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Dans l'usage français reconnu par les dictionnaires usuels, et quoiqu'il ne résume pas la totalité de l'usage francophone, le terme de pape désigne l'évêque de Rome, garant de l'unité de l'Église catholique romaine, et non son chef, et monarque temporel de l'État du Vatican, actuellement Benoît XVI. C'est dans ce sens seul que ce terme est employé dans cet article ainsi que dans les autres articles traitant des papes, sauf mention contraire. Toutefois, ce titre est également porté par le chef de l'Église copte orthodoxe, actuellement le pape Chenouda III qui réside au Caire, en Égypte.
Le titre de pape n'est réellement apparu qu'à partir du concile de Nicée en 325 mais le terme n'a désigné exclusivement l'évêque de Rome qu'à partir de Grégoire VII, au XIe siècle. La tradition catholique fait, elle, remonter la lignée des papes à l'apôtre Pierre.
Sommaire |
Le mot pape (en grec πάππας / pappas) n’a rien d’un titre officiel, c’est une appellation d’affection respectueuse, celle que l’enfant donne à son père (« papa »). La première attestation de ce mot pour désigner un chef religieux de premier plan remonte à 306 à Alexandrie : la population chrétienne de cette ville le décerna comme titre à son évêque Pierre d'Alexandrie qui avait organisé la résistance extérieure à la persécution de Dioclétien[1]. Il n’est pas impossible que cette simple appellation familière soit devenue par la suite traditionnelle à propos du titulaire du siège d’Alexandrie. L’application du même titre à l'évêque du siège de Rome se serait faite parallèlement ou par imitation de ce qui prévalait à Alexandrie, suite au Ier concile de Nicée en 325.
Le premier évêque de Rome auquel est attribué le titre de « pape » (pp), au début du IVe siècle, sur le cubiculum d'un diacre nommé Severus est Marcellin (296-304) ; on y trouve l'inscription « jussu pp [papae] sui Marcellini »[2]. Néanmoins le titre sera encore utilisé pour de nombreux évêques - comme le montre la désignation « Papa urbis Romae (aeternae) » (Le pape de la ville (éternelle) de Rome) et ce n'est qu'à partir du VIe siècle qu'il désigne plus spécifiquement l'évêque de Rome, comme en atteste la chancellerie de Constantinople qui utilise ce titre pour les évêques romains qui eux-mêmes adopteront ce titre à partir de la fin du VIIIe siècle. À la fin du Xe siècle, au cours d'un concile qui se tient à Pavie en 998, Grégoire V demande à l'archevêque Arnolfe II de Milan de ne plus utiliser le titre et c'est Grégoire VII (1073-1085) qui édicte un Dictatus papae réservant l'usage du terme à l'évêque romain[3].
Aujourd’hui encore, les Grecs appellent pappas les simples prêtres de l’Église orthodoxe (ce mot grec est aussi à l'origine du mot russe pop utilisé péjorativement pour désigner les prêtres orthodoxes, qui est lui-même à l'origine du mot anglais « pope »).
Le prestige éminent de la position de l'évêque de Rome dans la chrétienté depuis l'antiquité paléochrétienne[4] réside avant tout en la présence supposée des tombeaux de Pierre et Paul de Tarse dans cette ville, l'un au Vatican, près de l'ancien cirque de Néron, et l'autre sur la via Ostiense, aux portes de Rome. Dans les premiers siècles de notre ère, Rome devient ainsi ville de pèlerinages « ad limina apostolorum »[5]. L'Église romaine a toujours revendiqué une fondation apostolique qui sera utilisée pour revendiquer l'autorité magistérielle dont elle se prévaut et que les titulaires du siège de Rome affirment à la suite de l'évêque Libère (352-366), le premier à utiliser l'expression de « Siège apostolique » (Sedes apostolica)[6]. Cependant, dans l'Église catholique, si le pape a une quelconque autorité, c'est uniquement parce qu'il est l'évêque de Rome. Ainsi, la seule titulature officielle du pape dans l'antiquité est le mot « Évêque », (sous-entendu : de la ville). Aujourd'hui encore, dans ses bulles les plus solennelles, le pape signe de ce seul titre d'« Évêque », accompagné de la formule grégorienne: « Ego, N., episcopus, servus servorum Dei »[7].
