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| France Arsenal nucléaire |
|
|---|---|
| Programme | |
| Date de lancement | 1954 |
| Premier essai nucléaire | 13 février 1960 |
| Premier essai Bombe H | 24 août 1968 |
| Dernier essai nucléaire | 27 janvier 1996 |
| Statistiques | |
| Charge nucléaire la plus élevée | 2,6 Mt (testée le 24 août 1968) |
| Nombre maximal d'armes nucléaires | 540 en 1992 |
| Nombre total d'essais nucléaires | 210 détonations |
| Arsenal courant | En 2011, 298 (40 ogives présentes sur les Rafales et 258 têtes) |
| Portée maximale | 11 000 kilomètres (sous-marin) |
| Traités internationaux | |
| Traités signés | TNP (1968) |
L'histoire de la force de dissuasion nucléaire française, aussi nommée « force de frappe », commence officiellement en 1958, pendant la Guerre froide, lorsque Félix Gaillard, président du Conseil sous la présidence de René Coty, décide de doter la France d'une force de dissuasion nucléaire.
Sommaire |
La base de la doctrine française est la volonté de conférer à l’arme nucléaire un rôle fondamentalement politique. Il s’agit « d’empêcher la guerre » : l’arme nucléaire ne saurait être un moyen de coercition ou une « arme d’emploi », c’est-à-dire une arme utilisable au même titre que les autres. Mais il s’agit également de pouvoir affirmer, sur la scène internationale, que la France ne dépend d’aucune autre puissance pour ce qui est de sa survie.
Une directive présidentielle du 16 décembre 1961 demandait que les forces nucléaires soient capables « d’infliger à l’Union soviétique une réduction notable, c’est-à-dire environ 50 %, de sa fonction économique ». Dans cette directive Charles de Gaulle explique cet objectif : « Dans dix ans, nous aurons de quoi tuer 80 millions de Russes. Eh bien je crois qu'on n'attaque pas volontiers des gens qui ont de quoi tuer 80 millions de Russes, même si on a soi-même de quoi tuer 800 millions de Français, à supposer qu'il y eût 800 millions de Français »[1].
Dans ses mémoires, l'ancien président de la République Valéry Giscard d’Estaing mentionne un ordre de grandeur analogue, en précisant qu’il avait retenu « comme objectif pour notre frappe stratégique la destruction de 40 % des capacités économiques de l’Union soviétique situées en deçà de l’Oural et la désorganisation de l’appareil de direction du pays »[2].
Au début des années 1980, la capacité effective de destruction minimale était de l’ordre de 35 % de la population et de 45 % de la capacité de production industrielle de l'URSS[3].
Le 19 janvier 2006, le président de la République Jacques Chirac, en déplacement sur la base de sous-marins nucléaires de l'Île-Longue, confirme (suite à son discours de juin 2001) que l'utilisation de l'arme nucléaire contre « les dirigeants d'États qui auraient recours à des moyens terroristes contre nous » et également « à ceux qui envisageraient d'utiliser des armes de destruction massive » pourrait être envisagée. Cependant, il insiste bien sur le fait que l'arme nucléaire n'est pas une arme conventionnelle. Et que la France, dans l'optique de limiter au maximum l'impact sur les civils, se dote de missiles ayant plus de souplesses, de flexibilités et de précisions, comme le missile M-51 (mer-sol) et l'ASMP (air-sol).
Dans ce discours, le président Chirac a notamment précisé que les intérêts vitaux de l'État, défendus par la force de frappe, comprennent notamment — les intérêts vitaux ne sont jamais définis ouvertement — les pays alliés de la France, ouvrant ainsi la voie à une véritable défense européenne.
Le 21 mars 2008, le président de la République Nicolas Sarkozy se fait le défenseur de la stabilité des conceptions françaises en matière de dissuasion nucléaire, qui demeure « objective » en ce sens qu'elle se positionne « tous azimuts », excluant les frappes préventives, puisqu'elle est « strictement défensive » et a annoncé que l'arsenal français serait réduit à un peu moins de 300 têtes[4].
