A la recherche d'informations sur Saint Empire romain germanique ? Vous êtes ici : recherche >> Encyclopédie » Saint Empire romain germanique
Proposer un site sur Saint Empire romain germanique
|
Saint-Empire romain germanique
Sacrum Romanum Imperium (la) |
||||||||||||||||||||||||||||
|
||||||||||||||||||||||||||||
|
||||||||||||||||||||||||||||
|
Carte du Saint-Empire romain germanique vers 1630,
superposée aux frontiÚres contemporaines de l'Europe. |
||||||||||||||||||||||||||||
|
Informations générales |
||||||||||||||||||||||||||||
|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|
| Statut | Monarchie | |||||||||||||||||||||||||||
| Capitale | Aucune | |||||||||||||||||||||||||||
| Langue(s) | latin, allemand, italien, tchÚque, néerlandais, français et de nombreuses autres | |||||||||||||||||||||||||||
| Religion(s) | Catholique romaine | |||||||||||||||||||||||||||
| PIB | {{{pib}}} | |||||||||||||||||||||||||||
| PIB/hab. | {{{pib hab}}} | |||||||||||||||||||||||||||
| Monnaie | {{{monnaie}}} | |||||||||||||||||||||||||||
| Fuseau horaire | {{{fuseau horaire}}} | |||||||||||||||||||||||||||
| Dom. internet | {{{domaine internet}}} | |||||||||||||||||||||||||||
| Ind. tél. | {{{indicatif téléphonique}}} | |||||||||||||||||||||||||||
| {{{infgen1 titre}}} | {{{infgen1}}} | |||||||||||||||||||||||||||
| {{{infgen2 titre}}} | {{{infgen2}}} | |||||||||||||||||||||||||||
| {{{infgen3 titre}}} | {{{infgen3}}} | |||||||||||||||||||||||||||
| {{{infgen4 titre}}} | {{{infgen4}}} | |||||||||||||||||||||||||||
| {{{infgen5 titre}}} | {{{infgen5}}} | |||||||||||||||||||||||||||
|
Population |
||||||||||||||||||||||||||||
| {{{population}}} | ||||||||||||||||||||||||||||
| {{{population2}}} | ||||||||||||||||||||||||||||
| {{{population3}}} | ||||||||||||||||||||||||||||
| {{{population4}}} | ||||||||||||||||||||||||||||
| {{{population5}}} | ||||||||||||||||||||||||||||
|
Superficie |
||||||||||||||||||||||||||||
| {{{superficie}}} | ||||||||||||||||||||||||||||
| {{{superficie2}}} | ||||||||||||||||||||||||||||
| {{{superficie3}}} | ||||||||||||||||||||||||||||
| {{{superficie4}}} | ||||||||||||||||||||||||||||
| {{{superficie5}}} | ||||||||||||||||||||||||||||
|
Histoire et événements |
||||||||||||||||||||||||||||
| 2 février 962 | Couronnement d'Otton Ier | |||||||||||||||||||||||||||
| 25 septembre 1555 | Paix d'Augsbourg | |||||||||||||||||||||||||||
| 24 octobre 1648 | Paix de Westphalie | |||||||||||||||||||||||||||
| 12 juillet 1806 | Formation de la Confédération du Rhin | |||||||||||||||||||||||||||
| {{{evt5}}} | ||||||||||||||||||||||||||||
| {{{evt6}}} | ||||||||||||||||||||||||||||
| {{{evt7}}} | ||||||||||||||||||||||||||||
| {{{evt8}}} | ||||||||||||||||||||||||||||
| {{{evt9}}} | ||||||||||||||||||||||||||||
| {{{evt10}}} | ||||||||||||||||||||||||||||
| {{{evt11}}} | ||||||||||||||||||||||||||||
| {{{evt12}}} | ||||||||||||||||||||||||||||
|
Pouvoir exécutif |
||||||||||||||||||||||||||||
| Empereur des Romains | ||||||||||||||||||||||||||||
| (1er) 962-973 | Othon Ier | |||||||||||||||||||||||||||
| (Der) 1792-1806 | François II | |||||||||||||||||||||||||||
| {{{leaderA3}}} | ||||||||||||||||||||||||||||
| {{{leaderA4}}} | ||||||||||||||||||||||||||||
| {{{leaderA5}}} | ||||||||||||||||||||||||||||
| {{{titre leaderB}}} | ||||||||||||||||||||||||||||
| {{{leaderB1}}} | ||||||||||||||||||||||||||||
| {{{leaderB2}}} | ||||||||||||||||||||||||||||
| {{{leaderB3}}} | ||||||||||||||||||||||||||||
| {{{leaderB4}}} | ||||||||||||||||||||||||||||
| {{{leaderB5}}} | ||||||||||||||||||||||||||||
| {{{titre leaderC}}} | ||||||||||||||||||||||||||||
| {{{leaderC1}}} | ||||||||||||||||||||||||||||
| {{{leaderC2}}} | ||||||||||||||||||||||||||||
| {{{leaderC3}}} | ||||||||||||||||||||||||||||
| {{{leaderC4}}} | ||||||||||||||||||||||||||||
| {{{leaderC5}}} | ||||||||||||||||||||||||||||
| {{{titre leaderD}}} | ||||||||||||||||||||||||||||
| {{{leaderD1}}} | ||||||||||||||||||||||||||||
| {{{leaderD2}}} | ||||||||||||||||||||||||||||
| {{{leaderD3}}} | ||||||||||||||||||||||||||||
| {{{leaderD4}}} | ||||||||||||||||||||||||||||
| {{{leaderD5}}} | ||||||||||||||||||||||||||||
| {{{titre leaderE}}} | ||||||||||||||||||||||||||||
| {{{leaderE1}}} | ||||||||||||||||||||||||||||
| {{{leaderE2}}} | ||||||||||||||||||||||||||||
| {{{leaderE3}}} | ||||||||||||||||||||||||||||
| {{{leaderE4}}} | ||||||||||||||||||||||||||||
| {{{leaderE5}}} | ||||||||||||||||||||||||||||
|
Pouvoir législatif |
||||||||||||||||||||||||||||
| Parlement | DiĂšte d'Empire | |||||||||||||||||||||||||||
| {{{parlement1}}} | ||||||||||||||||||||||||||||
| {{{parlement2}}} | ||||||||||||||||||||||||||||
| {{{parlement3}}} | ||||||||||||||||||||||||||||
| {{{parlement4}}} | ||||||||||||||||||||||||||||
| {{{parlement5}}} | ||||||||||||||||||||||||||||
|
||||||||||||||||||||||||||||
Le Saint-Empire romain germanique ou Saint-Empire romain de la nation germanique (en allemand Heiliges Römisches Reich Deutscher Nation, en latin Sacrum Romanum Imperium Nationis GermanicĂŠ, Ă©galement appelĂ© parfois Premier Reich ou Vieil Empire pour le diffĂ©rencier du Reich de Bismarck) Ă©tait un regroupement politique des terres d'Europe occidentale et centrale au Moyen Ăge dirigĂ© par l'Empereur romain germanique. Il se voulait l'hĂ©ritier de l'Empire d'Occident des Carolingiens qui avait disparu au Xe siĂšcle, mais Ă©galement du prestige et de l'antiquitĂ© de l'Empire romain avant lui. L'adjectif Saint n'apparaĂźt que sous le rĂšgne de FrĂ©dĂ©ric Barberousse (attestĂ© en 1157) pour lĂ©gitimer le pouvoir de maniĂšre divine.
C'est sous la dynastie des Ottoniens, au Xe siĂšcle, que l'Empire se forme Ă partir de l'ancienne Francie orientale carolingienne. La dĂ©signation Sacrum Imperium est attestĂ©e pour la premiĂšre fois en 1157[1] et le titre Sacrum Romanum Imperium apparaĂźt vers 1184[1] pour ĂȘtre utilisĂ© de maniĂšre dĂ©finitive Ă partir de 1254. Le complĂ©ment Deutscher Nation (en latin Nationis GermanicĂŠ) a Ă©tĂ© ajoutĂ© au XVe siĂšcle. L'Ă©tendue et les frontiĂšres du Saint-Empire ont Ă©tĂ© considĂ©rablement modifiĂ©es au cours des siĂšcles. Au temps de sa plus grande extension, l'Empire comprend presque tout le territoire de l'actuelle Europe centrale ainsi que des parties de l'Europe du Sud.
L'Ă©poque moderne marque pour l'Empire l'impossibilitĂ© structurelle de mener des guerres offensives, d'Ă©tendre son pouvoir et son territoire. DĂšs lors, ses principales missions sont la dĂ©fense du droit et la conservation de la paix. L'Empire doit assurer la stabilitĂ© politique et la rĂ©solution pacifique des conflits en endiguant la dynamique du pouvoir : il offre une protection, aux sujets contre l'arbitraire des seigneurs, et aux ordres moins importants contre toute infraction au droit commis par les ordres plus importants et par l'Empire mĂȘme. Ă partir de 1648, des Ătats voisins sont constitutionnellement intĂ©grĂ©s comme Ătats impĂ©riaux ; l'Empire remplit alors Ă©galement cette fonction de paix dans la constellation des puissances europĂ©ennes.
Ă partir du milieu du XVIIIe siĂšcle, l'Empire ne peut plus protĂ©ger ses membres de la politique d'expansion des puissances intĂ©rieures et extĂ©rieures. C'est une des causes de son effondrement. Les conquĂȘtes napolĂ©oniennes et la crĂ©ation de la ConfĂ©dĂ©ration du Rhin dĂ©montrent la faiblesse du Saint-Empire, devenu un ensemble figĂ© et creux. Le Saint-Empire romain germanique disparaĂźt le 6 aoĂ»t 1806 lorsque l'empereur François II dĂ©pose sa couronne pour devenir empereur d'Autriche.
En raison de son caractĂšre prĂ©-national et supranational, le Saint-Empire romain ne s'est jamais dĂ©veloppĂ© en un Ătat-nation moderne comme la France ou le Royaume-Uni. Le Saint-Empire est restĂ© un tissu monarchique et corporatif dirigĂ© par un empereur et les Ă©tats impĂ©riaux avec trĂšs peu d'institutions impĂ©riales communes. Le pouvoir de gouvernement de l'Empire ne se trouve pas uniquement aux mains de l'Empereur romain germanique ni uniquement aux mains des princes-Ă©lecteurs ou d'un ensemble de personnes comme la DiĂšte d'Empire. L'Empire ne peut ĂȘtre compris ni comme un Ătat fĂ©dĂ©ral ni comme une confĂ©dĂ©ration. Il n'est ni une simple aristocratie ni une oligarchie. Toutefois, l'Empire prĂ©sente des caractĂ©ristiques de toutes ces formes Ă©tatiques. L'histoire du Saint-Empire est marquĂ©e par la lutte quant Ă sa nature. Tout comme il n'est jamais parvenu Ă briser les entĂȘtements rĂ©gionaux des territoires, l'Empire s'est morcelĂ© dans une confĂ©dĂ©ration informe, c'est la Kleinstaaterei[2].
En tant qu'« organisation faßtiÚre », l'Empire enveloppe de nombreux territoires et sert de cadre juridique à la cohabitation des différents seigneurs. Ces princes et ducs quasi autonomes mais non souverains reconnaissent l'empereur comme le dirigeant de l'Empire et se soumettent aux lois, aux juridictions et décisions de la DiÚte d'Empire mais prennent part à la politique impériale sur laquelle ils influent en élisant par exemple l'empereur ou en participant aux diÚtes et autres représentations corporatives. Contrairement aux autres pays, les habitants ne sont pas les sujets directs de l'empereur. Chaque territoire immédiat a son propre seigneur et chaque ville libre d'Empire a son maire.
Avec son nom, le Saint-Empire romain se rĂ©clame directement de l'Empire romain antique qui se raccroche, tout comme l'Empire byzantin, Ă l'idĂ©e d'une domination universelle. C'est au XIe siĂšcle que cette idĂ©e d'universalitĂ© fait son apparition dans le Saint-Empire[3]. ParallĂšlement, on craint les prophĂ©ties de Daniel qui avait prĂ©dit qu'il y aurait quatre empires qui mĂšneraient Ă l'arrivĂ©e de l'AntĂ©christ et donc de l'Apocalypse sur Terre[4]. C'est pourquoi l'Empire romain ne devait pas s'effondrer. Le qualificatif Saint souligne le droit divin de l'empereur et lĂ©gitime son pouvoir. En acceptant d'ĂȘtre couronnĂ© empereur par le pape LĂ©on III en l'an 800, Charlemagne fonde son empire dans la continuitĂ© de l'Empire romain[5], on parle de translatio imperii, bien que l'Empire romain d'orient dit byzantin, se place Ă©galement dans une continuitĂ© et cela de maniĂšre plus ancienne. Les Byzantins considĂšrent d'ailleurs l'Empire romain occidental comme auto-nommĂ© et illĂ©gitime.
Lorsque l'Empire est fondĂ© dans la moitiĂ© du Xe siĂšcle, il ne porte pas encore le qualificatif de Saint. Le premier empereur Otton Ier et ses successeurs se considĂšrent eux-mĂȘmes et sont considĂ©rĂ©s comme les reprĂ©sentants de Dieu sur Terre et donc comme les premiers protecteurs de l'Ăglise. Il n'est donc pas nĂ©cessaire de souligner la saintetĂ© de l'Empire qui continue de s'appeler Regnum Francorum orientalium ou Regnum Francorum. Dans la titulature impĂ©riale des Ottoniens, on retrouve toutefois les composantes qui s'appliquent par la suite. Sur les actes d'Otton II datĂ©s de 982 pendant sa campagne italienne, on peut lire la titulature Romanorum imperator augustus (Empereur des Romains), titulature rĂ©servĂ©e au basileus de Byzance[6]. Son successeur Otton III Ă©lĂšve sa titulature au-dessus de tout pouvoir temporel et spirituel en s'octroyant, tout comme le pape, les dĂ©nominations « Serviteur de JĂ©sus Christ[7] » et mĂȘme plus tard « Serviteur des ApĂŽtres[8] ».
Le rayonnement sacrĂ© de l'Empire a Ă©tĂ© mis Ă mal puis supprimĂ© par le pape lors de la Querelle des Investitures de 1075 Ă 1122. Le concept de sacrum imperium est nĂ© sous FrĂ©dĂ©ric Barberousse lorsque les papes ont essayĂ© de soumettre l'Empire au sacerdoce[9]. Il est attestĂ© pour la premiĂšre fois en 1157. L'Empire est dĂ©clarĂ© indĂ©pendant face Ă la papautĂ©. Il se fonde dans la continuitĂ© de l'histoire sainte. Il s'agit alors peut-ĂȘtre de s'intĂ©grer consciemment dans la tradition romaine antique[9]. Toutefois, la recherche remet cette thĂšse en cause Ă©tant donnĂ© qu'il pourrait Ă©galement s'agir d'un concept spĂ©cifiquement staufien et cela d'autant plus que pendant la pĂ©riode antique, ce n'est pas l'Empire romain qui Ă©tait saint mais la personne de l'empereur[10].
Pendant l'interrĂšgne de 1250 Ă 1273, lorsqu'aucun des trois rois Ă©lus n'est parvenu Ă s'imposer par rapport aux autres, l'Empire se revendique de l'Empire romain avec le qualificatif « saint ». Ă partir de 1254, on utilise la dĂ©nomination latine Sacrum Romanum Imperium (en allemand Heiliges Römisches Reich)[11]. Il faut attendre le rĂšgne de Charles IV pour la voir utilisĂ©e dans des documents en langue allemande. C'est prĂ©cisĂ©ment pendant la pĂ©riode sans empereur au milieu du XIIIe siĂšcle que la volontĂ© d'un pouvoir universel s'est le plus affirmĂ©e â mĂȘme si cette situation a peu changĂ© par la suite.
Le complĂ©ment Nationis Germanicae apparaĂźt pour la premiĂšre fois Ă la fin du Moyen Ăge vers 1450. L'Empire s'Ă©tend alors en effet en majeure partie sur un territoire germanophone. En 1486, cette titulature est utilisĂ©e par FrĂ©dĂ©ric III[12] puis reprise officiellement en 1512 dans le prĂ©ambule des actes de la diĂšte de Cologne. L'empereur Maximilien Ier avait alors convoquĂ© les Ă©tats impĂ©riaux pour entre autres « maintenir le Saint-Empire romain germanique[13] ». Jusqu'en 1806, Saint-Empire romain germanique (Heiliges Römisches Reich Deutscher Nation) est l'appellation officielle de l'Empire, souvent abrĂ©gĂ©e en SRI pour Sacrum Romanum Imperium ou H. Röm. Reich[14] en allemand. Les deux derniers actes juridiques promulguĂ©s par le Saint-Empire â Ă savoir le Reichsdeputationshauptschluss de 1803 qui a rĂ©organisĂ© l'Empire et la capitulation de l'empereur François II â utilisent la formule deutsches Reich (Empire allemand). Il n'est plus question de saintetĂ© ou de pouvoir universel.
Avant la mort de Charlemagne en 814, l'Empire carolingien connaĂźt plusieurs partages et rĂ©unifications entre ses enfants en 806[15]. De tels partages entre les fils d'un souverain font partie du droit franc. Ils ne signifient pas la fin de l'unitĂ© de l'Empire Ă©tant donnĂ© qu'une politique commune tout comme une future rĂ©unification dans les diffĂ©rentes parties Ă©tait possible. Si l'un des enfants meurt sans descendance, sa partie revient Ă l'un de ses frĂšres. C'est ce qu'il se passe lorsque Charles et PĂ©pin meurent et que l'hĂ©ritage de Charlemagne revient tout entier Ă Louis le Pieux[16]. Le mĂȘme partage se produit entre les petits-fils de Charlemagne avec le TraitĂ© de Verdun de 843 : Charles le Chauve reçoit la partie occidentale d'imprĂ©gnation gallo-romaine qui s'Ă©tend jusqu'Ă la Meuse, Louis le Germanique reçoit quant Ă lui la partie orientale d'imprĂ©gnation germanique. Enfin, Lothaire Ier, empereur d'Occident depuis 840, reçoit la partie mĂ©diane franque allant de la mer du Nord jusque Rome[17].
MĂȘme si ici la future carte de l'Europe est reconnaissable, les cinquante annĂ©es qui ont suivi ont amenĂ© â le plus souvent par des guerres â leur lot de divisions et de rĂ©unifications. Lorsque Charles le Gros est dĂ©posĂ© en 887 entre autres Ă cause de son impuissance face aux Normands qui ravagent le royaume[18], plus aucun chef des diffĂ©rentes parties de l'ancien Empire carolingien n'est choisi. Les territoires choisissent leurs propres rois et ces derniers n'appartiennent plus Ă la dynastie carolingienne pour une partie d'entre eux. L'Ă©loignement et la division des parties de l'Empire sont manifestes[19]. Ă cause des guerres de pouvoir, les Carolingiens avaient plongĂ© dans la guerre civile l'Empire qui n'Ă©tait plus en mesure de se protĂ©ger contre les attaques extĂ©rieures. Le manque d'une cohĂ©sion dynastique[18] a fait se dĂ©composer l'Empire dans de nombreux petits comtĂ©s, duchĂ©s et autres territoires sous un pouvoir territorial qui le plus souvent ne reconnaissent que formellement les rois rĂ©gionaux comme suzerain.
En 888, la partie mĂ©diane de l'Empire se dĂ©compose en de nombreux petits royaumes indĂ©pendants comme la Haute-Bourgogne et la Bourgogne Transjurane, l'Italie (tandis que la Lorraine est annexĂ©e Ă la partie orientale comme royaume subordonnĂ©). Les rois de ces royaumes se sont imposĂ©s contre les prĂ©tendants carolingiens grĂące Ă l'appui des nobles locaux. Dans la partie orientale, les nobles locaux choisissent des ducs. Avec la mort en 911 de Louis l'Enfant, c'est le dernier Carolingien sur le trĂŽne de Francie orientale qui disparaĂźt[20]. La Francie aurait pu Ă©clater comme l'avait fait la Francie mĂ©diane si Conrad Ier n'avait pas Ă©tĂ© choisi par les grands du royaume. Conrad n'appartient certes pas Ă la dynastie des Carolingiens mais c'est un Franc de la branche des Conradiens. Pourtant, en 919 Ă Fritzlar, le duc de Saxe Henri l'Oiseleur est le premier Ă ĂȘtre Ă©lu roi de Francie orientale sans ĂȘtre de lignĂ©e franque[21]. Ă partir de cette date, ce n'est plus une dynastie unique qui tient les rĂȘnes de l'Empire mais ce sont les grands, les nobles et les ducs qui dĂ©cident du souverain.
En novembre 921, Henri Ier et Charles le Simple se reconnaissent mutuellement par le TraitĂ© de Bonn[22]. DĂ©sormais, Henri Ier peut porter le titre de rex francorum orientalium (Roi des Francs de l'est). C'est ainsi que la Francie devient sur la durĂ©e un Ătat indĂ©pendant et viable. MalgrĂ© la dĂ©sagrĂ©gation de l'unitĂ© de l'Empire et l'unification des peuples germaniques qui ne parlent pas un latin romanisĂ© comme les Francs occidentaux mais un tudesque, la Francie orientale n'est pas l'esquisse d'un Ătat-nation allemand comme certains historiens ont pu l'affirmer[23], non plus que le futur Saint-Empire.
L'accession au trĂŽne d'Otton Ier, le fils d'Henri, laisse apparaĂźtre une famille royale pleine d'assurance. Otton se fait couronner sur le trĂŽne supposĂ© de Charlemagne Ă Aix-la-Chapelle le 7 aoĂ»t 936[24]. Son pouvoir rĂ©vĂšle son caractĂšre de plus en plus sacral. Le nouveau roi se fait oindre et fait vĆu de protĂ©ger l'Ăglise. AprĂšs avoir combattu quelques proches et quelques ducs lorrains, Otton parvient Ă confirmer et assurer son pouvoir grĂące Ă sa victoire sur les Hongrois en 955 Ă la bataille du Lechfeld prĂšs d'Augsbourg. Comme le faisaient les lĂ©gionnaires romains, l'armĂ©e le salue sur le champ de bataille comme Imperator[25].
Cette victoire sur les Hongrois permet au pape Jean XII d'appeler Otton Ă Rome et de lui proposer la couronne d'empereur pour l'affirmer comme protecteur de l'Ăglise[26]. Ă cette Ă©poque, le pape est menacĂ© par les rois rĂ©gionaux italiens et espĂšre s'attirer les grĂąces d'Otton en lui faisant cette offre. Mais le cri Ă l'aide du pape montre Ă©galement que les anciens « barbares » deviennent les porteurs de la culture romaine et que le regnum oriental est le successeur lĂ©gitime de Charlemagne. Otton accepte l'offre du pape et se rend Ă Rome. Il s'attire alors les foudres de Byzance et des Romains[27].
Le couronnement d'Otton Ier comme empereur le 2 fĂ©vrier 962[28] est retenu par la majeure partie des historiens comme la date de fondation du Saint-Empire romain, mĂȘme si Otton ne veut pas fonder de nouvel empire. On parle alors de renovatio imperii (restauration de l'empire). L'Empire carolingien tel qu'il existait est dĂ©finitivement mort : le processus de division entre la Francie orientale et la Francie mĂ©diane de la Francie occidentale Ă©tant achevĂ©. Toutefois, Otton s'en veut le continuateur[29]. Avec le couronnement d'Otton, le Saint-Empire avait obtenu sa lĂ©gitimation temporelle, et sacrĂ© en tant que nouvel Imperium Romanum.
