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| Occitan Occitan, Lenga d'òc |
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|---|---|
| Parlée en | |
| Région | Midi de la France, ouest du Piémont, Val d’Aran en Catalogne, Guardia Piemontese en Calabre |
| Nombre de locuteurs | 0,5 à 12 millions (dont plus sûrement 6 à 7 millions de bilingues passifs ou actifs) |
| Typologie | accentuelle,flexionnelle,SVO |
| Classification par famille | |
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| Statut officiel | |
| Langue officielle | (statut de co-officialité) |
| Codes de langue | |
| ISO 639-1 | oc |
| ISO 639-2 | oci |
| ISO 639-3 | (en) oci |
| type : L (langue vivante) | |
| étendue : I (langue individuelle) | |
| IETF | oc |
| Échantillon | |
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Article premier de la Déclaration des Droits de l’Homme (voir le texte en français) Languedocien, norme classique |
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| modifier |
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L’occitan ou langue d’oc (en occitan : occitan, lenga d’òc ou óucitan, lengo d’o) est une langue romane[2] parlée dans le tiers sud de la France, les Vallées occitanes et Guardia Piemontese (en Italie), le Val d’Aran (en Espagne) et à Monaco[1]. L’Occitanie est l’espace linguistique et culturel de l’occitan.
L’occitan présente une grande variabilité (six dialectes, plusieurs normes littéraires[3], plusieurs normes graphiques), une importante production culturelle et une littérature prestigieuse[4] qui font sa richesse.
Un locuteur de cette langue parle un des dialectes d’oc car il n’existe pas de standard oral unifié. Les dialectes de l’occitan sont l’auvergnat, le gascon, le languedocien, le limousin, le provençal et le vivaro-alpin[5].
L’occitan est à la fois une langue orale, parlée par des millions de personnes jusqu’à aujourd’hui[6]; une langue littéraire, qu’à partir du XIIe siècle les troubadours vont véhiculer dans toutes les cours d’Europe; et aussi une langue administrative encore utilisée en Catalogne. En France et en Italie, elle fût aussi une langue administrative et juridique en concurrence avec le latin pendant le Moyen Âge. Cet usage se poursuivra parfois jusqu’à l’époque contemporaine, puis elle fût remplacée progressivement par le français ou l’italien. La disparition de l’écrit officiel (l’impact de l’ordonnance de Villers-Cotterêts fait débat[7]) a précédé celle de l’usage oral, liée à une politique de dévalorisation (emploi du mot patois) et de répression[8], qui met la langue en danger d’extinction[9].
Le terme « langue d’oc » apparaît chez Dante en 1304. Parallèlement, le terme latin lingua occitana, qui en dérive, apparaît au XIVe siècle dans des textes administratifs[10]. De ce terme latin est issu le mot occitan qui s’est imposé chez les romanistes dans la seconde moitié du XXe siècle[11].
« Langue d’oc », « occitan » et « provençal »[12] sont synonymes dans la linguistique romane. La totalité du mouvement culturel depuis le XIXe siècle parle d'occitan et de langue d'oc. Ces termes sont synonymes et sont employés dans les textes administratifs récents[13].
Suite à la domination romaine, les populations locales adoptent un latin vernacularisé. Ce processus prend plusieurs siècles, il est fort complexe dans son déroulement. Cette langue évolue en se superposant aux parlers autochtones qui finiront par être éliminés. La chute de l'Empire romain, au Ve siècle, et les invasions barbares aboutissent à la transformation du latin en un certain nombre de parlers nouveaux dont l'occitan. La formation de la langue d'oc a été favorisée par certaines circonstances qui ont donné à l’occitan son originalité :
Le nombre de ses locuteurs varie fortement en fonction de la méthodologie employée pour le calculer. En effet, l’évaluation qui en est faite varie:
Les différentes sources confondent souvent la pratique active et la connaissance passive, sans compter les différents contextes d'usages de la langue (diglossie). En réalité, il n’existe aucune enquête indépendante, globale et approfondie sur laquelle s’appuyer. Malgré les différences statistiques, toutes s'accordent à montrer que le français est aujourd'hui plus parlé que l'occitan en Occitanie sous l'effet de la politique linguistique française. L'occitan, du statut de langue majoritaire encore en 1900 est passée à celui de langue minoritaire.
À partir du XIIIe siècle et jusqu'au début du XXe siècle[23], on rencontre fréquemment le terme de provençal pour désigner l'occitan. Le terme, originaire d'Italie, fait référence à la provincia romaine et on trouve encore parfois ce terme en anglais pour toute la langue d'oc (provençal).
L'appellation « provençal » présente des ambiguïtés car elle désigne également le dialecte provençal, que par ailleurs certains considèrent comme une langue distincte[24]. D’autre part l’expression de « langue d’oc » fait penser d’emblée au dialecte languedocien (occitan central). Peut-être pour ces raisons le terme généralement considéré comme le plus clair est « occitan ». Certains Valenciens nomment occitan l’ensemble occitano-roman (catalan et occitan[25]).
L’occitan fut appelé autrefois:
Les Occitans eux-mêmes disaient lo romans (roman), lo lemozi(n) (limousin) ou lo proensal (provençal) au XIIIe siècle .
Les Occitans ont utilisé et utilisent toujours d’autres formules pour désigner leur langue, comme « la lenga nòstra » (notre langue) « parlam a nòstra mòda » (nous parlons à notre manière) ou encore en Gascogne « Que parli » (je parle).
Dans certaines régions, les locuteurs les plus âgés utilisent le terme de patois (Larousse : parler local, rural et d’extension restreinte) pour désigner leur langue, mais ce terme est également rejeté de nos jours pour ses connotations dépréciatives.
Ailleurs, dans les régions à forte identité, le nom de la province sert à désigner la langue, parfois en discordance avec les variations de celle-ci[30]. On dit : « l’auvergnat, le rouergat, le limousin, le gascon, le béarnais, le provençal, le niçois, ... ».
On peut trouver des appellations selon la variété locale de la langue (neugue), un terme géographique (aspois, médocain), ou encore une délimitation administrative (girondin).
L'aire d’expansion géographique de l'occitan couvre 33 départements du sud de la France (39 en comptant les départements minoritairement occitans), 14 vallées occitanes (dans les Alpes piémontaises) et Guardia Piemontese en Italie, le Val d’Aran en Espagne.
Des communautés de langue occitane ont existé ailleurs dans le monde. Leur présence peut être lié au départ des protestants de France, à la colonisation française, à l'immigration vers le Nouveau monde ou même aux croisades.
Il peut arriver que certaines personnes parlent encore aujourd’hui l’occitan ou plus sûrement ont conservés quelques mots mêlés à la langue locale[43].
L’occitan constitue avec le catalan le groupe occitano-roman des langues romanes occidentales : il fait la transition entre le gallo-roman et l'ibéro-roman, d’après le linguiste Pierre Bec[44]. On le voit bien dans les équivalents occitans de essere (« être » en latin populaire) : esser (Ariège), èstre ou èsse (Allier, en provençal et encore une grande partie de toute la France du Sud-Est [10]), estar en castillan, en catalan et dans l'Ariège, le Gers, la Gironde, les Hautes-Pyrénées, le Lot-et-Garonne et les Pyrénées-Atlantiques.
L’occitan et le catalan sont proches linguistiquement et permettent l’intercompréhension[45]. Certains romanistes (toutefois minoritaires) comme A. Sanfeld incluent ces deux langues sous la même dénomination linguistique d’occitan. Le terme de langue limousine a été utilisé par les catalans pour désigner soit le catalan, la langue des troubadours, l'occitan ou l'ensemble des langues occitano-romanes.
