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La crise financière mondiale qui a commencé en 2007 est une crise financière marquée par une crise de liquidité et parfois par des crise de solvabilité tant au niveau des banques que des Etats, et une raréfaction du crédit au niveau des entreprises. Amorcée en juillet 2007, elle trouve son origine dans le dégonflement de bulles de prix (dont la bulle immobilière américaine des années 2000) et les pertes importantes des établissements financiers provoquées par la crise des subprimes. C'est la crise la plus grave de l'histoire des bourses de valeurs, après celle de 1873, découlant de la crise bancaire de mai 1873.
La crise financière de l'automne 2008 amplifie le mouvement et provoque une chute des cours des marchés boursiers et la faillite de plusieurs établissements financiers. Pour éviter une crise systémique, les Etats doivent intervenir et sauver de nombreuses banques ce qui provoquera une crise de la dette publique en Islande d'abord puis en Irlande. Par ailleurs, elle provoque une récession touchant l'ensemble de la planète. Les finances publiques ont été lourdement sollicitées pour résoudre cette crise. Le déficit public s'est creusé dans de nombreux pays, après un recul du produit intérieur brut mondial de 2,2% en 2009[1].
Cette crise provoque un mouvement en faveur d'une meilleure régulation du système bancaire et financier. Aux États-Unis, sous la pression de l'opinion publique et d'experts tels Paul Volcker est adoptée la Règle Volcker destinée à éviter qu'une crise du même type ne se reproduise.
Malgré tout la crise perdure. Dans certains pays comme la Chine, les prêts bancaires ont fortement progressé[2]. Aussi, début 2010, l'afflux de liquidités fait craindre l'éclatement de nouvelles bulles dans l'immobilier chinois, les bourses, les emprunts d'États et les métaux[3]. En Europe la crise de la dette publique a souvent, notamment dans le cas irlandais, la crise financière en toile de fond.
Sommaire |
La crise des subprimes s'est déclenchée au deuxième semestre 2006 avec le krach des prêts immobiliers (hypothécaires) à risque aux États-Unis (les subprimes), que les emprunteurs, souvent de conditions modestes, n'étaient plus capables de rembourser. Révélée en février 2007 par l'annonce d'importantes provisions passées par la banque HSBC, elle s'est transformée en crise ouverte lorsque les adjudications périodiques n'ont pas trouvé preneurs en juillet 2007. Compte tenu des règles comptables en cours, il est devenu impossible de donner une valeur à ces titres qui ont dû être provisionnés à une valeur proche de zéro. En même temps, les détenteurs ne pouvaient plus liquider leur créance. La défiance s'est installée envers les créances titrisées (ABS, RMBS, CMBS, CDO) qui comprennent une part plus ou moins grande de crédits subprime, puis envers les fonds d'investissement, les OPCVM (dont les SICAV monétaires) et le système bancaire susceptibles de détenir ces dérivés de crédit.
La seconde phase de la crise financière commence au cours de la semaine du 14 septembre 2008 lorsque plusieurs établissements financiers américains entrent en cessation de paiement, et sont soit sauvés in extremis par la Réserve fédérale américaine (Fed) (la compagnie d'assurance AIG par exemple), soit rachetés par des concurrents en meilleure situation, soit mis en liquidation (Lehman Brothers). La crise touche tous les pays du monde, en particulier en Europe où plusieurs institutions financières connaissent de très graves difficultés et sont sauvées par l'intervention des États et des banques centrales (Banque centrale européenne dans la zone euro). Certains marquent le début de la crise par la nationalisation de Freddie Mac et Fannie Mae le 6 septembre 2008.
La crise financière qui débute en 2007 tient principalement son origine de la politique monétaire trop accommodante de la Réserve fédérale américaine (la Fed) au cours des années 2000 sous le mandat d'Alan Greenspan[4],[5],[6] et d'innovations financières mal maîtrisées. Parmi les responsables politiques ayant favorisé directement les conditions de cette crise par des mesures économiques et sociales, le Guardian cite Bill Clinton[Note 1], George W. Bush, Gordon Brown, ainsi que, dans le domaine de la finance, les pdg anciens et actuels de la compagnie d'assurance American International Group, des banques Goldman Sachs, Lehman Brothers, Merrill Lynch, Halifax-Bank of Scotland, Royal Bank of Scotland, Bradford & Bingley, Northern Rock, Bear Stearns, Bank of England et des personnalités telles que le financier George Soros, le milliardaire Warren Buffett et le président d’un fonds d’investissement US John Paulson[7].