Sous les MĂ©rovingiens, les ducs sont des fonctionnaires royaux responsables des affaires militaires dans les territoires conquis par les Francs. Ils forment alors un pouvoir intermĂ©diaire disposant d'une certaine autonomie. Lorsque le pouvoir central mĂ©rovingien dĂ©cline Ă la suite des diffĂ©rentes divisions territoriales[30], les duchĂ©s ethniques (StammesherzogtĂŒmer) comme ceux des Alamans ou des Bavarii gagnent en indĂ©pendance. Sous les Carolingiens, ces duchĂ©s sont dissous et remplacĂ©s par des duchĂ©s qui tirent leur pouvoir de l'empereur (Amtsherzöge). Les duchĂ©s ethniques renaissent cependant vers 900 lorsque le pouvoir carolingien s'affaiblit[31] : duchĂ© de Saxe, duchĂ© de Franconie, duchĂ© de BaviĂšre, duchĂ© de Souabe et duchĂ© de Lotharingie[32]. En 911, le pouvoir des ducs ethniques est si fort qu'ils choisissent un roi propre pour la Francie orientale en allant Ă l'encontre du droit du sang des Carolingiens de Francie occidentale. Lorsque les Ottoniens en la personne d'Henri Ier arrivent au pouvoir en 919, ils reconnaissent ces ducs[33]. Jusqu'au XIe siĂšcle, les duchĂ©s sont plus ou moins indĂ©pendants du pouvoir royal central. Mais les anciens duchĂ©s ethniques perdent peu Ă peu de leur importance. Le duchĂ© de Francie s'Ă©teint dĂ©jĂ en 936. Le duchĂ© de Lorraine est divisĂ© en 959 en Basse- et Haute-Lotharingie[32]. Le duchĂ© de Carinthie naĂźt de la division du duchĂ© de BaviĂšre en 976[34].
L'Empire Ă©tant nĂ© comme instrument des ducs, il n'a plus Ă©tĂ© partagĂ© entre les fils du souverain mais est restĂ© une monarchie Ă©lue[35]. Le non-partage de l'hĂ©ritage entre les fils du roi vient Ă l'encontre du droit franc. Henri Ier n'exerçait de pouvoir sur les duchĂ©s ethniques (Souabe, BaviĂšre, Saxe et Franconie) qu'en tant que suzerain, il n'aurait donc pu partager Ă ses fils que la Saxe ou une suzerainetĂ© sur les duchĂ©s[35]. En consĂ©quence, Henri Ier dĂ©finit dans son rĂšglement que seul un des fils doit lui succĂ©der sur le trĂŽne. On voit dĂ©jĂ que sont liĂ©s deux concepts â celui d'hĂ©ritage et de monarchie Ă©lue â qui imprĂšgneront l'Empire jusqu'Ă la fin de la dynastie franconienne. AprĂšs plusieurs campagnes militaires en Italie, Otton Ier parvient Ă conquĂ©rir la partie septentrionale et des parties mĂ©dianes de la pĂ©ninsule et Ă intĂ©grer le Royaume lombard Ă l'Empire[36]. Toutefois, l'intĂ©gration complĂšte de l'Italie impĂ©riale n'a jamais vraiment abouti.
C'est sous Otton II que disparaissent les derniÚres attaches avec la Francie occidentale. Il n'existe plus désormais que des relations de parenté entre les dirigeants des territoires. Lorsqu'Otton II fait duc de Basse-Lotharingie son cousin Charles en 977, le frÚre de ce dernier, le roi des Francs Lothaire, se met à revendiquer ce territoire qu'il envahit en 978, allant jusqu'à s'emparer d'Aix-la-Chapelle[37]. Otton part en campagne contre Lothaire et arrive jusqu'à Paris. La situation s'apaise en 980. Les conséquences de cette rupture définitive entre les successeurs de l'Empire carolingien ne seront visibles que plus tard. Toutefois, en raison de l'émergence d'une conscience d'une appartenance française, le royaume français est considéré comme indépendant de l'empereur.
Le concept de clientĂšle impĂ©riale est important pour comprendre les systĂšmes de pouvoir au sein du Saint-Empire qui reposent sur la fĂ©odalitĂ©. Depuis la chute de l'Empire romain, gouvernent ceux qui ont la clientĂšle la plus puissante. Les princes entretiennent donc un entourage de guerriers qui deviennent leurs vassaux[38]. L'entretien de cette clientĂšle demande des entrĂ©es financiĂšres consĂ©quentes. Avant la rĂ©introduction du denier d'argent par les Carolingiens la seule richesse est la terre. C'est pourquoi les premiers Carolingiens conquiĂšrent toute l'Europe afin de redistribuer Ă chaque fois des terres Ă une clientĂšle de plus en plus nombreuse[39],[40]. C'est ainsi qu'ils deviennent de plus en plus puissants. Mais au XIe siĂšcle siĂšcle, les terres Ă donner se rarĂ©fient et les vassaux ont de plus en plus de vellĂ©itĂ©s d'indĂ©pendance c'est donc la surenchĂšre entre les fils de Louis le Pieux pour acquĂ©rir le plus de fidĂ©litĂ©s possibles et s'octroyer l'Empire : ils accordent des terres non plus en viager â Charlemagne rĂ©cupĂ©rait les terres donnĂ©es Ă la mort du bĂ©nĂ©ficiaire et pouvait donc les redistribuer â mais Ă titre dĂ©finitif, la terre est ensuite transmise hĂ©rĂ©ditairement[41]. DĂšs lors l'Empire se dissout et les souverains issus du partage de Verdun n'ont que trĂšs peu de pouvoir.
Les Ottoniens changent la donne en se constituant une clientĂšle d'Ă©vĂȘques, auxquels ils distribuent des charges Ă titre viager. Ils ont bientĂŽt la plus grande clientĂšle d'Europe et en deviennent les maĂźtres au Xe siĂšcle siĂšcle. Otton Ier confie d'ailleurs le tutorat de ses neveux Lothaire et Hugues Capet, respectivement futurs roi et duc des Francs encore mineurs, Ă son frĂšre Brunon. En contrĂŽlant l'Italie et la Germanie ils contrĂŽlent l'axe commercial nord-sud de l'Europe et y reçoivent le produit du tonlieu (taxe sur les pĂ©ages et les marchĂ©s). Ils dĂ©veloppent d'ailleurs les marchĂ©s et les routes dans un Occident en pleine croissance Ă©conomique. Ils peuvent aussi compter sur les mines d'argent de Goslar qui leur permettent de battre la monnaie et de dynamiser encore plus le commerce. Enfin, jusqu'Ă Henri III, les empereurs sont clairement alliĂ©s de l'Ăglise et de la rĂ©forme monastique. En luttant contre la simonie, ils rĂ©cupĂšrent des Ă©vĂȘchĂ©s et abbayes dont les autres princes germaniques ont pris le contrĂŽle pour Ă©largir leur propre clientĂšle et les confient Ă des abbĂ©s ou Ă©vĂȘques rĂ©formateurs proches d'eux.
Sous les Carolingiens, la mise en place progressive de l'hĂ©rĂ©ditĂ© des charges avait fortement contribuĂ© Ă l'affaiblissement de leur autoritĂ©. Pour Ă©viter une pareille dĂ©rive, les Ottonniens, qui savent ne pas pouvoir trop compter sur la fidĂ©litĂ© des relations familiales, s'appuient sur l'Ăglise germanique qu'ils comblent de bienfaits mais qu'ils assujettissent. Les historiens ont donnĂ© au systĂšme qu'ils ont mis en place le nom de Reichskirchensytem[42]. Il faut dire que l'Ăglise avait maintenu vivante l'idĂ©e d'Empire. Elle avait soutenu les ambitions impĂ©riales d'Otton Ier[43].
Les Ă©vĂȘques et les abbĂ©s constituent l'armature de l'administration ottonienne. L'empereur s'assure la nomination de tous les membres du haut clergĂ© de l'empire. Une fois dĂ©signĂ©s, ils reçoivent du souverain l'investiture symbolisĂ©e par les insignes de leur fonction, la crosse et l'anneau. En plus de leur mission spirituelle, ils doivent remplir des tĂąches temporelles que leur dĂ©lĂšgue l'empereur. Ainsi l'autoritĂ© impĂ©riale Ă©tait-elle relayĂ©e par des hommes compĂ©tents et dĂ©vouĂ©s[44]. Cette Ăglise d'empire ou Reichskirche, assure la soliditĂ© d'un Ătat pauvre en ressources propres. Elle permet de contrebalancer le pouvoir des grands fĂ©odaux (ducs de BaviĂšre, Souabe, Franconie, Lotharingie). L'Ă©vĂȘchĂ© d'Utrecht constitue, jusqu'aux environs de 1100, l'entitĂ© la plus puissante des Pays-Bas du Nord, LiĂšge et Cambrai celles des Pays-Bas du Sud[45]. La chapelle royale devient une pĂ©piniĂšre pour le haut-clergĂ©. Le pouvoir impĂ©rial choisit ses hauts dignitaires de prĂ©fĂ©rence dans sa parentĂšle, proche ou Ă©largie. Celle-ci bĂ©nĂ©ficie des plus hautes charges Ă©piscopales ou monastiques. Le meilleur exemple en est le propre frĂšre d'Otton, Brunon, Ă©vĂȘque de Cologne, qui adopte la rĂšgle de l'abbaye de Gorze pour les monastĂšres de son diocĂšse[46]. On peut citer aussi Thierry Ier, cousin germain d'Otton, Ă©vĂȘque de Metz de 965 Ă 984 ; un parent proche d'Otton, le margrave de Saxe Gero, qui fonde l'abbaye de Gernrode vers 960-961, en Saxe ; Gerberge, niĂšce de l'empereur, abbesse de Notre-Dame de Gandersheim. Dans chaque diocĂšse, on peut ainsi trouver un membre de l'entourage royal car Otton a pris soin de retirer aux ducs le droit de nommer les Ă©vĂȘques, y compris dans les diocĂšses situĂ©s dans leurs propres duchĂ©s[26].
C'est sous Henri II qu'est couronnĂ©e l'intĂ©gration de l'Ăglise dans le pouvoir de l'Empire commencĂ©e par les trois premiers Ottoniens. La Reichskirchensystem[42] est l'une des composantes majeures de l'Empire jusqu'Ă la disparition de ce dernier. Henri est trĂšs pieux[47] et exige des ecclĂ©siastiques qu'ils lui obĂ©issent et qu'ils mettent en Ćuvre ses dĂ©cisions. Henri II parfait le pouvoir temporel sur l'Ăglise d'Empire qu'il dirige. Henri II ne fait pas que diriger l'Ăglise, il dirige l'Empire Ă travers elle en nommant des Ă©vĂȘques aux postes importants[48] comme celui de chancelier. Les affaires temporelles et religieuses ne sont pas diffĂ©renciĂ©es et sont discutĂ©es de la mĂȘme façon au sein de synodes. Cette dĂ©marche ne rĂ©sulte pas seulement de la volontĂ© d'opposer un contrepoids fidĂšle au roi Ă la pression des duchĂ©s qui conformĂ©ment Ă la tradition germano-franque aspirent Ă une plus grande autonomie. Henri considĂšre bien plus l'Empire comme la « maison de Dieu » qu'il doit encadrer en tant que serviteur de Dieu. Henri II s'attache Ă©galement Ă remettre sur pied la Francie orientale[49], accordant moins d'importance Ă l'Italie contrairement Ă ce que ses prĂ©dĂ©cesseurs avaient fait[50].
Avec la gĂ©nĂ©ralisation du denier d'argent par les Carolingiens, une rĂ©volution Ă©conomique est en cours : les surplus agricoles deviennent commercialisables et on assiste dans tout l'Occident Ă la multiplication de la productivitĂ© et des Ă©changes[51]. En rĂ©unissant Italie et Germanie dans un mĂȘme empire, Otton Ier contrĂŽle les principales voies de commerce entre lâEurope du Nord et la MĂ©diterranĂ©e. Le trafic commercial avec Byzance et l'Orient transite en effet par la MĂ©diterranĂ©e vers l'Italie du Sud et surtout le bassin du PĂŽ et rejoint celui du Rhin via les voies romaines traversant les cols alpins. Cette voie est Ă l'Ă©poque plus utilisĂ©e que la traditionnelle voie rhodanienne, d'autant que l'Adriatique est plus sĂ»re que la MĂ©diterranĂ©e occidentale oĂč sĂ©vissent les pirates sarrasins. Otton sait garder la mainmise sur les pĂ©ages et dĂ©velopper les marchĂ©s nĂ©cessaires Ă l'augmentation de ce trafic. Ainsi, contrairement Ă ce qui se passe en Francie, Otton garde le monopole de la frappe monĂ©taire et fait ouvrir des mines d'argent prĂšs de Goslar[52]. Or, la crĂ©ation d'un atelier monĂ©taire dans une ville ou une abbaye entraĂźne la crĂ©ation d'un marchĂ© oĂč peut ĂȘtre prĂ©levĂ© le tonlieu[52]. Cette puissance commerciale lui permet d'Ă©tendre son influence Ă la pĂ©riphĂ©rie de l'empire : les marchands italiens ou anglais ont besoin de son soutien, les Slaves adoptent le denier d'argent[52].
En 968, Otton Ier octroie Ă l'Ă©vĂȘque de Bergame, les revenus de la foire frĂ©quentĂ©e par les marchands de Venise, de Comacchio et de Ferrare. Le but est d'aider cette ville, qui a Ă©tĂ© dĂ©vastĂ©e par les Hongrois. La documentation est trĂšs riche sur les marchands d'Allemagne : elle indique qu'il existe de nombreux marchands Ă Worms, Mayence, Passau, Magdebourg, Hambourg et Mersebourg[53]. De nombreux marchands juifs commercent dans les villes allemandes.
L'autre moyen de remplir les caisses est de créer des cours de justice. Celles-ci sont sources d'entrées financiÚres sous forme d'amendes : le wergild. Comme la monnaie, elles permettent de représenter l'autorité impériale dans tout l'Empire. Ainsi Otton III établit une cour à Ravenne composée d'un riche archiépiscopat qui régente toute l'Italie du Nord et commerce avec Venise et Pavie[54]. Ces diverses entrées financiÚres sont indispensables pour se constituer une clientÚle fidÚle.
Chez les Ottoniens la transmission du pouvoir n'est pas facile. Lorsqu'Otton II meurt en dĂ©cembre 983, il n'a que 28 ans. Il avait fait sacrer son fils Otton, le futur Otton III, Ă Aix-la-Chapelle en mai 983. Mais en raison du jeune Ăąge de ce dernier (il n'a que trois ans), c'est sa mĂšre ThĂ©ophano et sa grand-mĂšre AdĂ©laĂŻde de Bourgogne qui exercent la rĂ©gence. Avec l'appui de l'archevĂȘque de Mayence Willigis, elles parviennent Ă Ă©viter que l'Empire ne s'effondre[55]. Le pouvoir impĂ©rial est en effet gravement menacĂ© par les grands fĂ©odaux menĂ©s par le duc de BaviĂšre Henri le Querelleur. Celui-ci contrĂŽle les Ă©vĂȘchĂ©s du sud de la Germanie et donc une puissante clientĂšle lui permettant de rivaliser avec le pouvoir impĂ©rial. Otton s'emploie donc Ă affaiblir cette concurrence en obligeant l'aristocratie laĂŻque Ă restituer les biens de l'Ăglise dont elle s'est emparĂ©e[56]. Il profite pour cela du mouvement de rĂ©forme monastique en cours, promu par Cluny ou des monastĂšres lotharingiens tels Gorze. Celle-ci lutte contre la simonie et souhaite n'avoir Ă rĂ©pondre qu'Ă l'autoritĂ© pontificale. L'empereur y est d'autant plus favorable qu'il a Ă©tĂ© Ă©duquĂ© par des Ă©rudits proches de ce mouvement rĂ©formateur. C'est pourquoi il dĂ©livre des diplĂŽmes aux Ă©vĂȘchĂ©s et aux abbayes qui les libĂšrent de l'autoritĂ© des grands fĂ©odaux.
La rĂ©gente ThĂ©ophano puis l'empereur lui-mĂȘme Ćuvrent Ă la crĂ©ation de puissantes principautĂ©s ecclĂ©siastiques en concĂ©dant des Ă©vĂȘchĂ©s renforcĂ©s de comtĂ©s et d'abbayes Ă des fidĂšles. Les exemples les plus probants sont Notger qui se voit attribuer une vĂ©ritable principautĂ© Ă LiĂšge (en adjoignant Ă l'Ă©vĂȘchĂ© les comtĂ©s de Huy et de Brunengeruz)[57], ou Gerbert d'Aurillac qui reçoit l'archiĂ©piscopat de Ravenne dont dĂ©pendent quinze Ă©vĂȘchĂ©s. Il contrĂŽle alors tout le nord de l'Italie[56]. De fait c'est l'autoritĂ© impĂ©riale qu'il renforce ainsi : c'est sous le rĂšgne d'Otton III que l'emprise de l'empereur sur le Saint-SiĂšge est la plus grande car il nomme les papes sans mĂȘme en rĂ©fĂ©rer aux Romains. C'est ainsi qu'il nomme pape son cousin Brunon qui le couronne en 996[58]. Il dĂ©place sa capitale Ă Rome, voulant crĂ©er un monde chrĂ©tien unifiĂ©[59] mais affaiblissant par lĂ -mĂȘme considĂ©rablement l'Empire.
Il va au-delĂ de la mainmise sur l'Ăglise de son grand-pĂšre Otton Ier, dans la mesure oĂč il ne se contente plus d'agrĂ©er l'issue d'un vote, mais oĂč il impose son propre candidat Ă la Curie romaine. De plus, le pape nommĂ© Ă discrĂ©tion et Ă©tranger (GrĂ©goire V est germain et Sylvestre II franc) n'a que peu de soutien Ă Rome et dĂ©pend d'autant plus de l'appui de l'empereur. Ce pouvoir, Otton l'obtient par la pression militaire en descendant en 996, en Italie pour soutenir Jean XV chassĂ© par les Romains. PlutĂŽt que d'entrer en conflit avec l'empereur, les Romains prĂ©fĂšrent lui confier le choix du successeur du dĂ©funt pape Jean XV. Cette pratique va se perpĂ©tuer avec ses successeurs qui descendent rĂ©guliĂšrement en Italie avec l'Ost impĂ©rial pour y ramener l'ordre et y influer sur le choix du pape[60]. Cependant cet Ă©tat de fait est mal acceptĂ© par la noblesse romaine qui n'a de cesse d'intriguer pour reprendre ses prĂ©rogatives dĂšs que l'empereur et son armĂ©e sont Ă©loignĂ©s de la pĂ©ninsule italienne.
Henri II Ă©tait le dernier Ottonien. Avec Conrad II, c'est la dynastie des Saliens qui arrive au pouvoir[61]. Sous le rĂšgne de ce dernier, le Royaume de Bourgogne est rattachĂ© Ă l'Empire[62]. Ce processus avait commencĂ© sous Henri II. Rodolphe III de Bourgogne n'avait pas eu de descendant, avait choisi son neveu Henri pour lui succĂ©der et s'Ă©tait mis sous la protection de l'Empire, allant jusqu'Ă remettre sa couronne et son sceptre Ă Henri en 1018. Le rĂšgne de Conrad est caractĂ©risĂ© par l'idĂ©e que l'Empire et le pouvoir existent indĂ©pendamment du souverain[63] et qu'ils dĂ©veloppent une force de loi, ce qui est prouvĂ© par sa revendication de la Bourgogne â car c'est Henri qui devait hĂ©riter de la Bourgogne et non l'Empire â et par la fameuse mĂ©taphore du bateau qu'a employĂ©e Conrad lorsque les envoyĂ©s de Pavie lui ont dit qu'ils n'avaient plus Ă ĂȘtre fidĂšles puisque l'empereur Henri II Ă©tait mort : « Je sais que vous n'avez pas dĂ©truit la maison de votre roi car Ă l'Ă©poque vous n'en aviez pas. Mais vous ne pouvez nier avoir dĂ©truit un palais de roi. Si le roi meurt, l'Empire reste, tout comme reste un bateau dont le timonier est tombĂ©[64] ».
Les ministĂ©riaux commencent Ă former leur propre ordre au sein de la basse noblesse[65]. Ses tentatives de remplacer l'ordalie par le recours au droit romain dans la partie septentrionale de l'Empire reprĂ©sentent une avancĂ©e importante pour le droit dans l'Empire. Conrad poursuit certes la politique religieuse de son prĂ©dĂ©cesseur mais il ne le fait pas avec la mĂȘme vĂ©hĂ©mence. Pour lui, l'important est de savoir ce que l'Ăglise peut faire pour l'Empire et il la considĂšre sous cet aspect utilitariste. La plupart des Ă©vĂȘques et des abbĂ©s qu'il nomme se distinguent par leur intelligence et leur spiritualitĂ©[66]. Le pape ne joue d'ailleurs aucun rĂŽle important dans ces nominations. Dans l'ensemble, le rĂšgne de Conrad est prospĂšre, ce qui tient Ă©galement au fait qu'il gouverne Ă une Ă©poque oĂč flotte une sorte de renouveau qui aboutira Ă la fin du XIe siĂšcle par le rĂŽle important de l'Ordre de Cluny.
Lorsqu'Henri III succÚde à son pÚre Conrad en 1039, il trouve un Empire solide et, contrairement à ses deux prédécesseurs, il n'a pas à conquérir son pouvoir[67]. Malgré des campagnes guerriÚres en Pologne et en Hongrie, Henri III attache une grande importance à la préservation de la paix au sein de l'Empire. L'idée d'une paix générale, une Paix de Dieu, était née dans le sud de la France et s'était propagée depuis la moitié du XIe siÚcle dans tout l'Occident chrétien. Ainsi doivent disparaßtre la loi du Talion et la vendetta qui pÚsent sur le fonctionnement de l'Empire. Le monachisme clunisien est l'initiateur de ce mouvement. Les armes doivent se taire et la Paix de Dieu régner au moins les grands jours fériés chrétiens et les jours sacrés par la Passion du Christ c'est-à -dire du mercredi soir au lundi matin.
Pour que les grands de l'Empire acceptent l'Ă©lection de son fils le futur Henri IV, Henri III doit accepter une condition en 1053, une condition jusque lĂ inconnue. La soumission au nouveau roi n'est possible que si Henri IV se rĂ©vĂšle ĂȘtre un souverain juste. MĂȘme si le pouvoir de l'empereur sur l'Ăglise avait atteint son apogĂ©e sous Henri III[68] â il contrĂŽle la nomination du pape et n'hĂ©site pas Ă le destituer â le bilan de son rĂšgne est vu de maniĂšre plutĂŽt nĂ©gative. La Hongrie s'Ă©mancipe de l'Empire alors qu'elle Ă©tait auparavant un fief et plusieurs conjurations[69] contre l'empereur montrent la rĂ©ticence des grands de l'Empire Ă se soumettre Ă un royaume puissant.