C'est avec l'ordonnance 45-2563, du 18 octobre 1945 (presque trois mois après l'explosion des bombes atomiques sur Hiroshima et Nagasaki), signée par le général de Gaulle, qu'est créé le Commissariat à l'énergie atomique (CEA). Cet établissement a pour mission d'effectuer des « recherches scientifiques et techniques en vue de l'utilisation de l'énergie atomique dans les divers domaines de la science, de l'industrie et de la défense nationale ».
Les forces françaises eurent l'occasion de s'exercer au maniement d'armes nucléaires avec des armes tactiques américaines dans le cadre de l'OTAN sous double clefs dans les années 1950 et 1960. La 11e escadre de chasse équipée de North American F-100 Super Sabre de l'armée de l'air française entre 1963 et 1964[5], les divisions mécanisées modèle 59 qui avaient deux batteries de deux MGR-1 Honest John, et huit batteries de missile sol-air MIM-14 Nike-Hercules armées par les 520 et 521e Brigade d’Engins des Forces françaises en Allemagne dans le Bade-Wurtemberg de 1960 à 1966[6]
Après l'échec de la Communauté européenne de défense, dont le traité impliquait que la France renonçât au nucléaire [7], mais qui fut refusé par l'Assemblée nationale le 30 août 1954, le président du Conseil Pierre Mendès France signe le 26 octobre 1954 le décret instituant une Commission supérieure des applications militaires de l'énergie atomique et, le 4 novembre, un arrêté créant au sein de celui-ci un Comité des explosifs nucléaires présidé par le général Jean Crépin avec comme secrétaire et rapporteur le professeur Yves Rocard, démarrant officiellement le programme nucléaire militaire français [8].
En 1959 est créée la Société pour l'étude et la réalisation d'engins balistiques (SEREB), le mandataire de l'État et maître d'œuvre des futurs systèmes d'armes de la Force nucléaire stratégique (FNS). Un an plus tard, la SEREB collabore avec les sociétés Nord-Aviation et Sud-Aviation et établit les programmes des « Études balistiques de base » (EBB), dits des « Pierres Précieuses ». Ils sont destinés à acquérir les technologies nécessaires à la réalisation de la FNS. C'est aussi en 1959 que le premier bombardier Mirage IV, construit par Dassault, est présenté en vol au général de Gaulle lors du salon du Bourget, à peine trois années après la signature du projet.
Et le 13 février 1960 a lieu le premier essai français d'une bombe A à Reggane, dans le Sahara algérien. Suivi en 1961 par l'essai en vol de la fusée AGATE, première de la série des « Pierres Précieuses » au Centre d'essais d'engins spéciaux créé le 24 avril 1947 à Colomb-Béchar en Algérie française.
En 1963, le gouvernement français opte pour la réalisation de deux nouveaux systèmes d'armes, terrestre et naval, avec :
L'année 1964 marque le début de la permanence de la dissuasion nucléaire française. En effet, le 14 janvier, les Forces aériennes stratégiques sont créées. En février, le premier Mirage IV et le premier avion ravitailleur Boeing C-135 arrivent dans les forces. En octobre, la première prise d'alerte par un Mirage IV, armé de la bombe AN-11, et un avion ravitailleur C-135F a lieu sur base aérienne de Mont-de-Marsan (40). La triade arme nucléaire, avion vecteur et avion de projection est alors opérationnelle.
Au printemps 1966, avec neuf escadrons de Mirage IV, l'ensemble de la 1re composante de la force de dissuasion est réalisée.
Le 24 août 1968 a lieu le premier essai d'une bombe H, sur l'atoll de Mururoa dans l'océan Pacifique.
