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| Guillaume le Conquérant | |
Détail de Guillaume le Conquérant, Tapisserie de Bayeux.
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| Titre | |
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| Roi d'Angleterre | |
| 14 octobre 1066 – 9 septembre 1087 20 ans, 10 mois et 25 jours |
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| Couronnement | 25 décembre 1066 en l'Abbaye de Westminster |
| Prédécesseur | Harold II |
| Successeur | Guillaume II |
| Duc de Normandie | |
| 1035 – 9 septembre 1087 | |
| Prédécesseur | Robert le Magnifique |
| Successeur | Robert II |
| Biographie | |
| Dynastie | Normands |
| Date de naissance | v.1027 |
| Lieu de naissance | Falaise (Normandie) |
| Date de décès | 9 septembre 1087 |
| Lieu de décès | Rouen (Normandie) |
| Père | Robert le Magnifique |
| Mère | Herleva |
| Conjoint | Mathilde de Flandre |
| Enfants | Robert Courteheuse Guillaume le Roux Adèle d'Angleterre Henri Beauclerc |
| Héritier | Robert Courteheuse (1087) |
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| Monarques de Grande-Bretagne | |
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Guillaume le Conquérant, dit également Guillaume le Bâtard, Guillaume II de Normandie et enfin Guillaume Ier d’Angleterre, né à Falaise vers 1027[1] et mort à Rouen le 9 septembre 1087, est duc de Normandie de 1035 à sa mort et roi d'Angleterre de 1066 à sa mort.
Fils illégitime de Robert le Magnifique et d’Arlette (ou « Herleva »), une « frilla » (épouse more danico), Guillaume devient duc de Normandie dès l’âge de huit ans suite au décès de son père. Après une période de forte instabilité, il parvient à reprendre la domination du duché à partir de la bataille du Val-ès-Dunes, en 1047. Il épouse Mathilde de Flandre vers 1053, et fait de la Normandie un duché puissant, craint du roi de France.
À la suite de la mort du roi Édouard le Confesseur, il sort vainqueur de la crise de succession d'Angleterre et s’empare de la couronne d’Angleterre après sa victoire à la bataille d'Hastings, en 1066. Cette conquête fait de lui l’un des plus puissants monarques de l’Europe occidentale et conduit à de très profonds changements dans la société anglaise, dont l'élite anglo-saxonne disparaît au profit des seigneurs normands.
Sommaire |
Guillaume devient duc de Normandie à la mort de son père Robert le Magnifique en 1035. Il n’a alors que huit ans. Sa mère Arlette, qui n’avait pas épousé Robert, se marie avec Herluin de Conteville, et donne deux demi-frères à Guillaume : Odon de Bayeux et Robert de Mortain.
Guillaume est donc un enfant naturel, d’où son premier surnom de Guillaume le Bâtard. Sa bâtardise fournit un prétexte aux principaux barons de Normandie pour récuser son autorité. Autorité d’autant plus fragile que le duc est trop jeune. Le duché de Normandie traverse en conséquence plus d’une décennie de troubles. Des guerres éclatent entre les principales familles baronniales ; des châteaux se dressent dans le duché[2]. Des complots frappent jusqu’à l’entourage ducal : Guillaume perd trois de ses tuteurs ou protecteurs par assassinat : le sénéchal Osbern de Crépon, Gilbert de Brionne et Alain III de Bretagne[3]. Les descendants des anciens ducs, les Richardides, semblent impliqués dans ces meurtres. Aux troubles de la minorité de Guillaume vient s’ajouter le fléau de la famine, qui pèse sept ans sur la Normandie, et est accompagnée d’une épidémie fort meurtrière[4].
En 1046, Guillaume a dix-neuf ans. Un complot vise cette fois sa personne jusqu’alors épargnée. Une partie des seigneurs forment une coalition pour l'écarter au profit de Gui de Brionne (v. 1025-1069), un cousin de Guillaume, fils de Renaud Ier de Bourgogne et d’Adélaïde, fille de Richard II. Cette rébellion rassemble essentiellement des « vieux Normands » de l’Ouest (Bessin, Cotentin, Cinglais) traditionnellement indociles et hostiles à la politique d’assimilation menée par les ducs[5]. À Valognes, Guillaume échappe de peu à une tentative d’assassinat. Il s'enfuit et est accueilli par Hubert de Ryes qui le fait escorter en sécurité jusqu'à Falaise. Avec l'aide du roi de France Henri Ier, le jeune duc part en campagne contre les rebelles normands, qu’il parvient à défaire à la bataille du Val-ès-Dunes en 1047[6].