Lors de la récession qui a suivi l'éclatement de la bulle Internet en 2000-2001, la Fed a abaissé son taux directeur jusqu'à 1 %, puis l'a maintenu à un niveau trop bas, provoquant une création monétaire trop forte et un gonflement de bulles sur les marchés immobiliers (bulle immobilière américaine des années 2000) et sur les matières premières. De plus, le gouvernement américain a mis en place une politique d'accession à la propriété qui a encouragé les banques à faire des prêts à des ménages en réalité non solvables, en particulier par le Community Reinvestment Act[réf. nécessaire]. Les organismes semi-étatiques Freddie Mac et Fannie Mae ont été incités à fortement abaisser leurs critères de sélections aux prêts hypothécaires.[réf. nécessaire]
En 2006, la Fed, au début du mandat de Ben Bernanke, a augmenté son taux directeur de 1% à 5% afin de réduire les pressions inflationnistes grandissantes. Cette hausse du taux directeur a provoqué un dégonflement de la bulle immobilière américaine des années 2000, et a entraîné un renchérissement des mensualités de remboursement des crédits immobiliers (les crédits étant souvent à taux variables). Près de trois millions[8] de foyers américains étaient en situation de défaut de paiement et ont dû quitter leur bien immobilier, saisi puis mis en vente par les établissements de crédit, entraînant une augmentation de l'offre sur le marché immobilier, et faisant donc davantage baisser les prix. Du fait de la baisse des prix, les établissements ne récupèrent que partiellement la somme prêtée. Les effets du dégonflement d'une bulle immobilière se limitent généralement à des faillites personnelles et à des pertes réduites pour les établissements financiers. La crise de 2007-2008 est différente car les établissements de crédit immobilier n'ont pas conservé les créances immobilières dans leurs bilans, mais les ont regroupé dans des véhicules de placement, des fonds hypothécaires, pour les revendre entre autres à des fonds de pension et à des grandes banques américaines. Les fonds hypothécaires perdant de la valeur avec la fin de la bulle immobilière, et, surtout, la complexité et l'enchevêtrement des véhicules de placement rendant très difficile l'estimation de leur valeur, le bilan des établissements financiers a été aggravé, qui du fait des normes comptables de mark-to-market, ont dû fortement provisionner des dépréciations d'actifs. Ceci a provoqué un effet de contagion et une perte de confiance généralisée entre établissements financiers, ce qui a asséché le marché interbancaire (crise de liquidité). Les institutions financières, en particulier les banques d'investissement, ont été fragilisées.
D'une part, les années antérieurs à la crise ont vu se multiplier des innovations financières qui ont débouché sur un marché de « 680 000 milliards de dollars »[9] peu ou pas régulé appelé aussi « shadow market ». Ces innovations financières visaient à réduire les risques et ont pris notamment la forme de « produits dérivés » dont deux types ont été au cœur de la crise financière : « les produits liés à des crédits immobiliers et les produits destinés à assurer contre leur risque de défaut les credit default swaps [9]. »
Par ailleurs, la montée des profits et la baisse du poids des salaires ont provoqué un « désajustement entre l'offre et la demande »[10]. En particulier aux États-Unis, les prêts « subprimes » ont incité une partie de la population à consommer au-dessus de ses moyens, ce qui permettait en retour d'assurer la rentabilité du secteur immobilier. Les inégalités de revenus sont devenues très fortes: « l'écart de rémunération entre un PDG et un salarié aux États-Unis de 1 à 40 en 1980, est passé de 1 à 411 en 2005 »[11], la création de richesse ayant été captée pour l'essentiel par une petite partie de la population, au détriment de l'efficacité économique[12].
Les incertitudes sur les engagements directs et indirects des établissements financiers en matière de crédit à risque, mais aussi la crainte d'un ralentissement général des activités de banque de financement et d'investissement, très rentables et moteurs de la croissance au cours des années précédentes, ont fini par entraîner une véritable crise de confiance, ayant connu peu de précédent, entre banques. Celles-ci ont vu se tarir leurs principales sources de refinancement, le marché interbancaire et l'émission d'ABCP ((en) asset-backed commercial paper)[13],[14].
Sur le marché interbancaire, sur lequel les banques en situation d'excédent de capitaux prêtent à celles qui en manquent, la défiance entre banques elle-même a conduit à une envolée du taux interbancaire[15].
