Le mot pulsion vient du (latin pulsio, action de pousser, pellere, pulsum, il est une traduction du terme allemand Trieb) qui a été utilisé par Freud. La notion de pulsion est théorisée par Freud dès ses premiers écrits avec notamment la première topique, puis repris dans la seconde topique. Elle repose sur une vision dualiste : une pulsion (ou un groupe de pulsions) s'oppose à l'autre et ce conflit dynamique s'insère dans la métapsychologie. « Le concept de pulsion nous apparaît comme un concept limite entre le psychique et le somatique, comme le représentant psychique des excitations issues de l'intérieur du corps et parvenant au psychisme, comme mesure de l'exigence de travail qui est imposé au psychique en conséquence de sa liaison au corporel »[1].
La théorie des pulsions (Amour et Faim, Vie (Éros) et Mort (Thanatos)) est un concept fondamental de la métapsychologie psychanalytique.
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Mélanie Klein a repris l'opposition entre pulsion de vie et pulsion de mort mais en lui donnant d'autres assises théoriques[2]. Léopold Szondi a de son côté élaboré un test pour évaluer la dynamique pulsionnelle selon des a priori théoriques qui sont étrangers à la psychanalyse freudienne mettant en jeu des notions comme le "destin" et autres aussi librement inspirées de la Daseinsanalyse.
La pulsion est définie par Freud comme une poussée constante et motrice qui vise à une satisfaction et est le moyen initial de cette satisfaction. « La théorie des pulsions, c'est notre mythologie » (Sigmund Freud, Nouvelles conférences, 1932). « Processus dynamique », elle est dotée de quatre caractéristiques :
Les difficultés de compréhension ont été compliquées par la traduction française du mot allemand Trieb par « instinct » ne rend pas compte de la spécificité freudienne. Cette spécificité réside dans l'articulation des relations entre le corps et le psychisme par l'entremise de la représentation[4],[5].
Dès ses premiers écrits, puis de manière approfondie dans Trois essais sur la théorie de la sexualité, Freud insiste sur la sexualité infantile s'opposant au pulsion du moi[6]. La sexualité est d'abord génétiquement « non génitale »; avec les pulsions partielles qui s'étayent sur des fonctions organiques (la faim notamment). Il distingue trois processus :
Les pulsions sexuelles (génitales et prégénitales) sont régies par le principe de plaisir qui recherche une décharge immédiate qui annule la tension alors que les pulsions du Moi ou pulsions d'autoconservation sont elles soumises au principe de réalité. Cette dernière tend à ajourner la satisfaction au nom du « principe de constance ». La pulsion d'autoconservation vise la survie et que la pulsion sexuelle vise la reproduction. Le modèle darwinien et malthusien servent là de références.
Vient ensuite un second théorisation de 1920[7] : l'observation du jeu de la bobine pratiqué par un jeune enfant, amène Freud à rectifier son premier modèle. Certaines pulsions viseraient non pas la liquidation de l'énergie pulsionnelle jusqu'à un certain seuil, mais bien l'éradication pure et simple de toute excitation. Ce sont les pulsions de mort. Alors que le premier paradigme oppose deux catégories de fonctions biologiques ou proches du biologique, la pulsion de mort s'affranchit nettement de ce modèle. Il s'agit à présent d'opposer la pulsion de vie (les pulsions d'autoconservation et libido), soit l'Éros, la force vitale, aux pulsions de mort que certains ont personnifiée comme Thanatos.
La seconde topique est aussi celle où Freud met en place la division entre ça, surmoi et Moi. Dans cette perspective, le ça est vu comme le réservoir des pulsions.
Les pulsions de mort ne peuvent être entendues que comme obéissant à d'autres lois : elles sont soumises au principe de Nirvana. C'est l'un des aspects de ce second paradigme qui provoque de nombreuses controverses au sein même de la communauté psychanalytique. Le premier paradigme décrit la différence radicale entre survie, reproduction et sexualité psychique : il révèle des « pulsions de vie » très différentes, la pulsion se différenciant franchement de la génitalité, autrement dit, le « sexuel », n'est pas réductible au génital. Le second paradigme décrit une tension inhérente à la vie psychique et conduit certains à qualifier cette théorie de "pessimisme freudien". Par ailleurs, notre vie sociale nous donne de fréquentes occasions de voir se confronter ces tendances pulsionnelles. Ajoutons à cela que les pulsions sexuelles (au sens large et donc pas obligatoirement génitales) sont amorales et ne visent qu'à leur accomplissement : elles se heurtent donc fréquemment aux règles qui s'imposent dans toute vie sociale, provoquant frustration, conflit, culpabilité et l'on comprend mieux pourquoi, dans la théorie freudienne, les pulsions sont une part primordiale de la théorie.
