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Le problème synoptique est le nom sous lequel on regroupe l'ensemble des études concernant la rédaction des trois Évangiles synoptiques (évangile selon Matthieu [Mt], évangile selon Marc [Mc], et évangile selon Luc [Lc]). Devant les nombreuses similitudes et divergences entre les trois textes, il s'agit de déterminer quelle est leur relation d'antériorité et sur quelles sources ou traditions, communes ou non, ils se sont appuyés.
Avec la quête du Jésus historique, le problème synoptique est l'un de ceux qui séduit le plus les exégètes. Le plus probable est que les évangiles qui nous sont parvenus n'ont jamais été écrits pour être réunis sous la même couverture.
Dès l'Antiquité, la question des différences entre ces trois textes retient l'attention. Pour Augustin d'Hippone, elles s'expliquaient par l'ordre d'écriture[1]. Ce n'est que plus tard, en particulier depuis Griesbach au XVIIIe siècle, que la question des similitudes, et non seulement des divergences, a été soulevée.
Aujourd'hui, 1 488 théories[2] viables sont actuellement recensées par un groupe d'universités. Elles furent élaborées pour décrire l'ordre et la composition des évangiles.
Ces théories peuvent être regroupées en quelques groupes.
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Les théories prétendant résoudre le problème synoptique doivent être capables d'expliquer comment les trois évangiles synoptiques ont été rédigés. En particulier ils doivent expliquer :
La triple tradition peut être expliquée par l'antériorité de l'un des évangiles, utilisés par les deux autres.
La double tradition peut être expliquée par l'utilisation de deux évangiles comme source du troisième texte.
Cette hypothèse, émise initialement au XVIIIe siècle par G. E. Lessing, postule que les trois évangiles ont été écrits par abréviation d'une traduction grecque d'un proto-évangile en hébreu, la « source Q ». Cette idée vient d'Origène rapportant les propos de Papias.
Pour Lessing, le proto-évangile, également appelé Ur-Gospel et abrégé parfois UrG serait l'un des textes parfois évoqué par les auteurs antiques, l’évangile des Hébreux ou l'évangile des Nazoréens.
Afin d'expliquer les abréviations de Mc, il est parfois postulé que ce dernier ne disposait pas de UrG mais d'une version abrégée.
J.C.L. Gieseler (1792-1854) et J.G. Herder ont insisté sur le rôle de la mémoire et de la transmission orale. Ce procédé permet la souplesse dans les compositions.
Au vingtième siècle, Jérémias, Black et Gaechter ont continué de montrer combien la transmission orale était importante dans le processus de composition des Évangiles.
Ces thèses sont toutefois restées marginales dans la critique exégétique car l'appel à une "tradition orale" floue et peu connue ne permet pas d'appliquer au premier abord des théories scientifiquement attestées.
L'apport de Marcel Jousse
C'est tout le travail et le mérite du père Marcel Jousse, jésuite qui permit enfin de revaloriser la solidité de ces thèses. En Occident, "tradition orale" est assimilée à "téléphone arabe", donc vite éliminée comme peu fiable. Or, Marcel Jousse, professeur d'anthropologie à l'École des Hautes Études et à la Sorbonne consacra sa vie à montrer comment fonctionnent les traditions orales d'un point de vue anthropologique. Puis, comme chrétien, il s'intéressa de près à l'ethnologie du peuple palestinien du premier siècle. Dans sa thèse "Anthropologie du Geste", il démontre le fonctionnement et la fiabilité des traditions orales et leur mode de fonctionnement avec l'écrit. Il retrouve dans les Évangiles des traces incontestables d'oralité (textes rythmés, balancés, structuration des textes de manière pédagogique, procédés mnémotechniques...)
