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Le mythe des origines troyennes est un mythe fondateur par lequel plusieurs cités, peuples et dynasties d’Europe occidentale ont revendiqué des origines anciennes et nobles. Par exemple, les Romains pendant l'Antiquité et les Français pendant le Moyen Âge ont vu dans les rescapés de la Troie leurs ancêtres directs. La légende de l’origine troyenne des Francs est la plus connue au Moyen Âge car elle a été très populaire en France mais d'autres peuples européens en particulier celtiques ont revendiqué leur lien avec la ville du roi Priam. Le schéma de ces légendes est le même : il intègre le récit du voyage des rescapés troyens vers un nouveau territoire, fait intervenir un héros fondateur et éponyme, introduit progressivement des particularités révélatrices de la façon dont les peuples percevaient leur identité propre et donne lieu à des utilisations politiques. De très nombreux historiens, écrivains, poètes ont repris dans leurs œuvres ce thème de Virgile à Geoffroy de Monmouth et Ronsard en passant par Frédégaire (voir sources primaires). De fait, ces légendes ont été citées et étudiées par plusieurs historiens comme Colette Beaune, Bernard Guénée et Jacques Poucet (voir bibliographie).
Les Élymes étaient un peuple de l’Antiquité, installé en Sicile occidentale. Ses origines ne sont pas connues mais selon une tradition très ancienne, reprise par Thucydide, les Élymes seraient des Troyens ayant quitté les rivages de l'Asie mineure après la destruction du palais de Priam, auxquels se seraient joints des habitants de Phocée[1]. Cette thèse de l'origine troyenne des Élymes a eu un grand écho dans l'Antiquité. Les Romains, après avoir conquis la Sicile, accordèrent l'immunitas (une dispense de charges fiscales) aux habitants de la ville de Ségeste en mémoire de leur origine troyenne[2]. Selon la tradition, ils descendent d'Élymos, un fils bâtard d'Anchise. Pour éviter d’être capturé par les Achéens, un groupe de ces Troyens parvint à s’échapper et, après un périple en Méditerranée, à s’installer en Sicile dans le voisinage des Sicanes.
Avant Thucydide, le logographe Hellanicos de Lesbos (480-395), mentionne les Élymes comme un peuple italique qui aurait débarqué en Sicile quelques années avant les Sicules, thèse à prendre en compte dans le cadre des découvertes archéologiques effectuées à Ségeste[1].
Dès le haut Moyen Âge, il existe plusieurs versions rapportant la légende de l’origine troyenne des Francs.
Créée sur le modèle de la légende antique de la fondation de Rome par les exilés troyens d'Énée, la légende franque est issue de deux textes datant de l'époque mérovingienne.
La plupart des textes de l'époque des Carolingiens puis des Capétiens n'apportent pas de nouveautés par rapport à ces deux versions. Parfois ces deux versions originelles sont regroupées en une seule dont Colette Beaune rétablilt la trame générale dans son ouvrage Naissance de la nation France.
Le prince troyen Francion et ses compagnons quittent Troie en flammes et fondent la ville de Sicambrie. Leurs descendants y demeurent pendant des siècles et à la demande de l'empereur Valentinien, qui leur accorde dix ans de tribut, ils exterminent les Alains réfugiés dans le Palus Méotide. Dix ans plus tard, refusant de reprendre les paiements, ils se retirent en Germanie. Etablis sur le Rhin, ils pénètrent en Gaule avec le chef franc Marcomir au IVe siècle.
Un élément important est ajouté avec Rigord. Une partie des troyens quittent Sicambrie bien avant l'épisode des Alains sous la conduite du duc Ybor. Ces derniers s'installent en Gaule et fondent Lutèce et les grandes villes gauloises dès le IXe siècle av. J.‑C..
L'adjonction de cet épisode a pour intérêt de donner aux Gaulois comme aux Francs les mêmes ancêtres troyens. Les Français du Moyen Âge sont donc issus d'un seul et même peuple et non d'un mélange car Francs et Gaulois sont du même sang. Dans le texte des Grandes Chroniques de France , il est dit que lorsque Marcomir, fils de Priam d'Autriche de la lignée de Priam de Troie, arriva en Gaule avec ses compagnons, c'est-à-dire les Francs, ils firent un seul peuple avec les descendants d'Ybor et de ses hommes, c'est-à-dire les Gaulois.