L'origine de la fonction papale est avant tout d'ordre spirituel, ou mystique, bien avant d'être politique (elle ne l'est que secondairement). Ainsi, la théologie catholique fait remonter la lignée des papes à l'apôtre Pierre. Elle affirme que le rôle de l'apôtre de présider à l'unité de l'Église a été énoncé par le Christ, ce qui s'exprime dans l'évangile de Matthieu : « Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église... je te donnerai les clefs du Royaume des cieux » (Mt 16. 18-19) et dans l'évangile de Jean, par les paroles : « Simon [Pierre], (...) Pais mes agneaux... Pais mes brebis » (Jn 21. 15,16,17).
Au IIe siècle de notre ère, il existe des manifestations du prestige de la communauté chrétienne de Rome, ainsi qu'en atteste une lettre d'Ignace d'Antioche adressée à cette communauté, évoquant la mémoire des enseignements apostoliques dont elle est détentrice[8]. À la fin du siècle, Irénée de Lyon souligne lui aussi l'importance de cette tradition romaine dans son Contre les hérésies (III, 3, 2). Irénée - dans un texte qui entend combattre les gnostiques - présente le canal de la succession épiscopale comme le garant de la vérité apostolique pour chaque Église et pointe pour son exemplarité Rome, « cette Église très grande, très ancienne et connue de tous, que les deux très glorieux apôtres Pierre et Paul [y] fondèrent et [y] établirent (...) [car] en raison de son origine plus excellente[9] doit nécessairement s'accorder [avec elle] toute Église, c'est-à-dire les fidèles de partout, elle en qui toujours, au bénéfice de ces gens de partout[10], a été conservée la tradition qui vient des apôtres »[8].
La revendication d'apostolicité de Rome, qui est la seule ville occidentale de l'Empire à le faire, n'est pas contestée, pas plus que ne l'est celle d'autres villes orientales comme Corinthe ou Antioche ; ce n'est pas le cas de la revendication d'autorité et de primauté auxquelles elle prétend qui occasionnera nombre de débats, voire de schismes[8].
En 195, sollicité par des adversaire de l'évêque Polycrate d'Éphèse, l'évêque de Rome Victor, dans ce qui peut être lu comme un exercice de l'autorité romaine sur les autres Églises, rompt la communion avec les quartodécimans parce que ces derniers fêtent Pâques le 14 Nisan, même jour que la Pâque juive - une tradition transmise par Jean l'Évangéliste - tandis que les chrétiens de Rome la fêtent un dimanche[11]. Si cette première tentative est sans portée réelle, des documents attestent de la continuité dans cette souveraine prétention de l'Église de l'Urbs dans les décennies qui suivent[12]. Jean Guyon définit Victor Ier comme le premier évêque monarchique de Rome[13].
Du point de vue de l’administration civile, l’Empire romain est divisé en provinces, chacune étant dirigée à partir de sa métropole (littéralement « ville-mère », en grec). Du point de vue de l'administration des églises, cette désignation ne s'applique qu'à Rome, Antioche, Alexandrie, Nicomédie puis Constantinople qui la remplace. À la fin du IIIe siècle ou au tout début du IVe siècle, l’évêque de chaque métropole, ou métropolite, a pris de l’ascendant sur les autres évêques de la province.
En 325, le Concile de Nicée entérine cet état de fait : nul évêque ne peut ordonner un prêtre ou un autre évêque sans l’accord de son métropolite. Le même concile affirme aussi, pour trancher le conflit mélitien et en se référant, dit-il, à un usage déjà constitué, que trois métropolites ont des compétences qui dépassent le cadre de leur province, ceux d’Alexandrie, de Rome et d’Antioche. La circonscription qui dépend d’Alexandrie regroupe toutes les provinces d’Égypte et de Libye. Bien que le concile ne précise pas quelles sont les limites des deux autres, on peut supposer qu’Antioche a la responsabilité de la Syrie, de la Palestine et des provinces limitrophes, et que Rome domine l’Italie (avec, peut-être, une certaine influence en Gaule et en Afrique, comme semble en témoigner le concile d’Arles en 314).