Après la guerre, ce genre de recherche a été poursuivie par des chercheurs tels que le cardinal Eugène Tisserant, Jean Daniélou ou encore B. Gerhardsson. Aujourd'hui, les travaux de Pierre Perrier (chercheur à l'académie des Sciences et Technologies française) poursuivent ces recherches et cherchent à reconstituer l'enseignement oral primitif des apôtres (ce qu'il appelle des "colliers évangéliques", où chaque "unité de texte" est considéré comme une "perle").
Note : Les partisans de la transmission orale rejettent donc une hypothétique dépendance unique d'un Évangile original supposé. Ce qui explique que ces thèses ne figurent pas dans les travaux "généalogiques" de génération des évangiles pour expliquer le problème synoptique. L'intérêt de cette thèse d'un point de vue linguistique est le renouveau qui en découle pour l'étude de l'araméen (langue dans laquelle prêchait Jésus) et envers les anciens manuscrits syriaques (Peshitta).
Dans ce modèle, l'un des évangiles est le premier, le second le réutilisant et le troisième réutilisant les deux précédents.
Avec trois évangiles, il y a six hypothèses : toutes ont été sérieusement défendues. Néanmoins celles d'Augustin, de Griesbach, en partie pour des raisons historiques, ainsi que celle de Farrer, conçue en réaction à la dominante théorie des deux sources, ont eu plus de succès que les trois autres.
Les évangiles sont classées dans les éditions du Nouveau Testament selon l'ordre de rédaction affirmé par Augustin[en] dans De Consensu Evangelistarum (c. 400) [la] (de l'accord des évangiles), c’est-à-dire Matthieu, Marc, Luc chacun dépendant du précédent. Les raisons qu'il en donne ne sont pas très claires et relèvent plutôt du sentiment qu'il en a.
Griesbach modifie l'hypothèse d'Augustin d'Hippone : Matthieu serait le premier évangile dont Luc se serait inspiré tandis que Marc aurait utilisé Luc et Matthieu. Cette hypothèse est conçue en 1764 et formulée en 1783. Elle a été reprise par de nombreux exégètes jusqu'à William Reuben Farmer 1964. Des variantes plus récentes donnent la priorité à Luc[3].
Elle fut conçue en 1934 et formulée par Austin Marsden Farrer en 1955. Son plus brillant défenseur actuel est le Dr. Mark S. Goodacre à Birmingham. Son site Case Against Q en donne les derniers développements. C'est aussi un portail sur tous les sites d'exégèse du Nouveau Testament. Dans l'hypothèse de Farrer, Marc est le plus ancien évangile, Matthieu s'en inspire et Luc utilise Marc et Matthieu[4]
C'est une variante de l'hypothèse de Farrer, ci-dessus. Elle est développée par Christian Gottlieb Wilke (1838), et soutenue par Bruno Bauer (1841). Elle expose la priorité de Marc ; le matériel de la Double Tradition résulte d'une copie de Matthieu sur Luc.
De nos jours, elle est soutenue par Ronald V. Huggins (1992).
Anton Büsching (1766) soutient une variante de l'hypothèse de Griesbach selon laquelle, Marc compile les textes de Matthieu et Luc, avec une priorité de Luc.
Elle est soutenue par W. Lockton (1922). Comme l'hypothèse de Busching, elle confère la priorité à Luc mais Matthieu se nourrit de Luc et Marc.
Marc fut la source des écrits de Matthieu et de Luc qui utilisèrent en outre, une source annexe. Elle fut conçue en 1838 par Christian Hermann Weisse. Elle suppose la priorité de Marc et l'existence d'une source Q dont on peut identifier le corpus de matériel inclus dans selon Matthieu et selon Luc mais on n'a pas encore retrouvé une telle source jusqu'à ce jour. L'étape en cours est celle de John S. Kloppenborg Verbin (2000) Un exposé plus avancé de la théorie des deux sources, présente en anglais son évolution, depuis sa création jusqu'à nos jours. L'hypothèse des deux sources est retenue par Raymond E. Brown.
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