Par ailleurs, les banques avaient mis en place au cours des années précédentes des structures de financement, appelées conduits ou SIV ((en) structured investment vehicles) qui émettaient du papier commercial à court terme à taux faible ((en) asset-backed commercial paper) vendu à des investisseurs. Les fonds levés étaient ensuite prêtés à long terme à des taux plus élevés, ce qui permettait de dégager une marge d'intérêt. Seulement, ces emprunts à court terme devaient être renouvelés régulièrement (tous les trois mois). Or, une fois la crise de confiance envers les banques engagée, les investisseurs ont cessé de financer les ABCP, obligeant les banques à les financer elles-mêmes.
La crise de liquidité bancaire a conduit les banques centrales, Banque centrale européenne (BCE) et Réserve fédérale des États-Unis (Fed) en premier lieu, à procéder à de massives injections de liquidité sur le marché interbancaire afin de permettre aux établissements de refinancer leur activité et d'éviter le déclenchement d'une crise systémique (crise de tout le système). La première intervention a eu lieu le 9 août 2007, lorsque la BCE a injecté 94,8 milliards d'euros dans le système financier européen pour accroître les liquidités qui manquaient au marché. Il s'agit de la plus grande mise à disposition de fonds faite en un seul jour par la BCE, dépassant le prêt de 69,3 milliards d'euros fait après les attentats du 11 septembre 2001. Le même jour, la Fed injecte 24 milliards de dollars US dans le système financier de son pays.
Les banques se financent traditionnellement en empruntant sur le marché monétaire interbancaire à des échéances de trois mois. Le taux d'intérêt auquel elles empruntent (en Europe continentale, il s'agit de l'Euribor à 3 mois) est habituellement supérieur de 15 à 20 points de base (0,15 à 0,20 % en langage courant) au taux directeur de la banque centrale qui est considéré comme le taux sans risque[16]. La différence entre le taux auquel les banques empruntent et le taux directeur est appelée prime de risque (ou spread en anglais) et est calculée par l' indice TED (en) pour le cas américain. À partir de la crise de confiance du mois d'août 2007, le taux Euribor s'est envolé, atteignant 4,95 % en décembre 2007 alors que le taux directeur était de 4 % (2007) et qu'en temps normal, elles auraient emprunté à 4,20 %. En octobre 2008, l'indice TED a même atteint le niveau historique de 4 % de différence alors qu'il avait été de 0.5 % en moyenne de 2004 à 2007[17]
La forte hausse, à partir du mois d'août 2007, des taux à court terme auxquels se refinancent les banques constitue un vrai risque pour leur équilibre financier : « L'envolée des taux du marché du refinancement bancaire (Eonia et Euribor), devenus supérieurs aux taux des prêts sans risque à long terme, [constitue] une situation intenable pour les établissements financiers », écrit le 15 septembre le journal spécialisé Investir[18]. En effet, certaines banques en arrivent à emprunter à des taux élevés pour refinancer des crédits qu'elles ont accordés précédemment à des taux moindres.
La crise de liquidité est renforcée par l'asymétrie d'information entre banques, qui sont donc réticentes à se prêter entre elles[19].
C'est le président de la banque d'Angleterre, Mervyn King, qui l'explique dans un câble diplomatique du 17 mars 2008, publié sur Wikileaks[20]. Les banques ne disposent pas d'assez de ressources dans leurs caisses pour répondre aux besoins de leur créancier, à long terme. En effet, si le Ratio McDonough impose une limite de fonds propres, ce ratio n'a pas été suffisant pour pallier les problèmes engendrés par la crise. Cependant, la limite entre crise de solvabilité (qui serait particulièrement pénalisant pour l'économie[21]), et une crise de liquidité (qui ne nécessite qu'un ajustement conjoncturel), est difficile à cerner[22].
Les banques australienne Macquarie, américaine Bear Stearns, britannique HSBC et allemande IKB ont été parmi les premières touchées. Bear Stearns, notamment, possédait des fonds spéculatifs qui avaient misé sur une remontée du secteur immobilier pour le recouvrement de fonds prêtés par des banques. La banque a été affaiblie dès le début par la faillite de deux de ses hedge funds.
Une panique bancaire, limitée à la banque britannique Northern Rock, a eu lieu en septembre 2007. En 3 jours, les clients de la banque ont retiré 12 % des montants déposés[23].