Les conciles de Constantinople (381) et de Chalcédoine (451) accordent le même statut de « super métropolite » (ce qui devait devenir la dignité de patriarche) aux sièges de Jérusalem et de Constantinople. Le premier échappe au pouvoir d’Antioche, arien, et devient autonome, le second obtient un rang égal à celui de Rome, celui-ci ne gardant qu’une « primauté d’honneur ». Ce système est calqué sur l’administration civile : Constantinople est la capitale de l'empire d'Orient, Rome se veut son égale en Occident - insistant spécifiquement sur une première place symbolique - tandis qu'Alexandrie demeure une capitale économique incontournable. Au même moment, le siège d’Antioche voit sa circonscription rognée par ses deux voisines (Constantinople et Jérusalem).
Pendant le IVe siècle, le siège de Rome reste un peu à l’écart des principaux débats théologiques, pour des raisons linguistiques et géographiques : les principaux conciles eurent lieu en Orient et en grec ; l'évêque de Rome n’y envoie souvent que de simples prêtres ou des évêques mineurs pour le représenter et ceux-ci ne prennent pas part aux votes. Malgré cette faible implication et l’absence d’autorité sur la chrétienté orientale, Rome réclame un certain prestige, équivalent à celui des métropoles orientales. Sa faible implication conduit à lui demander à plusieurs reprises son arbitrage, lors de la crise arienne, puis à propos des discussions sur la nature du Christ (ce qui ne veut pas dire que ses avis aient été écoutés). Elle sert surtout de soutien, dans les querelles doctrinales, au siège d’Alexandrie et Théodose, à son avènement, proclame pour loi religieuse de tout l’empire, « la foi de l’évêque de Rome et de l’évêque d’Alexandrie ».
Au cours des siècles suivants (Ve siècle - VIIe siècle), le siège de Rome prend de plus en plus d’autonomie et d’influence en Occident. Plusieurs facteurs ont favorisé cette évolution :
Le pape est le souverain des États pontificaux, actuellement l'État de la Cité du Vatican. Il est aussi le garant de l'unité de l'Église catholique romaine, mais désigné à tort comme son chef.
Son mode de désignation est électif sur le mode oligarchique par le collège de ses électeurs, les cardinaux de l'Église romaine, réunis en conclave (lieu fermé). Les cardinaux ont eux-mêmes été créés par les papes, et sont électeurs jusqu'à ce qu'ils atteignent l'âge de 80 ans. C'est seulement à partir du XIe siècle que l'élection du pape fut réservée aux cardinaux romains, (décret de Nicolas II en date du 13 avril 1059). Antérieurement, pendant le premier millénaire, l'élection du pontife romain revenait canoniquement à l'Église de Rome, clercs et laïcs confondus. Mais bien souvent le pouvoir politique interférait et se prévalait de ce droit.
Le pape est élu à vie, même si certains ont démissionné, tel le pape Célestin V pour aller vivre dans un monastère — il y fut peut-être incité par son successeur, Boniface VIII. Un autre pape a démissionné: Grégoire XII en 1415 au sein du Concile de Constance, dans le but de mettre fin au grand schisme. Il l'a fait non pas en personne, mais par la voix d'un procurateur, le 4 juillet 1415. Son successeur fut Martin V élu plus de deux ans après, le 11 novembre 1417.
Le règne d'un pape se nomme pontificat. L'origine de ce mot tient à l'un des titres des papes : souverain pontife. La filiation de cette expression doit se trouver dans le titre du principal prêtre dans la Rome antique pontifex maximus, porté jusqu'au VIe siècle par l'empereur de Byzance.
Formellement, le pape n'est pas un chef spirituel. Il reçoit mission, en tant qu'évêque de Rome, successeur de l'apôtre Pierre, de veiller à l'unité de toutes les Églises catholiques, c'est-à-dire des diocèses gouvernés par les évêques. L'Église catholique ne se reconnaît en effet qu'un seul chef spirituel, Jésus Christ.