Ă la mort de son pĂšre Henri III, son fils monte sur le trĂŽne sous le nom d'Henri IV. Ătant donnĂ© son jeune Ăąge en 1065 â il a six ans â sa mĂšre AgnĂšs de Poitou exerce la rĂ©gence. Cette pĂ©riode de rĂ©gence est marquĂ©e par une perte du pouvoir, AgnĂšs ne sachant pas gouverner[70]. Ă Rome, l'avis du futur empereur sur le choix du prochain pape n'intĂ©resse plus personne. Le chroniqueur de l'abbaye de Niederaltaich rĂ©sume la situation de la maniĂšre suivante : « [âŠ] mais ceux prĂ©sents Ă la cour ne s'occupent plus que de leurs propres intĂ©rĂȘts et personne n'instruit plus le roi sur ce qui est bien et juste, si bien que le dĂ©sordre s'est installĂ© dans le royaume[71] ».
Alors que la rĂ©forme monastique a Ă©tĂ© le meilleur soutien de l'Empire, les choses Ă©voluent sous Henri III. Ă partir de LĂ©on IX, les souverains pontifes, inspirĂ©s par Hidebrant leur Ă©minence grise (le futur GrĂ©goire VII), vont faire de la lutte contre la simonie un de leurs principaux chevaux de bataille. Profitant de la rĂ©gence d'AdĂ©laĂŻde d'Aquitaine, ils parviennent Ă ce que le pape soit Ă©lu par le collĂšge des cardinaux et non plus dĂ©signĂ© par l'empereur. Une fois cela acquis, ils comptent lutter contre l'investiture des Ă©vĂȘques germaniques par l'empereur. Or on l'a vu, les Ă©vĂȘques sont la clef de voĂ»te du pouvoir impĂ©rial. L'enjeu est clair : l'Occident doit-il devenir une thĂ©ocratie ? Lorsqu'Henri essaie d'imposer son candidat Ă l'Ă©vĂȘchĂ© de Milan en juin 1075, le pape GrĂ©goire VII rĂ©agit aussitĂŽt[72]. En dĂ©cembre 1075, Henri est mis au ban, tous ses sujets sont relevĂ©s de leur serment de fidĂ©litĂ©. Les princes de l'Empire exhortent alors Henri de faire lever l'excommunication au plus tard en fĂ©vrier 1077, sans quoi ils ne le reconnaĂźtraient plus. Henri IV doit se plier Ă la volontĂ© des princes et se rend par trois fois en habits de pĂ©nitent devant le pape qui lĂšve l'excommunication le 28 janvier 1077[73]. C'est la PĂ©nitence de Canossa. Les pouvoirs s'Ă©taient inversĂ©s dans l'Empire. En 1046, Henri III avait commandĂ© Ă trois papes, dĂ©sormais un pape commande le roi.
Avec l'aide du pape Pascal II, le futur Henri V obtient de son pĂšre qu'il abdique en sa faveur en 1105. Le nouveau roi n'est cependant reconnu par tous qu'aprĂšs la mort d'Henri IV. Lorsqu'Henri V est sĂ»r de cette reconnaissance, il se dresse contre le pape et continue la politique dirigĂ©e contre ce dernier que son pĂšre avait mise en place. Tout d'abord, il s'applique Ă poursuivre la Querelle des Investitures contre Rome et obtient une conciliation avec le pape Calixte II au Concordat de Worms de 1122[74]. Henri V qui investissait les Ă©vĂȘques avec l'anneau et la crosse accepte que ce droit d'investiture revienne Ă l'Ăglise.
La solution trouvĂ©e est simple et radicale. Afin d'accĂ©der Ă l'exigence des rĂ©formateurs de l'Ăglise de sĂ©parer les devoirs spirituels des Ă©vĂȘques des devoirs temporels, les Ă©vĂȘques doivent renoncer aux droits et privilĂšges octroyĂ©s par l'empereur ou plutĂŽt par le roi durant les derniers siĂšcles. D'une part, les devoirs des Ă©vĂȘques envers l'Empire disparaissent. D'autre part, le droit du roi d'exercer une influence sur la prise de fonction des Ă©vĂȘques disparaĂźt Ă©galement[75]. Ătant donnĂ© que les Ă©vĂȘques ne veulent pas renoncer Ă leurs regalia temporelles, Henri force le pape Ă un compromis. Le choix des Ă©vĂȘques et des abbĂ©s allemands doit certes se dĂ©rouler en la prĂ©sence de dĂ©putĂ©s impĂ©riaux mais le sceptre, symbole du pouvoir temporel des Ă©vĂȘques, est donnĂ© par l'empereur aprĂšs son Ă©lection et avant son sacre[76]. L'existence de l'Ăglise d'Empire est ainsi sauvĂ©e, mais l'influence de l'empereur sur cette derniĂšre s'en trouve considĂ©rablement affaiblie[74].
AprÚs la mort d'Henri V en 1125, Lothaire III est élu roi, choix contre lequel va se dresser une forte résistance. Les Hohenstaufen qui avaient aidé Henri V espéraient en effet à juste titre accéder au pouvoir royal[77] mais ce sont les Welfs en la personne de Lothaire de Supplinbourg qui y accÚdent. Le conflit entre le pape et l'empereur s'était terminé en défaveur de l'empereur qui abandonnait des droits importants[78]. Lothaire est dévoué au pape et lorsqu'il meurt en 1137, ce sont les Hohenstaufen en la personne de Conrad III qui arrivent au pouvoir[79], les Welfs en étant écartés[80]. Deux clans politiques italiens s'opposent alors en Italie : les Gibelins et les Guelfes. Les premiers soutiennent l'Empire tandis que les seconds soutiennent la papauté. Le conflit va durer jusque la fin du XVe siÚcle et déchirer les villes italiennes.
Ă la mort de Conrad III en 1152, c'est son neveu FrĂ©dĂ©ric Barberousse, le duc de Souabe, qui est Ă©lu roi. La politique de FrĂ©dĂ©ric Barberousse est centrĂ©e sur l'Italie. Il veut rĂ©cupĂ©rer les droits impĂ©riaux sur ce territoire et entreprend six campagnes en Italie pour retrouver l'honneur impĂ©rial[81]. En 1155, il est couronnĂ© empereur. Toutefois, des tensions apparaissent avec la papautĂ© Ă l'occasion d'une campagne contre les Normands en Italie du Sud. Les relations diplomatiques se dĂ©tĂ©riorent Ă©galement avec Byzance. Lorsque Barberousse tente de renforcer l'administration de l'Empire en Italie au Reichstag de Roncaglia, les citĂ©s-Ătats d'Italie du Nord, en particulier la riche et puissante Milan[82], lui opposent rĂ©sistance. Les relations sont si mauvaises que la Ligue lombarde se crĂ©e, s'affirmant militairement contre les Hohenstaufen. L'Ă©lection du nouveau pape Alexandre III suscite la controverse, Barberousse se refuse Ă le reconnaĂźtre dans un premier temps[83]. Ce n'est qu'aprĂšs avoir constatĂ© qu'une victoire militaire n'Ă©tait pas Ă espĂ©rer â l'armĂ©e impĂ©riale est dĂ©cimĂ©e par une Ă©pidĂ©mie devant Rome en 1167 puis elle est battue en 1176 Ă la bataille de Legnano â qu'est signĂ©e la paix de Venise en 1177 entre le pape et l'empereur[84]. MĂȘme les villes d'Italie du Nord se rĂ©concilient avec l'empereur qui ne peut plus rĂ©aliser ses projets italiens depuis longtemps.
Alors qu'ils étaient réconciliés, l'empereur se brouille avec son cousin Henri le Lion, le puissant duc de Saxe et de BaviÚre de la maison des Welfs. Alors qu'Henri posait des conditions à sa participation à une campagne en Italie, Frédéric Barberousse en profite pour le déchoir[85]. En 1180, Henri est mis en procÚs, le duché de Saxe est démantelé et la BaviÚre réduite[86]. Toutefois, ce n'est pas l'empereur qui en profitera mais les seigneurs territoriaux de l'Empire.
Barberousse meurt en juin 1190 au cours de la troisiĂšme croisade. Son deuxiĂšme fils lui succĂšde sous le nom d'Henri VI. En 1186 dĂ©jĂ , son pĂšre lui avait confĂ©rĂ© le titre de CĂ©sar et il Ă©tait dĂ©jĂ considĂ©rĂ© comme l'hĂ©ritier dĂ©signĂ©[87]. En 1191, annĂ©e de son couronnement impĂ©rial, Henri essaie de prendre possession de la Sicile et du royaume des Normands en Italie infĂ©rieure. Ătant donnĂ© qu'il Ă©tait mariĂ© Ă une princesse normande, Constance de Hauteville, et que la maison dont descend sa femme s'Ă©tait Ă©teinte faute de descendant mĂąle, Henri VI peut faire valoir ses revendications sans toutefois pouvoir s'affirmer. Ce n'est qu'en 1194 qu'il parvient Ă conquĂ©rir l'Italie infĂ©rieure en ayant recours parfois Ă une brutalitĂ© extrĂȘme contre ses opposants[88]. Joseph Rovan Ă©crit qu'« Henri VI est le souverain le plus puissant depuis Otton Ier, sinon Charlemagne[88] ». En Allemagne, Henri doit combattre la rĂ©sistance des Welfs. Son projet de confĂ©rer Ă la royautĂ© un caractĂšre hĂ©rĂ©ditaire, le Erbreichsplan, Ă©choue, tout comme il avait Ă©chouĂ© sous Otton Ier[89]. Henri VI met Ă©galement en place une politique mĂ©diterranĂ©enne ambitieuse mais vĂ©ritablement couronnĂ©e de succĂšs dont le but a sans doute Ă©tĂ© de conquĂ©rir la Terre Sainte au terme d'une croisade allemande, ou Ă©ventuellement mĂȘme de lancer une offensive contre Byzance[90].
La mort prĂ©maturĂ©e d'Henri VI en 1197 fait Ă©chouer la derniĂšre tentative de crĂ©er un pouvoir central fort dans l'Empire. AprĂšs la double Ă©lection de 1198 lors de laquelle sont Ă©lus Philippe de Souabe en mars Ă MĂŒhlhausen et Otton IV en juin Ă Cologne, deux rois se font face dans l'Empire[91]. Le fils d'Henri VI, FrĂ©dĂ©ric II, avait certes dĂ©jĂ Ă©tĂ© Ă©lu roi Ă l'Ăąge de deux ans en 1196 mais ses droits Ă la royautĂ© ont Ă©tĂ© vite balayĂ©s. L'Ă©lection est en cela intĂ©ressante que chacun essaie de mettre en avant des prĂ©cĂ©dents afin de prouver sa propre lĂ©gitimitĂ©. Beaucoup d'arguments et de principes formulĂ©s Ă cette Ă©poque seront repris pour les Ă©lections royales suivantes. Cette Ă©volution connaĂźt son apogĂ©e au milieu du XIVe siĂšcle aprĂšs l'expĂ©rience du Grand InterrĂšgne dans la Bulle d'or[92]. Philippe de Souabe s'Ă©tait considĂ©rablement imposĂ© mais il meurt assassinĂ© en juin 1208. Otton IV est couronnĂ© empereur en 1209 mais est excommuniĂ© par le pape Innocent III l'annĂ©e suivante. Innocent III soutient FrĂ©dĂ©ric II auxquels tous se rallient[93].
En voyageant en Allemagne en 1212 pour imposer ses droits, FrĂ©dĂ©ric II donne plus de libertĂ© d'actions aux princes. GrĂące Ă deux actes â le Statutum in favorem principum pour les princes temporels et le Confoederatio cum principibus ecclesiasticis pour les ecclĂ©siastiques â FrĂ©dĂ©ric II leur garantit des droits importants pour s'assurer de leur soutien[94]. Il veut en effet faire Ă©lire et reconnaĂźtre son fils Henri comme son successeur. Les privilĂšges octroyĂ©s forment les principes juridiques sur lesquels ils peuvent dĂ©sormais construire leur pouvoir de maniĂšre autonome. Ces privilĂšges sont Ă©galement le dĂ©but de la formation des Ătats Ă l'Ă©chelle des territoires impĂ©riaux dans la derniĂšre partie du Moyen Ăge. Le trĂšs cultivĂ© FrĂ©dĂ©ric II, qui centralisait de plus en plus l'administration du royaume de Sicile en suivant le modĂšle byzantin, Ă©tait entrĂ© en conflit ouvert avec le pape et les villes d'Italie du Nord[95]. Le pape le fait mĂȘme passer pour l'AntĂ©christ[96]. Ă la fin, FrĂ©dĂ©ric II semble dominer militairement. C'est lĂ qu'il meurt, le 13 dĂ©cembre 1250. Le pape l'avait dĂ©clarĂ© dĂ©chu en 1245.
Depuis Saint Louis, la modernisation du systĂšme juridique attire dans la sphĂšre culturelle française de nombreuses rĂ©gions limitrophes. En particulier en terres d'Empire, les villes du DauphinĂ© ou du comtĂ© de Bourgogne (future Franche-ComtĂ©) recourent depuis Saint Louis Ă la justice royale pour rĂ©gler des litiges. Le roi envoie par exemple le bailli de MĂącon, qui intervient Ă Lyon pour rĂ©gler des diffĂ©rends, comme le sĂ©nĂ©chal de Beaucaire intervient Ă Vivier ou Ă Valence[97]. Ainsi, la cour du roi Philippe VI est largement cosmopolite : beaucoup de seigneurs tels le connĂ©table de Brienne ont des possessions Ă cheval sur plusieurs royaumes. Les rois de France Ă©largissent l'influence culturelle du royaume en attirant Ă leur cour la noblesse de ces rĂ©gions en lui allouant des rentes et en se livrant Ă une habile politique matrimoniale. Ainsi, les comtes de Savoie prĂȘtent hommage au roi de France contre l'octroi de pensions. Ceci n'est pas sans consĂ©quences sur le Saint-Empire. Les rois de France ou leur entourage immĂ©diat vont prendre pied dans l'Empire : Charles V reçoit le DauphinĂ©, son frĂšre cadet Louis d'Anjou hĂ©rite de la Provence et le benjamin Philippe le Hardi se taille une principautĂ© Ă cheval entre royaume de France et Empire (il possĂšde la Franche-ComtĂ© et ses descendants acquiĂšrent le Brabant et le Hainaut). D'autre part, l'annexion de la Champagne par Saint Louis en 1261 et la fiscalitĂ© contraignante qu'il y instaure entraĂźne le dĂ©clin des foires de Champagne qui Ă©taient la plaque tournante du commerce europĂ©en, au bĂ©nĂ©fice du vieil axe commercial reliant les bassins du PĂŽ (connectĂ© Ă la MĂ©diterranĂ©e) et ceux du Rhin et de la Meuse (connectĂ©s Ă la mer du Nord) via les cols alpestres. Il s'ensuit un renforcement de la puissance et de l'autonomie des villes lombardes et rhĂ©nanes ou des cantons suisses. Au XIVe siĂšcle, ce processus est accĂ©lĂ©rĂ© par la guerre de Cent Ans[98].
Avec le dĂ©clin des Hohenstaufen et l'interrĂšgne qui s'ensuit jusqu'au rĂšgne de Rodolphe Ier, le pouvoir central s'affaiblit[99], tandis que le pouvoir des princes-Ă©lecteurs s'accroĂźt. L'expansion française Ă l'ouest de l'Empire a pour consĂ©quence une baisse totale d'influence sur l'ancien royaume de Bourgogne[100]. Cette perte d'influence concerne Ă©galement l'Italie impĂ©riale (principalement en Lombardie et en Toscane). Ce n'est qu'avec la campagne italienne d'Henri VII entre 1310 et 1313 qu'est ravivĂ©e la politique italienne de l'Empire. AprĂšs FrĂ©dĂ©ric II, Henri est le premier roi des Romains Ă pouvoir obtenir la couronne impĂ©riale. La politique italienne des souverains de la fin du Moyen Ăge est toutefois mise en place dans des frontiĂšres rĂ©duites par rapport Ă celles de leurs prĂ©dĂ©cesseurs[100]. L'influence de l'Empire diminue Ă©galement en Suisse. Rodolphe Ier essaie de rĂ©tablir l'autoritĂ© des Habsbourg sur cette derniĂšre alors que l'empereur FrĂ©dĂ©ric II lui avait octroyĂ© une immĂ©diatetĂ© impĂ©riale en 1240[101]. Rodolphe Ier Ă©choue. Ă sa mort, les notables d'Uri, de Schwytz et de Nidwald se rĂ©unissent et signent un pacte d'alliance et de dĂ©fense en aoĂ»t 1291[102]. C'est ainsi que naĂźt la ConfĂ©dĂ©ration des III cantons, premiĂšre Ă©tape vers la ConfĂ©dĂ©ration helvĂ©tique qui va devenir indĂ©pendante du Saint-Empire en 1499 avec le traitĂ© de BĂąle.
Le transfert de la papautĂ© Ă Avignon en 1309, lui permet de se soustraire des influences italiennes et de bĂ©nĂ©ficier de la protection des royaumes de Naples et de France contre la menace d'une intervention militaire impĂ©riale, ce qui relance les vellĂ©itĂ©s thĂ©ocratiques du Saint-SiĂšge. Le vieux conflit entre papautĂ© et empire pour la prééminence sur la chrĂ©tientĂ© se rĂ©anime sous le rĂšgne de Louis IV[103]. Ă la mort de l'empereur Henri VII en 1313, les princes s'Ă©tant divisĂ©s en deux factions, le pape Jean XXII, entreprenant et autoritaire, croit pouvoir en profiter : il refuse de choisir entre les deux Ă©lus. Il dĂ©clare l'Empire vacant et nomme le roi de Naples Robert le Sage vicaire pour l'Italie le 14 mars 1314[104]. Ce conflit soulĂšve une question de principe : le pape prĂ©tend ĂȘtre le vicaire de l'empire en Italie pendant la vacance du trĂŽne impĂ©rial. Or, Ă ses yeux le trĂŽne est vacant puisque la dĂ©signation de Louis de BaviĂšre n'a pas obtenu l'approbation pontificale. Des dĂ©bats politico-thĂ©oriques sont engagĂ©s, par exemple par Guillaume d'Ockham ou Marsile de Padoue. En 1338, Louis IV voyant les nĂ©gociations s'Ă©terniser et sentant que la papautĂ© devenait impopulaire dans le pays, change de ton et lance le 17 mai, le manifeste Fidem catholicam. Il y proclame que l'empereur occupe un rang aussi Ă©levĂ© que le pape, qu'il tient son mandat de ses Ă©lecteurs et qu'il n'a nul besoin de l'approbation pontificale pour remplir sa mission ; enfin, il soutient qu'un vrai concile reprĂ©sentant l'Ăglise universelle est supĂ©rieur aux assemblĂ©es que le pape peut faire ou dĂ©faire Ă son grĂ©[105]. Ăvidemment les princes-Ă©lecteurs soutiennent ce texte qui accroĂźt leur pouvoir Ă©lectif puisqu'il n'est plus soumis Ă approbation papale et le 16 juillet, rĂ©unis Ă Rhense ils accomplissent un geste d'une portĂ©e considĂ©rable : pour la premiĂšre fois, ils agissent en corps, non pas pour Ă©lire ou dĂ©poser un souverain, mais pour prĂ©server les intĂ©rĂȘts de l'Empire, dont ils se considĂšrent les reprĂ©sentants[103].
Les rois de la fin du Moyen Ăge se concentrent davantage sur le territoire allemand de l'Empire et s'appuient encore plus fortement que jamais sur leurs fiefs respectifs. L'empereur Charles IV fait figure de modĂšle. Il parvient Ă rĂ©tablir l'Ă©quilibre avec la papautĂ©[106]. Pour Ă©viter les conflits qui suivent pratiquement systĂ©matiquement l'Ă©lection de l'empereur et sont extrĂȘmement pĂ©joratifs pour le Saint-Empire, il promulgue la Bulle d'or Ă Metz le 10 janvier 1356. Celle-ci fixe dĂ©finitivement les rĂšgles d'Ă©lection de maniĂšre Ă ce que son rĂ©sultat ne puisse plus ĂȘtre contestĂ© : seuls votent les sept princes-Ă©lecteurs qui voient leurs droits augmentĂ©s au dĂ©triment des villes. Surtout le nombre d'Ă©lecteurs Ă©tant fixĂ©, cela retire tout pouvoir d'arbitrage au pape donc tout pouvoir de choisir entre les candidats[107]. La Bulle d'or atteste aussi de l'identitĂ© dĂ©sormais rĂ©solument germanique du Saint-Empire et de sa renonciation Ă ses prĂ©tentions universelles et mĂȘme italiennes[108]. Elle reste en vigueur jusqu'Ă la dissolution de l'Empire[106]. Cependant l'augmentation de la puissance des princes-Ă©lecteurs accroĂźt la vulnĂ©rabilitĂ© d'un empereur n'ayant pas une clientĂšle suffisante. Charles IV s'Ă©vertue Ă Ă©viter Ă son pays les conflits qui dĂ©chirent l'Europe (en particulier la guerre de Cent Ans) et nĂ©gocie avec Venise et la Hanse pour augmenter les flux commerciaux entre MĂ©diterranĂ©e et l'Europe du nord. La grande alliance commerciale qu'est la Hanse connaĂźt son apogĂ©e et devient une grande puissance de la sphĂšre du nord de l'Europe. Créée en 1241, elle regroupe un ensemble de plus de 300 villes[109] dont Hambourg, LĂŒbeck, Riga ou Novgorod. Ă cette Ă©poque, la Hanse est un acteur politique majeur, allant jusqu'Ă s'interposer militairement au Danemark[109]. De la mĂȘme maniĂšre, inquiĂ©tĂ©es par le pouvoir croissant des princes les villes de Souabe se fĂ©dĂšrent, ce qui crĂ©e une puissante alliance : la Ligue de Souabe. La Souabe est le carrefour oĂč transitent tous les Ă©changes terrestres europĂ©ens ; s'y rejoignent les bassins du Rhin et de Danube qui sont connectĂ©s Ă la vallĂ©e du PĂŽ via les cols alpins. C'est Ă©galement durant le rĂšgne de Charles IV que se dĂ©clenche la Peste noire. L'Occident, qui a connu une croissance dĂ©mographique soutenue depuis le Xe siĂšcle, a des difficultĂ©s Ă nourrir sa population du fait du refroidissement climatique ; les famines, qui avaient quasiment disparues depuis le XIe siĂšcle, refont leur apparition dans les zones les plus industrialisĂ©es. Or, le refroidissement climatique, rendant moins rentable l'agriculture dans le nord de l'Europe, a accĂ©lĂ©rĂ© la mutation Ă©conomique avec une spĂ©cialisation de ces rĂ©gions dans le commerce et l'industrie, accroissant les Ă©changes et la concentration urbaine : l'accroissement des Ă©changes combinĂ© Ă la concentration urbaine facilitent la propagation des Ă©pidĂ©mies d'autant que les organismes dĂ©nutris sont plus vulnĂ©rables aux infections[110]. La population est dĂ©cimĂ©e Ă hauteur de moitiĂ©[111] et les pogroms contre les Juifs se multiplient. On les accuse d'avoir empoisonnĂ© les puits et d'avoir ainsi propagĂ© l'Ă©pidĂ©mie[111]. L'Occident traverse une pĂ©riode de crise Ă©conomique, dĂ©mographique et sanitaire majeure. Il doit se rĂ©adapter Ă cette nouvelle donne et cette crise se traduit par un fort courant de rĂ©forme politique et spirituel traversant l'Occident avec la revendication par les villes d'un rĂŽle plus important dans la sociĂ©tĂ© et l'apparition de courants contestataires au sein de l'Ăglise aboutissant au grand schisme et Ă l'Ă©panouissement des idĂ©es de prĂ©curseurs de la RĂ©forme tels John Wycliff ou Jean Huss (Jan Hus).