La victoire du Val-ès-Dunes en 1047 est le premier tournant du règne. Guillaume reprend solidement en main le duché. À l’occasion d’un concile tenu à Caen la même année, il impose de lui-même la paix et la trêve de Dieu. Les difficultés ne sont pour autant pas écartées puisque le duc doit compter avec l’hostilité d’une partie de sa parentèle, les Richardides. Autour de 1050, il parvient à en éliminer plusieurs : le comte de Mortain Guillaume Werlenc est banni ; Guillaume d'Arques s’exile après l’échec de sa révolte contre le duc en 1054 et enfin l’archevêque de Rouen Mauger, fils de Richard II de Normandie, doit abandonner son siège métropolitain. Guillaume confisque les fiefs du comte d’Arques, rétablit l’ordre par une habile politique de distribution des terres et contrôle plus fermement les agents du pouvoir que sont les vicomtes. Le pouvoir du jeune duc s’appuie enfin sur un groupe de fidèles parmi lesquels figurent ses demi-frères, Odon de Conteville, évêque de Bayeux, Robert, comte de Mortain, un groupe de barons (Guillaume Fitz Osbern, Roger II de Montgommery, Guillaume Ier de Warenne, Roger de Beaumont…) et quelques ecclésiastiques (Lanfranc). Ils sont nommés à des fonctions importantes ou installés dans des territoires stratégiques.
Entre 1050 et 1056[7] il élargit son réseau de fidélité en épousant Mathilde de Flandre, fille de Baudouin V, comte de Flandre et nièce du roi de France Henri Ier, à Eu, en dépit de l’interdiction du pape Léon IX.
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Le mariage soude une alliance entre les deux plus puissantes principautés du nord de la France. Il faudra attendre le pontificat de Nicolas II pour que le couple soit absous, au prix toutefois d’une pénitence : celle de fonder deux monastères à Caen. L’abbaye dite « aux Hommes », dédiée à saint Étienne et l’abbaye dite « aux Dames », dédiée à la sainte Trinité seront ainsi élevées.
La montée en puissance du duc inquiète le roi de France. Après l’avoir aidé lors de la bataille du Val-ès-Dunes quelques années plus tôt, le capétien renverse finalement sa politique pour limiter l’expansion de son vassal normand. En 1053, il envoie une armée de secours à Guillaume d’Arques révolté contre le duc. En 1054 et en 1057, il envahit la Normandie conjointement avec les troupes du comte d’Anjou mais ces expéditions tournent court après les défaites de Mortemer puis de Varaville. Guillaume s’avère un prince redoutable. Son ascension est favorisée en 1060 par la mort de ses deux principaux ennemis : le comte d’Anjou Geoffroi Martel et le roi de France. Il en profite pour conquérir le Maine, état tampon entre l’Anjou et la Normandie. L’héritière du comté soumis est mariée au fils de Guillaume, Robert Courteheuse[9]. La maîtrise du Maine garantit la protection du sud du duché.
Au milieu du XIe siècle, l’Angleterre est dirigée par le roi normanophile Édouard le Confesseur. Ce dernier avait trouvé refuge à la cour normande en 1013 lorsque son père Ethelred le Malavisé et sa mère Emma de Normandie, grande-tante paternelle de Guillaume, avaient été chassés du trône d’Angleterre par Sven Ier de Danemark. Il y était resté presque trente ans avant de revenir en Angleterre pour y être couronné roi en 1042. Dans son nouveau royaume, Édouard s’entoure de Normands. Mais il n’a pas de descendance. Il semble qu’en 1051 ou 1052, le roi Édouard le Confesseur aurait encouragé les vues de Guillaume sur sa succession[10]. Mais le duc de Normandie a alors d’autres soucis. Il semble également qu'Édouard le Confesseur, souverain affaibli, ait fait des promesses identiques à d'autres grands féodaux voisins[11], de manière à s'assurer de leur neutralité faute de pouvoir les contenir par la force.