Les États-Unis partagent secrètement le dispositif de sécurité et d'armement avec la France dans les années 1970[9].
La première unité opérationnelle de la Base aérienne 200 Apt-Saint-Christol sur le plateau d'Albion est mise en service le 2 août 1971 avec neuf SSBS S2, la seconde le 23 avril 1972[10].
Le 1er décembre 1971 entre en service le sous-marin nucléaire lanceur d'engins (SNLE) Redoutable.
En octobre 1972, deux escadrons de Mirage IIIE de la 4e escadre de chasse de la forces aériennes tactiques (FATac) se voient confier la mission nucléaire tactique avec l’arrivée de la bombe AN 52[11]
En 1973, 60 Mirage IV répartis sur neuf bases sont désormais en alerte[12].
Le 1er mai 1974, le premier des cinq régiments de missiles Pluton entrent en service dans l'armée de terre française.
Le 1er octobre 1974, deux escadrons de SEPECAT Jaguar de la 7e escadre de chasse sont déclarée officiellement « nucléaire tactique ». Ils seront rejoint dans cette mission par un troisième escadron le 1er janvier 1981. Un escadron abandonnera ce rôle à partir du 31 juillet 1989 suivi par les deux derniers le 31 août 1991[13].
Le 10 décembre 1978, le porte-avions Clemenceau reçoit, suite à une IPER, la qualification nucléaire : un local spécial pour l'embarquement de quatre ou cinq armes nucléaires AN-52 pouvant être utilisé par les Super-Étendard de la Marine nationale y était aménagé[14]; entre 1980 et 1981, c'est le Foch qui est à son tour aménagé dans cette fonction pour une prise opérationnelle de service le 15 juin 1981 [15],[16].
Durant les années 1980, la Force de frappe atteint son maximum avec plus de 500 ogives nucléaires. Le Bulletin of the Atomic Scientists annonçant un pic de 540 ogives en 1992 et un total de 1 260 armes construites depuis 1964[17] :
Le 11 septembre 1991, le Président de la République annonce le retrait anticipé des missiles Pluton dont les derniers seront retiré le 31 août 1993.
Le 8 avril 1992, le président François Mitterrand annonce la mise en place d'un moratoire sur les essais nucléaires. Le 13 juin 1995, nouvellement élu, le président Jacques Chirac annonce que huit essais nucléaires auront lieu de septembre 1995 à janvier 1996. Ces essais ont pour but de récolter assez de données scientifiques pour simuler les futurs essais. Une vague de contestation internationale a lieu. Le 29 janvier 1996, dans un communiqué, la présidence annonce, après le sixième essai (qui a eu lieu le 27 janvier sur l'atoll de Fangataufa en Polynésie) sur les huit prévus à l'origine, que la France met fin aux essais nucléaires. Avec ce dernier tir, c'est 210 explosions qui ont été réalisées par la France depuis l'acquisition de l'arme atomique en 1960.
Suite à la fin de cette dernière campagne de tests, la France signe le Traité d'interdiction complète des essais nucléaires (TICE) le 24 septembre et démantèle ses installations de tests dans le Pacifique. Le Parlement ratifie le TICE le 6 avril 1998, engageant ainsi la France à ne plus jamais réaliser d'essais nucléaires.
En 1996, les 18 silos de missiles sol-sol du plateau d'Albion dans le Vaucluse sont désactivés.
Au début du XXIe siècle, les tests grandeurs natures ne sont plus effectués. Les missiles sont testés et modélisés en laboratoire.
Les lieux de fabrication des têtes nucléaires, du commandement, ainsi que les bases des vecteurs nucléaires sont situés à différents endroits sur le territoire français :
Au 15 août 2004, l'Observatoire des armes nucléaires françaises estime[20] (car il n'existe aucune donnée rendue publique) l'état des forces nucléaires françaises à 348 têtes nucléaires, dont :
Le poste de commandement se trouve au palais de l'Élysée, au « PC Jupiter ». Le président de la République dispose d'un PC mobile lors de ses déplacements à l'étranger.