Avec la mort de Charles IV en 1378, c'est le pouvoir de la Maison de Luxembourg qui s'effondre. Le fils du souverain, Venceslas, est mĂȘme dĂ©chu par un groupe de princes-Ă©lecteurs le 20 aoĂ»t 1400 du fait de son incapacitĂ© notoire[112]. Ă sa place, c'est le comte palatin du Rhin Robert qui est Ă©lu roi. Les soutiens de son pouvoir et ses ressources sont cependant trop faibles pour pouvoir mettre en Ćuvre une politique efficace. Et cela d'autant plus que la Maison de Luxembourg n'accepte pas d'avoir perdu la dignitĂ© royale. AprĂšs la mort de Robert en 1410, le dernier reprĂ©sentant de la Maison de Luxembourg, Sigismond, monte sur le trĂŽne. Des problĂšmes politico-religieux s'Ă©taient fait jour comme le Grand Schisme d'Occident en 1378. Ce n'est que sous Sigismond que la crise est dĂ©samorcĂ©e. L'action internationale de Sigismond que Francis Rapp appelle « pĂšlerin de la paix[113] » a pour but de prĂ©server ou de retrouver la paix. Avec sa mort en 1437, c'est la Maison de Luxembourg qui s'Ă©teint. La dignitĂ© royale passe dĂ©sormais entre les mains des Habsbourg et cela pour ainsi dire jusque la fin de l'Empire.
Sous le rÚgne des empereurs Habsbourg Frédéric III, Maximilien Ier et Charles Quint, l'Empire renaßt et est de nouveau reconnu. La fonction d'empereur est liée à la nouvelle organisation de l'Empire. Conformément au mouvement réformateur commencé sous Frédéric III[114], Maximilien Ier initie une réforme générale de l'Empire en 1495. Elle prévoit l'instauration d'un impÎt général, le Denier commun (Gemeiner Pfennig), ainsi que d'une Paix perpétuelle (Ewiger Landfrieden) qui est l'un des plus importants projets des réformateurs[115]. Ces réformes ne parviennent certes pas à s'imposer complÚtement car, des institutions qui en sont nées, seuls les Cercles impériaux et la Reichskammergericht vont perdurer. Cependant, la réforme est le fondement de l'Empire de l'époque moderne. Il obtient en effet un systÚme de rÚgles plus précis et une structure institutionnelle. La collaboration entre l'empereur et les états impériaux ainsi définie va jouer par la suite un rÎle déterminant[116]. La DiÚte d'Empire qui se forme à cette époque va rester le forum central de la vie politique de l'Empire.
La premiĂšre moitiĂ© du XVIe siĂšcle est d'une part de nouveau marquĂ©e par une judiciarisation et une densification de l'Empire. Des Ă©dits de police sont par exemple promulguĂ©s en 1530 et 1548. La Constitutio Criminalis Carolina est quant Ă elle mise en place en 1532, elle donne un cadre pĂ©nal Ă l'Empire[117]. D'autre part, la RĂ©forme protestante occasionne une division de la foi qui a un effet dĂ©sintĂ©grant sur l'Empire. Le fait que des rĂ©gions et des territoires se dĂ©tournent de l'ancienne Ăglise romaine met l'Empire Ă l'Ă©preuve, lui qui revendique son caractĂšre de saintetĂ©.
L'Ădit de Worms de 1521 met Martin Luther au ban de l'Empire[118]. L'Ădit n'offre encore aucune possibilitĂ© de mener une politique favorable Ă la RĂ©forme, mĂȘme s'il n'est d'ailleurs pas observĂ© sur l'ensemble de l'Empire, qu'il est ajournĂ© le 6 mars 1523[118] et que les dĂ©cisions que prendra par la suite la DiĂšte d'Empire s'en Ă©carteront. La plupart des compromis de la DiĂšte sont imprĂ©cis et ambigus et conduisent Ă de nouvelles querelles juridiques. C'est ainsi par exemple que la DiĂšte de Nuremberg dĂ©clare en 1524 que tous doivent suivre l'Ădit de Worms « autant que possible[119] ». Toutefois, aucune solution de paix dĂ©finitive ne peut ĂȘtre trouvĂ©e, on s'attache Ă un compromis en attendant le suivant.
Cette situation n'est satisfaisante pour aucune des deux parties. Le camp protestant ne dispose d'aucune sĂ©curitĂ© juridique et vit dans la crainte d'une guerre de religion. Le camp catholique, en particulier l'empereur Charles Quint, ne veut pas d'une division religieuse durable. Charles Quint, qui au dĂ©but ne prend pas le cas de Luther au sĂ©rieux et ne perçoit pas sa portĂ©e[120], ne veut pas accepter la situation puisqu'il se considĂšre, comme les souverains mĂ©diĂ©vaux, ĂȘtre le garant de la vĂ©ritable Ăglise[121]. L'Empire universel a besoin d'une Ăglise universelle.
La pĂ©riode est Ă©galement marquĂ©e par deux Ă©vĂ©nements. Tout d'abord le soulĂšvement des paysans qui fait rage dans l'Allemagne du Sud entre 1524 et 1526, l'annĂ©e 1525 marquant l'apogĂ©e du mouvement[122]. Les paysans ont plusieurs revendications dont l'abolition des corvĂ©es ou l'Ă©lection des prĂȘtres[123]. Luther exhorte alors les paysans Ă la paix et prĂŽne la soumission Ă l'autoritĂ©[124]. Le second Ă©vĂ©nement est l'invasion ottomane. Sigismond en tant que roi de Hongrie avait Ă©tĂ© sĂ©vĂšrement battu Ă la bataille de Nicopolis en 1396[125]. Soliman le Magnifique, une fois l'Orient conquis, commence Ă conquĂ©rir l'Europe. Il s'attaque tout d'abord Ă la Hongrie et remporte la bataille de MohĂĄcs en 1526. L'Empire ottoman s'Ă©tend alors jusqu'Ă Vienne, la Hongrie Ă©tant divisĂ©e en trois parties : une administrĂ©e par les Ottomans, une par le Saint-Empire et la derniĂšre par les princes du lieu[126]. En 1529, Vienne est assiĂ©gĂ©e. Charles Quint va continuer Ă combattre les Ottomans afin de prĂ©server la paix dans son Empire[121]. Sa tĂąche est d'autant plus malaisĂ©e que la France en la personne de son roi François Ier soutient les Ottomans. Les Habsbourg multiplient les contacts avec les SĂ©fĂ©vides, dynastie chiite qui rĂšgne alors sur la Perse, pour contrer les Turcs sunnites, leurs ennemis communs[127],[128]. Il faut attendre la trĂȘve de CrĂ©py-en-Laonnois de 1544 pour que soit mis un terme Ă la rivalitĂ© entre les deux souverains. Cette rivalitĂ© avait Ă©tĂ© d'autant plus grande que François Ier avait Ă©tĂ© le rival de Charles Quint lors de l'Ă©lection impĂ©riale[129]. Trois ans plus tard, Charles Quint signe une paix avec Soliman en 1547. Il doit alors se confronter aux problĂšmes religieux qui dĂ©chirent l'Empire.
AprĂšs une longue hĂ©sitation, Charles Quint met les chefs de la Ligue de Smalkalde, regroupant les princes protestants rebelles, au ban de l'Empire[130] et dĂ©ploie l'armĂ©e pour punir les rebelles, c'est la Reichsexecution (littĂ©ralement exĂ©cution d'Empire). Cette confrontation de 1546-1547 entrera dans l'histoire sous le nom de guerre de Schmalkalden. AprĂšs la victoire de l'empereur, les princes protestants doivent accepter un compromis religieux, l'IntĂ©rim d'Augsbourg, lors de la DiĂšte d'Augsbourg en 1548[130]. Les pasteurs peuvent continuer Ă se marier et les protestants non membres du clergĂ© Ă communier sous les deux espĂšces. Cette sortie de guerre vraiment favorable pour les Ă©tats impĂ©riaux protestants est due au fait que Charles Quint poursuit des projets constitutionnels parallĂšlement Ă ses buts politico-religieux. Ces projets constitutionnels doivent mener Ă la disparition de la constitution par ordre pour ĂȘtre remplacĂ©e par un gouvernement central. Ces buts supplĂ©mentaires entraĂźnent la rĂ©sistance des Ă©tats impĂ©riaux catholiques, si bien que Charles Quint ne trouve aucune solution satisfaisante concernant la question religieuse[131].
Les conflits religieux dans l'Empire sont â dans l'idĂ©e que se fait Charles Quint d'un vaste empire habsbourgeois â reliĂ©s Ă une monarchia universalis qui doit englober l'Espagne, les territoires hĂ©rĂ©ditaires des Habsbourg et le Saint-Empire romain germanique[132]. Toutefois, il ne parvient ni Ă rendre la charge d'empereur hĂ©rĂ©ditaire ni Ă Ă©changer la couronne impĂ©riale entre les lignes autrichienne et espagnole des Habsbourg. Le soulĂšvement des princes contre Charles Quint sous la conduite du prince-Ă©lecteur Maurice de Saxe et la paix de Passau signĂ©e en 1552 entre les princes et le futur Ferdinand Ier qui en rĂ©sulte sont les premiers pas vers une paix religieuse durable[133] Ă©tant donnĂ© que le traitĂ© garantit une libertĂ© de culte aux protestants. Il en rĂ©sultera la Paix d'Augsbourg en 1555.
La paix d'Augsbourg n'est pas seulement importante en tant que paix de religion, elle a Ă©galement un grand rĂŽle politico-constitutionnel en posant de nombreux jalons en matiĂšre de politique constitutionnelle. Elle prĂ©voit par exemple la Reichsexekutionsordnung, derniĂšre tentative de prĂ©server la paix perpĂ©tuelle rendue nĂ©cessaire en raison de la Seconde guerre des margraves menĂ©e par Albert II Alcibiade de Brandebourg-Kulmbach, qui fait rage de 1552 Ă 1554. Albert II extorque en effet de l'argent et mĂȘme des territoires appartenant aux diffĂ©rentes rĂ©gions franconiennes. L'empereur Charles Quint ne condamne pas Albert II, il le prend mĂȘme Ă son service et lĂ©gitime ainsi la rupture de la Paix perpĂ©tuelle. Ătant donnĂ© que les territoires concernĂ©s refusent de cautionner le vol confirmĂ© par l'empereur, Albert II les ravage. Dans le nord de l'Empire se forment des troupes sous la conduite de Maurice de Saxe pour combattre Albert. C'est un prince d'empire et non l'empereur qui prend des mesures militaires contre ceux qui brisent la paix. Le 9 juillet 1553 a lieu la bataille la plus sanglante de la RĂ©forme, la bataille de Sievershausen, au cours de laquelle Maurice de Saxe est tuĂ©[134].
La Reichsexekutionsordnung promulguĂ©e Ă la DiĂšte d'Augsbourg en 1555 entraĂźne un affaiblissement de la puissance impĂ©riale et un ancrage du principe des Ă©tats impĂ©riaux. Les cercles et les Ă©tats impĂ©riaux locaux obtiennent Ă©galement parallĂšlement Ă leurs devoirs habituels la compĂ©tence pour appliquer les jugements du Reichskammergericht ainsi que la nomination des assesseurs qui y siĂšgent. De plus, ils ont le droit de frapper monnaie et d'exercer d'autres charges rĂ©servĂ©es jusqu'alors Ă l'empereur. Puisque l'empereur s'Ă©tait montrĂ© incapable d'assurer une de ses tĂąches principales, Ă savoir celle de prĂ©server la paix, son rĂŽle est dĂ©sormais assumĂ© par les Ătats des cercles impĂ©riaux[135].
La paix religieuse proclamĂ©e le 25 septembre 1555 est aussi importante que lâExekutionsordnung, elle abandonne l'idĂ©e d'un empire uni confessionnellement[136]. Les seigneurs territoriaux obtiennent le droit de dĂ©cider de la confession de leurs sujets, ce qui est rĂ©sumĂ© dans la formule cujus regio, ejus religio[137]. Dans les territoires protestants, la juridiction religieuse passe aux seigneurs qui deviennent alors les chefs spirituels de leurs territoires. Toutes les rĂšgles Ă©dictĂ©es conduisent certes Ă une solution pacifique des problĂšmes religieux mais elles rendent encore plus visible la division croissante de l'Empire et mĂšneront Ă moyen terme Ă un blocage des institutions impĂ©riales[138]. En septembre 1556, l'empereur Charles Quint abdique en faveur de son frĂšre Ferdinand, roi des Romains depuis 1531. La politique intĂ©rieure et Ă©trangĂšre de Charles Quint avait dĂ©finitivement Ă©chouĂ©[139]. Ferdinand dĂ©cide alors de restreindre sa politique Ă l'Allemagne et il parvient Ă rattacher les Ă©tats impĂ©riaux Ă l'empereur en faveur de ce dernier[140].
Jusqu'au dĂ©but des annĂ©es 1580, il rĂšgne dans l'Empire une phase sans conflit militaire notable. La paix religieuse n'est qu'une « simple trĂšve[141] ». C'est Ă cette Ă©poque que s'accomplit la confessionnalisation, c'est-Ă -dire une consolidation et une dĂ©marcation entre les trois confessions que sont le luthĂ©ranisme, le calvinisme et le catholicisme. Les formes Ă©tatiques qui apparaissent dans les territoires Ă cette occasion posent un problĂšme de niveau constitutionnel Ă l'Empire. Les tensions s'accroissent du fait que l'Empire et ses institutions ne peuvent plus remplir leur fonction de mĂ©diateur. L'empereur tolĂ©rant Maximilien II meurt en 1576, son fils Rodolphe II nomme une majoritĂ© de catholiques au Conseil aulique et Ă la Chambre impĂ©riale de justice[142], rompant avec la politique de son pĂšre. Ă la fin du XVIe siĂšcle, ces institutions se bloquent â en 1588 dĂ©jĂ , la Chambre impĂ©riale de justice ne fonctionnait plus[143].
Ătant donnĂ© qu'Ă partir du dĂ©but du XVIIe siĂšcle les Ătats protestants ne reconnaissent plus le Conseil aulique exclusivement dirigĂ© par l'empereur catholique, la situation continue de s'aggraver. Ă la mĂȘme Ă©poque, les collĂšges de princes-Ă©lecteurs et les cercles impĂ©riaux se regroupent selon les confessions. Une dĂ©putation d'Empire de 1601 Ă©choue du fait des oppositions entre les deux camps[144]. Il se produit la mĂȘme chose en 1608 avec la DiĂšte Ă Ratisbonne qui est clĂŽturĂ©e sans promulguer de recĂšs[145]. Le comte palatin calviniste et d'autres participants quittent en effet l'assemblĂ©e car l'empereur refuse de reconnaĂźtre leur confession.
Constatant que le systÚme impérial et la paix sont menacés, six princes protestants fondent l'Union protestante le 14 mai 1608 autour de Frédéric IV[141]. D'autres princes et villes d'Empire rejoignent l'Union par la suite. L'électeur de Saxe et les princes du nord refusent d'y participer dans un premier temps, par la suite l'électeur de Saxe s'y rallie. En réaction, les princes catholiques fondent la Ligue catholique le 10 juillet 1609 autour de Maximilien de BaviÚre. La Ligue veut maintenir le systÚme en place et préserver la prédominance catholique dans l'Empire. Les institutions et l'Empire se bloquent, annonçant un conflit inévitable[146].
La DĂ©fenestration de Prague est le dĂ©clencheur de cette guerre que l'empereur, espĂ©rant au dĂ©but de grands succĂšs militaires, essaie d'utiliser de maniĂšre politique afin d'asseoir son pouvoir face aux Ă©tats impĂ©riaux[147]. C'est ainsi que Ferdinand II, Ă©lu empereur par tous les princes-Ă©lecteurs â mĂȘme les protestants â le 19 aoĂ»t 1619 malgrĂ© la guerre, met le prince-Ă©lecteur et roi de BohĂȘme FrĂ©dĂ©ric V du Palatinat au ban de l'Empire en 1621 et donne la dignitĂ© Ă©lectorale Ă Maximilien Ier de BaviĂšre.
La promulgation de l'Ă©dit de Restitution le 6 mars 1629 est le dernier acte de loi impĂ©rial important. Tout comme la mise au ban de FrĂ©dĂ©ric V, il trouve sa source dans la revendication du pouvoir de l'empereur. Cet Ă©dit rĂ©clame l'adaptation de la Paix d'Augsbourg d'un point de vue catholique. En consĂ©quence, tous les Ă©vĂȘchĂ©s, les Ă©vĂȘchĂ©s et archevĂȘchĂ©s-princiers qui avaient Ă©tĂ© sĂ©cularisĂ©s par les seigneurs protestants depuis la Paix de Passau doivent ĂȘtre restituĂ©s aux catholiques. Ces actions n'auraient pas seulement signifiĂ© la recatholicisation de grands territoires protestants mais Ă©galement un renforcement capital du pouvoir impĂ©rial puisque les questions politico-religieuses Ă©taient jusqu'alors dĂ©cidĂ©es en commun par l'empereur, les Ă©tats impĂ©riaux et les princes-Ă©lecteurs. En revanche, il se forme une coalition confessionnelle de ces derniers qui n'acceptent pas que l'empereur proclame un Ă©dit si tranchant sans leur accord[148].
Lors de leur rĂ©union de 1630, les princes-Ă©lecteurs, sous la conduite de Maximilien Ier de BaviĂšre, obligent l'empereur Ă renvoyer le gĂ©nĂ©ralissime Wallenstein[149] et Ă accorder une rĂ©vision de l'Ă©dit. La mĂȘme annĂ©e, la SuĂšde entre en guerre aux cĂŽtĂ©s des protestants. AprĂšs plusieurs annĂ©es oĂč les troupes suĂ©doises se montrent supĂ©rieures Ă celles de l'empereur, ce dernier parvient Ă les battre et Ă retrouver l'avantage Ă la bataille de Nördlingen en 1634. La Paix de Prague signĂ©e entre l'empereur et l'Ălecteur de Saxe en 1635 autorise Ferdinand Ă suspendre l'Ădit de restitution pour quarante ans[150]. L'empereur sort renforcĂ© de cette paix puisque toutes les alliances hormis celles des princes-Ă©lecteurs sont dissoutes et l'empereur obtient le haut-commandement de l'armĂ©e impĂ©riale, ce que les protestants n'acceptent pas. Des nĂ©gociations vont d'ailleurs ĂȘtre menĂ©es pour revenir sur cette clause du traitĂ©[149]. Le problĂšme religieux posĂ© par l'Ă©dit de restitution n'avait Ă©tĂ© seulement repoussĂ© de quarante ans puisque l'empereur et la plupart des Ă©tats impĂ©riaux s'Ă©taient accordĂ©s sur le fait qu'unifier l'empire politiquement, repousser les puissances Ă©trangĂšres du territoire et mettre un terme Ă la guerre Ă©taient les choses les plus pressantes.
AprÚs que la France entre en guerre en 1635 pour éviter un renforcement du pouvoir des Habsbourg en Allemagne, la situation tourne en la défaveur de l'empereur[151]. C'est à ce moment-là que la guerre de religion à l'origine allemande devient un combat hégémonique à l'échelle européenne. La guerre se poursuit donc puisque les problÚmes confessionnels et politique qui avaient été réglés provisoirement par la Paix de Prague viennent en second plan pour la France et la SuÚde. De plus, la Paix de Prague présente de graves manques, si bien que les conflits internes à l'Empire perdurent.
Ă partir de 1640 les diffĂ©rentes parties commencent Ă signer des paix sĂ©parĂ©es Ă©tant donnĂ© que dans l'Ă©tat actuel des choses, fait de solidaritĂ© confessionnelle et de politique d'alliance traditionnelle, l'Empire n'est presque plus dĂ©fendu. C'est le prince-Ă©lecteur de Brandebourg qui ouvre la marche en mai 1641[152]. Il signe la paix avec la SuĂšde et dĂ©mobilise son armĂ©e, chose impossible d'aprĂšs les conventions de Prague puisque son armĂ©e appartient Ă l'armĂ©e impĂ©riale. D'autres Ă©tats impĂ©riaux suivent le mouvement. L'Ălecteur de Saxe signe Ă son tour une paix avec la SuĂšde et l'Ălecteur de Mayence en signe une avec la France en 1647[152]. L'Empire sort de la guerre dĂ©vastĂ©.
L'empereur, la SuĂšde et la France s'entendent en 1641 Ă Hambourg pour mener des nĂ©gociations de paix alors que les combats se poursuivent. Ces nĂ©gociations ont lieu en 1642 et 1643 Ă OsnabrĂŒck entre l'empereur, les Ă©tats impĂ©riaux protestants et la SuĂšde, et Ă MĂŒnster entre l'empereur, les Ă©tats impĂ©riaux catholiques et la France[153]. Le fait que l'empereur ne reprĂ©sente pas l'Empire Ă lui seul est un important symbole de sa dĂ©faite. La puissance impĂ©riale est de nouveau remise en cause. C'est pourquoi les Ă©tats impĂ©riaux voient leurs droits d'autant plus prĂ©servĂ©s en n'Ă©tant pas seuls face Ă l'empereur mais en menant les nĂ©gociations concernant les problĂšmes constitutionnels sous les yeux des puissances Ă©trangĂšres. La France y montre d'ailleurs toute sa bienveillance puisqu'elle veut absolument rĂ©duire le pouvoir des Habsbourg[154] en appuyant fortement la demande de participation des Ă©tats impĂ©riaux aux nĂ©gociations[155]. Les Ă©tats impĂ©riaux sont donc admis aux nĂ©gociations contre la volontĂ© de Ferdinand III, empereur depuis 1637, qui veut reprĂ©senter Ă lui seul l'Empire aux pourparlers de paix de MĂŒnster et OsnabrĂŒck[156], rĂ©gler les questions europĂ©ennes lors des nĂ©gociations de Westphalie, signer une paix avec la France et la SuĂšde et traiter les problĂšmes constitutionnels allemands au terme d'une DiĂšte. Cette derniĂšre va ĂȘtre rĂ©unie quelques annĂ©es plus tard en 1653[157]. Si l'empereur finit par consentir Ă la participation des Ă©tats impĂ©riaux aux nĂ©gociations, il le fait pour ne pas se couper dĂ©finitivement d'eux[158].
