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Un incunable est un livre imprimé dans la période comprise entre le début de l’imprimerie occidentale (Gutenberg), vers 1450, et la fin du premier siècle de la typographie, en 1501.
Le mot « incunable » vient du fait que le livre est imprimé à l’époque où l’imprimerie typographique était encore au berceau (incunabula en latin). Le mot « incunable » apparaît dans l’histoire du livre vers le XVIIe siècle.
La date de fin en 1501 est arbitraire. Les livres imprimés en 1501 ne diffèrent pas de ceux imprimés en 1505, aussi bien pour la mise en page, le type de caractères utilisés que pour le contenu des livres. La mise en page des livres, la page de titre évoluent de façon continue entre 1480 et 1520. Pour qualifier les livres publiés après 1501 mais ayant la même apparence que les incunables, on emploie parfois l'expression post-incunable. Le terme « incunable » est employé de manière uniforme de nos jours, car les livres imprimés avant 1501 sont décrits dans des bases de données internationales comme l'ISTC ou le GW.
Sommaire |
Le premier incunable connu est la bible à quarante-deux lignes, dite B42, imprimée par Johannes Gutenberg, Peter Schöffer et Johann Fust vers 1455. Elle se compose de deux volumes qui font ensemble 1282 pages composées de deux colonnes de quarante-deux lignes. Le texte est noir et en lettres gothiques. Sur un tirage estimé de cent quatre-vingts exemplaires, seuls quarante-huit nous sont parvenus.
Psautier liturgique, dit « Psautier de Mayence », célèbre ouvrage imprimé par Johann Fust et Peter Schöffer à Mayence en 1457, ré-imprimé par eux en 1459.
Il faudra attendre 1457 pour que Schöffer et Fust – bien que la coopération technique de ce dernier ne soit pas clairement prouvée – impriment leur premier livre en couleur le Psalmorum Codex, plus connu en France sous le nom de Psautier de Mayence.
Cet ouvrage est considéré, avec les quatre livres imprimés par Gutenberg, comme l'un des livres les plus précieux de tous les temps pour plusieurs raisons :
Peter Schöffer aura les plus grandes difficultés pour imprimer son livre. Il dépensera, paraît-il, plus de 4 000 florins pour l’impression de 12 feuillets.
Le psautier était, à cette époque, le livre le plus recherché pour la dévotion privée. Il contient calendrier, litanies, cantiques et prières en latin.
Les Chroniques de Nuremberg de Hartmann Schedel, imprimées par Anton Koberger en 1493, sont un autre incunable célèbre.
En 1470 trois ouvriers allemands, issus de l’imprimerie typographique de Mayence, Ulrich Gering, Martin Grantz et Michel Friburger, installent en France, à Paris, dans les locaux de la Sorbonne, la première imprimerie typographique.
En 1476, sort à Lyon – « l'une des capitales négociantes et artistiques de la Renaissance à partir de 1460 » selon l'expression de l'historien Frédéric Barbier – le premier livre imprimé en français : la Légende dorée de Jacques de Voragine[1].
Parmi quelques imprimeurs connus citons Albrecht Pfister (Bamberg) ; Alde Manuce, Wendelin de Spire,Nicolas Jenson, Zacharias Calliergès (Venise) ; Sweynheim et Pannartz (Subiaco puis Rome) ; Jean Neumeister (Albi), Johannes Mentelin (Strasbourg), Günther Zainer (Augsbourg), William Caxton (Bruges) et Michael Furter (Bâle), Henri Mayer (Toulouse),
L'incunable est vendu en cahiers, non relié, comme le livre de l'époque moderne la plupart du temps. Certains imprimeur-libraires peuvent faire faire des reliures à la demande de certains clients.
La mise en page d’un incunable reprend celle des livres manuscrits codex.
Le format le plus utilisé est in-folio – feuille pliée en 2 -, mais il existe également des incunables aux formats in-quarto – feuille pliée en 4 - ce format plus pratique à manipuler, sera utilisé par les imprimeurs de manuel, livre de droit, romans.
Les pages sont imprimées recto-verso (opisthographie) sur du papier ou sur vélin. Le papier utilisé depuis le XIIIe siècle un peu partout en Europe favorisera considérablement le développement de l’imprimerie.
La page de titre n’existe pas encore, l’impression du livre débute au recto du premier feuillet d’où une usure prématurée de cette première page.
Le texte s’étale sur deux ou trois colonnes de 30 à 70 lignes par colonne.
Les lettres sont imprimées en caractères gothiques imitation des manuscrits codex. Plus tard, apparaît le caractère romain issu des inscriptions lapidaires des monuments antiques.
Au début, les caractères étaient fondus dans l’atelier de l’imprimeur. C’est vers 1540 que Claude Garamond créa la première fonderie de caractères.
Comme le manuscrit, l'incunable peut être décoré par un rubricateur et un miniaturiste : la place leur est laissée pour ajouter des capitales enluminées dans les livres. Peu à peu, cet espace vide est remplacé par une gravure sur bois. Certains livres sont illustrés d'illustrations, constituées de gravures sur bois insérées dans la forme avec les caractères.
À la différence du codex – chaque manuscrit est unique – le livre imprimé est produit en série.
Le texte débute par l’incipit et se termine par l’excipit. La réclame et la signature sont utilisées.
La production des incunables – en Italie et en Allemagne principalement – est essentiellement religieuse : cantiques, litanies, rituel, prières en latin, la vie de Jésus et, bien sûr, les œuvres de saint Augustin.
La production s’oriente également vers la reproduction d’herbiers, les textes médiévaux, calendriers, la littérature grecque (Homère), l’œuvre du poète écrivain Horace, les traités de médecine, imprimés dans des langues autres que latine – langues vernaculaires romanes, germaniques, anglo-saxonnes etc.
Pour la même édition, le contenu d’un livre peut varier. Si en cours d’impression le correcteur modifie le contenu du livre, par souci d'économie, le premier tirage ne sera pas détruit. Au final, le livre sera relié avec les pages modifiées et les pages non modifiées. Pour les imprimeurs les plus courageux les modifications du texte seront rapportées la main.
Les premiers incunables, qui reproduisent la Bible, sont en lettres gothiques, moins anguleuses que celles des livres d’images. Ces lettres furent appelées « lettres de somme », par opposition aux « lettres de forme », et aussi « flamandes » ou « allemandes ». L'imprimé suivant les modèles du manuscrit, les ouvrages humanistes sont imprimés en caractères romains, et les ouvrages en vernaculaire en gothique minuscule.
En ponctuation, le point a la figure d’une étoile et la virgule est marquée par une ligne oblique.
Les alinéas sont souvent alignés, c’est-à-dire au niveau des autres lignes ; ils sont quelquefois saillants, ou en dehors des autres lignes de quelques lettres, d’autres fois rentrants comme dans les éditions actuelles.
Les livres sont tardivement foliotés, et plus rarement encore paginés. La page de titre apparaît elle-même tardivement, à Venise, et n'est pas complète au sens où on l'entend aujourd'hui avant le siècle suivant.
Les libraires sont les marchands de livres, depuis le XIIe siècle. À partir de l'invention de l'impression en caractères mobiles, il existe des imprimeurs-libraires mais ce n'est pas le modèle économique le plus répandu. Très souvent, l'artisan imprimeur travaille avec une ou plusieurs personnes qui le financent. C'est le cas pour Johann Gutenberg. Le premier privilège de libraire connu est délivré par le Sénat de Venise en 1469 : il s'agit d'un privilège attribué pour 10 ans pour une nouvelle invention qui arrivait à peine à Venise, l'imprimerie[2].
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