Eginhard
Éginhard ou Einhard, né vers 770[1] et mort le 14 mars 840 à l'abbaye de Seligenstadt (près de Francfort), est une personnalité intellectuelle, artistique et politique de l'époque carolingienne, auteur de la première biographie de Charlemagne, protagoniste de l'œuvre scolaire et de la renaissance intellectuelle du IXe siècle.
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Eginhard est issu d'une famille notable de la région du Maingau[2] ; on sait par un texte de Raban Maur, abbé de Fulda dans les années 840, que ses parents s'appelaient Einhart et Engilfrit, bienfaiteurs de l'abbaye.
Éginhard est éduqué à l'abbaye de Fulda, à l'époque de l'abbé Baugolf (779-802). Remarqué comme un élève particulièrement doué, il est envoyé vers 792 compléter sa formation à l'école du palais d'Aix-la-Chapelle[3]. Ses capacités dans différents domaines (intellectuels et artistiques) lui permettent d'accéder au cercle des proches du roi[4].
Il fait partie du petit cercle d'érudits qui entoure Charlemagne, avec son aîné Alcuin. Il est surnommé le « petit nard », diminutif d'Éginhard, mais également jeu de mot : son nom germanique est Einhard, qui coupé en deux donne « ein Nard ». La petite taille d'Éginhard attise l'imagination d'Alcuin, qui compose un poème en son honneur :
Il joue aussi un certain rôle à la tête de l'empire carolingien. Il effectue plusieurs missions concernant la construction des grands édifices voulus par Charlemagne : palais impérial et chapelle palatine d'Aix-la-Chapelle, palais d'Ingelheim.... Plusieurs missions diplomatiques lui sont confiées. En 806, il est chargé d'aller à Rome informer le pape du projet de partage de l'empire entre les trois fils de Charlemagne.
Après la mort de Charlemagne, il reste à la cour de Louis le Pieux. Il devient en quelque sorte secrétaire de l'empereur[6] et s'occupe de l'éducation de Lothaire, fils aîné de l'empereur. Il bénéficie alors de récompenses matérielles qu'il n'avait pas connues à l'époque de Charlemagne. Louis le Pieux lui fait don de domaines dans sa région d'origine (Michlinstat, Mulinheim) et lui confie plusieurs abbatiats laïcs : Saint-Wandrille (Fontenelle) de 816 à 823, Saint-Bavon de Gand, Saint-Servais de Maastricht. Il fait construire une église à Mulinheim, et y fait transférer des reliques de saint Marcellin et de saint Pierre. En 828, il y fonde l'abbaye de Seligenstadt.
Voyant les fils de Louis le Pieux se rebeller contre leur père à partir de 829, il préfère se retirer de la vie séculière et rédige la Vita Karoli (Vie de Charles), vraisemblablement aux environs de 830, dans la tradition littéraire de la Vie des douze Césars de Suétone.
Il meurt en 840 à l'abbaye bénédictine de Seligenstadt.
Liste de ses ouvrages :
Un recueil des Œuvres d'Éginhard avec une traduction française a été publié par Alexandre Teulet à Paris en 1843 et 1857.
Le texte ne contient pas le nom de l'auteur, qui se présente cependant comme un proche de Charlemagne. Mais dès les années 840, un prologue est ajouté par l'abbé de Reichenau, Walafrid Strabon, mentionnant le nom d'Eginhard et donnant quelques renseignements sur sa vie[9].
La date de la rédaction de la Vita est l'objet de discussion entre historiens[10].
Éginhard n'est pas un biographe scrupuleux, il présente la vie de Charlemagne sous le jour qui lui semble le plus flatteur, à la manière d'un hagiographe (par exemple lorsqu'il traite du couronnement de Charlemagne).
Bien qu'il fut élevé à la cour de Charlemagne et contemporain des personnages qu'il a dépeints dans sa geste, de nombreuses erreurs et distorsions indiquent qu'il tenait ses sources de seconde main. Éginhard sembla avoir pris à la lettre les mots de Cicéron : « Confier ses pensées à l'écriture sans être capable de les bien disposer, de les embellir ou d'y répandre un charme qui attire le lecteur, c'est abuser outre mesure de son loisir et des lettres ». Si la trame du récit d'Éginhard est correcte, il brode ou romance les faits, peut-être pour ne pas nuire à la réputation de ceux à qui il devait sa fortune.
L'ouvrage est imprimé à Cologne en 1521, à Utrecht en 1711.
Une traduction en français est publiée par Denis à Paris en 1812.
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