Les deux villes oĂč ont lieu les nĂ©gociations ainsi que les chemins qui les relient sont dĂ©clarĂ©s dĂ©militarisĂ©s (ce qui n'a Ă©tĂ© complĂštement appliquĂ© que pour OsnabrĂŒck). Toutes les lĂ©gations peuvent se dĂ©placer librement. Des dĂ©lĂ©gations chargĂ©es de la mĂ©diation viennent de la RĂ©publique de Venise, de Rome et du Danemark[159]. Des reprĂ©sentants des autres puissances europĂ©ennes affluent vers la Westphalie et sont associĂ©s aux nĂ©gociations exceptĂ© l'Empire ottoman et la Russie. Les nĂ©gociations Ă OsnabrĂŒck se transforment â parallĂšlement aux nĂ©gociations entre l'Empire et la SuĂšde â en une convention oĂč sont traitĂ©s les problĂšmes constitutionnels et politico-religieux. Ă MĂŒnster, c'est le cadre europĂ©en ainsi que des changements juridiques concernant les droits seigneuriaux en ce qui concerne les Pays-Bas et la Suisse. On nĂ©gocie Ă©galement une paix entre l'Espagne et les Provinces-Unies le 30 janvier 1648[160].
Jusque la fin du XXe siÚcle, les traités de Westphalie sont considérés comme destructeurs pour l'Empire. Hartung le justifie en argumentant que la paix avait laissé une liberté d'action infinie à l'empereur et aux états impériaux, si bien que l'Empire s'en était trouvé démembré. Pour Hartung, il s'agit bien là d'un « malheur national[161] ». Seule la question politico-religieuse avait été réglée. L'Empire s'était toutefois pétrifié, pétrification qui va mener à sa perte. Joseph Rovan parle de « dissolution avancée[162] ».
Dans la pĂ©riode qui suit directement les traitĂ©s de Westphalie, la paix est toutefois vue d'une toute autre maniĂšre. Elle est saluĂ©e avec joie[163] et fait figure de nouvelle loi fondamentale valable partout oĂč l'empereur est reconnu avec ses privilĂšges et comme symbole de l'unitĂ© de l'Empire. La paix met les pouvoirs territoriaux et les diffĂ©rentes confessions sur une mĂȘme base juridique et codifie les mĂ©canismes nĂ©s aprĂšs la crise constitutionnelle du dĂ©but du XVIe siĂšcle. En outre, elle condamne ceux de la Paix de Prague. Georg Schmidt rĂ©sume ainsi : « La paix n'a ni apportĂ© le dĂ©membrement de l'Ătat ni l'absolutisme princier. [âŠ] La paix a soulignĂ© la libertĂ© des Ătats mais n'a pas fait d'eux des Ătats souverains[164] ».
MĂȘme si l'on accorde aux Ă©tats impĂ©riaux les droits complets de souverainetĂ© et que l'on rĂ©instaure le droit d'alliance annulĂ© par la Paix de Prague, ce n'est pas la souverainetĂ© totale des territoires qui est envisagĂ©e puisqu'ils restent soumis Ă l'empereur[146]. Le droit d'alliance â qui va Ă©galement Ă l'encontre d'une souverainetĂ© totale des territoires de l'Empire â ne doit s'exercer ni contre l'empereur et l'Empire, ni contre la paix ou contre le traitĂ©. Selon les spĂ©cialistes du droit de l'Ă©poque, les traitĂ©s de Westphalie sont une sorte de coutume traditionnelle des Ă©tats impĂ©riaux qu'ils ne font que fixer par Ă©crit[165].
Dans la partie concernant la politique religieuse, les princes changeant de religion ne peuvent plus l'imposer Ă leurs sujets[153]. La paix d'Augsbourg est confirmĂ©e dans son ensemble et dĂ©clarĂ©e comme intouchable mais les questions litigieuses sont de nouveau rĂ©glĂ©es. C'est la situation juridique et religieuse en vigueur au 1er janvier 1624 qui fait rĂ©fĂ©rence[153]. Tous les Ă©tats impĂ©riaux doivent par exemple tolĂ©rer les deux autres confessions si celles-ci existaient dĂ©jĂ sur leurs territoires en 1624. Toutes les possessions doivent ĂȘtre restituĂ©es Ă leurs anciens propriĂ©taires et toutes les dĂ©cisions ultĂ©rieures de l'empereur, des Ă©tats impĂ©riaux ou des puissances d'occupation dĂ©clarĂ©es comme nulles et non avenues.
Les traités de Westphalie apportent à l'Empire la paix attendue depuis trente ans. L'Empire perd quelques territoires en France et délie les Pays-Bas de l'Empire[166]. Pour le reste, l'Empire ne connaßt pas d'autre grande modification. Le pouvoir entre l'empereur et les états impériaux est de nouveau équilibré, sans rétablir les pouvoirs comme ils étaient avant la guerre. La politique impériale n'est pas déconfessionnalisée, seul le rapport aux confessions est à nouveau régulé. Selon Gotthard, considérer les traités de Westphalie comme destructeurs de l'Empire et de l'idée d'Empire est l'une des fautes de jugement les plus flagrantes[167]. Les résultats des négociations de paix montrent l'absurdité de la guerre : « AprÚs que tant de vies humaines ont été gùchées pour un but si minime, les hommes auraient dû comprendre comme il est totalement vain de laisser des questions de foi au jugement de l'épée[168] ».
AprĂšs la signature des traitĂ©s de Westphalie, un groupe de princes exige des rĂ©formes radicales dans l'Empire visant Ă rĂ©duire le pouvoir des princes-Ă©lecteurs et Ă Ă©tendre le privilĂšge de l'Ă©lection du roi Ă d'autres princes d'Empire. Mais, lors de la DiĂšte de 1653-1654, cette minoritĂ© princiĂšre n'arrive pas Ă s'imposer. Le recĂšs de cette DiĂšte appelĂ© Dernier recĂšs impĂ©rial â cette DiĂšte a Ă©tĂ© la derniĂšre avant qu'elle ne siĂšge de maniĂšre permanente Ă partir de 1663[169] â dĂ©cide que les sujets doivent payer des impĂŽts Ă leurs seigneurs pour que ceux-ci puissent entretenir des troupes, ce qui a souvent menĂ© Ă la constitution d'armĂ©es dans les diffĂ©rents territoires les plus grands qui obtiennent d'ailleurs le nom dâĂ©tats impĂ©riaux armĂ©s (en allemand Armierte ReichsstĂ€nde).
AprÚs 1648, la position des cercles impériaux se renforce et on leur attribue un rÎle décisif dans la nouvelle constitution militaire impériale. C'est ainsi que la DiÚte décide d'une nouvelle constitution militaire (Reichskriegsverfassung) en 1681, l'Empire étant à nouveau menacé par les Turcs. Dans cette nouvelle constitution, les contingents des troupes de l'armée impériale sont fixés à 40 000 hommes[170]. Les cercles impériaux sont responsables de leur déploiement[171]. Depuis 1658, c'est l'empereur Léopold Ier qui est au pouvoir. Son action est considérée comme médiocre. Il se préoccupe plus des territoires héréditaires que de l'Empire[172].
L'empereur s'oppose Ă la politique des RĂ©unions de Louis XIV[173] et tente d'amener les cercles et les Ă©tats impĂ©riaux Ă rĂ©sister aux annexions françaises. Il parvient grĂące Ă la combinaison de diffĂ©rents instruments Ă lier de nouveau les Ă©tats impĂ©riaux les plus petits et les plus grands Ă l'Empire et Ă sa constitution. En 1682, l'empereur s'allie Ă diffĂ©rents cercles comme celui de Franconie et du Haut-Rhin au sein de la Ligue d'Augsbourg pour protĂ©ger l'Empire[171]. Cette situation montre que la politique impĂ©riale n'est pas devenue une partie de la politique de grande puissance des Habsbourg comme elle va l'ĂȘtre sous le rĂšgne de ses successeurs au XVIIIe siĂšcle. Sont Ă©galement Ă souligner la politique de mariage de LĂ©opold Ier et la distribution de toutes sortes de titres comme l'attribution Ă Ernest-Auguste de Hanovre de la neuviĂšme dignitĂ© d'Ă©lecteur en 1692[174] et l'octroi aux princes-Ă©lecteurs du Brandebourg du titre de « Roi en Prusse » Ă partir de 1701 pour s'assurer de leur appui.
Ă partir de 1740, les deux plus grands complexes territoriaux de l'Empire â Ă savoir les possessions hĂ©rĂ©ditaires des Habsbourg et le Brandebourg-Prusse â se dĂ©tachent de plus en plus de l'Empire[175]. AprĂšs sa victoire sur les Turcs, l'Autriche conquiert de grands territoires en dehors de l'Empire, ce qui a automatiquement repoussĂ© le centre de la politique habsbourgeoise vers le sud-est, ce qui sera surtout visible sous le rĂšgne des successeurs de LĂ©opold Ier. Il en va de mĂȘme pour le Brandebourg-Prusse dont une grande partie du territoire se trouve en dehors de l'Empire. En plus de la rivalitĂ© croissante, il existe cependant des changements de pensĂ©e.
Si un titre ou une position dans la hiĂ©rarchie de l'Empire et dans la noblesse europĂ©enne Ă©taient importants pour le prestige d'un souverain avant la Guerre de Trente Ans, cette situation change par aprĂšs. Seul un titre royal est important au niveau europĂ©en[175]. D'autres facteurs entrent Ă prĂ©sent Ă©galement en jeu comme la grandeur du territoire ou la puissance Ă©conomique et militaire. DĂ©sormais le pouvoir qui compte vraiment est celui qui peut ĂȘtre quantifiĂ© grĂące Ă ces nouveaux facteurs. D'aprĂšs les historiens, ceci est une consĂ©quence Ă long terme de la Guerre de Trente Ans pendant laquelle les titres et les positions juridiques n'ont presque plus jouĂ© de rĂŽle, en particulier pour les Ă©tats impĂ©riaux les plus petits. Seuls les impĂ©ratifs guerriers ont comptĂ©.
Le Brandebourg-Prusse et l'Autriche n'entrent donc plus dans le cadre de l'Empire et cela non seulement du fait de leur grandeur territoriale mais aussi du fait de leur constitutionnalitĂ©. Les deux territoires sont devenus des Ătats. Il est par exemple difficile dans le cas de l'Autriche de ne pas la diffĂ©rencier du Saint-Empire[176]. Tous deux ont rĂ©formĂ© leurs pays et brisĂ© l'influence des Ătats provinciaux. Les territoires conquis se doivent dĂ©sormais d'ĂȘtre administrĂ©s et protĂ©gĂ©s de maniĂšre judicieuse et une armĂ©e doit ĂȘtre financĂ©e. Les plus petits territoires restent exclus de ces rĂ©formes. Un souverain qui aurait voulu mettre des rĂ©formes de cette ampleur en Ćuvre serait inĂ©luctablement entrĂ© en conflit avec les tribunaux impĂ©riaux, Ă©tant donnĂ© que ceux-ci soutenaient les Ătats provinciaux dont les privilĂšges auraient Ă©tĂ© attaquĂ©s par le souverain en question. En tant que souverain autrichien, l'empereur n'a naturellement pas Ă craindre le Conseil aulique comme les autres souverains peuvent le craindre puisqu'il le prĂ©side. Ă Berlin, on ne se prĂ©occupe pour ainsi dire pas des institutions impĂ©riales. L'application des jugements aurait Ă©tĂ© effectivement impossible. Ces deux modes de rĂ©action face aux institutions contribuent Ă©galement Ă l'isolement par rapport Ă l'Empire.
La rivalité que l'on appelle dualisme austro-prussien donne lieu à plusieurs guerres[177]. La Prusse remporte les deux Guerres de Silésie et obtient la Silésie tandis que la Guerre de Succession d'Autriche s'achÚve en faveur de l'Autriche. C'est Charles VII, membre de la famille des Wittelsbach, qui avec l'appui de la France monte sur le trÎne aprÚs cette guerre de succession en 1742[178]. Toutefois, ce dernier ne parvient pas à s'imposer et à sa mort en 1745, les Habsbourg-Lorraine montent de nouveau sur le trÎne en la personne de François Ier, l'époux de Marie-ThérÚse.
Ces conflits comme la guerre de Sept ans sont dĂ©sastreux pour l'Empire. Les Habsbourg, contrariĂ©s par l'alliance de nombreux Ă©tats impĂ©riaux avec la Prusse et par l'Ă©lection d'un empereur n'Ă©tant pas un Habsbourg, misent encore plus qu'avant sur une politique concentrĂ©e sur l'Autriche et sa puissance. Les institutions de l'Empire sont devenues les scĂšnes secondaires de la politique de puissance et la constitution de l'Empire est loin d'ĂȘtre en phase avec la rĂ©alitĂ©. Ă travers l'instrumentalisation de la DiĂšte d'Empire, la Prusse essaie d'atteindre l'Empire et l'Autriche. L'empereur Joseph II se retire alors presque entiĂšrement de la politique impĂ©riale[179]. Joseph II avait essayĂ© de mettre en place une rĂ©forme des institutions de l'Empire, en particulier de la Chambre impĂ©riale de justice, mais il rencontre vite la rĂ©sistance des Ă©tats impĂ©riaux qui se dĂ©tachent de l'Empire. En faisant cela, ils empĂȘchent la Chambre de s'immiscer dans leurs affaires intĂ©rieures. Joseph II abandonne.
Cependant, on peut souligner le fait que Joseph II agit de maniĂšre malheureuse et brusque. La politique de Joseph II, centrĂ©e sur l'Autriche pendant la Guerre de Succession de BaviĂšre en 1778 et 1779, et la solution de paix de Teschen, lancĂ©e sur l'initiative des puissances Ă©trangĂšres comme la Russie, se rĂ©vĂšlent dĂ©sastreuses pour l'Empire. En effet, lorsque la lignĂ©e bavaroise des Wittelsbach s'Ă©teint en 1777, Joseph voit la possibilitĂ© d'incorporer la BaviĂšre aux territoires des Habsbourg et ainsi de renforcer son pouvoir[180]. Sous la pression massive de Vienne, l'hĂ©ritier de la lignĂ©e palatine des Wittelsbach, le prince-Ă©lecteur Charles ThĂ©odore de BaviĂšre, consent Ă un traitĂ© cĂ©dant des parties de la BaviĂšre. On suggĂšre alors Ă Charles ThĂ©odore qui avait acceptĂ© l'hĂ©ritage contre son grĂ© l'idĂ©e d'un futur Ă©change avec les Pays-Bas autrichiens[180]. Joseph II occupe Ă la place les territoires bavarois afin de mettre Charles ThĂ©odore devant le fait accompli et s'arroge en tant qu'empereur un territoire d'Empire. FrĂ©dĂ©ric II s'y oppose, passant ainsi pour le protecteur de l'Empire et des petits Ă©tats impĂ©riaux et se hissant ainsi au rang de « contre-empereur ». Les troupes prussiennes et saxonnes marchent sur la BohĂȘme.
Lors du traitĂ© de Teschen du 13 mai 1779 prĂ©parĂ© par la Russie, l'Autriche reçoit certes lâInnviertel, une rĂ©gion au sud-est de l'Inn, qui lui Ă©tait promis mais l'empereur fait figure de perdant[180]. Pour la seconde fois depuis 1648, un problĂšme interne Ă l'Allemagne est rĂ©glĂ© grĂące Ă l'aide de puissances extĂ©rieures. Ce n'est pas l'empereur qui apporte la paix dans l'Empire mais la Russie qui, parallĂšlement Ă son rĂŽle de garante de la paix de Teschen, avait Ă©tĂ© la garante des traitĂ©s de Westphalie et Ă©tait ainsi devenue l'un des protecteurs de la constitution de l'Empire. L'Empire s'Ă©tait dĂ©sassemblĂ© de lui-mĂȘme. MĂȘme si FrĂ©dĂ©ric II fait figure de protecteur de l'Empire[181], il n'a pas pour projet de le protĂ©ger et de le consolider mais au contraire d'affaiblir l'empereur et Ă travers lui la structure de l'Empire, ce Ă quoi il parvient[182]. Le concept d'une tierce Allemagne nĂ© de la crainte des petits et moyens Ă©tats impĂ©riaux de devenir l'instrument des plus grands Ă©choue Ă cause de l'Ă©ternelle opposition confessionnelle entre les diffĂ©rents Ătats. Quelques annĂ©es plus tard, NapolĂ©on donne le coup de grĂące Ă un Empire qui ne prĂ©sente plus de force de rĂ©sistance.
Face aux troupes rĂ©volutionnaires française, les deux grandes puissances allemandes s'allient dans la PremiĂšre Coalition. Cette alliance n'a cependant pas pour but de protĂ©ger les droits de l'Empire mais on espĂšre bien plutĂŽt Ă©tendre sa sphĂšre d'influence[183] tout en s'assurant que l'alliĂ© ne remporte pas seul la victoire. En voulant absolument agrandir le territoire autrichien â si besoin est au dĂ©triment des autres membres de l'Empire â l'empereur François II, Ă©lu prĂ©cipitamment et unanimement le 5 juillet 1792, gĂąche la possibilitĂ© de pouvoir ĂȘtre soutenu par les autres Ă©tats impĂ©riaux. La Prusse veut aussi se dĂ©dommager de ses coĂ»ts de guerre en annexant des territoires ecclĂ©siastiques. C'est pourquoi il est impossible de former un front uni contre les troupes rĂ©volutionnaires françaises et donc d'obtenir des succĂšs militaires.
Déçue par le manque de succĂšs et pour mieux s'occuper de la rĂ©sistance nĂ©e autour de la nouvelle partition de la Pologne, la Prusse signe une paix sĂ©parĂ©e en 1795 avec la France, la Paix de BĂąle[184]. En 1796, le Bade et le Wurtemberg font de mĂȘme. Les accords ainsi signĂ©s stipulent que les possessions situĂ©es sur la rive gauche du Rhin doivent ĂȘtre cĂ©dĂ©es Ă la France[185]. Toutefois, les propriĂ©taires vont ĂȘtre dĂ©dommagĂ©s en recevant des territoires ecclĂ©siastiques situĂ©s sur la rive droite, territoires qui vont alors ĂȘtre sĂ©cularisĂ©s. Les autres Ă©tats impĂ©riaux nĂ©gocient aussi des armistices ou des traitĂ©s de neutralitĂ©.
En 1797, l'Autriche signe quant Ă elle le TraitĂ© de Campo-Formio. Elle cĂšde ainsi diffĂ©rentes possessions comme les Pays-Bas autrichiens et le grand-duchĂ© de Toscane. En compensation, l'Autriche doit tout comme la Prusse recevoir des territoires situĂ©s sur la rive droite du Rhin[186]. Les deux grandes puissances de l'Empire se dĂ©dommagent donc aux dĂ©pens des membres de l'Empire les plus petits. Elles accordent ainsi Ă la France un droit d'intervention dans l'organisation future de l'Empire. En agissant comme roi de Hongrie et de BohĂȘme mais obligĂ© de garantir l'intĂ©gritĂ© de l'Empire en tant qu'empereur, François II lui cause des dommages irrĂ©parables en dĂ©membrant certains autres Ă©tats impĂ©riaux.
En mars 1798, la députation d'Empire consent lors du congrÚs de Rastadt à céder les territoires situés sur la rive gauche du Rhin et à la sécularisation de ceux situés sur la rive droite à l'exception des trois électeurs ecclésiastiques. Mais la DeuxiÚme Coalition met un terme au marchandage lié aux différents territoires. Le traité de Lunéville signé en 1801 met fin à la guerre[187]. Approuvé par la DiÚte, il n'apporte toutefois aucune définition claire en ce qui concerne les dédommagements. Les négociations de paix de Bùle avec la Prusse, de Campo Formio avec l'Autriche et de Lunéville avec l'Empire exigent des dédommagements que seule une loi d'Empire peut entériner. C'est pourquoi l'on convoque une députation pour régler la situation. En fin de compte, la députation accepte le plan de dédommagement franco-russe du 3 juin 1802 sans le modifier substantiellement. Le 24 mars 1803, la DiÚte d'Empire accepte définitivement le RecÚs d'Empire[188].
Presque toutes les villes d'Empire, les territoires temporels les plus petits et presque toutes les principautĂ©s ecclĂ©siastiques vont ĂȘtre choisis pour dĂ©dommager les puissances lĂ©sĂ©es. La composition de l'Empire s'en trouve considĂ©rablement modifiĂ©e. Le banc des princes Ă la diĂšte autrefois en majoritĂ© catholique devient protestant[189]. Deux des trois Ă©lectorats ecclĂ©siastiques disparaissent. MĂȘme l'Ă©lecteur de Mayence perd son siĂšge pour ĂȘtre nommĂ© Ă Ratisbonne. ParallĂšlement, il n'existe plus que deux grands princes d'Empire ecclĂ©siastiques : le Grand-Prieur de l'Ordre de Malte et le Grand-MaĂźtre de l'Ordre Teutonique. En tout, ce sont 110 territoires qui disparaissent et 3,16 millions de personnes qui changent de souverain[190].
Cette nouvelle organisation territoriale de l'Empire va longtemps exercer une influence sur le paysage politique europĂ©en. On a parlĂ© pour l'annĂ©e 1624 de Normaljahr, c'est-Ă -dire d'une annĂ©e servant de rĂ©fĂ©rence, il en va de mĂȘme pour l'annĂ©e 1803 en ce qui concerne les relations confessionnelles et patrimoniales en Allemagne. Le RecĂšs d'Empire crĂ©e un nombre clair de moyennes puissances Ă partir d'une multitude de territoires. Afin de procĂ©der aux dĂ©dommagements, on sĂ©cularise et on mĂ©diatise. Les dĂ©dommagements dĂ©passent parfois ce que la puissance en question aurait dĂ» recevoir au vu de ses pertes[191]. Le margrave de Bade reçoit par exemple neuf fois plus de sujets par rapport Ă ceux perdus lors de la cession des territoires sur la rive gauche du Rhin et sept fois plus de territoires[189]. L'une des raisons est que la France veut se crĂ©er une sĂ©rie d'Ătats satellites, assez gros pour crĂ©er des difficultĂ©s Ă l'empereur mais assez petits pour ne pas menacer la position de la France.
L'Ăglise d'Empire a quant Ă elle cessĂ© d'exister[189]. Elle avait Ă©tĂ© si ancrĂ©e dans le systĂšme impĂ©rial qu'elle disparaĂźt mĂȘme avant que l'Empire s'effondre. Les positions anticlĂ©ricales de la France ont fait le reste, d'autant plus que l'empereur perd ainsi l'un de ses pouvoirs les plus importants. L'esprit de l'AufklĂ€rung et la folie de puissance absolutiste contribuent Ă©galement Ă rendre l'Ăglise d'Empire obsolĂšte et Ă dĂ©velopper les convoitises de princes d'Empire catholiques.