À un stade ancien, comme pour toutes les langues romanes, le catalan et la langue d'oc ne pouvaient pas être différenciés. Le fait qu’on écrive quasi exclusivement en latin au haut Moyen Âge[réf. nécessaire] rend impossible toute catégorisation formelle. En tout cas, les premiers textes en langues vulgaires, bien que très semblables montrent déjà quelques différences[réf. souhaitée], lesquelles se sont accentuées à la moitié du XIIe siècle. Le gascon a été souvent considéré comme un dialecte occitan ; tandis que le catalan, plus proche du languedocien d’un point de vue linguistique que d’autres, a été considéré comme une langue différente. Les poètes catalans écrivirent en occitan jusqu’au XIVe siècle. Le premier écrivain qui écrivit toute son œuvre en catalan, ainsi qu’en langue d'oc, fut le Valencien Ausiàs March. Dans l’œuvre du philologue du XIXe siècle Friedrich Christian Diez le catalan est considéré comme une part intégrante de l’occitan (appelé « provençal ») ; cependant il en signale les différences. En 1931, le récent retour au statut d’autonomie de la Catalogne risquait d’être entravé par la défense de l’appartenance des catalans à un ensemble majoritairement non espagnol. En 1934, des intellectuels catalans ont proclamé solennellement que le catalan contemporain était une langue distincte de l’occitan[46] dans le manifeste Desviacions en els conceptes de llengua i de pà tria[47] rejetant ainsi l'idée d'une nation panoccitane incluant les pays catalans. L’occitan et le catalan se distinguent par la manière d’écrire la langue (graphie). Les Occitans d’aujourd’hui ont majoritairement choisi d’utiliser une graphie qui essaye de rassembler des héritages de la langue médiévale avec des ajouts contemporains importants. Les choix qui ont opéré en Catalogne, ont conduit les locuteurs à écrire avec une graphie centrée à la fois sur les manières de prononcer (pas de n final à català par exemple) mais aussi à conserver des origines latines, par exemple en ajoutant le -r final qui est « caduc » dans certains dialectes.
La prononciation varie entre catalan et occitan, par exemple :
Pour les catalanophones, la graphie classique des occitans a l’avantage de ressembler assez à la catalane. Cela est dû pour une bonne part à ce que dans les travaux d’actualisation et de fixation de cette graphie, conduite par LoÃs Alibèrt en 1937, on a suivi des critères très semblables à ceux suivis par Pompeu Fabra pour le catalan. Les deux graphies se sont basées sur la graphie médiévale, formée quand les deux langues étaient plus proches de leurs origines communes et qu’en plus les contacts étaient plus intenses (la poésie en Catalogne a été faite principalement en occitan même au XIVe siècle). Malgré tout, il y a quelques différences dont il faut tenir compte pour lire avec la facilité les textes occitans :
L’aspect politique, culturel et religieux est important aussi. La Catalogne, contrairement à l’Occitanie a bénéficié longtemps d’une indépendance étatique alliée à un fort développement économique. De plus, l’espace occitan est globalement défini par son appartenance à la France, le catalan est majoritairement défini par son appartenance à l’Espagne. Encore récemment les langues continuent d’évoluer séparément : le catalan est un ensemble de dialectes qui ont tendance à s’hispaniser au contact du castillan ; l’occitan, lui, a tendance à se galliciser au contact du français. Le poids important des langues espagnole et française dans le monde pèse lourdement sur les rapports de domination linguistique au sein de la France et de l’Espagne.
Il ne faut toutefois pas en conclure que l’occitan et le catalan soient très différents. Il existe une assez bonne intercompréhension entre catalanophones et occitanophones.
Voici un texte dans sa version languedocienne (occitan méridional-ouest) et catalane majorquine (catalan des îles Baléares). La forme littéraire ou archaïque du catalan majorquin est parfois précisée dans les remarques.
| Français | Languedocien | Majorquin | Remarques | |
| Hachez les viandes à la machine (ou demandez au boucher de le faire) | Passar las carns a la maquina de capolar (o demandatz al carnsaladièr d’o far) | Passar les carns a la mà quina de capolar (o demanau al carnisser de fer-ho) | En catalan majorquin ancien « demanau » = « demandats » | |
| Mélangez tous les ingrédients de la farce | Barrejar totes los ingredients del fars | Barrejar tots els ingredients de la farsa | . | |
| Etendre le lièvre sur un bon morceau de gaze (on peut en acheter en pharmacie) | Espandir la lèbre sus un bon tròç de gasa (se pòt crompar en farmacia) | Estendre la llebre davall un bon troç de gasa (se pot comprar en apotecaria) | En languedocien « farmacia » est un néologisme ; en catalan majorquin ancien « davall » = « sus »; « Estendre » = « Expandir » en majorquin ancien. | |
| Répartir la farce sur toute la longueur de l’animal, l’enrouler dans la gaze | Repartir lo fars sus tota la longor de l’animal, lo rotlar dins la gasa | Repartir la farsa sobre tota la llargà ria, enrodillar-lo dins la gasa | En catalan majorquin : le verbe « rotlar » a disparu et fut remplacé par « enrodillar » qui est un castillanisme provenant du mot « enrodillar » | |
| Ficeler sans trop serrer. Faire rôtir les ingrédients au four | E ficelar pas tròp sarrat. Far rossir los ingredients pel fons de lums | Lligar sense estrènyer gaire. Fer rostir els ingredients dins el forn. | Les deux textes ne sont pas identiques ; « pel fons de lums » pourrait être traduit en majorquin « dins del fons de llums » |
Jules Ronjat a cherché à caractériser l’occitan en s’appuyant sur 19 critères principaux et parmi les plus généralisés. Onze critères sont phonétiques, cinq morphologiques, un syntaxique, et deux lexicaux. On peut ainsi noter la moindre fréquence des voyelles semi-fermées (en français standard : rose, jeûne). C’est une caractéristique des occitanophones grâce à laquelle on reconnaît leur accent « méridional » même quand ils parlent en français. Il existe aussi la non-utilisation du pronom personnel sujet (exemple : canti/cante/chante/chanto je chante ; cantas/chantas tu chantes). On peut trouver encore d’autres traits discriminants. Sur les dix-neuf critères principaux, il existe sept différences avec l’espagnol, huit avec l’italien, douze avec l'arpitan et seize avec le français.
A l'époque des troubadours (entre le XIe siècle et le XIIIe siècle), l'occitan a vraisemblablement connu une norme littéraire unifiée appelée koinè.
Par la suite, toutes les graphies de l'occitan (classique, mistralienne, bonnaudienne, de l'École du Pô) ont été conçues d'abord en notant les parlers, sans fixer une variété standard de l'occitan. Cependant la norme mistralienne a entraîné depuis la fin du XIXe siècle l'apparition de trois normes littéraires régionales: une en provençal général, une en niçard et une en gascon (béarnais). On peut dire en outre que la norme provençale mistralienne est une langue standard (avis des partisans de la norme dite moderne) ou préfigure une langue standard (avis des partisans de la norme classique).
La norme classique, à partir du XXe siècle, a poursuivi le développement de ces trois formes littéraires mais a favorisé également des formes régionales supplémentaires en limousin et en languedocien. Depuis l'officialisation de l'occitan dans le Val d'Aran en 1990 puis dans toute la Catalogne en 2006, la norme classique favorise également une variété codifiée de gascon aranais [50].