Le sujet revient au premier plan quand Harold Godwinson, un grand aristocrate anglo-saxon et candidat possible à la succession d'Édouard, se rend en Normandie. Les motivations de cette visite restent incertaines. La tapisserie de Bayeux, dont on peut soupçonner la partialité, montre Harold prêter serment de fidélité à Guillaume et renoncer à la succession au trône anglais au profit du Duc de Normandie[12]. Cependant, quand Édouard le Confesseur meurt le 5 janvier 1066, l'aristocrate anglo-saxon lui succède. Son couronnement, approuvé par le Witenagemot (ou Witan), se fait le 6 janvier 1066. Harold oppose au duc de Normandie qu'il a été trompé sur la valeur du serment de Bayeux, qui n'aurait été qu'une vague promesse sur un simple missel posé sur un coffre qui masquait les reliques d'un saint.
Guillaume proteste contre cette usurpation et se prépare à une invasion du royaume anglo-saxon.
Voici un tableau généalogique permettant de comprendre les liens de parenté entre les principaux protagonistes (le détenteur du trône d'Angleterre - Édouard le Confesseur -, ainsi que Guillaume de Normandie, sont inscrit en gras ; ceux marqués d'un astérisque étant les prétendants au trône d'Angleterre, soit de manière présomptive, soit de manière officielle) :
Guillaume le Conquérant parvient à convaincre les barons normands de participer à cette invasion. Il obtient même le soutien du pape Alexandre II qui lui envoie un étendard pontifical[13]. En quelques mois, l'armée normande est prête. À celle-ci viennent s'ajouter des Francs, des Flamands et des Bretons[14]. Embarqué à Dives et après avoir fait étape à Saint-Valery-sur-Somme, Guillaume débarque à Pevensey dans le Sussex de l'Est, le 28 septembre 1066. Le 14 octobre, il défait son compétiteur Harold à la bataille d'Hastings, durant laquelle ce dernier est tué, et reçoit la couronne anglo-saxonne le 25 décembre 1066 dans l'abbaye de Westminster[15]. Il doit en partie cette victoire à l'attaque d'un autre prétendant, Harald Hardrada de Norvège, qui avait déclenché, quelques semaines plus tôt, une attaque contre Harold. Ce dernier avait réussi à en triompher lors de la bataille de Stamford Bridge, mais son armée se trouvait affaiblie lorsqu'il fallut affronter l'armée normande quelques jours plus tard[16].
La conquête de 1066 ne créa pas un royaume anglo-normand. Normandie et Angleterre gardent leur spécificité à travers leur administration ou leurs coutumes[17].
Sous Guillaume le Conquérant, « l'organisation de la société normande est féodale »[18]. On retrouve en effet les caractéristiques de ce système que ce soit les fiefs, les tenures paysannes, le service militaire et la justice privée. Mais c'est un féodalisme qui est tempéré par un pouvoir ducal fort. Les barons, laïques mais aussi ecclésiastiques, doivent fournir au duc un contingent militaire lorsqu'il en a besoin. En Normandie, on ne peut construire de châteaux que par autorisation du duc et ils peuvent lui être remis sur sa simple demande. Les guerres privées sont restreintes et les justices privées sont limitées par les cas réservés au duc et par le maintien d'une administration locale publique. Le duc garde la main sur l'Église, en nommant les évêques et certains abbés et en dirigeant les conciles de la province. Il détient le monopole de frappe monétaire et est capable de collecter une part considérable de ses revenus en argent. L'administration s'appuie sur des officiers publics, les vicomtes.
Dans son nouveau royaume, Guillaume introduit de profonds changements, parmi lesquels une fusion du système légal anglo-saxon avec la loi normande. En 1085, il commande ce qu'on peut appeler un recensement au sens moderne, le « Livre du Jugement Dernier » ou Domesday Book, qui fait l'inventaire des hommes et richesses du royaume. Il fait aussi construire de nombreux bâtiments et châteaux, notamment la tour de Londres bâtie en pierre de Caen.