Seul le président de la République a connaissance des codes de lancement des armes. Ces codes sont remis de façon confidentielle à son successeur lors de la passation de pouvoir.
Plusieurs programmes sont en cours en 2008 :
Depuis la chute de l'Union soviétique et le changement dans la doctrine de la dissuasion nucléaire qui en a découlé, le budget du maintien de la Force de frappe a été réduit :
| Année | Crédits de paiement (en milliards d'euros constants de 2005) |
Part dans le budget de la Défense (titres V[24] et VI[25]) |
|---|---|---|
| 1990 | 6,20 | 31,4 % |
| 1995 | 3,63 | 21,9 % |
| 2000 | 2,63 | 19,1 % |
| 2005 | 3,15 | 20,7 % |
| 2010 | 3,55 | 21 % |
Des manifestations pacifistes ont régulièrement lieu à proximité du principal site de stockage de ces armes, comme à l'occasion des commémorations des 60 ans des bombardements atomiques d'Hiroshima et Nagasaki[26].
Les contestations portent d'abord sur les essais nucléaires français. Elles ont été particulièrement vives lorsque le président Jacques Chirac a décidé de reprendre une dernière fois les essais nucléaires en 1995, pour pouvoir effectuer des simulations dans le but de la continuité du développement de la Force de frappe, alors que le 12 mai 1995, le Traité de Non-Prolifération nucléaire (TNP) avait été renouvelé pour une période indéfinie. Il convient tout de même d'admettre que le TNP ne contient aucune disposition visant à limiter les droits d'un État doté de l'arme nucléaire (cinq États, dont la France, sont « dotés » au sens du traité) à procéder à un essai nucléaire. La France n'avait pas en 1995 signé le Traité d'interdiction complète des essais nucléaires (TICE).
Les critiques portent également sur la doctrine de la dissuasion française. Avec la chute de l'Union soviétique et la fin de la Guerre froide, l'intérêt d'une force de frappe nucléaire est remis en question par certains de ces opposants : les intérêts vitaux de la France n'étant plus menacés directement par aucune puissance majeure (selon Jacques Chirac), ils jugent que la réponse nucléaire n'est plus pertinente[citation nécessaire]. La citation complète de Jacques Chirac met tout de même en évidence que les intérêts vitaux de la France peuvent toutefois être mis en danger par de nouveaux types d'ennemis, ce qui justifie la mise en place d'un nouveau type de dissuasion nucléaire.
Les critiques portent actuellement surtout sur la modernisation et l'adaptation des armes nucléaires françaises, qui constituent selon eux un encouragement à la prolifération nucléaire [citation nécessaire]. Par exemple, le nouveau missile M-51 contreviendrait aux dispositions de l'article VI du TNP qui commande à la France de procéder à long terme au désarmement de son arsenal nucléaire, et non pas de le développer[citation nécessaire].
Les critiques portent aussi sur la « dimension morale » de la dissuasion nucléaire, et s'appuient sur la déclaration de la Cour internationale de justice en 1996 qui déclare que « la menace ou l'emploi d'armes nucléaires serait généralement contraire aux règles du droit international applicable dans les conflits armés ». Néanmoins, dans ce même avis, la cour précise en conclusion que « au vu de l'état actuel du droit international, ainsi que des éléments de fait dont elle dispose, la Cour ne peut cependant conclure de façon définitive que la menace ou l'emploi d'armes nucléaires serait licite ou illicite dans une circonstance extrême de légitime défense dans laquelle la survie même d'un État serait en cause » [27].
Enfin, les critiques portent sur la dimension économique et sociale de la force de dissuasion nucléaire, qui s'élève à plus de 10 milliards d'euros (3 milliards seulement pour le missile M51) dans le budget de défense[28].
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