Outre ces expériences de normes littéraires, du côté de la norme classique, la volonté consciente de fixer une variété standard en occitan est apparue dans les années 1970 avec les recherches des linguistes Pierre Bec, Robert Lafont, Roger Teulat, Jacme Taupiac, suivis dans les années 1980 par Patrick Sauzet. La variété standard est appelée selon les auteurs occitan référentiel, occitan standard ou plus récemment occitan large (occitan larg, P. Sauzet). Selon le consensus de la majorité des spécialistes qui travaillent sur ce projet, l'occitan large se compose :
| Comparaison des deux graphies principales | |
|---|---|
| Norme classique | Norme mistralienne |
| Mirèlha, Cant I (F. Mistral) (transcription) Cante una chata de Provença. Dins leis amors de sa jovença, A travèrs de la Crau, vèrs la mar, dins lei blats, Umble [Umil] escolan dau grand Omèra [Omèr], Ieu la vòle seguir. Coma èra Ren qu'una chata de la tèrra, En fòra de la Crau se n'es gaire parlat. |
Mirèio, Cant I (F. Mistral) (texte d'origine) Cante uno chato de Prouvènço. Dins lis amour de sa jouvènço, A travès de la Crau, vers la mar, dins li blad, Umble escoulan dóu grand Oumèro, Iéu la vole segui. Coume èro Rèn qu'uno chato de la terro, En foro de la Crau se n'es gaire parla. |
| Comparaison entre les quatre principales normes en Occitan: extrait de la Déclaration universelle des droits de l'homme | |||
|---|---|---|---|
| norme classique | norme mistralienne | norme bonnaudienne | norme de l'Escòla dau Pò |
| Provençal Totei lei personas naisson liuras e egalas en dignitat e en drech. Son dotadas de rason e de consciéncia e li cau (/fau) agir entre elei amb un esperit de frairesa. |
Provençal Tóuti li persouno naisson liéuro e egalo en dignita e en dre. Soun doutado de rasoun e de counsciènci e li fau agi entre éli em' un esperit de freiresso. |
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| Niçois Provençal Toti li personas naisson liuri e egali en dignitat e en drech. Son dotadi de rason e de consciéncia e li cau agir entre eli emb un esperit de frairesa. |
Niçois Provençal Touti li persouna naisson liéuri e egali en dignità e en drech. Soun doutadi de rasoun e de counsciència e li cau agì entre eli em' un esperit de frairessa. |
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| Auvergnat Totas las personas naisson liuras e egalas en dignitat e en dreit. Son dotadas de rason e de consciéncia e lor chau (/fau) agir entre elas amb un esperit de frairesa. |
Auvergnat (norme de l’Escolo Auvernhato) Toutos las persounos naissou lieuros e egalos en dinhitat e en drèit. Sou doutados de razou e de counsciéncio, mas lour chau agi entre guessos dinc un eime de frairesso. |
Bas-Auvergnat Ta la proussouna neisson lieura moé parira pà dïnessà mai dret. Son charjada de razou moé de cousiensà mai lhu fau arjî entremeî lha bei n'eime de freiressà . Haut-Auvergnat Touta la persouna naisson lieura e egala en dïnetà t e en dreit. Soun doutada de razou e de cousiensà e lour chau ajî entre ela am en esprî de freiressà . |
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| Vivaro-alpin Totas las personas naisson liuras e egalas en dignitat e en drech. Son dotaas de rason e de consciéncia e lor chal agir entre elas amb un esperit de fraternitat. |
Vivaro-alpin Toutes les persounes naisoun liures e egales en dignità e en drech. Soun douta de razoun e de counsiensio e lour chal agir entre eles amb (/bou) un esperit de freireso. |
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| Gascon Totas las personas que naishen liuras e egaus en dignitat e en dreit. Que son dotadas de rason e de consciéncia e que'us cau agir enter eras dab un esperit de hrairessa. |
Gascon (norme fébusienne) Toutes las persounes que nachen libres e egaus en dinnitat e en dreyt. Que soun doutades de rasoû e de counscienci e qu'ous cau ayi entre eres dap û esperit de hrayresse. |
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| Limousin Totas las personas naisson liuras e egalas en dignitat e en drech. Son dotadas de rason e de consciéncia e lor chau (/fau) agir entre elas emb un esperit de frairesa. |
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| Languedocien Totas las personas naisson liuras e egalas en dignitat e en drech. Son dotadas de rason e de consciéncia e lor cal agir entre elas amb un esperit de frairesa. |
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| Le même texte dans les langues voisines et en anglais pour la comparaison. | |||||
|---|---|---|---|---|---|
| Catalan Tots els éssers humans neixen lliures i iguals en dignitat i en drets. Són dotats de raó i de consciència, i han de comportar-se fraternalment els uns amb els altres en un esperit de germanor[51]. |
Arpitan Tôs los étres homans nêssont libros et ègals en dignitât et en drêts. Ils ant rêson et conscience et dêvont fâre los uns envèrs los ôtros dedens un èsprit de fraternitât[51]. |
Français Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits. Ils sont doués de raison et de conscience et doivent agir les uns envers les autres dans un esprit de fraternité[51]. |
Italien Tutti gli esseri umani nascono liberi e uguali in dignità e in diritti. Sono dotati di ragione e di coscienza e devono comportarsi fraternalmente l'uno con l'altro[51]. |
Espagnol Todos los seres humanos nacen libres e iguales en dignidad y derechos y, dotados como están de razón y conciencia, deben comportarse fraternalmente los unos con los otros[51]. |
Anglais All human beings are born free and equal in dignity and rights. They are endowed with reason and conscience and should act towards one another in a spirit of brotherhood[52]. |
| Comparaison entre les quatre normes existantes en occitan : graphèmes typiques | |||
|---|---|---|---|
| Norme classique | Norme mistralienne | Norme bonnaudienne | Norme de l'École du Pô |
| -a final | -o (-a, -e) | -Ã | -o (-a) |
| ò | o | o | o |
| o, ó | ou | ou | ou |
| uè, ue | ue, iue | eu (ue) | ue (ö) |
| lh | i/h (lh) | lh | lh |
| nh | gn | nh | nh |
| s, ss c(e), c(i), ç |
s, ss c(e), c(i), ç |
s, ss | s |
| z s entre deux voyelles |
z s entre deux voyelles |
z | z |
| à è ò á é à ó ú |
à è ò ì ù é óu |
à è eù où é â ê î û |
à è ò ì ù où é |
| Toutes les consonnes finales muettes sont notées. | Certaines consonnes finales muettes sont notées. | Certaines consonnes finales muettes sont notées. | Aucune consonne finale muette n'est notée. |
La graphie classique de l'occitan a été mise au point au XIXe et au XXe siècle par Simon-Jude Honnorat[53], Joseph Roux[54], Prosper Estieu, Antonin Perbosc, Louis Alibert[55] et Joseph Salvat[56]. Elle a été stabilisée et étendue à l'ensemble des dialectes occitans entre 1950[57] et 1969[58][59][60]. Elle a été plus particulièrement été adaptée à l'aranais[61], au gardiol[62] et au vivaro-alpin parlé dans le Piémont[63].
Il n'y a pas une prononciation unique de l’occitan puisque par définition la norme classique permet de lire les différents dialectes. Elle se fait selon des règles de lecture propres à chaque dialecte et il existe donc de nombreuses exceptions. À partir de lettres de base, l’occitan utilise des symboles modificateurs qui changent la prononciation de certaines lettres ou simplement marquent une tonicité dans le langage comme : l’accent fermé (´), l’accent ouvert (`) et la diérèse (¨) ou le point de séparation entre s et h ou n et h (s∙h ; n∙h) en Gascon.
La délimitation des langues romanes[64], au XIXe et au XXe siècle, a fait l'objet de débats, essentiellement en France, sur l'appartenance ou non de l'espace d'oc au français. Alors que les premières grammaires des langues romanes[65] séparent nettement le provençal (au sens large de langue d'oc) du français, tout un courant autour de Gaston Paris s'attache à présenter l'unité des dialectes gallo-romans (français, francoprovençal, occitan) en développant la théorie du continuum des parlers romans (l'enquête de Charles de Tourtoulon et d'Octavien Bringuier, en 1876[66], est lancée par le Félibrige pour contredire cette théorie). Cette négation de l'occitan, de son existence en tant que langue indépendante, se traduit par des appellations diverses :
Alors que cette dichotomie a fait place, dans la plupart des ouvrages sur les langues romanes[71],[72],[73] à une reconnaissance assez large de l'occitan comme langue distincte du français, c'est l'unité de la langue qui a été remise en cause à partir de la fin des années 1960 par un certain nombre de mouvements régionalistes.
Louis Bayle, écrivain et linguiste provençal[74], anime l'Astrado, association et maison d'édition provençale. Après avoir critiqué l'adaptation de la graphie classique au provençal[75],[76], il multiplie les publications hostiles à l'occitanisme[77],[78] et même au Félibrige avec lequel il finira par rompre[79]. En 1975, l'Astrado publie, en collaboration avec Pierre Bonnaud[80] un document sous la signature de la CACEO (Confédération des associations culturelles et enseignants d'oc), qui remet en cause l'unité de la langue d'oc[81]. Cela se traduit, début 1976, par une circulaire du ministère de l'éducation (René Haby) utilisant pour la première fois le terme au pluriel « langues d'oc ». L'Astrado publiera par la suite, en 1980, un ouvrage de Jean-Claude Rivière[82], Langues et pays d'oc, qui développe le concept de langues d'oc au pluriel[83].
Dès 1976[84], le Secteur de linguistique de l'Institut d'études occitanes a rejeté l'ensemble de ces arguments en rappelant :
Cette utilisation officielle de « langues d'oc » au pluriel (par ailleurs sans suite) soulève des protestations d'autant qu'elle est assortie, en Provence, à l'interdiction de toute graphie autre que mistralienne[85] (alors qu'au contraire, en Auvergne, les partisans de P. Bonnaud et de la graphie classique finissent par se « partager » le terrain[86]). À la suite du changement de majorité politique en France, en 1981, la pluralité des graphies est rétablie.
Les tensions s'apaisent un temps pour aboutir à la création, fin 1991, du CAPES d'occitan-langue d'oc (il porte les deux noms, et le premier jury est composé d'un panel d'occitanistes tel Gérard Gouirand et de provençalistes comme Claude Mauron). Dans la même période, Philippe Blanchet propose une nouvelle théorie sociolinguistique pour expliquer la séparation du provençal de l'occitan[87].