Les grandes banques mondiales ont annoncé des résultats des troisième et quatrième trimestres 2007 en forte baisse à la suite de la crise à cause à la fois :
Les grandes banques d'affaires américaines et européennes ont enregistré d'importantes dépréciations d'actifs au troisième trimestre 2007[24] :
D'autres importantes dépréciations d'actifs ont été passées au titre du quatrième trimestre 2007 et du premier trimestre 2008.
Les grandes banques françaises cotées en Bourse ont affiché pour leur part des dépréciations d'actifs limitées au troisième trimestre 2007[26] mais plus fortes au quatrième :
Le coût effectif de la crise pour les banques (dépréciations d'actifs au titre de la juste valeur comptable et provisions pour risques liés à la crise) est évalué à[31] :
Les estimations du coût global de la crise sur les banques (pertes et dépréciations d'actifs) ont été en permanence revues à la hausse au cours de la crise :
Les marchés financiers, qui avaient subi une première crise de confiance en février-mars 2007, avant de se reprendre au début de l'été, atteignent leur plus haut niveau annuel à la mi-juillet. Ils chutent à partir du 18 juillet (annonce de l'effondrement de deux hedge funds de Bear Stearns), un mouvement accentué le 9 août avec l'annonce du gel des trois fonds monétaires dynamiques de BNP Paribas Investment Partners, filiale de BNP Paribas[48]. En août 2007, Oddo Asset Management gèle plusieurs fonds d'investissement de son réseau[49],[50] et en février 2008, AXA Investment Managers suspend 3 fonds d'investissement de son réseau[51].
La chute des cours s'accentue avec la crise financière de l'automne 2008. La semaine du 6 au 10 octobre 2008 restera dans les annales comme une des pires semaines que les bourses mondiales aient connus. Le CAC 40 a en effet perdu pas loin de 1000 points, soit environ 20%.
Entre le 1er janvier 2008 et le 24 octobre 2008, le CAC 40 baisse de 43,11%, le Dax (Allemagne) de 46.75%, le FTSE 100 (Royaume-Uni) de 39,86%, le Nikkei (Japon) de 50.03% et le Dow Jones (États-Unis) de 36,83%[52].
La crise a des effets sur d'autres marchés, comme celui des matières premières. Selon l'analyste John Kilduff, « c'est un effet de contagion : ce qui se passe sur les marchés des bourses et des capitaux a causé un assèchement des liquidités, obligeant plusieurs acteurs comme les hedge funds à quitter le marché de l'énergie et à liquider leurs positions[53]. »
Entre septembre et octobre 2008, la crise financière s'accroît fortement, avec en particulier la faillite de Lehman Brothers. Les marchés boursiers baissent fortement.
La menace de faillite du système bancaire, qui finance l'économie, a poussé les pouvoirs publics des différents pays à intervenir à travers trois principales méthodes :
Ces actions ont été interprétées comme le renforcement de l'action des États dans le système financier après trente années de recul du rôle de l'État. Certaines interprétations ont salué la fin du libéralisme[55] voire, comme lors de la crise boursière de 1987, la faillite du capitalisme. D'autres interprétations voient un retour vers le keynésianisme[56].
Les critiques du libéralisme économique dans le cadre de la crise s'appuient notamment sur :
Les partisans du libéralisme économique, tout en reconnaissant l'utilité du rôle de l'État en dernier ressort en cas de crise systématique, réfutent cette analyse.
Ils affirment d'abord que la crise n'a pas été provoquée par un excès de libéralisme mais en fait par des distorsions du libre marché provoquées par l'État, notamment la politique monétaire expansionniste menée par le président de la Fed Alan Greenspan pendant les années 2002-2006, à l'origine de la bulle d'endettement, et l'obligation de prêter aux ménages les plus pauvres imposée par l'État américain aux banques, cause de l'octroi des crédits subprimes. Ainsi, selon l'économiste Florin Aftalion:
« Sous l'influence de la loi dite Community Reinvestment Act, les banques ont eu à choisir entre renoncer à leur développement ou effectuer des prêts très risqués aux communautés désavantagées[57]. »
De même, Aftalion estime que la titrisation de ces créances en MBS a été réalisée « avec les encouragements du Congrès ».
