de l’anticipation du Royaume final, la résurrection est éminemment pertinente. Tous les efforts pour l’expliquer comme hallucination ou fabrication tombent à terre.

Lewis est bien conscient du fait que ses arguments partant des affirmations de Jésus et des miracles présupposent la fiabilité générale des récits des Évangiles. Bien que Lewis ne prétende pas être un spécialiste de la critique néotestamentaire, il maintient qu’il est bien qualifié en tant que critique littéraire pour faire la distinction entre l’histoire, la légende et le mythe. Selon lui, les Évangiles appartiendraient clairement au genre historique. Le scepticisme des critiques radicaux comme Bultmann, affirme-t-il, prend racine dans leurs engagements philosophiques, non dans le caractère des textes.

[modifier] Ĺ’uvres

[modifier] Essais

[modifier] Fiction

[modifier] Autobiographie

[modifier] Notes

  1. ↑ C. S. Lewis, Mere Christianity, Londres, Collins, 1952 (« a very ordinary layman of the Church of England Â»).
  2. ↑ « Avec la mort de ma mère, tout bonheur stable, tout ce qui Ă©tait tranquille et sĂ»r disparut de ma vie Â» (Surpris par la joie, Le Mont-Pèlerin, RaphaĂ«l, 1998, p. 31)
  3. ↑ Dans son autobiographie, Surpris par la joie, il intitule le chapitre dĂ©crivant sa scolaritĂ© Ă  Wynyard « Camp de concentration Â» (Surpris par la joie, p.33).
  4. ↑ Surpris par la joie, p.146

[modifier] Voir aussi

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(en) Visitez le Portail Narnia sur la Wikipédia en anglais.

[modifier] Liens internes

[modifier] Liens externes

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