Néanmoins, les partisans des « langues d'oc » au pluriel (l'Astrado a rejoint un Collectif Provence[88] plus large) reçoivent de nouveaux soutiens dans les années 2000 avec d'une part l'émergence d'un Enstitut Biarnés e Gascoûn, en Béarn[89], et d'autre part Aigo Vivo, en Cévennes[90]. Les manifestations biannuelles pour l'occitan, organisées par l'Institut d'études occitanes, le Félibrige, la FELCO, la Confédération des calandretas et Oc-Bi (Carcassonne, 2005, Béziers, 2007, Carcassonne, 2009[91], 13 000 personnes selon la police) sont assorties de contre-manifestations « pour les langues d'oc ». La dernière en date, qui s'est déroulée le 3 octobre 2009 entre Beaucaire et Tarascon[92][93], a regroupé 500 personnes. En parallèle, plusieurs hommes politiques, dont Michel Vauzelle, Jean-Claude Gaudin ou Michel Charasse ont soutenu publiquement cette revendication[94].
Entre le XIe siècle et le XIIIe siècle, il existe une langue littéraire nommée par les troubadours du nom générique de « langue romane » ou « roman » pour la différencier du latin. Les auteurs modernes l’ont nommée koiné (car la koinê grecque, qui était une forme de grec relativement unifié sous la période hellénistique (300 av. J.-C. - 300 ap. J.-C.), même si cette dernière langue était plus diverse régionalement qu’on le croit trop souvent). À partir du XIXe siècle l’hypothèse dominante lancée par Camille Chabanneau en 1876 fut que la « langue romane » utilisée par les troubadours avait pour base le dialecte limousin. La présence de certains des premiers troubadours originaires du Limousin et de la Gascogne à la cour de Guillaume X (1126-1137) fils du premier troubadour Guillaume IX, explique la diffusion de cette langue littéraire au sein du duché d'Aquitaine. Le futur Languedoc et la Provence ne connurent les troubadours que par la suite dans la seconde moitié du XIIe siècle. L’autre hypothèse avancée d'une origine poitevine s'appuie sur l'idée que le dialecte poitevin parlé à la cour de Guillaume IX de Poitiers faisait partie de la langue d’oc et que le prestige du duc aurait permis ensuite la diffusion de cette langue dans tout l’espace troubadouresque. La dernière hypothèse apparue dans les années 1950 considère la langue littéraire comme une langue classique forgée à partir des textes trouvés dans l’occitan central, région où ont été conservées les plus anciennes chartes en langues d’oc datant du XIe siècle.
Pierre Bec, spécialiste des troubadours indiquait dès 1967 qu’« Il est d’ailleurs difficile de juger de cette langue avec précision puisque nous n’en connaissons qu’une pâle copie, celle que les scribes ont bien voulu nous transmettre dans les différents manuscrits. Si substrat dialectal il y a, c’est souvent celui du copiste qui se manifeste à son insu. Et là , bien souvent, règne l’arbitraire le plus absolu : à un vers d’intervalle, tel ou tel mot se présente, non seulement avec une autre graphie, mais avec un phonétisme appartenant à un dialecte absolument différent. Et que dire encore si l’on compare, à propos d’un même texte, les diverses leçons léguées par les manuscrits ! Il est impossible de dire exactement dans quelle langue ont été écrites les poésies des troubadours. »[95]
En dehors de la littérature des troubadours, on ne peut pas trouver d’éléments prouvant l’usage d’une norme linguistique unifiée dans les chartes et les autres documents du Languedoc, de Provence, d’Auvergne, de Catalogne, du Limousin ou de la Gascogne. Pour résumer, les pratiques écrites étaient assez distinctes d’une région à l’autre et les perceptions accréditant l’idée d’une unification linguistique sur tout l’espace couvrant toutes ces régions ne sont bien souvent que le résultat d’une graphie relativement homogène car issue de la graphie utilisée pour le latin.
Le gascon et le catalan posent un problème de classification au vu de certains côtés ibéro-romans[96]. Dans son ouvrage Linguistique romane, la romaniste Martin-Dietrich Glessgen opte pour classer le gascon dans l'ensemble occitan. La place du catalan a longtemps fait débat, les mouvements de renaissance de la langue (Félibrige, occitanisme des années 1930) l'ayant longtemps inclus dans la langue d'oc[64].
L'occitan présente une continuité linguistique. Cependant pour des raisons de catégorisation linguistique, des dialectes ont été définis. Selon Ronjat[97], le gascon constitue le seul dialecte clairement différencié, les limites entre les autres dialectes restant floues. En dehors de la classification dialectale usuelle, il existe d'autres méthodes de classification scientifique des parlers occitans.
L’occitan est généralement[98] classé en six dialectes :
Le catalan est considéré par la plupart des auteurs comme une langue séparée mais d'autres incluent les parlers catalans dans l'occitan.
La classification supradialectale classique[101] de l'occitan est la suivante :
Pierre Bec établit une autre classification [102] selon les lignes suivantes :
Domergue Sumien[104] propose un autre groupement :
Les anciens dialectes d’oc du nord-ouest : du Poitou, de la Saintonge, de l’Aunis ainsi que de l’Angoumois sont remplacés par des dialectes d’oïl[31] (Carte montrant la desoccitanisation de la région entre Loire et Gironde). Les parlers d’oïl actuels de ces régions conservent de nombreux traits d’origine occitane. Ainsi Liliane Jagueneau (linguiste, Université de Poitiers) déclare « Le lexique poitevin-saintongeais a un grand nombre de termes en commun avec l’occitan, et on peut dire que sur le plan lexical en particulier, le poitevin-saintongeais est le prolongement de l’occitan en domaine d’oïl »[105]. Pierre Bonnaud (université de Clermont-Ferrand) avait auparavant quant à lui établit une liste de 1200 vocables communs au poitevin-saintongeais et à l'occitan et déclaré « Dans ce domaine, il n’est pas exagéré de dire que quelqu’un qui voudrait choisir ses mots avec soin en poitevin-saintongeais pourrait pratiquement parler un occitan en phonétique d’oïl ! »[106]. Jacques Pignon (linguiste, université de Poitiers) avait quant à lui dès 1960 établit la présence en poitevin de 9 traits phonétiques et de 7 formes grammaticales communs avec l'occitan[107]. Cette région avait apparemment un dialecte occitan spécifique, très proche du limousin. Il était le dialecte d’expression poétique du troubadour Richard Cœur de Lion (Richard Còr de Leon), roi d’Angleterre et prince-duc d’Aquitaine. La capitale de l’Aquitaine était Poitiers à cette époque, c’est pourquoi de nombreux troubadours (occitanophones) étaient originaire de cette région, par exemple Jauffré de Pons et Rigaut de Barbezieux (voir Histoire de la Charente-Maritime).
L’existence de parlers de type occitan, ou tout au moins de type intermédiaires, est confirmée par de nombreux noms de lieux du sud de la Saintonge et du Poitou. Henri Malet a tracé en 1940 la ligne de démarcation entre les toponymes en -ac, de caractère occitan : Cognac, Jarnac ou Jonzac, et de l’autre les toponymes en -ay, -é (ou -y) de type septentrional, provenant des noms de villas gallo-romaine en -acum : Beurlay, Plassay ou Tonnay-charente[108]. En 1960 Jacques Pignon (linguiste : Université de Poitiers) invalide en partie le tracé d'Henri Malet, montrant la présence de toponymes en -ac et en -ade (indiquant une ancienne présence occitane) dans le nord-ouest de la Charente (Ruffécois), le nord-est de la Charente-Maritime (région d'Aulnay), le sud des Deux-Sèvres (région de Melle) et dans le sud et l’est de la Vienne (régions de Civray, Montmorillon, Chauvigny et sud de la région de Poitiers)[109]. O. Herbert l’a démontré dans son travail de diplôme « Les noms de lieux de la Vienne à la limite des domaines français et provençal ». Jacques Pignon estime que l’on a usé d’un parler de type occitan dans le Sud-Est du Poitou jusqu’à la fin du XIIe siècle, jusqu'à une ligne approximative Rochefort-Est de Niort, Poitiers-Chauvigny. Ce serait l’influence de Poitiers qui a fait peu à peu triompher les formes d’oïl sans éliminer totalement tous les traits occitans. Pierre Gauthier (linguiste : Université de Nantes) démontre par la suite la présence de toponymes en -ac en sud Vendée (Bas-Poitou), jusqu'à Fontenay-le-Comte et Talmont[110], il en déduit en 2002 que l'ancienne zone occitane montait jusqu'à « une ligne Poitiers, Niort, Fontenay-le-Comte » [111].