En 1066, Guillaume le Conquérant a bénéficié d'une heureuse conjoncture politique et diplomatique qui lui a permis de conquérir l'Angleterre sans être menacé ou attaqué sur ses arrières. Cette situation exceptionnelle change après son retour en Normandie en mars 1067. Durant les vingt dernières années de son règne, Guillaume doit faire face à plusieurs révoltes intérieures et au réveil des principautés voisines. Ses difficultés sont augmentées du fait de l'extension de son territoire : il ne peut pas intervenir partout, directement et rapidement.
D'abord, l'Angleterre ne se soumet pas facilement. Plusieurs révoltes éclatent (en 1067, en 1069, en 1075…), la plus importante étant celle de 1069, qui contraint Guillaume à une répression sauvage. La Normandie se tient tranquille.
À l'extérieur, Guillaume subit plusieurs échecs. La Flandre plonge dans une crise de succession après la mort du comte Baudouin VI et, malgré une intervention militaire, le duc de Normandie ne parvient pas à imposer le parti de la veuve, Richilde, sa belle-sœur[19]. Bien que nominalement possédé par le fils du Conquérant, le Maine se détache de l'influence normande. Si après une brève campagne militaire Guillaume réoccupe la région en 1073, il se trouve plus tard mis en échec par la révolte d'un seigneur local, Hubert de Saint-Suzanne : le château de Sainte-Suzanne n'est toujours pas pris après deux ans de siège (1084-1086). De même, en Bretagne, où la Normandie intervient traditionnellement, Guillaume doit reculer[20].
Derrière les difficultés du duc-roi dans le Maine et en Bretagne, se cachent les agissements de ses deux principaux ennemis, à savoir le comte d'Anjou Foulque le Réchin et le roi de France Philippe Ier. Ils soutiennent tous les révoltés contre le Normand. Même Robert Courteheuse, le fils aîné du Conquérant, qui se rebelle en 1078 contre son père[21] : il s'exile à la cour de France où le roi lui confie la forteresse de Gerberoy. Philippe Ier espère par tous les moyens rabaisser la trop grande puissance normande. Le règne de Guillaume marque d'ailleurs le début d'une guerre récurrente entre roi d'Angleterre et roi de France.
C'est justement contre ce dernier que le Conquérant livre son dernier combat. En 1087, il conduit son armée jusqu'à Mantes qu'il brûle. Alors que le duc-roi est handicapé à la fin de sa vie par une obésité[22], une blessure ou une maladie l'aurait, selon Orderic Vital, contraint à retourner dans sa capitale Rouen[23].
Il agonise quelques jours en toute lucidité au prieuré Saint-Gervais, aux portes de la ville. Avant de mourir le 9 septembre 1087[24], le duc-roi règle sa succession : il confie à son fils aîné Robert Courteheuse le duché de Normandie tandis que son deuxième fils Guillaume le Roux reçoit la couronne d'Angleterre. Son corps est ensuite transporté jusqu'à Caen, pour être inhumé en l'abbatiale Saint-Étienne.
En contant la triste fin de Guillaume, le chroniqueur Orderic Vital explique que lors de l'inhumation, le corps du défunt éclata et exhala une insupportable odeur de putréfaction. Ce point est en contradiction avec un paragraphe précédent où le moine évoque « les embaumeurs et les croque-morts » qui préparèrent le corps[25].
Pendant les guerres de religion, les protestants profanent, vandalisent et pillent son tombeau. Sa dépouille est exhumée, mise en pièce, et dispersée. Sous la dalle qui porte son épitaphe, il ne reste de son squelette qu'un fémur et une mâchoire qui ont été sauvegardés in extremis[réf. nécessaire]. Des scientifiques ont conclu à partir de la longueur de l'os de la jambe que Guillaume le Conquérant avait une taille d'environ 173/174 centimètres, ce qui dépassait certainement la moyenne de l'époque[réf. nécessaire].
Vers 1050, il épouse Mathilde de Flandre fille de Baudouin V, comte de Flandre à Eu. Ils auront au moins dix enfants dont quatre fils[26] :
Remarques :
| Précédé par | Guillaume le Conquérant | Suivi par | ||
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| Edgar Ætheling désigné par le Witan, non couronné |
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Guillaume II le Roux | ||
| Robert le Magnifique |
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Robert Courteheuse |
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