Deuxième point, selon les libéraux, le système financier international ne respectait plus les véritables principes du libéralisme. L'éditorialiste français Nicolas Baverez juge ainsi :
« Le capitalisme (…) est un mode de production fondé sur l'esprit d'entreprise et la rémunération du risque. Dans sa forme mondialisée dont la finance était la pointe avancée, il s'est écarté de ces principes en déconnectant les profits et les rémunérations des performances et des risques réels[58]. »
Enfin, les libéraux plaident pour une intervention courte de l'État, qui laisserait jouer les forces du marché dès que cela serait de nouveau possible.
Certains économistes, même keynésiens, s'inquiètent d'une action trop forte des États. Ainsi, l'économiste français Alain Lipietz, de l'école de la régulation, explique : « le risque face au ralentissement, c'est la relance à tout-va [56]. » De même, l'économiste français Michel Aglietta déclare également : « je redoute qu'on y aille à la massue en matière de régulation[56]. » Selon Le Monde, « les interventionnistes s'effraient surtout qu'on endosse comme keynésienne l'idée honnie de privatiser les profits et de socialiser les pertes[56]. »
Début mai, les résultats des tests de résistance à la crise destinés à faire le point sur l'état des banques américaines et sur leur capacité à faire face à la conjoncture[59] ont montré qu'elles avaient besoin de 74, 6 milliards de dollars. Cela a plutôt réconforté les marchés et les banques se sentent capables en général[60] de lever ces fonds sans passer par le gouvernement américain (elles continuent malgré tout de bénéficier de taux de refinancement très bas de la part de la Fed). Des observateurs s'inquiètent de l'attitude des banquiers qui semblent vouloir en revenir à des pratiques d'avant la crise[61]. Tout cela pousse le secrétaire du Trésor Timothy Geithner à vouloir réguler le marché des produits dérivés « alors que la mémoire des dommages est encore aiguë »[9].
Le président Barack Obama signe le 20 mai 2009 le Helping Families Save Their Homes Act of 2009 (en) et le Fraud Enforcement and Recovery Act of 2009 (en), qui établit notamment une commission d'enquête, la Financial Crisis Inquiry Commission (en) dirigée par Phil Angelides (en) et chargée d'enquêter sur les causes et responsabilités de la crise. La Commission est dotée d'un budget de 8 millions de dollars[62]. En juin 2009, l'administration Obama nomme un superviseur chargé de contrôler les rémunérations des dirigeants de banques ayant reçu deux fois des fonds publics[63]. Par ailleurs il est envisagé que les régulateurs puissent faire changer les systèmes de rémunération si ceux-ci sont susceptibles d'engendrer des incitations dangereuses pour la stabilité des établissements financiers[63]. En juillet 2010, la promulgation du Dodd–Frank Wall Street Reform and Consumer Protection Act bouleverse l'organisation réglementaire des marchés financiers et les attributions de la Securities and Exchange Commission (SEC).
En Europe, le gouverneur de la Banque de France, Christian Noyer, voudrait que les banques européennes soient également soumises à des tests de résistance[64]. En effet, il contestait les chiffres du FMI qui évaluaient les besoins de fonds des banques européennes à 600 milliards de dollars. De tels tests permettraient aux banques centrales européennes d'y voir plus clairs. Début juin 2009, huit économistes français et allemands, Peter Bofinger, Christian de Boissieu, Daniel Cohen, Jean Pisani-Ferry, Wolfgang Franz, Christoph Schmidt, Béatrice Weder di Mauro, Wolfgang Wiegard, réclament de vrais « stress tests » européens car ils estiment qu'il est urgent de connaitre« le véritable état de santé du système bancaire européen »[65].
Par ailleurs, une supervision financière à l'échelon européen a été mise en place à partir du 1er janvier 2011. Un comité européen du risque systémique a été mis en place, présidé par le Président de la Banque centrale européenne et trois autorités de supervision microprudentielles ont été mises en place, une pour les banques, une pour les marchés et une pour les entreprises d'assurance et les fonds de pension.
La crise financière affecte l'activité économique par le biais notamment de la baisse du moral des ménages et des chefs d'entreprises, des difficultés rencontrées par les banques, du resserrement des conditions de crédits (hausse des taux d'intérêt, sélection plus forte des emprunteurs). Ces facteurs pèsent sur la consommation des ménages et sur l'investissement des entreprises, provoquant une forte réduction de la croissance. Cette crise économique de 2008, à laquelle d'autres facteurs ont contribué, se traduit par une récession aux États-Unis à partir de décembre 2007.