Dans le sud de la Saintonge, le clivage beaucoup plus brutal entre saintongeais et gascon fait penser plutôt à une cause accidentelle. L’abbé Th. Lalanne trouve l’explication dans les dévastations de la guerre de Cent Ans. En effet, la région a été très étroitement impliqué dans des luttes qui avaient déjà commencé près de trois siècles avant la guerre de Cent ans. En 1152, Aliénor d’Aquitaine, divorçait d’avec Louis VII Roi de France qu’elle avait épousé en 1137 pour se remarier deux ans plus tard avec Henri II Plantagenêt, Comte d’Anjou, et futur Roi d’Angleterre. Les luttes qui s’ensuivirent trouvèrent provisoirement leur conclusion dans le rattachement du Poitou à la couronne de France. C’est une étape importante dans l’histoire de la langue puisque le français devient alors la langue de la chancellerie.
Le Guide du pèlerin de Saint-Jacques de Compostelle, écrit au XIIe siècle, distingue bien le saintongeais[112]. Il faut comprendre dans ce contexte que le saintongeais était alors de l'occitan (et non pas le saintongeais actuel), et qu'on le distinguait du français, en cheminant du nord au sud.
Après la mort de Louis IX, la guerre reprit de plus belle. Poitiers devient pendant un temps la capitale de la France sous Charles VII. La Saintonge devient un des champs de bataille en raison de sa proximité avec la Guyenne tenue par les Anglo-aquitains. Les guerres qui s’y sont déroulées furent particulièrement meurtrières. À ces ravages s’ajoutèrent ceux d’épidémies de pestes répétées, dont la peste noire de 1349. Après la fin de la guerre marquée par la défaite des Anglo-aquitains à Castillon (Gironde) en 1453, la population de la région était décimée à 90 %. Il fallut faire appel de manière massive à des populations francophones (parlant la langue d’oïl) venus de régions plus au nord pour la repeupler. C’est ainsi que s’explique, semble-t-il, l’absence de tout parler intermédiaire entre langue d’oïl et langue d’oc en Saintonge.
Il s’avère que dès le début du XIIIe siècle certains documents de Saintonge (ex. Le coutumier d'Oléron[113]), et ceux d’Aunis (ex. « Le Terrier du Grand fief d'Aunis » [114]) et du Poitou (ex. : « Le vieux coutumier d Poitou »[115]) étaient déjà écrits dans une langue d'oïl, qui malgré la francisation à l'écrit, montrait déjà les principaux traits du poitevin-saintongeais. Mais à la même époque des documents de la Saintonge centrale (ex. « Charte du Mas Verlaine près de Barbezieux »[116]), ou du sud-est du Poitou (ex. : « Les Coutumes de Charroux »[117]) étaient dans une langue portant la marque de l'occitan.
Le dictionnaire d’occitan usuel comporte environ 50 000 à 60 000 mots, comme pour le français, mais on a aussi pu avancer des chiffres aussi élevés que 450 000 mots[38], ce qui est donné comme comparable à l’anglais[118].
Le magazine Géo[38] affirme que la littérature anglo-américaine peut être traduite plus facilement en occitan qu’en français. En faisant toutefois exception des termes technologiques modernes, que toutes les langues vivantes ont intégrés.
Le lexique est parfois très prolifique du fait de la diversité interne forte dans l'espace considéré, en particulier dans la description de la nature et de la vie rurale. Il existe ainsi 128 synonymes pour signifier l’idée d’une terre cultivée, 62 pour marécages, 75 pour désigner un éclair[38].
Cette richesse s’explique par le fait que l’occitan est composé de multiples dialectes faisant partie intégrante de la langue et dont chacun possède son lexique propre. De plus l’occitan n’a pas connu d’épuration, contrairement au français qui a été amputé de ses formes dialectales par l’Académie française aux XVIIe et XVIIIe siècles.
La langue ayant subi une éclipse pendant la période d’industrialisation, la richesse du vocabulaire lié à la vie de cette époque est moins importante que celle des périodes précédentes. Récemment, un effort particulier a été fait pour développer le vocabulaire (souvent scientifique et technologique) propre aux langues modernes[119].
L’occitan prédisposerait aussi, selon les sources du magazine Géo, à l’apprentissage des langues étrangères. En effet, l’oreille humaine a la capacité d’entendre 24 000 hertz. Cependant, l’usage de la langue maternelle filtre et « déforme » les sons étrangers. Les personnes de langue maternelle française percevraient 5 000 hertz, tandis que les locuteurs maternels d'un dialecte occitan en percevraient 8 000 au minimum[38].
De plus, l’occitan est une langue romane centrale, ce qui facilite la compréhension des langues latines voisines : italien, espagnol, portugais… L’occitan est la langue romane qui a le plus de points communs avec les autres langues de la même famille. Ci-dessous, une comparaison du languedocien (dialecte central de la langue), du gascon et d’autres langues latines :
Tableau de comparaison de langues romanes
| Latin | Français | Italien | Espagnol | Piémontais | Occitan (languedocien) | Occitan (gascon) | Catalan | Portugais | Roumain | Sarde | Corse | Arpitan |
| clavis | accusatif clavem | clef | chiave | llave/clave | ciav | clau | clau | clau | chave | cheie | crae | chjave/chjavi | clâ |
| nox | accusatif noctem | nuit | notte | noche | neuit | nuèch, nuèit, nuòch | nueit, nèit, nèt, nuit | nit | noite | noapte | notte | notte/notti | nuet |
| cantare | chanter | cantare | cantar | canté | cantar (chantar) | cantar | cantar | cantar | cânta | cantare | cantà | chantar |
| capra | chèvre | capra | cabra | crava | cabra, craba, chabra | craba | cabra | cabra | capră | cabra | capra | cabra / chiévra |
| lingua | langue | lingua | lengua | lenga | lenga | lenga, lengua, luenga, lenco | llengua | lÃngua | limbă | limba | lingua | lenga |
| platea | place | piazza | plaza | piassa | plaça | plaça | plaça | praça | piaţă | pratza, pratha | piazza | place |
| pons | accusatif pontem | pont | ponte | puente | pont | pont, pònt | pont, pònt | pont | ponte | pod, punte | ponte | ponte/ponti | pont |
| ecclesia | église | chiesa | iglesia | gesia (cesa) | glèisa, glèia | glèisa | església | igreja | biserică | creia, cresia | ghjesgia | églésé |
| hospitalis | hôpital | ospedale | hospital | ospidal | espital, espitau | espitau | hospital | hospital | spital | ispidale | spedale/uspidali | hèpetâl |
| caseus | bas latin formaticum | fromage | formaggio | queso | formagg | formatge, fromatge | hromatge , hormatge | formatge | queijo | caş | casu | casgiu | tôma / fromâjo |
Il ne faut pas oublier que l’anglais a aussi reçu un vocabulaire latin, angevino-normand (langue d’oïl) et occitan. Il existe une certaine proximité de vocable entre l’occitan et l’anglais qui n’a jamais existé ou a disparu en français : jump (anglais) / jumpar (occitan), record / recordar (mais existait en ancien français : recorder), etc.
La maîtrise de l’occitan, comme celle d’autres langues romanes, entraîne un accroissement de la faculté de parler avec un langage varié en français.
Le français, notamment, a emprunté de nombreux mots d’origine occitane. Cependant, certains dictionnaires français sont mal renseignés au sujet de l’occitan. Ils peuvent se tromper d’origine ou de date d’apparition des termes. En fait, il ne faut pas oublier que l’occitan a servi de zone linguistique de transmission de termes venus du Sud de l’Europe ou du Maghreb. L’italien et le castillan, par exemple, ont fourni nombre de leurs mots au français en passant par l’occitan. Or, certains dictionnaires ne signalent que la langue-source en dernière analyse et non la langue à laquelle le mot a été emprunté. Les dictionnaires plus récents ou universitaires (Grand Robert, Trésor de la langue française) sont relativement à l’abri de ces erreurs.
À l’heure actuelle, certains mots occitans permettent de comprendre des mots en français dans un registre populaire, familier, commun ou bien relevé : abelha > abeille, balada > ballade. On peut aussi noter quelques autres mots de création occitane ou dont la forme occitane est à l’origine des mots en français : cocagne, flageolet, gabarit, mascotte, soubresaut, etc.
Tout comme dans les autres langues romanes, les emprunts au latin et au grec ancien permettent de créer de nouveaux mots très précis, par exemple pour un usage technologique ou scientifique. De plus, l’Académie de la langue catalane étant très active, l’emprunt direct au catalan est facile et rapide à réaliser, au détriment cependant d’une autonomie de la langue occitane face aux évolutions de la société.