Le 18 mai 1804, NapolĂ©on devient l'empereur des Français. Ce couronnement qui renforce son pouvoir montre Ă©galement sa volontĂ© de devenir l'hĂ©ritier de Charlemagne[192] et d'ainsi lĂ©gitimer son action en l'inscrivant dans la tradition mĂ©diĂ©vale. C'est pourquoi ce dernier visite la cathĂ©drale d'Aix-la-Chapelle en septembre 1804 ainsi que la tombe de Charlemagne. Lors des discussions diplomatiques entre la France et l'Autriche en ce qui concerne le titre d'empereur, NapolĂ©on exige dans une note secrĂšte datĂ©e du 7 aoĂ»t 1804 que son empire soit reconnu ; François II quant Ă lui serait reconnu Empereur hĂ©rĂ©ditaire dâAutriche. Quelques jours plus tard, le souhait se transforme en ultimatum. Deux solutions s'offrent alors : la guerre ou la reconnaissance de l'empire français. L'empereur François II cĂšde. Le 11 aoĂ»t 1804, il ajoute Ă son titre d'empereur du Saint-Empire celui d'empereur hĂ©rĂ©ditaire d'Autriche pour lui et ses successeurs[193]. Cette dĂ©marche reprĂ©sente toutefois une rupture du droit impĂ©rial puisque ni les princes-Ă©lecteurs n'en ont Ă©tĂ© informĂ©s ni la DiĂšte d'Empire ne l'a acceptĂ©e. En dehors de toute considĂ©ration juridique, beaucoup considĂšrent cette dĂ©marche comme prĂ©cipitĂ©e. Friedrich von Gentz Ă©crit d'ailleurs Ă son ami le Prince Metternich : « Si la couronne impĂ©riale allemande reste dans la maison d'Autriche â et on trouve dĂ©jĂ une telle masse de non-politique aujourd'hui oĂč il n'y a encore aucun danger imminent clairement visible que l'on craint le contraire ! â toute dignitĂ© impĂ©riale est vaine[194] ».
Toutefois Napoléon perd définitivement patience. Lors de la TroisiÚme Coalition, il fait marcher son armée sur Vienne. Les troupes de l'armée bavaroise et de l'armée du Wurtemberg lui viennent en renfort. C'est ainsi qu'il remporte la bataille d'Austerlitz le 2 décembre 1805 sur les Russes et les Autrichiens. Le Traité de Presbourg que Napoléon dicte à François II et au tsar Alexandre Ier scelle la fin de l'Empire[195]. Napoléon y impose en effet que la BaviÚre soit érigée en royaume comme le Wurtemberg et le Bade, se retrouvant ainsi à égalité avec la Prusse et l'Autriche. C'est la structure de l'Empire qui est une nouvelle fois attaquée puisqu'en acquérant leur pleine souveraineté, ces royaumes s'en détachent. C'est d'ailleurs ce que souligne une remarque de Napoléon à son ministre des Affaires étrangÚres Talleyrand : « J'aurai cependant arrangé la partie de l'Allemagne qui m'intéresse : il n'y aura plus de diÚte à Ratisbonne, puisque Ratisbonne appartiendra à la BaviÚre ; il n'y aura donc plus d'Empire Germanique, et nous nous en tiendrons là [196] ».
Le fait que l'Ălecteur de Mayence Karl Theodor von Dalberg fasse du grand aumĂŽnier de l'empire français Joseph Cardinal Fesch son coadjuteur[197], espĂ©rant ainsi sauver l'Empire, porte un dernier coup en faveur l'abdication de la couronne. Dalberg, chancelier d'Empire et donc en tant que tel chef de la chancellerie d'Empire, gardien du tribunal impĂ©rial et des archives impĂ©riales, nomme un Français qui ne parle pas un mot d'allemand et qui plus est un oncle de NapolĂ©on. En cas de dĂ©cĂšs ou de dĂ©mission de Dalberg, l'oncle de l'empereur français serait alors devenu chancelier de l'Empire. La DiĂšte d'Empire prend connaissance de la situation le 27 mai 1806[198]. Selon le ministre autrichien des Affaires Ă©trangĂšres Johann Philipp von Stadion, il n'y a que deux solutions possibles : la disparition de l'Empire ou sa refonte sous dominance française. C'est ainsi que François II se dĂ©cide Ă protester le 18 juin, en vain.
Le 12 juillet 1806, l'Ălectorat de Mayence, la BaviĂšre, le Wurtemberg, le Bade, le landgraviat de Hesse-Darmstadt devenu Grand-duchĂ© de Hesse, le duchĂ© de Nassau, le duchĂ© de Berg et de ClĂšves, et d'autres princes fondent la ConfĂ©dĂ©ration du Rhin Ă Paris[199]. NapolĂ©on devient leur protecteur et ils font sĂ©cession de l'Empire le 1er aoĂ»t. En janvier, le roi de SuĂšde avait dĂ©jĂ suspendu la participation des envoyĂ©s de PomĂ©ranie occidentale aux sĂ©ances de la diĂšte et en rĂ©action Ă la signature des actes de la ConfĂ©dĂ©ration le 28 juin, il dĂ©clare la constitution impĂ©riale suspendue dans les territoires impĂ©riaux sous le commandement suĂ©dois et dĂ©clare Ă©galement comme dissous les Ătats et conseils provinciaux. Ă la place, il introduit la constitution suĂ©doise en PomĂ©ranie suĂ©doise. C'est ainsi qu'est mis un terme au rĂ©gime impĂ©rial dans cette partie de l'Empire qui a alors pratiquement dĂ©jĂ cessĂ© d'exister.
L'abdication de la couronne impĂ©riale est anticipĂ©e par un ultimatum prĂ©sentĂ© le 22 juillet Ă Paris Ă l'envoyĂ© autrichien[200]. Si l'empereur François II n'abdique pas d'ici le 10 aoĂ»t, les troupes française attaquent l'Autriche. Cependant, depuis plusieurs semaines, Johann Aloys Josef Freiherr von HĂŒgel et le comte von Stadion sont occupĂ©s Ă Ă©tablir une expertise portant sur la prĂ©servation de l'Empire. Leur analyse rationnelle les amĂšne Ă la conclusion que la France va essayer de dissoudre la constitution de l'Empire et de le transformer en un Ătat fĂ©dĂ©ratif influencĂ© par la France. La conservation de la dignitĂ© impĂ©riale va inĂ©luctablement conduire Ă un conflit avec la France, le renoncement Ă la couronne est donc inĂ©vitable[201].
Le 17 juin 1806, on présente l'expertise à l'empereur[202]. Le 1er août, l'envoyé français La Rochefoucauld entre dans la chancellerie autrichienne. Ce n'est qu'aprÚs que La Rochefoucauld a formellement attesté à von Stadion aprÚs de vives confrontations que Napoléon ne coifferait pas la couronne impériale et respecterait l'indépendance autrichienne que le ministre autrichien des affaires étrangÚres approuve l'abdication qui est promulguée le 6 août.
Dans son acte d'abdication, l'empereur indique qu'il n'est plus en mesure de remplir ses devoirs de chef de l'Empire et déclare : « Nous déclarons donc, par les présentes, que Nous considérons comme dissous les liens qui, jusqu'à présent, Nous ont attaché au corps de l'Empire germanique, que Nous regardons comme éteinte par la formation de la Confédération du Rhin la charge et la dignité de Chef de l'Empire ; et que Nous Nous considérons par là comme libéré de tous Nos devoirs envers cet Empire[203]. »
François II ne se contente pas seulement de dĂ©poser sa couronne, il dissout entiĂšrement le Saint-Empire sans l'approbation de la DiĂšte d'Empire en proclamant : « Nous dĂ©lions en mĂȘme temps les Ă©lecteurs, princes et Ătats, et tous les membres de l'Empire, nommĂ©ment aussi les membres des tribunaux suprĂȘmes et autres officiers de l'Empire, de tous les devoirs par lesquels ils Ă©taient liĂ©s Ă Nous, comme Chef lĂ©gal de l'Empire, par la constitution[203] ». Il dissout Ă©galement les territoires de l'Empire relevant de son propre pouvoir et les soumet Ă l'empire autrichien. MĂȘme si la dissolution de l'Empire ne suit aucun caractĂšre juridique, il n'y a aucune volontĂ© ni aucun pouvoir pour le prĂ©server.
La chute du Saint-Empire est apparue comme inĂ©vitable dĂšs lors que NapolĂ©on s'est employĂ© Ă en redĂ©finir la carte gĂ©opolitique. Les rĂ©actions Ă cette disparition sont diverses, oscillant entre indiffĂ©rence et Ă©tonnement comme le montre l'un des tĂ©moignages les plus connus, celui de la mĂšre de Goethe, Catharina Elisabeth Textor, qui Ă©crit le 19 aoĂ»t 1806, moins de quinze jours aprĂšs l'abdication de François II : « Je suis d'ailleurs dans le mĂȘme Ă©tat d'esprit que lorsqu'un vieil ami est trĂšs malade. Les mĂ©decins le dĂ©clarent condamnĂ©, on est assurĂ© qu'il va bientĂŽt mourir et on est assurĂ©ment bouleversĂ© lorsque le courrier arrive nous annonçant qu'il est mort[204] ». L'indiffĂ©rence face Ă la disparition[205] montre comme le Saint-Empire s'Ă©tait sclĂ©rosĂ© et comme ses institutions ne fonctionnaient plus. Le lendemain de l'abdication, Goethe Ă©crit dans son journal qu'une dispute entre un cocher et son valet suscite plus de passion que la disparition de l'Empire[206]. D'autres comme Ă Hambourg cĂ©lĂšbrent la fin de l'Empire[207].
AprĂšs le CongrĂšs de Vienne de 1815, les Ătats allemands se rassemblent au sein de la ConfĂ©dĂ©ration germanique. Auparavant, en novembre 1814, un groupe de vingt-neuf souverains de petits et moyens Ătats propose au comitĂ© qui s'occupe d'Ă©tablir un plan visant Ă construire un Ătat fĂ©dĂ©ral de rĂ©introduire la dignitĂ© impĂ©riale en Allemagne[208]. Il ne faut pas y voir l'expression d'une ardeur patriotique mais plutĂŽt la crainte de la domination des princes devenus grĂące Ă NapolĂ©on les rois de territoires souverains comme les rois de Wurtemberg, de BaviĂšre et de Saxe.
On discute Ă©galement pour savoir si un nouvel empereur doit ĂȘtre Ă©lu. C'est ainsi que l'on voit apparaĂźtre la proposition de faire alterner la dignitĂ© impĂ©riale entre les puissants princes du sud et du nord de l'Allemagne. Toutefois, les porte-parole de l'Empire se prononcent en faveur d'une dignitĂ© impĂ©riale reprise par l'Autriche, donc par François II. Mais ce dernier rejette la proposition du fait de la faible fonction qu'il revĂȘtirait. L'empereur n'obtiendrait pas les droits qui feraient de lui un vĂ©ritable chef d'Empire. C'est ainsi que François II et son chancelier Metternich considĂšrent la charge impĂ©riale comme un fardeau[209] tout en ne voulant pas que le titre d'empereur revienne Ă la Prusse ou Ă tout autre prince puissant. Le CongrĂšs de Vienne se dissout sans avoir renouvelĂ© l'Empire. La ConfĂ©dĂ©ration germanique est fondĂ©e le 8 juin 1815 et l'Autriche la dirige jusqu'en 1866.
Le concept de constitution du Saint-Empire n'est pas Ă comprendre au sens juridique actuel d'un document juridique global[210]. Elle se compose pour l'essentiel de traditions et d'exercices de normes juridiques qui n'ont Ă©tĂ© fixĂ©es par des lois fondamentales Ă©crites que depuis la fin du Moyen Ăge et surtout depuis l'Ăpoque moderne. La constitution de l'Empire comme elle a Ă©tĂ© dĂ©finie par des juristes Ă partir du XVIIIe siĂšcle est plutĂŽt un conglomĂ©rat de fondements juridiques Ă©crits et non Ă©crits portant sur l'idĂ©e, la forme, la construction, les compĂ©tences, l'action de l'Empire et de ses membres.
L'organisation fĂ©dĂ©rale qui comporte un trĂšs grand nombre de rĂšglements enchevĂȘtrĂ©s est dĂ©jĂ critiquĂ©e par des contemporains comme Samuel von Pufendorf qui en 1667 Ă©crit sous le pseudonyme de Severinus von Monzambano son Ćuvre De statu imperii Germanici afin de soutenir les princes protestants et dans laquelle il dĂ©crit l'Empire comme « monstro simile[211] ».
Toutefois, l'Empire est un Ătat avec un chef, l'empereur, et ses membres, les Ă©tats impĂ©riaux. Le caractĂšre particulier de l'Empire et de sa constitution est connu des juristes de l'Ă©poque qui essaient alors de le thĂ©oriser. D'aprĂšs cette thĂ©orie, l'Empire est gouvernĂ© par deux majestĂ©s. On trouve d'un cĂŽtĂ© la Majestas realis exercĂ©e par les Ă©tats impĂ©riaux et la Majestas personalis par l'empereur Ă©lu[212]. Cet Ă©tat de chose est rendu visible Ă travers la formulation souvent utilisĂ©e Empereur et Empire (Kaiser und Kaisertum). Contrairement Ă de nombreux autres pays, le chef de l'Empire n'est pas l'empereur.
Cent ans aprĂšs Pufendorf, Karl Theodor von Dalberg, l'archevĂȘque de Mayence, dĂ©fend l'organisation de l'Empire avec les mots suivants : « une construction gothique durable qui n'est cependant pas construite selon les rĂšgles de l'art mais oĂč l'on habite de maniĂšre sĂ»re[213] ».
Les lois et les textes qui ont fait partie de la constitution impériale ont été élaborés au cours de différents siÚcles et leur reconnaissance en tant que lois faisant partie intégrante de la constitution n'a pas été générale. Toutefois certaines d'entre elles sont désignées comme étant des lois fondamentales.
La premiĂšre convention que l'on peut considĂ©rer comme Ă©tant de droit constitutionnel est celle du Concordat de Worms de 1122 qui met fin Ă la Querelle des Investitures[214]. La fixation par Ă©crit de la primautĂ© de la nomination des Ă©vĂȘques par l'empereur avant leur installation par le pape ouvre au pouvoir temporel une certaine indĂ©pendance vis-Ă -vis du pouvoir religieux. Le concordat est une premiĂšre pierre dans l'Ă©mancipation balbutiante de l'Ătat â que l'on ne peut toutefois Ă peine qualifier comme tel â par rapport Ă l'Ăglise.
De maniÚre interne à l'Empire, le premier jalon n'est posé que plus de cent ans plus tard. Les princes ethniques à l'origine autonomes se transforment au XIIe siÚcle en princes d'Empire. Frédéric II doit leur octroyer des droits lors de la DiÚte de Worms de 1231, droits qui lui étaient réservés auparavant. Avec le Statutum in favorem principum, les princes ont par exemple le droit de frapper monnaie ou de mettre des douanes en place. Frédéric II reconnaßt également aux princes le droit de légiférer.
ParallÚlement au Statutum in favorem principum, la Bulle d'or de 1356 est le texte considéré comme le véritable fondement de la constitution[214]. Pour la premiÚre fois, les principes d'élection du roi sont fermement codifiés[210], évitant par la suite les doubles élections. Le groupe des princes électeurs est également défini[215]. Ces derniers sont déclarés indivisibles pour éviter que leur nombre n'augmente. De plus, la Bulle d'Or exclut tout droit papal sur l'élection du roi et réduit le droit de mener des guerres privées.
Les concordats de 1447 entre le pape Nicolas V et l'empereur FrĂ©dĂ©ric III sont Ă©galement considĂ©rĂ©s comme Ă©tant une loi fondamentale. Les droits papaux et les libertĂ©s de l'Ăglise et des Ă©vĂȘques dans l'Empire y sont consignĂ©s. Sont concernĂ©es l'Ă©lection des Ă©vĂȘques, des abbĂ©s et des prieurs mais Ă©galement l'attribution des dignitĂ©s religieuses et les questions concernant la succession fonciĂšre aprĂšs la mort d'un dignitaire religieux. Les concordats sont un fondement pour le rĂŽle et la structure de l'Ăglise en tant qu'Ăglise d'Empire pour les siĂšcles qui ont suivi.
La rĂ©forme d'Empire promulguĂ©e lors de la DiĂšte de Worms le 7 aoĂ»t 1495 est une autre Ă©volution majeure de la constitution[216]. Elle met en place la Paix perpĂ©tuelle qui interdit toutes les guerres privĂ©es que pouvaient alors mener les nobles et essaie d'imposer la puissance de l'Ătat. Tout conflit armĂ© et toute justice privĂ©e sont considĂ©rĂ©s comme anticonstitutionnels. Ce sont les tribunaux des territoires ou plutĂŽt de l'Empire quand il s'agit des Ă©tats impĂ©riaux qui doivent rĂ©gler les litiges. Toute personne rompant la paix perpĂ©tuelle s'expose Ă de lourdes sentences comme des amendes trĂšs Ă©levĂ©es ou la mise au ban de l'Empire.
Suivent ensuite une série de lois d'Empire érigées en lois fondamentales : la Matricule d'Empire (Reichsmatrikel) de Worms de 1521 qui fixe les contingents de troupes que tous les états impériaux doivent mettre à disposition de l'armée impériale. Elle définit également les sommes à payer pour l'entretien de l'armée. Malgré certains aménagements, cette loi est le fondement de la Reichsheeresverfassung. Il faut ajouter à la Matricule d'autres lois de grande importance comme la Paix d'Augsbourg du 25 septembre 1555 qui étend la paix perpétuelle au plan confessionnel[217] et abandonne l'idée d'une unité religieuse.
AprÚs la guerre de Trente Ans, les traités de Westphalie sont déclarés loi fondamentale perpétuelle en 1654[218]. ParallÚlement aux changements territoriaux, on reconnaßt désormais la souveraineté des territoires de l'Empire. Les calvinistes sont également reconnus aux cÎtés des catholiques et des luthériens. On met en place des dispositions sur la paix religieuse ainsi que pour la parité confessionnelle dans les institutions impériales. Avec ces différentes lois, la construction de la constitution de l'Empire était pour l'essentiel finie. Toutefois, certains traités de paix sont ajoutés à la constitution par différents juristes. On trouve par exemple le traité de NimÚgue de 1678 et le traité de Ryswick de 1697 qui modifient les frontiÚres de certaines parties de l'Empire, mais encore certains recÚs comme le Dernier recÚs impérial de 1654 et la convention de la DiÚte perpétuelle d'Empire de 1663. Certains historiens actuels considÚrent le Reichsdeputationshauptschluss comme la derniÚre loi fondamentale étant donné qu'elle crée un tout nouveau fondement de la constitution de l'Empire. Toutefois, tous ne le considÚrent pas comme tel car il signe la fin de l'Empire. Selon Anton Schindling qui a analysé le potentiel de développement du recÚs, l'analyse historique doit sérieusement le considérer comme une chance d'une nouvelle loi fondamentale pour un Empire renouvelé[219].
Le droit allemand, par nature, prend en compte les coutumes. Fred E. Schrader rĂ©sume ainsi : « Ce qui oppose le droit allemand au droit romain, c'est son principe accumulateur de droits substantiels. Un code de rĂšgles ne serait pas capable de comprendre ou de remplacer ce systĂšme[220] ». On trouve d'un cĂŽtĂ© les droits et les coutumes qui n'ont jamais Ă©tĂ© fixĂ©s par Ă©crit et d'autre part les droits et les coutumes qui ont conduit Ă la modification de lois et de contrats. C'est ainsi que la Bulle d'or a Ă©tĂ© modifiĂ©e en ce qui concerne le couronnement du roi qui a lieu Ă partir de 1562 Ă Francfort et non Ă Aix-la-Chapelle comme il en avait Ă©tĂ© convenu. Afin qu'une telle action devienne un droit coutumier, cette derniĂšre doit se rĂ©pĂ©ter sans qu'aucune objection n'y soit faite. La sĂ©cularisation des Ă©vĂȘchĂ©s du nord de l'Allemagne par les princes territoriaux devenus protestants dans la seconde moitiĂ© du XVIe siĂšcle n'a jamais fait par exemple par la suite partie du droit Ă©tant donnĂ© que l'empereur s'y est opposĂ© plusieurs fois. Si le droit non Ă©crit peut avoir valeur de loi, le fait de ne pas appliquer une rĂšgle peut suffire Ă la faire abolir.
Le Reichsherkommen (traduit par observance)[220] regroupe les coutumes rĂ©gissant les affaires de l'Ătat. La Reichspublizistik se charge de les compiler[221]. Les juristes de l'Ă©poque dĂ©finissent deux groupes : la coutume en elle-mĂȘme et celle dĂ©finissant la maniĂšre dont les premiĂšres doivent ĂȘtre appliquĂ©es. On range dans le premier groupe l'accord selon lequel depuis l'Ăpoque moderne seul un Allemand peut ĂȘtre Ă©lu roi et que ce dernier doit nĂ©gocier une capitulation d'Ă©lection avec les princes-Ă©lecteurs depuis 1519 ou encore la pratique selon laquelle le souverain nouvellement Ă©lu doit faire le tour de ses territoires[222]. Selon l'ancien droit coutumier, les Ă©tats impĂ©riaux les plus nobles peuvent ajouter « Par la grĂące de Dieu » Ă leur titre. De la mĂȘme maniĂšre, les Ă©tats impĂ©riaux religieux sont mieux considĂ©rĂ©s que les Ă©tats impĂ©riaux temporels du mĂȘme rang. On range entre autres dans le second groupe la division des Ă©tats impĂ©riaux en trois collĂšges disposant chacun de droits diffĂ©rents, la conduite de la DiĂšte d'Empire et l'administration des services impĂ©riaux (ErzĂ€mter).
Les souverains impĂ©riaux du Moyen Ăge se considĂšrent â en relation avec la Renovatio imperii, la reconstruction de l'Empire romain sous Charlemagne â comme les successeurs directs des cĂ©sars romains et des empereurs carolingiens. Ils propagent l'idĂ©e de Translatio imperii selon laquelle la toute-puissance temporelle, lâImperium, est passĂ©e des Romains aux Allemands. C'est pour cette raison que parallĂšlement Ă l'Ă©lection du Roi des Romains, le roi revendique d'ĂȘtre couronnĂ© empereur par le pape Ă Rome. Pour la position juridique du chef de l'Empire, il est alors important qu'il devienne Ă©galement le chef des territoires liĂ©s Ă l'Empire, de l'Italie impĂ©riale et du Royaume de Bourgogne.
Ă l'origine, l'Ă©lection du roi doit, en thĂ©orie, ĂȘtre dĂ©cidĂ©e par tous les gens libres de l'Empire[89], puis par les Princes d'Empire et ensuite uniquement par les princes les plus importants de l'Empire, en gĂ©nĂ©ral ceux qui peuvent apparaĂźtre comme des rivaux ou qui peuvent rendre impossible le gouvernement du roi. Le cercle prĂ©cis de ces personnes reste toutefois controversĂ© et Ă plusieurs reprises on assiste Ă des doubles Ă©lections, les princes ne parvenant pas Ă se mettre d'accord sur un candidat commun. Il faut attendre la Bulle d'Or pour que le principe de majoritĂ© et le cercle des personnes ayant le droit d'Ă©lire le roi soient dĂ©finis.
Depuis 1508, c'est-Ă -dire depuis Maximilien Ier, le roi nouvellement Ă©lu se nomme « Empereur romain Ă©lu de Dieu » (en allemand ErwĂ€hlter Römischer Kaiser). Ce titre auquel tous renoncent aprĂšs leur couronnement par le pape exceptĂ© Charles Quint montre que l'empire ne naĂźt pas du couronnement par le pape[223]. Dans le langage familier et dans la recherche ancienne, on trouve la formulation Empereur allemand (deutscher Kaiser) pour lâEmpereur du Saint-Empire romain germanique (Kaiser des Heiligen Römischen Reiches Deutscher Nation). Au XVIIIe siĂšcle, ces dĂ©signations sont reprises dans les documents officiels. La recherche historique moderne utilise au contraire la dĂ©signation d'Empereur romain germanique pour faire la diffĂ©rence avec les empereurs romains de l'AntiquitĂ© d'une part et les empereurs allemands des XIXe et XXe siĂšcles.