Rome est menacé par les attaques des princes barbares : dès 410, la Ville éternelle est saccagée par les Wisigoths.
À la fin du Ve siècle, Gélase Ier envoya à l'empereur Anastase une lettre dans laquelle il réaffirme comme le pouvoir des rois et celui des évêques sont dissociés, et que celui des évêques prévaut.
Au VIIIe siècle, les Lombards menacent le pape qui appelle à l'aide le Carolingien Pépin le Bref. La Donation de Constantin, un faux document composé à cette époque, fut rédigé pour laisser accroire qu'en quittant Rome l'empereur Constantin aurait remis à l'évêque de Rome non seulement le palais du Latran, mais encore les insignes de la dignité impériale, laissant l'Occident au pouvoir (potestas) du pape. Pépin le Bref constitue et donne l'embryon des États pontificaux en 754. En 800, le pape Léon III couronne Charlemagne empereur d'Occident à Rome.
Le pape envoie des missionnaires dans les îles britanniques ainsi que dans l'est et le nord de l'Europe, afin d'évangéliser les populations païennes[14].
L'histoire de la papauté est inséparable de l'évolution doctrinale de la christologie et de la baisse de puissance des empereurs romains d'Orient. Le pape cherche à affermir son pouvoir spirituel et temporel et à passer du statut de simple évêque de Rome à celui de souverain.
Pendant le Moyen Âge, le pape dut affirmer son pouvoir face à l'empereur et à la croissance des royautés. L'autre problématique concerne la définition de la souveraineté du pontife : doit-elle se limiter aux affaires spirituelles (nomination des évêques et des abbés, définition du dogme) ou bien doit-elle déborder sur la sphère temporelle ? Dans la seconde option, le pape ne peut éviter l'affrontement avec les souverains qui règnent alors en Occident.
De 1378 à 1418, ce schisme voit coexister et s'affronter deux séries de papes, l'un siégeant à Rome et l'autre à Avignon. Sur le terrain politique, il découle de l'affrontement entre papauté et les États modernes qui se créent à la fin du Moyen Âge et que la papauté n'a plus les moyens d'assujettir.
La Réforme protestante est un mouvement religieux qui met en cause radicalement l'existence même d'un pape.
Le concile de Trente est le dix-neuvième concile œcuménique reconnu par l'Église catholique romaine. Convoqué par le pape Paul III en 1542, en réponse aux demandes formulées par Martin Luther dans le cadre de la Réforme protestante, il débute le 13 décembre 1545. Il se déroule en dix-huit ans, sur vingt-cinq sessions, cinq pontificats (Paul III, Jules III, Marcel II, Paul IV et Pie IV ) et trois villes.
En réaction aux progrès de la Réforme protestante[1], il définit le péché originel, la justification, une autorité de la Bible spécifique au catholicisme romain et confirme les sept sacrements, le culte des saints et des reliques ainsi que le dogme de la transsubstantiation. Sur le plan disciplinaire, il crée les séminaires diocésains, destinés à former les prêtres. Trente est l'un des conciles les plus importants de l'histoire du catholicisme ; il est le plus abondamment cité par le concile Vatican II.
L'historienne Régine Pernoud présente ce concile comme « la coupure entre l'Église médiévale et l'Église des temps classiques[15] ».
Plus de trois cents ans après le Concile de Trente, Pie IX décide de convoquer un concile en 1869. Ce concile, le vingtième, s'ouvre en décembre 1869 et est ajourné le 20 octobre 1870 à cause de la guerre.
Vatican I affirme, par l'encyclique Pastor Æternus du 18 juillet 1870, Infaillibilité pontificale et condamne les « idées nouvelles » issues du Siècle des Lumières au bénéfice de la Primauté pontificale.
Une autre caractéristique de ce concile est d'avoir été reporté sine die du fait de l'invasion de Rome et de l'annexion des États pontificaux.