Au Moyen Âge, en particulier dans ses derniers siècles, les origines troyennes de la nation et de la dynastie française sont rappelées par les écrivains et les historiens. Les rois, les nobles et les grande cités soucieuses de s'enraciner dans un passé prestigieux mettent en avance cette glorieuse ascendance.Toute histoire nationale commence par le récit des migrations des princes troyens[4]. Or, la matière de France est depuis le douzième siècle la forme privilégiée de l'histoire, celle qui intéresse le plus large public[5].
Les Belges étant issus des Francs et des Gaulois, les légendes de l'origine troyenne des Belges sont un sous-ensemble de la légende de l'origine troyenne des Francs et des Gaulois.
La légende de l'origine troyenne des Vénètes est une légende apparue dans l'Antiquité donnant aux habitants de la Vénitie une origine troyenne. De nombreuses villes vénètes auraient ainsi été fondées par des troyens fuyant la destruction de leur ville. Celle légende subit au Moyen Âge à une évolution permettant d'introduire Venise dans ce récit mythique. Le Troyen Anténor joue un rôle déterminant dans ces récits légendaires.
Selon Geoffroy de Monmouth, le premier roi de la Grande Bretagne aurait été Brutus de Bretagne, petit-fils d’Énée, et aïeul du roi Arthur. L’odyssé de Brutus ancêtre des Bretons fut popularisée en France par le Roman de Brut. Par Bretons, on entend les habitants de l’île de Bretagne, la Grande-Bretagne actuelle, avant l'arrivée des Anglo-Saxons mais aussi de l'Armorique. En effet, les Bretons d'Armorique sont les descendants de Bretons de Grande-Bretagne qui ont fui les Angles et les Saxons. Transplantés sur le continent, ils y importèrent leur langue celtique. D'ailleurs au Moyen Âge, les Bretons et les habitants de la Cornouaille et du Pays de Galles pouvaient aisément se comprendre. Ils étaient perçus comme formant un seul peuple, le peuple originel de la Grande-Bretagne. Les Bretons armoricains reprirent donc logiquement à leur compte l'héritage de Brutus comme l'a démontré dans ses travaux, Jacques Poucet, professeur émérite de l'Université de Louvain et membre de l'académie royale de Belgique.
En Angleterre, le mythe des origines troyennes ne fut pas aussi populaire qu'en France pour trois raisons. Premièrement, il apparut beaucoup plus tardivement qu'en France, en l'occurrence près de cinq siècles plus tard. Deuxièmement, il fut introduit par Geoffroy de Monmouth afin de donner une légitimité bretonne aux conquérants normands en mettant de côté le peuple anglo-saxon. Les normands venus en Angleterre imposer leur domination aux Anglo-saxons sont en quelque sorte les vengeurs de anciens habitants breton de l'île. De fait, les origines troyennes mises en avant par Geoffroy de Monmouth et ses successeurs ne concernaient que les Bretons, c'est-à-dire les habitants celtes de la Grande-Bretagne. Or, les Anglais se voulaient les descendants des Angles et des Saxons qui ont vaincu et refoulé les Bretons au Pays de Galles, en Cornouailles et en Armorique. Le peuple anglais ne pouvaient donc se réclamer de Brutus. Or, la noblesse et la dynastie anglaises étaient d'origine française et furent longtemps francophones. Quand se produit l'assimilation de ces élites au peuple anglais, ce qui se traduisit notamment par l'adoption de la langue anglaise, l'utilisation du thème des origines troyennes comme mythe identitaire commun devint difficile.
La légende de l'origine troyenne des Normands a été créée par des chroniqueurs médiévaux soucieux de donner aux princes qui dirigeaient la Normandie une origine troyenne considérée comme prestigieuse. L'objectif des inventeurs de cette légende était de donner une légitimité historique aux princes normands et de les appuyer dans leur prétention à jouer un rôle de premier plan dans le concert des royaumes de l'Occident tout en les intégrant davantage dans l'Europe latine et chrétienne[6] . Elle a été développée en particulier par trois auteurs : Dudon de Saint-Quentin, Guillaume de Jumièges ou Benoît de Sainte-Maure. Mais elle fut vite contestée, notamment par Saxo Grammaticus[7] et son empreinte sur la culture historique médiévale fut moins durable forte que celle de la légende troyenne de l'origine des Francs.
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