La pulsion de vie est donc une théorisation de la seconde topique dans la nouvelle dualité. Elle englobe l'ensemble des pulsions (Trieb) de la première topique : « pulsion d'autoconservation » et « pulsion sexuelle » (libido narcissique et la libido d'objet). Sigmund Freud la rattache à la figure mythologique de l'Éros et la désigne parfois de « force vitale ».
Explicitement reprise d'un texte de Sabina Spielrein de 1912[8] cette notion est introduite en 1920 dans la seconde topique[9]. Ce type de pulsion postulé par Sigmund Freud , la pulsion de mort (Thanatos) concurrence les pulsions de vie (pulsion d'autoconservation et pulsions sexuelles) ou Éros, poursuivant des buts contraires.
Dans Au-delà du principe de plaisir (1920), la tendance de certains névrosés de guerre à revivre des scènes de l'expérience traumatique dans leurs rêves "contraint" Freud à élaborer le concept de compulsion de répétition. Cette découverte amène Freud à interroger le primat du principe de plaisir et témoigne d'un autre principe à l'œuvre dans la psyché humaine en plus du principe de plaisir et du principe de réalité. Le principe de plaisir est un « ...des deux principes régissant le fonctionnement mental : l'ensemble de l'activité psychique a pour but d'éviter le déplaisir et de procurer le plaisir. En tant que le déplaisir est lié à l'augmentation des quantités d'excitation et le plaisir à leur réduction, le principe de plaisir est un principe économique » (Jean Laplanche et Jean-Bertrand Pontalis - 1967). Or, dans la compulsion de répétition observée chez les névrosés de guerre (névrose traumatique), l'événement traumatique, générateur de très fortes tensions, fait sans cesse retour dans le rêve (« ...la vie onirique des névroses traumatiques se caractérise en ceci qu'elle ramène sans cesse le malade à la situation de son accident....le malade serait pour ainsi dire fixé psychiquement au traumatisme » ; Freud - 1920).
Dans le jeu de la bobine (Fort/da soit la mise en scène, par l'enfant, « ...avec des objets qu'il pouvait saisir de la disparition-retour de la mère in » (Freud- 1920) au contraire, l'enfant remet en scène une situation déplaisante de manière à en acquérir la maîtrise, de sorte qu'au final le jeu est pour lui un moyen de diminuer le déplaisir associé à cette situation. Freud, en 1920, voit également le déploiement de la compulsion de répétition au sein même de la dynamique à l'œuvre dans la cure : le transfert. En effet, du fait des résistances qui s'opposent à la remémoration (ou aux constructions de l'analyste) le patient est « obligé de répéter le refoulé comme expérience vécue dans le présent au lieu de se le remémorer comme un fragment du passé » (Freud - 1920).
Cet « éternel retour du même » (Freud- 1920), observé dans le comportement dans le transfert et le destin des hommes encourage Freud à admettre « qu'il existe effectivement dans la vie psychique une compulsion de répétition qui se place au-dessus du principe de plaisir » (Freud - 1920). Freud, dans Au-delà du principe de plaisir, parvient à la conclusion paradoxale que principe de plaisir et pulsion de mort ne s'opposent pas, ne sont pas contraires: dans la mesure en effet où le plus bas niveau de tension (niveau que le principe de plaisir veut atteindre) correspond en définitive à l'état de repos du non-vivant, le principe de plaisir est au service de la pulsion de mort. (compulsion de répétition et satisfaction pulsionnels aboutissant directement au plaisir semblent ici se recouper en une intime association Freud-1920).
Alors que les pulsions de vie (regroupant les pulsions d'autoconservation (ou pulsions du moi) et les pulsions sexuelles du premier dualisme pulsionnel) tendent à la liaison, la pulsion de mort tend à la déliaison : elle veut « casser », réduire à néant, détruire, ramener le vivant à un état antérieur anorganique, et vise d'abord le sujet lui-même - tout comme le narcissisme primaire. Mais la pulsion de mort se donnerait rarement à voir en elle-même, libre et déliée comme dans la compulsion de répétition, parce qu'elle est « silencieuse » et « muette », et qu'elle est du reste souvent liée à une notion érotique.
Dans Malaise dans la culture (1929), Freud parvient à la conclusion que c'est ce "combat éternel" entre l'Éros et la pulsion de mort qui a déterminé de manière fondamentale le développement de la culture humaine et a joué un rôle primordial dans la formation du surmoi.
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