« C’est pourquoi, nous attachant fidèlement à la tradition reçue dès l’origine de la foi chrétienne, pour la gloire de Dieu notre Sauveur, pour l’exaltation de la religion catholique et le salut des peuples chrétiens, avec l’approbation du saint Concile, nous enseignons et définissons comme un dogme révélé de Dieu: le Pontife romain, lorsqu’il parle ex cathedra, c’est-à-dire lorsque, remplissant sa charge de pasteur et de docteur de tous les chrétiens, il définit, en vertu de sa suprême autorité apostolique, qu’une doctrine sur la foi ou les mœurs doit être tenue par toute l’Église, jouit, par l’assistance divine à lui promise en la personne de saint Pierre, de cette infaillibilité dont le divin Rédempteur a voulu que fût pourvue son Église, lorsqu’elle définit la doctrine sur la foi et les mœurs. Par conséquent, ces définitions du Pontife romain sont irréformables par elles-mêmes et non en vertu du consentement de l’Église. Si quelqu’un, ce qu’à Dieu ne plaise, avait la présomption de contredire notre définition, qu’il soit anathème. »
Le pape Jean XXIII, âgé de 82 ans, que l'on décrivait comme un pape de transition du fait de son âge lors de son élection, crée la surprise en annonçant un « aggiornamento » de l'Église catholique, c'est-à-dire un grand concile destiné à adapter l'Église au monde moderne.
Vatican II s'ouvre le 11 octobre 1962. Parmi les grandes réformes figurent l'ouverture envers les autres religions, la disparition du latin au bénéfice des langues locales pour les offices religieux et l'attention de l'Église aux problématiques sociales.
Les réformes sont présentées en 16 décrets[16] :
En droit canonique, le pape est désigné sous l'appellation de « Pontife romain » (Pontifex Romanus), dérivé de l'appellation du grand prêtre romain (et plus tard, l'empereur) représentant de Dieu sur terre : "Pontifex Maximus".
La signature papale prend la forme « NN. PP. x » c'est-à-dire « un tel, Pontifex Primus [premier pontife], numéro tant » (ainsi, le pape Paul VI signait « Paulus PP. VI »), et son nom est fréquemment accompagné dans les inscriptions par les abréviations « Pont. Max » ou « P.M. » — abréviation de l'ancien titre hérité de l'Antiquité latine Pontifex Maximus, littéralement « le plus grand bâtisseur de ponts ». Le Pontifex Maximus ou Grand Pontife était le plus haut prêtre de Rome et était nommé par l'empereur. Concernant le pape, ce titre est habituellement traduit en français par « Souverain Pontife ».
Les bulles papales sont signées « NN. Episcopus Ecclesia Catholicæ » (« NN. Évêque de l'Église catholique »), alors qu'elles débutent par l'appellation « NN. Episcopus Servus Servorum Dei » (« NN. Évêque serviteur des serviteurs de Dieu »), ce dernier titre datant du pape Grégoire Ier le Grand.
D'autres circonstances officielles voient l'usage de titres tels que Summus Pontifex, Sanctissimus Pater (Très Saint Père — cette formule est d'usage en France pour la correspondance adressée au Pape), Beatissimus Pater, Sanctissimus Dominus Noster (Notre Très Saint Père), et à l'époque médiévale Domnus [et non Dominus] Apostolicus (Seigneur Apostolique).
Dans l'Église catholique romaine, un certain nombre d'insignes sont réservés au pape :
Quant à la ceinture brodée aux armes du pontificat, aucun autre dignitaire ecclésiastique ne porte de ceinture à ses armes ;
Dans le domaine liturgique, seul le pape pouvait célébrer de droit à l'autel majeur des quatre basiliques majeures : basilique Saint-Pierre, archibasilique Saint-Jean-de-Latran, basilique Saint-Paul-hors-les-Murs et basilique Sainte-Marie-Majeure. Cela ne signifie pas que personne d'autre ne peut y célébrer, mais qu'il faut être mandaté par lui pour le faire, ce qui se pratiquait déjà au moins depuis la Renaissance. Au XVIIe siècle, lorsqu'un cardinal célébrait à l'autel majeur d'une des quatre basiliques, on affichait une indulgence papale sur l'un des piliers du ciborium pour le signifier à tous[18].
Jusqu'à Paul VI, qui en abandonna l'usage, le pape possédait des insignes particuliers :
N.B.