L'empereur est le chef de l'Empire, le juge suprĂȘme et le protecteur de l'Ăglise[224]. Lorsqu'il est question dans les actes de l'Ăpoque moderne d'empereur, c'est toujours le chef de l'Empire qui est dĂ©signĂ©. Un Ă©ventuel roi Ă©lu roi des Romains du vivant de l'empereur dĂ©signe seulement le successeur et futur empereur. Aussi longtemps que l'empereur est vivant, le roi ne peut tirer aucun droit propre sur l'Empire Ă partir de son titre. Parfois, on concĂšde au roi un droit Ă gouverner comme c'est le cas pour Charles Quint et son frĂšre, le roi des Romains Ferdinand Ier. Lorsque l'empereur meurt ou abdique, c'est le roi qui reprend directement le pouvoir impĂ©rial.
Depuis les dĂ©buts de l'Ăpoque moderne, le titre d'empereur implique davantage de puissance que ce dernier n'en possĂšde en rĂ©alitĂ©. Il ne peut pas ĂȘtre comparĂ© aux cĂ©sars romains ou aux empereurs du Moyen Ăge. L'empereur ne peut mener une politique efficace qu'en collaborant avec les Ă©tats impĂ©riaux et en particulier les princes-Ă©lecteurs. Des jurisconsultes du XVIIIe siĂšcle divisent souvent les compĂ©tences impĂ©riales en trois groupes. Le premier regroupe les droits comitiaux (iura comitialia) auxquels la DiĂšte d'Empire doit donner son approbation. On compte parmi ces droits les impĂŽts impĂ©riaux, les lois impĂ©riales tout comme les dĂ©clarations de guerre ou les traitĂ©s de paix qui concernent l'ensemble de l'Empire[225]. Le second groupe regroupe les droits rĂ©servĂ©s limitĂ©s de l'empereur (iura caesarea reservata limitata) comme la convocation de la DiĂšte d'Empire, la frappe de la monnaie ou la mise en place de droits de douane qui nĂ©cessitent l'approbation des princes-Ă©lecteurs. Quant au troisiĂšme groupe, celui des droits rĂ©servĂ©s illimitĂ©s (iura reservata illimitata ou iura reservata), ce sont les droits que l'empereur peut exercer dans tout l'Empire sans aucune approbation des princes-Ă©lecteurs. Les plus importants de ces droits sont celui de nommer des conseillers, de prĂ©senter un ordre du jour Ă la DiĂšte d'Empire, et d'anoblir. Il existe d'autres droits moins importants pour la politique impĂ©riale comme celui d'attribuer des grades acadĂ©miques ou de lĂ©gitimer des enfants naturels.
Les droits impĂ©riaux se sont modifiĂ©s au cours de l'Ăpoque moderne pour devenir des droits requĂ©rant de plus en plus une approbation. La mise au ban Ă©tait Ă l'origine un droit rĂ©servĂ©, elle est devenue ensuite un droit comitial tributaire de l'approbation de la DiĂšte d'Empire.
L'électeur de Mayence détient une position éminente au sein du Saint-Empire romain germanique. Il préside le collÚge électoral, c'est-à -dire qu'il convoque les six autres grands électeurs pour le choix du nouveau roi à Francfort-sur-le-Main. Il est le premier dans le processus d'élection du roi des Romains et pour les délibérations sur les capitulations[224].
Il a en outre la charge du sacre et de lâonction du nouvel empereur. Il est de droit archichancelier, et au plan protocolaire le premier conseiller de la DiĂšte d'Empire. Il exerce le contrĂŽle des archives de cette assemblĂ©e et dĂ©tient une position particuliĂšre au sein du Conseil aulique et de la Chambre impĂ©riale de justice. En tant que prince de l'Ătat mandataire, la direction du Cercle Ă©lectoral du Rhin lui revient[226]. Toutefois la plupart de ces fonctions ont plutĂŽt un caractĂšre reprĂ©sentatif, et en tant que telles donnent surtout un poids politique au prince-archevĂȘque.
Le concept d'Ă©tats impĂ©riaux dĂ©signe les personnes immĂ©diates ou les corporations qui peuvent siĂ©ger et ont droit de citĂ© Ă la DiĂšte d'Empire[227]. Ils ne sont les sujets d'aucun seigneur et acquittent leurs impĂŽts Ă l'Empire. C'est au dĂ©but du XVe siĂšcle que ces Ătats acquiĂšrent dĂ©finitivement leur importance. On peut citer parmi les Ă©tats impĂ©riaux le royaume de BohĂȘme, le comtĂ© palatin du Rhin, le duchĂ© de Saxe ou la marche de Brandebourg.
Si on diffĂ©rencie les Ă©tats impĂ©riaux en termes de rang, on les distingue aussi entre Ătats temporels et Ătats spirituels. Cette diffĂ©rentiation est d'autant plus importante que des dignitaires ecclĂ©siastiques du Saint-Empire comme les archevĂȘques et les Ă©vĂȘques peuvent Ă©galement ĂȘtre des suzerains. Ă cĂŽtĂ© du diocĂšse dans lequel l'Ă©vĂȘque est le chef de l'Ăglise, ce dernier gouverne Ă©galement souvent sur une partie du territoire du diocĂšse en tant que suzerain. Dans ses territoires, le dignitaire ecclĂ©siastique promulgue des lois, encaisse les impĂŽts, octroie des privilĂšges tout comme le ferait un seigneur temporel. Afin de montrer son double rĂŽle de chef spirituel et temporel, l'Ă©vĂȘque prend alors le titre de prince-Ă©vĂȘque. Seul ce rĂŽle temporel des princes-Ă©vĂȘques justifie leur appartenance aux Ă©tats impĂ©riaux.
Les princes-Ă©lecteurs sont un groupe de princes d'Empire ayant le droit d'Ă©lire le roi des Romains[224]. Ils sont les piliers de l'Empire. Le collĂšge des princes-Ă©lecteurs reprĂ©sente l'Empire face Ă l'empereur et agit comme la voix de l'Empire. Le collĂšge des Ă©lecteurs est le cardo imperii, la charniĂšre entre l'empereur et l'Empire. Les princes-Ă©lecteurs temporels dĂ©tiennent les postes impĂ©riaux (ErzĂ€mter)[228] : archi-marĂ©chal pour la Saxe, archi-chambellan pour le Brandebourg, archi-Ă©chanson pour la BohĂȘme, archi-porte-Ă©tendard pour le Hanovre, archi-trĂ©sorier pour la BaviĂšre, archi-chanceliers pour les archevĂȘques de Mayence, Cologne et TrĂšves[227]. L'un des rĂŽles les plus importants est celui que tient l'archevĂȘque de Mayence en tant que chancelier. Il contrĂŽle diffĂ©rents postes de l'Empire comme la Chambre impĂ©riale de justice ou la DiĂšte[229].
C'est Ă la fin du Moyen Ăge que se constitue le collĂšge des Ă©lecteurs dont le nombre de sept est dĂ©fini par la Bulle d'or de 1356. En font partie les trois princes-archevĂȘques de Mayence, Cologne et TrĂšves (Ă©lecteurs ecclesiastiques) et les quatre Ă©lecteurs laĂŻcs, le roi de BohĂȘme, le margrave de Brandebourg, le comte palatin du Rhin et le duc de Saxe. En 1632, l'empereur Ferdinand II octroie la charge Ă©lectorale palatine au duchĂ© de BaviĂšre. Ce sont les traitĂ©s de Westphalie qui rĂ©investissent le Palatinat comme huitiĂšme Ă©lectorat (le Palatinat et la BaviĂšre sont Ă nouveau rĂ©unis comme Ă©lectorat unique en 1777). En 1692, c'est au duchĂ© de Brunswick-Lunebourg que revient la neuviĂšme charge Ă©lectorale[230] qui n'est cependant confirmĂ©e par la diĂšte qu'en 1708. Le roi de BohĂȘme joue alors un rĂŽle particulier puisque depuis les croisades contre les Hussites, il ne participe plus qu'Ă l'Ă©lection royale sans prendre part aux autres activitĂ©s du collĂšge des Ă©lecteurs, situation qui n'est changĂ©e qu'en 1708.
Grùce à leur droit électif et à leur position privilégiée par rapport aux autres princes d'Empire, les princes-électeurs ont un rÎle décisif sur la politique de l'Empire en particulier jusqu'à la fin de la Guerre de Trente Ans. Jusque dans les années 1630, ils portent la responsabilité pour l'Empire en tant qu'ensemble. C'est à partir de cette époque que leur revendication de pouvoir exclusif est controversée et remise en cause. Dans les années 1680, la DiÚte voit son rÎle redoré, diminuant ainsi fortement l'influence du collÚge des princes-électeurs qui y reste cependant le groupe le plus important
Le groupe des princes d'Empire constituĂ© au milieu du Moyen Ăge regroupe tous les princes qui obtiennent leur fief directement de l'empereur. Ce sont des vassaux immĂ©diats. Font partie des princes d'Empire les vieilles maisons comme celle de Hesse mais Ă©galement d'autres maisons Ă©levĂ©es par la suite Ă ce rang pour services rendus comme celle des Hohenzollern[231]. Tout comme les princes-Ă©lecteurs, les princes d'Empire se divisent en deux groupes : les princes temporels et les princes religieux.
D'aprĂšs la Matricule d'Empire de 1521, les quatre archevĂȘques de Magdebourg, Salzbourg, Besançon et BrĂȘme ainsi que quarante-six Ă©vĂȘques font partie des princes d'Empire religieux[232]. Jusqu'en 1792, ce nombre se rĂ©duit Ă trente-trois dont les deux archevĂȘques de Salzbourg et Besançon et vingt-deux Ă©vĂȘques. Contrairement au nombre des princes d'Empire religieux qui diminue d'un tiers jusqu'Ă la chute de l'Empire, le nombre des princes d'Empire temporels augmente quant Ă lui de plus du double. La Matricule d'Empire de Worms de 1521 en compte vingt-quatre. Ă la fin du XVIIIe siĂšcle, leur nombre est de 61[233].
Lors de la DiÚte d'Augsbourg de 1582, l'accroissement du nombre des princes d'Empire est réduit aux dynasties. L'appartenance aux états impériaux est désormais liée au territoire du prince, c'est-à -dire que si une dynastie s'éteint, le nouveau seigneur du territoire reprend cette appartenance. Dans le cas d'un partage d'héritage, les héritiers la reprennent conjointement[234].
Les princes d'Empire forment le banc des princes Ă la DiĂšte d'Empire. Il est divisĂ© selon la nature de leur pouvoir, temporel ou spirituel. Les voix de chaque prince sont liĂ©es au pouvoir qu'il exerce sur un territoire, le nombre des voix Ă©tant dĂ©fini par la Matricule d'Empire. Si un prince temporel ou spirituel rĂšgne sur plusieurs territoires, il dispose d'un nombre de voix correspondant[235]. Les plus grands des princes sont en majoritĂ© supĂ©rieurs aux princes-Ă©vĂȘques en matiĂšre de pouvoir et de grandeur territoriale et exigent en consĂ©quence depuis le deuxiĂšme tiers du XVIIe siĂšcle une assimilation politique et cĂ©rĂ©monielle des princes d'Empire avec les princes-Ă©lecteurs.
Ă cĂŽtĂ© des archevĂȘques et des Ă©vĂȘques membres du corps des princes d'Empire, on trouve les dirigeants des abbayes et des chapitres immĂ©diats qui forment un corps particulier au sein de l'Empire : les prĂ©lats d'Empire parmi lesquels on trouve donc les abbĂ©s d'Empire, les prieurs d'Empire et les abbesses d'Empire[236]. La Matricule d'Empire de 1521 compte 83 prĂ©lats d'Empire. Leur nombre diminue jusqu'en 1792 Ă cause des mĂ©diatisations, des sĂ©cularisations, des cessions Ă d'autres Ătats europĂ©ens ou des nominations au rang de princes pour atteindre 40[236]. La sĂ©cession de la confĂ©dĂ©ration helvĂ©tique contribue Ă©galement Ă la diminution du nombre des prĂ©lats d'Empire. Saint-Gall, Schaffhouse, Einsiedeln et leurs abbayes correspondantes ne font alors plus partie de l'Empire.
Les territoires des prĂ©lats d'Empire sont le plus souvent trĂšs petits, n'englobant parfois que quelques bĂątiments. Ils ne peuvent donc qu'avec peine se soustraire Ă l'emprise des territoires avoisinants. La majoritĂ© des prĂ©latures d'Empire se situent dans le sud-ouest de l'Empire. Leur proximitĂ© gĂ©ographique laisse se dessiner une cohĂ©sion qui se concrĂ©tise en 1575 avec la fondation du banc des prĂ©lats souabes (SchwĂ€bisches ReichsprĂ€latenkollegium) qui renforce leur poids[237]. Ă la DiĂšte d'Empire, ce collĂšge forme un groupe fermĂ© et possĂšde une voix curiale ayant le mĂȘme poids que celle des princes d'Empire. Tous les autres prĂ©lats d'Empire forment le banc des prĂ©lats rhĂ©nans (Rheinisches ReichsprĂ€latenkollegium) qui possĂšde Ă©galement une voix propre[237]. Ces derniers n'ont toutefois pas l'influence des prĂ©lats souabes du fait de leur Ă©parpillement gĂ©ographique plus grand.
Ce groupe est celui qui compte le plus de membres parmi les états impériaux et regroupe les nobles qui ne sont pas parvenus à faire un fief de leur territoire étant donné que les comtes ne sont à l'origine que les administrateurs de propriétés impériales ou plutÎt les représentants du roi dans certains territoires. Intégrés dans la hiérarchie de l'Empire en 1521, les comtes se trouvent entre les princes territoriaux et les chevaliers d'Empire[238] et exercent un réel pouvoir seigneurial[239] ainsi qu'un rÎle politique important à la cour[240].
MalgrĂ© tout, les comtes, tout comme les grands princes, cherchent Ă transformer leurs possessions en un Ătat territorial. Dans les faits, ces derniers sont seigneurs depuis le haut Moyen Ăge et intĂšgrent parfois le groupe des princes d'Empire comme par exemple le comtĂ© de Wurtemberg devenu duchĂ© en 1495.
Les nombreux territoires comtaux â la Matricule d'Empire de 1521 compte en effet 143 comtĂ©s â, le plus souvent petits, contribuent de maniĂšre significative Ă l'impression d'Ă©miettement du territoire impĂ©rial. La liste de 1792 en laisse apparaĂźtre encore cent, ce qui est Ă mettre sur le compte non des nombreuses mĂ©diatisations ou des extinctions de familles mais bien plus sur celui de la nomination de nombreux comtes au rang de comtes d'Empire mais qui n'ont alors plus disposĂ© d'un territoire immĂ©diat.
Les villes d'Empire forment une exception politique et juridique dans le sens oĂč l'appartenance aux Ă©tats impĂ©riaux n'est pas liĂ©e Ă une personne mais Ă une ville en tant qu'ensemble reprĂ©sentĂ© par un conseil. Les villes d'Empire se diffĂ©rencient des autres villes en n'ayant que l'empereur pour souverain[241]. Juridiquement, elles sont les Ă©gales des autres territoires de l'Empire. Toutefois, elles ne possĂšdent pas toutes le droit de siĂ©ger et de voter Ă la DiĂšte d'Empire. Seuls trois quarts des 86 villes d'Empire citĂ©es par la Matricule de 1521[242] siĂšgent Ă la diĂšte. Pour les autres, l'appartenance aux Ă©tats impĂ©riaux n'a jamais Ă©tĂ© octroyĂ©e. C'est ainsi qu'Hambourg ne siĂšge Ă la diĂšte qu'en 1770 Ă©tant donnĂ© que le Danemark conteste ce statut qu'il n'accepte qu'en 1768 avec le traitĂ© de Gottorp.
On trouve les fondements des villes d'Empire dans les fondations des villes par les empereurs au Moyen Ăge. Ces villes considĂ©rĂ©es aprĂšs comme villes de l'Empire sont ensuite uniquement subordonnĂ©es Ă l'empereur. On trouve Ă©galement des villes qui Ă la fin du Moyen Ăge, renforcĂ©es par la Querelle des Investitures, parviennent Ă se libĂ©rer du pouvoir des seigneurs religieux. Ces derniĂšres appelĂ©es Villes libres n'ont, contrairement aux villes d'Empire, aucun impĂŽt ou troupe Ă fournir Ă l'empereur. Ă partir de 1489, les villes d'Empire et les villes libres forment le collĂšge des villes d'Empire et sont rassemblĂ©es sous le terme de Villes libres et d'Empire (Freie- und ReichsstĂ€dte), dĂ©signation qui au fil du temps devient Villes libres d'Empire.
En 1792, on ne compte plus que 51 villes d'Empire. AprĂšs le RecĂšs d'Empire de 1803, on n'en compte plus que six : LĂŒbeck, Hambourg, BrĂȘme, Francfort, Augsbourg et Nuremberg[190]. Le rĂŽle et le poids de ces villes n'avaient fait que diminuer depuis le Moyen Ăge Ă©tant donnĂ© que beaucoup d'entre elles Ă©taient petites et ne pouvaient qu'Ă grand peine se soustraire Ă la pression des territoires proches. Lors des rĂ©unions de la DiĂšte d'Empire, l'avis des villes d'Empire Ă©tait la plupart du temps pris en note uniquement pour la forme aprĂšs que celles-ci s'Ă©taient mises d'accord avec les princes-Ă©lecteurs et les princes d'Empire.
L'ordre immĂ©diat des chevaliers d'Empire (Reichsritter) ne fait pas partie des Ă©tats impĂ©riaux, on ne trouve donc aucune trace de ces derniers dans la Matricule de 1521[243]. Les chevaliers d'Empire font partie de la basse noblesse et forment leur propre Ătat au sortir du Moyen Ăge. Ils ne parviennent certes pas Ă obtenir une reconnaissance totale comme les comtes d'Empire mais opposent une rĂ©sistance Ă l'emprise des divers princes territoriaux et conservent ainsi leur immĂ©diatetĂ©[244]. L'empereur requiert souvent les services des chevaliers d'Empire[241] qui parviennent ensuite Ă exercer une trĂšs grande influence au sein de l'armĂ©e, au sein de l'administration de l'Empire mais Ă©galement sur les princes territoriaux.
Les chevaliers jouissent de la protection spĂ©ciale de l'empereur mais restent exclus de la diĂšte ainsi que de la constitution des cercles impĂ©riaux. Les seuls chevaliers d'Empire prĂ©sents Ă la diĂšte sont ceux qui sont en mĂȘme temps des princes ecclĂ©siastiques[245]. Leur soulĂšvement entre 1521 et 1526 contre l'empereur marque la volontĂ© des chevaliers de faire partie des Ă©tats impĂ©riaux[246]. Ă partir de la fin du Moyen Ăge, ils se rassemblent en diffĂ©rents groupes qui leur permettent de protĂ©ger leurs droits et privilĂšges et de remplir leurs devoirs vis-Ă -vis de l'empereur. C'est pourquoi la chevalerie d'Empire s'organise Ă partir du milieu du XVIe siĂšcle en quinze cantons (Ritterorte) eux-mĂȘmes regroupĂ©s en trois cercles (Ritterkreise) : ceux de Souabe, de Franconie et Am Rhein[241]. Les cantons se constituent Ă partir du XVIIe siĂšcle d'aprĂšs le modĂšle de la confĂ©dĂ©ration helvĂ©tique. Ă partir de 1577 se dĂ©roulent des rassemblements de chevaliers d'Empire appelĂ©s Generalkorrespondenztage. Toutefois, les cercles et les cantons restent trĂšs importants en raison de leur fort ancrage territorial.
Les villages d'Empire sont reconnus par les traités de Westphalie de 1648 aux cÎtés des autres états impériaux et de la chevalerie d'Empire. Ils sont les reliquats des bailliages dissous au XVe siÚcle. Les villages d'Empire, peu nombreux, se composent de communes ou de minuscules morceaux de territoire situés sur d'anciennes terres de la couronne. Uniquement subordonnés à l'empereur, ils possÚdent l'auto-administration ainsi que la haute juridiction. Des 120 villages d'Empire existants à l'origine, on n'en trouve plus que cinq en 1803 qui sont rattachés dans le cadre de la médiatisation due au RecÚs d'Empire à de grandes principautés voisines[247].
La DiĂšte d'Empire (Reichstag) est le rĂ©sultat le plus important et le plus durable des rĂ©formes impĂ©riales de la fin du XVe siĂšcle et du dĂ©but du XVIe siĂšcle[248]. Elle se dĂ©veloppe depuis l'Ă©poque de Maximilien Ier et en particulier Ă partir de 1486 oĂč le mode de dĂ©libĂ©ration est divisĂ© entre les princes-Ă©lecteurs et les princes d'Empire[248] pour devenir par la suite l'institution constitutionnelle et juridique suprĂȘme sans qu'il y ait eu cependant un acte fondateur ou un fondement lĂ©gal. Dans le combat entre l'empereur et les princes d'Empire pour que l'Empire soit plus centralisĂ© d'une part ou plus fĂ©dĂ©raliste de l'autre, la DiĂšte se rĂ©vĂšle ĂȘtre le garant de l'Empire. La DiĂšte comporte trois bancs : celui des princes-Ă©lecteurs, celui des princes d'Empire et celui des villes d'Empire[249].
Jusqu'en 1653-1654, la DiĂšte se rĂ©unit dans diffĂ©rentes villes d'Empire puis Ă partir de 1663, elle se rĂ©unit en diĂšte perpĂ©tuelle Ă Ratisbonne. La DiĂšte ne peut ĂȘtre convoquĂ©e que par l'empereur qui cependant est obligĂ© Ă partir de 1519 de recueillir l'approbation des princes-Ă©lecteurs avant d'envoyer les diffĂ©rentes convocations. L'empereur a Ă©galement le droit de fixer l'ordre du jour sans toutefois exercer une grande influence sur les thĂšmes discutĂ©s. La DiĂšte est dirigĂ©e par l'archevĂȘque de Mayence qui exerce un rĂŽle politique important[229], elle peut durer de quelques semaines Ă plusieurs mois. Les dĂ©cisions de la DiĂšte sont consignĂ©es dans les recĂšs d'Empire (Reichsabschied). Le dernier d'entre eux, le Dernier recĂšs impĂ©rial (recessus imperii novissimus), date de 1653-1654[225].
La permanence de la DiĂšte perpĂ©tuelle d'Empire aprĂšs 1663 n'a jamais Ă©tĂ© formellement dĂ©cidĂ©e mais a dĂ©coulĂ© des circonstances des dĂ©libĂ©rations. La DiĂšte perpĂ©tuelle se dĂ©veloppe trĂšs vite du fait de sa permanence en un simple congrĂšs d'envoyĂ©s oĂč les Ă©tats impĂ©riaux apparaissent trĂšs rarement. Ătant donnĂ© qu'il n'a jamais formellement Ă©tĂ© mis fin Ă la DiĂšte perpĂ©tuelle, les dĂ©cisions qui y ont Ă©tĂ© prises sont rassemblĂ©es sous la forme d'un Conclusum d'Empire (Reichsschluss)[225]. La ratification de ces conclusions est le plus souvent faite par le reprĂ©sentant de l'empereur, le Commissaire principal (Prinzipalkommissar), sous la forme de dĂ©crets de commission impĂ©riaux (Kaiserlichen Commissions-Decrets).