D’un autre côté, l’écoute des néologismes d’occitanophones naturels permet aussi des évolutions en utilisant les ressources propres de la langue. Par exemple, pour le mot « parachutiste », on peut dire : « un paracaigudista » (catalanisme) ou « un paracasudista » (italianisme). Tandis que certains occitanophones naturels disent : « un paracabussaire », du verbe « cabussar » qui veut dire : « plonger, tomber la tête la première ».
L’occitan fut la langue culturelle du sud de la France pendant toute la période médiévale, tout particulièrement avec les troubadours (« celui qui trouve », de trobar, « trouver » en occitan). Les troubadours ont inventé l’amour courtois en répandant l’idée novatrice de fidélité à la dame plutôt qu’au seigneur. Leurs valeurs et idéologie de la fin'amor, de la cortezia et de la conviviença se sont rapidement propagée dans toute l’Europe[127]. Ainsi, ils donnent le ton aux cours européennes après les temps tristes qui ont suivi les invasions barbares et créent le style de vie raffiné des cours seigneuriales. Témoin le fait que la littérature en occitan fut plus fournie que les autres langues romanes au début du moyen-âge[128], même si plusieurs langues ont connues une forme écrite à peu près à la même époque. L'alphabet portugais fût créé sur la base de l'alphabet occitan. Il ne comprend que 23 lettres latines: le K, le W, le Y n'existent pas, sauf dans les mots d'origine étrangère. Les digrammes "nh" et "lh" sont utilisés[129].
Au Moyen Âge, Dante, avec son oeuvre De vulgari eloquentia[130] (1303-1305) a permis la diffusion du terme de « lingua d’oco » (Langue d'Òc). Il opposait l’appellation la langue d’oc (l'occitan) à la langue d'oïl (le français et ses dialectes) et à la langue de si (l’italien, sa langue maternelle). Il se basait sur la particule servant à l’affirmation : dans la première, « oui » se disait òc en ancien occitan et en ancien catalan, mais oïl en ancien français, et sà dans les dialectes italiens. Les trois termes viennent du latin : hoc est (c'est ceci) pour le premier, illud est (c'est cela) pour le second et sic est (c'est ainsi) pour le troisième.
Un des passages les plus notables dans la littérature occidentale est le 26e chant en parallèle au Purgatoire de Dante, dans lequel le troubadour Arnaut Daniel répond au narrateur en occitan : « Tan m’abellis vostre cortés deman, / qu’ieu no me puesc ni voill a vos cobrire. / Ieu sui Arnaut, que plor e vau cantan; / consiros vei la passada folor, / e vei jausen lo joi qu’esper, denan. / Ara vos prec, per aquella valor / que vos guida al som de l’escalina, / sovenha vos a temps de ma dolor ».
Le déclin de l’occitan comme langue administrative et littéraire dure de la fin du XVe au XIXe siècle. L’occitan n’a cessé de perdre son statut de langue savante. Au cours du XVIe siècle, la graphie précédemment en usage tombe dans l’oubli (ce qu’a accentué l’ordonnance de Villers-Cotterêts qui impose l’usage administratif du français) . Pierre Bec (op. cit.) précise qu’en 1500 encore la prononciation et la graphie correspondaient mais qu’en 1550 le divorce est consommé. En 1562, le duc de Savoie donne l’ordre aux notaires du Comté de Nice de rédiger désormais leurs actes en italien. À partir de ce moment-là , prolifèrent des graphies patoisantes prenant pour référence les langues officielles.
La langue du roi de France finira par s’imposer dans tout le pays dans l’oral (anciennes provinces occitanophones comme le Poitou, la Saintonge ou les Charentes, la Marche et la Basse-Auvergne, ainsi qu’une partie de Rhône-Alpes). Elle s’imposera seulement dans les écrits administratifs et juridiques ailleurs (régions actuellement occitanophones).
Colbert en 1666:
« Pour accoutumer les peuples à se plier au roi, à nos mœurs, et à nos coutumes, il n’y a rien qui puisse plus y contribuer que de faire en sorte que les enfants apprennent la langue française, afin qu’elle leurs devienne aussi familière que les leurs, pour pouvoir pratiquement si non abroger l’usage de celles-ci, au moins avoir la préférence dans l’opinion des habitants du pays[131]. »
La Révolution française confirmera cette tendance, car les jacobins, pour favoriser l’unité nationale, imposeront le français comme seule langue officielle, ce qui n’empêchera pas la langue d’oc de rester la langue parlée, voire d’être utilisée par les révolutionnaires pour propager plus efficacement leurs thèses[132].
Citations de l’Abbé Grégoire en 1793 :
« L’unité de la République commande l’unité d’idiome et tous les Français doivent s’honorer de connaître une langue (Nota : le français) qui désormais, sera par excellence celle des vertus du courage et de la liberté[131]. »
« Il serait bien temps qu’on ne prêchât qu’en français, la langue de la raison. Nous ne voyons pas qu’il y ait le plus petit inconvénient à détruire notre patois, notre patois est trop lourd, trop grossier. L’anéantissement des patois importe à l’expansion des Lumières, à la connaissance épurée de la religion, à l’exécution facile des lois, au bonheur national et à la tranquillité politique[131]. »
« Néanmoins la connaissance et l’usage exclusif de la langue française sont intimement liés au maintien de la liberté à la gloire de la République. La langue doit être une comme la République, d’ailleurs la plupart des patois ont une indigence de mots qui ne comporte que des traductions infidèles. Citoyens, qu’une saine émulation vous anime pour bannir de toutes les contrées de France ces jargons. Vous n’avez que des sentiments républicains : la langue de la liberté doit seule les exprimer : seule elle doit servir d’interprète dans les relations sociales[131]. »
La langue, malgré quelques tentatives littéraires au XVIe siècle, ne survit plus que dans les usages populaires rarement écrits et ce jusqu’au XIXe siècle avec le renouveau du Félibrige. Les médias occitans deviennent eux-mêmes d’ardents adversaires de l’occitan :
« Ce malheureux baragouin (Nota : l’occitan) qu’il est temps de proscrire. Nous sommes Français, parlons français[131]. »
— un lecteur de L’Écho du Vaucluse, 1828
« Le patois porte la superstition et le séparatisme, les Français doivent parler la langue de la liberté[131]. »
— La Gazette du Midi, 1833
« Détruisez, si vous pouvez, les ignobles patois des Limousins, des Périgourdins et des Auvergnats, forcez les par tous les moyens possibles à l’unité de la langue française comme à l’uniformité des poids et mesures, nous vous approuverons de grand cœur, vous rendrez service à ses populations barbares et au reste de la France qui n’a jamais pu les comprendre[131]. »
— Le Messager, 24 septembre 1840
L’occitan restera pour une grande majorité la seule langue parlée par la population jusqu’au début du XXe siècle. À cette époque, l’école (avant, pendant et après la Troisième République) joue un grand rôle dans la disparition de l’usage oral de la langue occitane. Après les Lois Jules Ferry, si l’école devient gratuite et obligatoire pour tous, elle continue de causer un recul important de l’occitan par le biais d’une politique de dénigrement et de culpabilisation des personnes parlant les autres langues que le français. La répression de l’utilisation de la langue au sein de l’école est très importante et consiste principalement à humilier les patoisants en leur donnant un signe distinctif. Le terme de patois est d’ailleurs contestable car péjoratif[133]. Il a eu pour but de faire oublier que l’occitan est une véritable langue et de faire croire que l’utilisation du patois était obscurantiste[134] car supposée non universelle.
« Le patois est le pire ennemi de l’enseignement du français dans nos écoles primaires. La ténacité avec laquelle dans certains pays, les enfants le parlent entre eux dès qu’ils sont libres de faire le désespoir de bien des maîtres qui cherchent par toutes sortes de moyens, à combattre cette fâcheuse habitude. Parmi les moyens il en est une que j’ai vu employer avec succès dans une école rurale de haute Provence… Le matin, en entrant en classe, le maître remet au premier élève de la division supérieure un sou marqué d’une croix faite au couteau… Ce sou s’appelle : le signe. Il s’agit pour le possesseur de ce signe (le « signeur » comme disent les élèves) de se débarrasser du sou en le donnant à un autre élève qu’il aura surpris prononçant un mot de patois. Je me suis pris à réfléchir au sujet de se procédé… C’est que je trouve, à côté de réels avantages, un inconvénient qui me semble assez grave. Sur dix enfants, je suppose qui ont été surpris à parler patois dans la journée, seul le dernier est puni. N’y a-t-il pas là une injustice ? J’ai préféré, jusque-là , punir tous ceux qui se laissent prendre […][131]. »
— Correspondance générale de l’Inspection primaire, 1893
« Je considère qu’un enseignement du dialecte local ne peut être donné qu’en proportion de l’utilité qu’il offre pour l’étude et pour la connaissance de la langue nationale[131]. »
— Léon Bérard, Ministre de l’Instruction publique, décembre 1921
Les changements sociaux du début du XIXe siècle et du XXe siècle sont aussi à l’origine de la dépréciation de la langue. Avec la révolution industrielle et l’urbanisation, ne parler que l’occitan constituait un handicap pour accéder à des postes importants. De nombreux parents ont alors choisi ou été contraints de ne parler que le français à leurs enfants. Pourtant, pour eux-mêmes, le français était la langue de l’école[135] et de l’administration, mais ce n’était pas leur langue maternelle.