La Constitution apostolique Universi dominici gregis publié par Jean-Paul II le 22 février 1996 règlemente dans les détails la procédure à suivre à la mort d'un pape jusqu'à l'élection du suivant[19].
Il est composé des cardinaux âgés de moins de quatre-vingts ans. Le pape Paul VI en avait fixé le nombre maximal à cent vingt, nombre que Jean-Paul II a confirmé par la constitution apostolique du 22 février 1996.
Elle n'est pas précisée par Universi dominici gregis. Néanmoins, la constitution apostolique sous-entend :
En revanche, Universi dominici gregis envisage que le nouveau pape ne soit pas évêque (l'ordination épiscopale immédiate est prévue). Elle mentionne également qu'il n'est pas nécessaire d'être présent au Vatican pour être élu, ce qui implique nécessairement de ne pas être cardinal. Par ailleurs, la constitution apostolique, en utilisant le terme “Cardinaux prêtres” (§ 74), envisage la possibilité qu'il y ait des cardinaux non prêtres.
Bien qu'en pratique, à l'époque moderne, le collège des Cardinaux se confonde avec le collège des personnes éligibles, ce n'est donc pas une règle édictée par l'Église Catholique. Théoriquement, en se référant à la constitution promulguée par Jean-Paul II, n'importe quel prêtre catholique peut être élu pape.
À la mort du pape, les cardinaux se réunissent à la chapelle Sixtine suivant un mode particulièrement réglementé [19].
Le nombre des cardinaux électeurs ne peut pas dépasser 120.
Avant chaque Scrutin, deux ou trois bulletins de vote sont distribués au cardinaux électeurs, puis un tirage au sort est effectué pour désigner parmi tous les Cardinaux électeurs, trois scrutateurs, trois délégués pour recueillir les votes des malades, et de trois réviseurs ; ce tirage au sort est fait publiquement par le dernier Cardinal diacre.
Débute ensuite le scrutin proprement dit, les cardinaux électeurs ont à leur disposition des bulletins de vote rectangulaires pouvant être pliés en deux comportant sur la partie supérieure l'inscription "Eligo in Summum Pontificem", le cardinal inscrit le nom de l'élu dans la partie inférieure.
Chaque cardinal se dirige ensuite vers l'autel de la chapelle où est placé un calice recouvert d'un plateau sur lequel il dépose son bulletin plié en deux. Il prononce alors la formule : "Je prends à témoin le Christ Seigneur, qui me jugera, que je donne ma voix à celui que, selon Dieu, je juge devoir être élu", puis fait glisser son bulletin dans le calice.
Dès que tous les cardinaux électeurs ont voté, les scrutateurs procèdent au dépouillement et au décompte des voix. Une fois dépouillé chaque bulletin est enfilé à l'aide d'un aiguille le long d'un fil. Pour être élu, il faut obtenir deux tiers des voix. Si cette majorité n'est pas atteinte, les bulletins ainsi que toutes les notes des cardinaux sont brulés dans le poêle de la Chapelle Sixtine et un fumigène est adjoint pour donner une fumée noire et un nouveau scrutin est organisé. Autant de scrutins que nécessaire sont organisés jusqu’à ce que quelqu'un obtienne la majorité des deux tiers.
Si la majorité des deux tiers est atteinte, le cardinal doyen pose plusieurs questions à l'élu. Tout d'abord, "Acceptez-vous votre élection canonique comme Souverain Pontife ?" Et aussitôt qu'il a reçu le consentement, il lui demande : "De quel nom voulez-vous être appelé ?".
Si l'élu n'est pas encore évêque, il est consacré immédiatement.
Les bulletins de vote et les notes des cardinaux sont alors brulés dans le poêle de la Chapelle de façon à produire une fumée blanche. Le décompte des voix est remis au Pape et est ensuite conservé dans les archives du Vatican, dans une enveloppe scellée qui ne peut être ouverte par personne, à moins que le Souverain Pontife ne le permette expressément.
Le Conclave prend fin aussitôt après que le nouveau Souverain Pontife ait donné son consentement à son élection.
Les Cardinaux ont l'interdiction de dévoiler des renseignements sur le déroulement de l'élection sous peine d’excommunication.
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