Pour réduire ces conséquences négatives, la réserve fédérale des États-Unis a baissé progressivement ses taux directeurs. Le mardi 18 septembre 2007 elle baisse d'un demi-point son taux directeur principal, ramené de 5,25 % à 4,75 %[66]. C'est la plus forte baisse depuis novembre 2002, lors de la crise de confiance de l'affaire Enron[67].
Des plans de relance de l'économie ont été engagés en novembre et décembre 2008. Au Chili et en Argentine, les gouvernements respectifs de Michelle Bachelet et de Cristina Kirchner ont été conduits à réformer le système de retraites, auparavant basé sur les fonds de pension, lourdement touchés par la crise[46].
Dans la zone euro, l'Irlande, le Royaume-Uni, l'Italie, l'Espagne (qui a supporté un temps en Europe la moitié des licenciements dus à la crise), puis l'Allemagne sont entrés en récession[68]. Les États-Unis sont entrés en récession en décembre 2007, avec une aggravation très nette en octobre 2008. La France est entrée en récession le 15 mai 2008[69].
Les liquidités injectées par les banques centrales pour pallier la crise ont été transmises en partie à l'économie réelle, mais aussi vers la spéculation. Ainsi, des bulles[70] menacent d'éclater sur les bourses, les emprunts d'États, le sucre etc.
Toutefois, les experts sont divisés. Par exemple, alors que le FMI pense que la Chine est menacée par la surabondance du crédit, la Banque mondiale pense l'inverse[70].
Pour Jean-Marc Vittori, plusieurs signes (« des salariés mieux payés qu'ailleurs, de la secrétaire au directeur général; des bonus extravagants; des profits au-dessus de la moyenne »)[71] montrent l'existence de rentes (c'est-à-dire de profits au-dessus de la moyenne liés à des dysfonctionnents du marché) dans le secteur bancaire et financier. Si en septembre 2009, ce journaliste s'interrogeait sur la provenance des rentes, des études récentes commencent à apporter certains éléments de réponse.
Dans une étude récente du FMI[3], des économistes ont souligné que ce sont les institutions financières qui avaient le plus investi en lobbying entre 2000 et 2006 qui avaient émis le plus de prêts risqués. Par ailleurs, selon Hélène Rey les institutions financières ont investi 126 millions de dollars durant les neuf premiers mois de 2009 « pour façonner une réglementation du système financier qui préserve leurs rentes »[72].
Lorsqu'il y a une rente, deux grandes alternatives opposées sont possibles. Soit on peut chercher à la supprimer en modifiant la législation, c'est plutôt la position de Paul Volcker, soit l'Etat ou les institutions internationales peuvent tenter de s'en approprier une partie par le biais de taxes, c'est plutôt la position de Lord Turner, le président de la Financial Service Authority de Londres[73].
Le 21 janvier 2010, Barack Obama et son conseiller Paul Volcker proposent des mesures visant d'une certaine façon à actualiser le Glass-Steagall Act de 1933, abrogé en 1999. Rappelons que cette loi avait été émise après la crise de 1929 de façon à éviter que les banques de dépôts ne jouent sur les marchés avec l'argent des déposants. Aussi, banques d'affaires et de dépôts devaient-elles être bien séparées. Outre ce point, de nos jours, le « too big to fail » pose également problème. Par là on décrit le fait que les grandes banques sachant que de toute façon les gouvernements les sauveront car leurs faillites emporteraient le système financier mondial peuvent être tentées de prendre trop risques. Enfin, aux États-Unis, l'opinion publique est « exaspérée par les bonus de Wall Street et leurs profits gigantesques »[74] alors même qu'il a fallu les sauver durant la crise financière de 2008. Aussi, la réforme envisagée dans le cadre du Dodd–Frank Wall Street Reform and Consumer Protection Act, promulgué en juillet 2010, comportait trois volets à l'origine [75] :
Martin Wolf tout en approuvant la volonté de Paul Volcker de «développer un système financier qui serve à soutenir l'économie réelle plutôt qu'à réaliser d'énormes profits dans des activités fortement susceptibles de le déstabiliser» trouve ces solutions à la fois inapplicables et pas adaptées à ce qui doit être fait[76]. Dani Rodrik[77] professeur d'économie à l'université Harvard s'oppose à la critique de Martin Wolf estimant que cette réglementation serait inapplicable en dehors des États-Unis. Pour cet universitaire :
En octobre 2010, de nombreux cas d'expulsions font apparaître des pratiques frauduleuses de la part des banques.
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