L'occitan n'a pas non plus été la langue d'acculturation des migrants sur le territoire occitan[136] qui ont contribué "à diminuer le potentiel des emplois de l'occitan[137]
Les adversaires de l’occitan existent encore aujourd’hui, sous diverses formes, en voici quelques citations caricaturales :
« Avec 4000 francs je pourrais acheter une mitraillette et en finir avec l’occitan[131]. »
— Le principal adjoint d’un collège de la banlieue toulousaine, années 1990
« Le nissart est inutile parce que les Niçois parlent très bien le français. »
— Un maire des Alpes-Maritimes années 1990[131]
« Notre vision des « langues » et des « cultures » régionales, aseptisée, baigne dans la niaise brume des bons sentiments écolo-folkloriques et se nourrit d’images d’un passé revisité… Ce ne peut être un objectif national. En proposant aux jeunes générations un retour à des langues qui n’ont survécu que dans les formes parlées, pour l’essentiel privées de l’indispensable passage à la maturité que donne la forme écrite, littéraire, philosophique, croit-on sérieusement leur offrir un avenir de travail, d’insertion sociale, de pensée [131]? »
— Danièle Sallenave, Partez, briseurs d’unité !, Le Monde, 3 juillet 1999
Alors que la langue semble fortement attaquée, différents mouvements de défense de la littérature occitane voient le jour dans la période 1650-1850, et préparent l’avènement du Félibrige. La reconnaissance de la littérature occitane peut être attribuée, notamment, à l’agenais Jacques Boé (dit Jasmin) et au nimois Jean Reboul. Pierre Bec[2] distingue les mouvements suivants :
Après l’oubli des troubadours, ceux-ci connaissent dans la deuxième moitié du XVIIIe siècle un renouveau d’intérêt. Dans les cercles aristocratiques méridionaux, on remet en cause la prétendue suprématie littéraire du français. On assiste à une recherche linguistique et littéraire. On retrouve le goût romantique pour le Moyen Âge. Le folklore, les romans et les contes champêtres présentent de l’intérêt. Les historiens travaillent sur la « croisade des Albigeois » et sur l’histoire du Midi.
« Apelavam ma lenga una lenga romana ». Ce vers est la jonction de deux courants de l’occitan renaissant. L’un : la « langue » : son « patois » quotidien ; l’autre : la « lenga romana » est une marque d’érudition. Le patois est vu comme une langue d’un rang très haut. L’amour pour le peuple et ses misères est chanté par Victor Gélu.
A contrario des « savants » qui sont tournés vers le passé dans un sens de recherches érudites et des « ouvriers » qui mettent en avant leurs dynamisme de prolétaires, les poètes bourgeois (ou de petite noblesse) se situeront entre les deux. Le mouvement est plus amateur, mais avec une grande passion pour la langue.
Le Dr Honnorat comprit la nécessité de plus de réalisme linguistique. La langue avait perdu sa codification orthographique et morphologique. L’indiscipline dans la grammaire ou la graphie était même revendiquée dans le mouvement ouvrier. Honnorat publia son dictionnaire provençal-français dès 1840. C’est un précurseur qui redonna à l’occitan sa dignité et sa cohérence.
Une première tentative de retour à une norme graphique a lieu au XIXe siècle : elle est conçue par Joseph Roumanille et popularisée par Frédéric Mistral. La seconde renaissance littéraire de la langue s’est faite au XIXe siècle sous la conduite du Félibrige. À cette époque la langue est essentiellement utilisée par le peuple rural. Mistral et ses confrères du Félibrige ont redonné du prestige à la langue, en lui donnant une norme et des œuvres littéraires. Leur action a parfois été mêlée d’une volonté politique. Les félibres ont dit : « une nation qui n’a qu’une littérature, une nation qui détruit les langues périphériques, c’est une nation indigne de son destin de nation ». L’occitan, sous sa forme provençale et sa graphie avignonnaise, a été diffusé bien plus loin que les frontières de l’occitanophonie. Encore aujourd’hui la littérature mistralienne est étudiée dans des pays comme le Japon ou en Scandinavie. Mistral est le seul auteur uniquement occitanophone à avoir été récompensé pour son œuvre au plus haut point, il a reçu le prix Nobel de littérature. La réforme linguistique mistralienne trouva son meilleur ouvrier dans Auguste Fourès de Castelnaudary (1848-1891) qui, dans ses divers recueils poétiques, l’acclimata en Languedoc. Plus tard, d’autres écrivains du Languedoc ou du Limousin Joseph Roux (1834-1905), Antonin Perbosc (1861-1944), Prosper Estieu (1860-1939), tentent d’unifier la langue. Ils ont restauré la graphie classique et ont débarrassé la langue de gallicismes. Le système Perbosc-Estieu devient la base de la graphie de l’occitan « moderne ». Le lexicographe et grammairien Louis Alibert, soutenu par les catalans, publie, entre 1935 et 1937, à Barcelone : la Gramatica occitana segón los parlars lengadocians. Il perfectionne l’écrit pour établir la graphie classique inspirée de la norme ancienne et adaptée à la langue moderne.
Lecture et prononciation de la graphie découlant de la norme classique de l'occitan :
Malgré une période de forte dévalorisation de la langue (voir le chapitre sur la décadence), de nouveaux auteurs voient le jour :
En 1931-39, l’autonomie acquise par la Catalogne, qui soutient l’occitanisme, redonna un coup de fouet au dynamisme occitan.
L’IEO (Institut d’Estudis Occitans) œuvre depuis 1945 pour la défense et la promotion de la langue occitane. Son action est responsable en grande partie de la sauvegarde et du développement de l’occitan. Il intervient dans : - la recherche - les études, colloques et publications - la promotion de l’enseignement de l’occitan - la formation : stages, rencontres d’été… - les centres de vacances jeunesse - les arts plastiques : expositions - la musique - l’édition : l’IEO est le plus gros éditeur de langue d’oc avec ses collections : prose, poésie, vulgarisation, livres pour les enfants… De plus, les sections régionales et départementales de l’IEO, les Cercles occitans locaux participent à l’animation et à la vie culturelle du pays. Si on prend le cas du Cantal, on peut citer des auteurs comme Félix Daval, Terésa Canet, Daniel Brugès ou Joan Fay qui ont publié de nombreux textes tant dans les revues que dans des livres personnels.
En 1951, la loi Deixonne autorise l’enseignement de l’occitan dans les établissements scolaires en France. Cette loi sera complétée ensuite par la création d’un CAPES (Certificat d’aptitude pédagogique à l’enseignement secondaire) d’occitan en 1991, bien que le nombre de postes proposés soit en dessous des besoins et de la demande.
Comparaison d'aides publiques pour les langues régionales en France[141]
| Région | Langue | Population | Budget[142] | Ratio par habitant |
| Aquitaine | Basque | 260 000 | 800 000€ | 3,07€ |
| Aquitaine | Occitan | 2 910 000 | 800 000€ | 0,27€ |
| Bretagne | Breton | 3 139 000 | 7 000 000€ | 2,23€ |
| Languedoc-Rousillon | Occitan | 2 594 000 | 2 800 000€ | 1,07€ |
| Midi-Pyrénées (2009) | Occitan | 2 833 000 | 1 100 000€ | 0,38€ |
| Midi-Pyrénées (2010) | Occitan | 2 833 000 | 1 350 000€ | 0,48€ |
80 % des habitants de la zone linguistique occitane interrogés (locuteurs ou pas de la langue) sont favorables à l’enseignement de l’occitan. Cependant le nombre de postes offerts par l’administration est très en deçà des besoins exprimés[144].
Les deux tiers des sondés considèrent que la langue est plutôt sur le déclin[réf. nécessaire]. Le déclin est aussi souligné par les institutions européennes. Tout comme l’UNESCO qui classe les dialectes occitans comme étant "sérieusement en danger" de disparition, excepté pour le gascon et le vivaro-alpin qui sont classés uniquement "en danger"[145].
Ce déclin est peut-être l’explication au fait que seulement 5 % de la population occitanophone active de France (12 % en Aquitaine) ne transmette sa langue à ses descendants. Ce taux de transmission est très faible, bien qu’il soit meilleur que pour d’autres langues régionales de France (exemples : breton, arpitan…). Cependant, une jeune génération qui se ré-occitanise est apparue. Cette génération est principalement d’origine rurale, ou issue de milieux cultivés ayant effectué des études supérieures. Le nombre d’élèves suivant un enseignement en occitan (hors catalan) est de 71 912 personnes pour l'année scolaire 2000/2001 .
Certaines régions (Languedoc-Roussillon, Midi-Pyrénées, la Provence-Alpes-Côte d’Azur et l'Aquitaine) ont développé une politique en faveur de la langue et de la culture d’oc. Cela consiste à donner des aides pour l’enseignement, les mouvements culturels, les publications, à soutenir les émissions de télévision en occitan (magazines, journaux d’informations sur la télévision publique (France 3), web-tv) et à favoriser l’emploi en public de l’occitan.
La réalité occitane est une part constitutive de la culture européenne. Elle est reconnue et étudiée comme telle dans les universités étrangères : en Allemagne, aux États-Unis, en Scandinavie, au Japon même… L’occitan est étudié dans des universités du monde entier dans le cadre des études des langues romanes. La langue et culture occitanes peuvent s’étudier également un peu partout dans le monde, par exemple dans les universités en[146] : Allemagne, Belgique, Brésil, Canada, Danemark, Espagne, États-Unis, Finlande, France, Grande-Bretagne, Italie, Japon, Pays-Bas, Roumanie et en Suisse.
En Catalogne espagnole, l’apprentissage de l’occitan est possible à l’école (y compris hors de la zone occitanophone).
En France, elle a été longtemps refoulée par l’école, elle commence à être reconnue dans l’enseignement officiel : cours d’occitan en options ou bilinguisme des écoles calandretas. Même le gouvernement français, dans son rapport de 1998 sur les langues régionales, reconnaît aujourd’hui, que « l’occitan se caractérise par son extension géographique, de loin la plus importante ramenée au territoire français, et par une production culturelle -en particulier littéraire- au prestige certain, à la fois très ancienne et vivace ».
La principale difficulté pour le dynamisme de la langue Occitane est le fait que bien souvent les Occitans eux-mêmes ne sont pas conscients de la réalité occitane.
Alain Rainal de la Fédération des enseignants de langue et culture d’oc (FELCO) parle de liquidation de l’enseignement de l’occitan et donc de liquidation de la langue occitane. En effet, les postes de CAPES diminuent de 30% en moyenne; le CAPES d’occitan diminue, lui, de 71%. Selon lui, le gouvernement demande plus de solidarité aux plus pauvres, et demande moins aux plus riches. Il rajoute que les langues et cultures régionales, c’est quelque chose de très important, un patrimoine inestimable. Donc cela mérite de ne pas être baissé, mais au moins d’être laissé au niveau d’avant. M. Rainal rajoute : que cette nouvelle est inquiétante pour l’enseignement de l’occitan bilingue ou trilingue. Les parents d’élèves savent qu’il y a une possibilité de valoriser professionnellement cette connaissance acquise. Le nombre de postes au concours se réduisant, il faudra passer un concours pour seulement quatre postes. Cela crée une grande difficulté et n’accorde que peu de perspectives professionnelles [147].
Le Conseil général d’Aran a demandé un nouveau statut à la région de Catalogne en Espagne. Ce statut lui permettrait d’avoir des compétences propres afin de négocier des accords avec les régions occitanes de France. De plus, le Conseil général gérerait lui-même les actions concernant la langue et la culture aranaises. Par ailleurs, une demande de co-officialité de l’occitan et du catalan dans toute la région a été formulée. Ceci aurait pour conséquence de faire reconnaître l’occitan comme une des langues officielles de l’Espagne.
Le 30 septembre 2005, le parlement catalan a adopté à la majorité absolue le projet de nouveau statut d’autonomie de la Catalogne. Le nouveau statut reconnait dans son article 9.5 l’officialité (dans toute la Catalogne) de « la langue occitane, dite aranès dans le Val d’Aran ». La reconnaissance de Val d’Aran dans le Statut aussi a été soutenu par les partis ERC et ICV-EUiA, alors que le PP Catalan était partisan de reconnaître dans le Statut la singularité d’Aran, mais en aucun cas de se référer à ce territoire comme une « réalité nationale occitane ». Le projet a reçu l’aval de Madrid pour que ce statut devienne loi. Le parlement espagnol avait notamment supprimé le terme « nation » de l’article premier pour qualifier la Catalogne. Certains politiciens espagnols considérent que le projet de nouveau statut est un pas vers la division de l’État et qu’il n’est donc pas conforme à la Constitution.
Le 18 juin 2006, le référendum concernant le nouveau statut pour la Catalogne est largement approuvé par la population catalane : plus de 70 % de votes favorables. Trois partis avaient appelé à voter « oui » : le Parti Socialiste Catalan (PSC, à la tête du gouvernement régional), les communistes et les verts d’Iniciativa per Catalunya (ICV, membre de la coalition gouvernementale) et les démocrates-chrétiens de Convergencia i Unio (CiU). Les républicains indépendantistes catalans d’Esquerra Republicana de Catalunya (ERC) avaient appelé à voter « non », de même que le Parti Populaire (PP, droite centralisatrice). Les premiers reprochent au nouveau statut de ne pas reconnaître la Catalogne comme « nation » et de ne pas donner totale autonomie à la région sur les impôts, sur les ports et les aéroports. Les seconds estiment que le texte accorde trop d’autogestion, notamment fiscale, à la Catalogne et qu’il est « anticonstitutionnel ».
Le Statut donne l’officialité à l’aranais et considère le Val d’Aran « réalité occitane ». L’article 11, du nouveau statut dit : « Le peuple aranais exerce l’autogouvernement selon ce Statut par le Conselh Generau d’Aran (institution supérieure politique de la Val d’Aran) et les autres institutions propres ». Le second paragraphe annonce : « Les citoyens de Catalogne et ses institutions politiques reconnaissent Aran comme une réalité occitane fondée sur sa spécificité culturelle, historique, géographique et linguistique, défendue par les Aranais au fil des siècles ». « Ce Statut reconnaît, défend et respecte cette spécificité et reconnaît aussi Aran comme une entité territoriale singulière dans la Catalogne, qui est l’objet d’une protection particulière par le moyen d’un régime juridique spécial ». D’autre part, dans l’article 6, se référant aux langues de Catalogne, figure dans le nouveau Statut que « la langue occitane, appelée aranès en Aran, est la langue propre et officielle de ce territoire est aussi officielle en Catalogne, en accord avec ce qu’établi ce Statut et les lois de normalisation linguistique »[149].
.« A further 15% of the population of Monaco speaks the Niçard (Niçois) variety of Provençal, which greatly influences the French of the Monegasque region. In fact, the Niçard-speaking community comprises mainly individuals of over 50 years of age, but Provençal is increasingly gaining status as a literary language. »
Pratiques et représentations de la langue occitane en Aquitaine- Décembre 1997
| Aquitaine | Bordeaux (Bx) | Dpt 33 Gironde (avec Bx, hors zone saintongeaise) | Dpt 24 Dordogne | Dpt 40 Landes | Dpt 47 Lot-et-Garonne | Dpt 64 Pyrénées-Atlantiques (hors Pays Basque) |
| Comprend l’occitan | 11% | 27% | 54% | 48% | 42% | 41% |
| Parle occitan | 3% | 13% | 34% | 28% | 25% | 22% |
Auvergne (enquête IFOP menée en juin 2006) :
| Auvergne | |
| Comprend l’occitan | 61% |
| Parle occitan | 42% |
Languedoc-Roussillon (sondage réalisé en 1991 par Média Pluriel Méditerranée – Montpellier) [3] :
| Languedoc-Roussillon | |
| Comprend l’occitan | 48% |
| Parle occitan | 28% |
Val d’Aran (Catalogne) recensement 1991 [4] :
| Val d'Aran | |
| Comprend l’occitan | 92,3% |
| Parle occitan | 60,9% |
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