Les lois nĂ©cessitent l'approbation des trois groupes et l'empereur les ratifie[245]. Si des dĂ©cisions sont prises Ă la majoritĂ© ou Ă l'unanimitĂ© dans les conseils d'Ătats respectifs, les rĂ©sultats des consultations sont Ă©changĂ©s et l'on essaie de prĂ©senter Ă l'empereur une dĂ©cision commune aux Ă©tats impĂ©riaux. En raison d'un processus toujours plus difficile, on essaie Ă©galement de faciliter les dĂ©cisions en mettant diffĂ©rentes commissions en place. AprĂšs la RĂ©forme et la Guerre de Trente Ans, se constituent en consĂ©quence de la division confessionnelle de 1653 le Corpus Evangelicorum puis le Corpus Catholicorum. Ces deux groupes rassemblent des Ă©tats impĂ©riaux des deux confessions et discutent sĂ©parĂ©ment des affaires de l'Empire. Les TraitĂ©s de Westphalie stipulent en effet que les questions religieuses doivent ĂȘtre rĂ©glĂ©es non plus selon le principe de majoritĂ© mais selon celui de consensus.
Les cercles impĂ©riaux naissent Ă la suite de la rĂ©forme de l'Empire Ă la fin du XVe siĂšcle ou plus sĂ»rement au dĂ©but du XVIe siĂšcle avec la promulgation de la Paix perpĂ©tuelle Ă Worms en 1495. Les six premiers cercles impĂ©riaux sont instituĂ©s Ă la DiĂšte d'Augsbourg de 1500 en mĂȘme temps que la crĂ©ation du Gouvernement d'Empire (Reichsregiment)[250]. Ils ne sont alors dĂ©signĂ©s que par des numĂ©ros et se composent de groupes de tous les Ă©tats impĂ©riaux, exceptĂ©s les princes-Ă©lecteurs. Avec la crĂ©ation de quatre cercles impĂ©riaux supplĂ©mentaires en 1517, les territoires hĂ©rĂ©ditaires des Habsbourg et les Ă©lectorats sont intĂ©grĂ©s Ă la constitution des cercles. Les cercles sont : l'Autriche, la Bourgogne, l'Ă©lectorat du Rhin, la Basse-Saxe, la Haute-Saxe, la BaviĂšre, le Haut-Rhin, la Souabe, la Franconie et le Bas-Rhin-Westphalie[250]. Jusqu'Ă la chute de l'Empire, l'Ă©lectorat et le royaume de BohĂȘme et les territoires qui y sont liĂ©s â SilĂ©sie, Lusace et Moravie â restent en dehors de cette division en cercles tout comme la confĂ©dĂ©ration helvĂ©tique, la chevalerie d'Empire, les fiefs situĂ©s en Italie impĂ©riale et quelques comtĂ©s et seigneuries d'Empire[250] comme Jever.
Leur mission rĂ©side principalement dans la prĂ©servation et le rĂ©tablissement de la paix nationale en assurant une cohĂ©sion gĂ©ographique entre eux, les cercles s'entraidant en cas de difficultĂ©s[250]. Ils ont Ă©galement pour mission de rĂ©soudre les conflits qui Ă©clatent, de faire exĂ©cuter les lois impĂ©riales[251], de les imposer si besoin, d'encaisser les impĂŽts[252] mais aussi de mener une politique commerciale, monĂ©taire ou encore de santĂ©[253]. Les cercles impĂ©riaux disposent d'une diĂšte oĂč sont discutĂ©es les diffĂ©rentes affaires Ă©conomiques, politiques ou militaires, faisant d'eux des acteurs politiques importants, notamment en ce qui concerne la Chambre impĂ©riale de justice. Pour Jean Schillinger, les cercles ont probablement « jouĂ© un rĂŽle important dans l'Ă©mergence d'une conscience rĂ©gionale dans des territoires comme la Westphalie, la Franconie ou la Souabe[254] ».
La Chambre impĂ©riale de justice est officiellement créée le 7 aoĂ»t 1495 en mĂȘme temps qu'est menĂ©e la rĂ©forme de l'Empire et qu'est instaurĂ©e la Paix perpĂ©tuelle sous le rĂšgne de l'empereur Maximilien Ier, mais elle avait dĂ©jĂ Ă©tĂ© instituĂ©e sous Sigismond en 1415[115]. Elle fonctionne jusqu'en 1806. Elle est avec le Conseil aulique le tribunal suprĂȘme de l'Empire et a pour mission de mettre en place une procĂ©dure rĂ©glementĂ©e pour Ă©viter les guerres privĂ©es ou encore la violence. C'est une institution « professionnalisĂ©e et bureaucratisĂ©e[255] ». La Chambre se compose d'un juge et de seize assesseurs divisĂ©s par moitiĂ© entre chevaliers d'Empire et juristes[256]. La premiĂšre session a lieu le 31 octobre 1495, la Chambre siĂšge alors Ă Francfort-sur-le-Main[257]. AprĂšs avoir Ă©galement siĂ©gĂ© Ă Worms, Augsbourg, Nuremberg, Ratisbonne, Spire et Esslingen, elle siĂšge Ă Spire Ă partir de 1527[258]. Lorsque Spire est dĂ©truite lors de la Guerre de la Ligue d'Augsbourg, la Chambre part pour Wetzlar oĂč elle siĂšge de 1689 Ă 1806.
Ă partir de la DiĂšte d'Empire de Constance de 1507, les princes-Ă©lecteurs envoient six assesseurs Ă la Chambre, tout comme les cercles impĂ©riaux. L'empereur en nomme deux pour ses territoires hĂ©rĂ©ditaires et les deux derniers siĂšges sont choisis par les comtes et les seigneurs, soit un nombre total de seize assesseurs[259]. Les assesseurs dĂ©missionnaires sont remplacĂ©s sur proposition des cercles. Lorsque le nombre des assesseurs passe Ă 24 en 1550[260], le rĂŽle des cercles impĂ©riaux reste intact en regard de leur importance pour la paix perpĂ©tuelle qu'ils doivent prĂ©server. Ă partir de cette Ă©poque, chaque cercle a le droit d'envoyer deux reprĂ©sentants : un juriste expĂ©rimentĂ© et un reprĂ©sentant de la chevalerie d'Empire. MĂȘme aprĂšs les TraitĂ©s de Westphalie oĂč le nombre des assesseurs est de nouveau augmentĂ© pour atteindre les cinquante (26 catholiques et 24 protestants)[260] et aprĂšs le Dernier recĂšs impĂ©rial, la moitiĂ© des assesseurs sont des reprĂ©sentants des cercles impĂ©riaux.
En créant la Chambre impériale de justice, l'empereur perd son rÎle de juge absolu laissant le champ libre à l'influence des états impériaux[261], ces derniers sont d'ailleurs chargés de faire appliquer les décisions de justice[262]. Cela n'avait pas été le cas depuis le début du XVe siÚcle avec la cour d'appel royale. Les premiÚres lois qui sont promulguées comme la Paix perpétuelle ou l'impÎt appelé Denier commun montrent toutes ensemble le succÚs des états impériaux face à l'empereur. Ce succÚs est également visible à travers le lieu de siÚge, une ville d'Empire située loin de la résidence impériale[263]. En tant que Cour d'Appel, la Chambre impériale permet aux sujets de faire des procÚs à leurs seigneurs respectifs[264].
Comme les Ă©tats impĂ©riaux participent Ă l'Ă©tablissement et Ă l'organisation de la Chambre, ils doivent aussi participer aux frais occasionnĂ©s Ă©tant donnĂ© que les taxes et autres prĂ©lĂšvements sont insuffisants. Il y rĂšgne en effet une « misĂšre financiĂšre[260] ». Afin que la Chambre puisse fonctionner, les Ătats provinciaux approuvent un impĂŽt impĂ©rial permanent (le Kammerzieler) aprĂšs que le Denier Commun a Ă©tĂ© refusĂ© comme impĂŽt gĂ©nĂ©ral par la DiĂšte de Constance en 1507. MalgrĂ© un montant fixĂ© et un Ă©chĂ©ancier, les paiements sont sans cesse repoussĂ©s[265], ce qui cause de longues interruptions dans le travail de la Chambre. Toutefois, Jean Schillinger souligne que la Chambre a beaucoup fait pour l'unification juridique de l'Empire[254].
Avec la Chambre impĂ©riale de justice, le Conseil aulique siĂ©geant Ă Vienne est l'instance judiciaire suprĂȘme. Ses membres nommĂ©s par l'empereur forment un groupe chargĂ© de le conseiller[266]. Le Conseil aulique se compose de douze Ă dix-huit membres Ă l'origine pour atteindre le nombre de vingt-quatre en 1657 puis de trente en 1711[266]. Certains territoires relĂšvent de la juridiction commune des deux instances mais certains cas ne peuvent ĂȘtre traitĂ©s que par le Conseil aulique comme les questions de fiefs, l'Italie impĂ©riale incluse, et les droits rĂ©servĂ©s impĂ©riaux.
Ătant donnĂ© que le Conseil aulique ne se tient pas Ă un rĂšglement juridique comme le fait la Chambre impĂ©riale, les procĂ©dures devant le Conseil aulique sont en gĂ©nĂ©ral rapides et non-bureaucratiques. De plus, il diligente de nombreuses commissions formĂ©es d'Ă©tats impĂ©riaux neutres pour enquĂȘter sur les Ă©vĂ©nements sur place[267]. Les plaignants protestants se sont souvent demandĂ© si le Conseil aulique qu'ils considĂšrent comme partial leur Ă©tait destinĂ© â l'empereur est en effet catholique[268].
Lors de sa fondation, le territoire impĂ©rial compte environ 470 000 kilomĂštres carrĂ©s. Selon des estimations grossiĂšres, on compte environ dix habitants par kilomĂštre carrĂ©[269] sous Charlemagne. La partie occidentale qui avait appartenu Ă l'Empire romain est plus peuplĂ©e que la partie orientale. Au milieu du XIe siĂšcle, l'Empire compte 800 000 Ă 900 000 kilomĂštres carrĂ©s et il regroupe environ huit Ă dix millions d'habitants. Pendant tout le haut Moyen Ăge, la population augmente pour atteindre 12 Ă 14 millions Ă la fin du XIIIe siĂšcle. Toutefois, les vagues de peste et la fuite de nombreux Juifs en Pologne au XIVe siĂšcle signent un recul significatif. Ă partir de 1032, l'Empire se compose du Regnum Francorum (Francie orientale), appelĂ© plus tard Regnum Teutonicorum, du Regnum Langobardorum ou Regnum Italicum correspondant Ă l'actuelle Italie du Nord et du centre, et du royaume de Bourgogne.
Le processus de formation d'un Ătat-nation et de son institutionnalisation dans les autres pays europĂ©ens comme la France et l'Angleterre Ă la fin du Moyen Ăge et au dĂ©but de l'Ăpoque moderne recouvre aussi la nĂ©cessitĂ© de possĂ©der des frontiĂšres extĂ©rieures clairement dĂ©finies Ă l'intĂ©rieur desquelles l'Ătat est prĂ©sent. Au Moyen Ăge, il s'agit, contrairement aux frontiĂšres modernes prĂ©cisĂ©ment dĂ©finies sur les cartes, de zones frontaliĂšres plus ou moins larges comportant des chevauchements. Ă partir du XVIe siĂšcle, on peut reconnaĂźtre une surface territoriale propre Ă chaque territoire d'empire et Ă chaque Ătat europĂ©en.
Le Saint-Empire romain germanique regroupe au contraire tout au long de l'Ăpoque moderne des territoires reliĂ©s Ă©troitement Ă lui, des zones oĂč la prĂ©sence de l'Empire est rĂ©duite et des territoires en marge qui ne prennent aucune part au systĂšme politique de l'Empire bien qu'ils soient considĂ©rĂ©s comme en faisant partie. L'appartenance Ă l'Empire se dĂ©finit bien plus par la vassalitĂ© au roi ou Ă l'empereur et par les consĂ©quences juridiques qui en dĂ©coulent.
Les frontiĂšres de l'Empire au nord sont assez claires en raison des cĂŽtes maritimes et de l'Eider qui sĂ©pare le duchĂ© de Holstein faisant partie de l'Empire et le duchĂ© de Schleswig, fief du Danemark. Au sud-est les territoires hĂ©rĂ©ditaires des Habsbourg avec l'Autriche sous l'Enns, la Styrie, la Carniole, le Tyrol et l'Ă©vĂȘchĂ© de Trente marquent Ă©galement clairement les frontiĂšres de l'Empire. Au nord-est, la PomĂ©ranie et le Brandebourg appartiennent Ă l'Empire. Le territoire de l'Ordre teutonique en revanche est considĂ©rĂ© par la plupart des historiens comme n'en faisant pas partie bien qu'il soit d'imprĂ©gnation allemande et qu'il soit considĂ©rĂ© dĂ©jĂ en 1226 avant sa fondation comme un fief impĂ©rial dans la Bulle d'Or de Rimini[270]. Il possĂšde alors des privilĂšges, ce qui aurait Ă©tĂ© insensĂ© si ce territoire n'avait pas appartenu Ă l'Empire. La DiĂšte d'Augsbourg de 1530 dĂ©clare la Livonie membre de l'Empire. Cette mĂȘme DiĂšte s'est longtemps refusĂ©e Ă transformer ce territoire en duchĂ© polonais.
En gĂ©nĂ©ral, le Royaume de BohĂȘme est reprĂ©sentĂ© sur les cartes comme faisant partie de l'Empire. Cela est d'autant plus correct que la BohĂȘme est un fief impĂ©rial et le roi de BohĂȘme â dignitĂ© créée seulement sous les Hohenstaufen â est un prince-Ă©lecteur. Toutefois, dans la population parlant en majoritĂ© le tchĂšque, le sentiment d'appartenance Ă l'Empire est trĂšs faible, on trouve mĂȘme des traces de ressentiment[271].
Ă l'ouest et dans le sud-ouest de l'Empire, les frontiĂšres restent floues. Les Pays-Bas en sont un bon exemple. Les Dix-sept Provinces, qui regroupent alors l'actuelle Belgique (Ă l'exception de la principautĂ© de LiĂšge), les Pays-Bas et le Luxembourg, sont transformĂ©s en 1548 par le TraitĂ© de Bourgogne en un territoire oĂč la prĂ©sence impĂ©riale est faible. Le territoire ne fait par exemple plus partie de la juridiction de l'Empire mais il en reste toutefois membre. AprĂšs la Guerre de Trente Ans, en 1648, les treize provinces nĂ©erlandaises ne sont plus considĂ©rĂ©es comme faisant partie de l'Empire, ce que personne ne contredit.
Au XVIe siĂšcle, les Ă©vĂȘchĂ©s de Metz, Toul et Verdun sont progressivement pris par la France, tout comme la ville de Strasbourg annexĂ©e en 1681. Quant Ă la ConfĂ©dĂ©ration helvĂ©tique, elle n'appartient de fait plus Ă l'Empire Ă partir de 1648[153] mais, dĂ©jĂ depuis la Paix de BĂąle de 1499, elle ne prend plus part Ă la politique impĂ©riale. MalgrĂ© tout, la thĂšse autrefois soutenue selon laquelle la Paix de BĂąle aurait signifiĂ© de facto une sĂ©cession de la ConfĂ©dĂ©ration de l'Empire ne tient plus car les territoires fĂ©dĂ©raux avaient continuĂ© Ă se considĂ©rer comme partie intĂ©grante de l'Empire[272]. La Savoie situĂ©e au sud de la Suisse appartient juridiquement parlant Ă l'Empire jusqu'en 1801 mais son appartenance avait Ă©tĂ© descellĂ©e depuis longtemps.
L'empereur revendique la suzerainetĂ© sur les territoires de l'Italie impĂ©riale, c'est-Ă -dire sur le grand-duchĂ© de Toscane, les duchĂ©s de Milan, Mantoue, ModĂšne, Parme et Mirandola. Le sentiment d'ĂȘtre allemand de ces territoires est Ă la hauteur de leur participation Ă la politique impĂ©riale : inexistante. Ils ne revendiquent pas les droits qu'a tout membre de l'Empire mais ne se soumettent pas non plus aux devoirs correspondants. En gĂ©nĂ©ral, ces territoires ne sont pas reconnus comme faisant partie de l'Empire. Cela Ă©tant, il subsistera jusquâĂ la fin du XVIIIe siĂšcle un relai de lâautoritĂ© impĂ©riale dans la pĂ©ninsule : un « PlĂ©nipotence » dâItalie, installĂ©e le plus souvent Ă Milan. Son chef (Plenipotentiarius, commissarius caesareus) et le procureur (Fiscalis imperialis per Italiam) qui lâassiste sont nommĂ©s par lâEmpereur. MĂȘme Ă lâĂ©poque moderne, il sâen faut que les droits impĂ©riaux en Italie soient devenus insignifiants. Et comme jadis au temps des Staufen rĂ©gnants sur le Royaume des Deux-Siciles, ils ont Ă©tĂ© «rĂ©activĂ©s » Ă diverses reprises par lâimplantation patrimoniale des Habsbourg dans la pĂ©ninsule.
Câest par lâeffet dâune mise au ban de lâEmpire des princes coupables dâavoir embrassĂ© le parti français pendant la guerre de Succession dâEspagne, que les possessions des Gonzagues (Mantoue et Castiglione) seront transfĂ©rĂ©es Ă la Maison dâAutriche (1707). Les successions ultĂ©rieures de Toscane (1718/1737), Parme (1718/1723) et ModĂšne (1771) seront rĂ©glĂ©es sur la base de leur qualitĂ© de fiefs dâEmpire. Le rite de lâinvestiture dâEmpire demeura la rĂšgle dans la plus grande partie du « Royaume dâItalie », Ă chaque mutation successorale de la famille rĂ©gnante ou Ă chaque avĂšnement impĂ©rial. En 1755, la maison de Savoie verse ainsi pour lâinvestiture du PiĂ©mont et de ses autres possessions 85 000 florins de taxes fĂ©odales Ă la chancellerie viennoise, tandis que les quatre Ătats (Toscane, Parme, GĂȘnes et Lucques) sur lesquels les droits impĂ©riaux ont fini par devenir les plus contentieux, ne sâen acquittent pas moins des contributions militaires levĂ©es au XVIIIe siĂšcle au nom de lâEmpire. La souverainetĂ© judiciaire de lâEmpire ne cessera pas de sâexercer en Italie : durant les vingt-cinq annĂ©es du rĂšgne de Joseph II, quelques 150 procĂšs italiens seront en instance au Conseil Aulique (« Reichshofrat »). Ces faits soulignent la pĂ©rennitĂ© au sein du Saint-Empire de cette Italie, que les atlas historiques croient en gĂ©nĂ©ral pouvoir retrancher Ă partie du milieu du XVIIe siĂšcle de la carte impĂ©riale.
Les origines ethniques de la population de l'Empire sont multiples. ParallĂšlement aux territoires de langue allemande, on trouve d'autres groupes linguistiques[273]. L'allemand et ses dialectes bas-, moyen-, et haut-allemands ne sont pas les seules langues, on trouve Ă©galement des langues slaves, l'ancĂȘtre du français moderne et l'italien. MĂȘme les territoires de langue allemande se diffĂ©rencient considĂ©rablement[273] en raison des conditions historiques diffĂ©rentes. Ă l'Ă©poque du regnum francorum, le latin est la langue officielle[274]. Tout ce qui concerne le droit est rĂ©digĂ© en latin[275]. Le latin est la langue internationale de l'Ă©poque et il va rester la langue de la diplomatie sous le Saint-Empire[276] et en Europe, et cela au moins jusqu'au milieu du XVIIe siĂšcle[277]. La langue allemande est quant Ă elle introduite Ă la chancellerie impĂ©riale Ă partir du rĂšgne de Louis IV[277]. AprĂšs les migrations germaniques, les territoires orientaux de la future partie de l'Empire de langue allemande Ă©taient par exemple peuplĂ©s en majoritĂ© par des Slaves et les territoires occidentaux par des Germains.
Dans le territoire occidental dominé par les Germains, surtout dans le sud, il y a encore des influences celtiques tout comme des influences de l'Empire romain. Sur le plan régional, ces influences sont trÚs disparates. Au fil du temps, les différents groupes de population se sont mélangés. Le mélange ethnique a été particuliÚrement varié dans le territoire appartenant autrefois à l'Empire romain (au sud ouest du limes). Malgré les migrations, on trouve dans cette partie du territoire des influences ethniques de différentes régions de l'Empire romain.
Les territoires orientaux de la sphĂšre linguistique allemande ont Ă©tĂ© progressivement intĂ©grĂ©s Ă l'Empire, mais certains jamais comme la Prusse-Orientale. Ces territoires, peuplĂ©s Ă l'origine presque exclusivement par des Baltes, ont Ă©tĂ© germanisĂ©s dans des proportions diverses Ă la suite de lâOstsiedlung (expansion vers l'Est) par des colons venant des territoires occidentaux. Dans la plupart des territoires, des populations baltes, slaves et germaniques se sont mĂ©langĂ©es au fil des siĂšcles.
La population au sein du Saint-Empire romain germanique s'est modifiĂ©e de maniĂšre presque continue au fil des immigrations, des Ă©migrations et des autres mouvements de population Ă l'intĂ©rieur mĂȘme des frontiĂšres de l'Empire. AprĂšs la guerre de Trente Ans, c'est une politique de migration en partie ciblĂ©e qui est mise en place, par exemple en Prusse, qui a conduit Ă une migration considĂ©rable dans les territoires concernĂ©s.
L'aigle est le symbole de la puissance impĂ©riale et cela depuis l'Empire romain auquel le Saint-Empire se rattache[278]. C'est au XIIe siĂšcle avec l'empereur FrĂ©dĂ©ric Barberousse que l'aigle devient les armoiries de l'Empire et donc le symbole du Saint-Empire romain germanique. Avant cette date, on la retrouve sous diffĂ©rents empereurs comme symbole du pouvoir impĂ©rial sans toutefois ĂȘtre quelque chose de fixe. On la retrouve en effet sous Otton Ier ou Conrad II[279].
Avant 1312, l'aigle impériale sur les armoiries du Saint-Empire est simple[280]. Ce n'est qu'aprÚs cette date que l'aigle devient bicéphale sous le rÚgne de Frédéric III. Toutefois, l'apparition de cette aigle bicéphale a été progressive. On la retrouve déjà en 1312 sur la banniÚre impériale et c'est sous Charles IV qu'elle s'impose sur la banniÚre[281]. La banniÚre d'Empire suit également l'évolution héraldique. Jusqu'en 1410, elle porte une aigle simple. Ce n'est qu'aprÚs cette date qu'elle arbore une aigle bicéphale.
C'est sous Sigismond Ier que l'aigle bicĂ©phale devient le symbole de l'empereur sur les sceaux, les monnaies, le drapeau impĂ©rial, etc., tandis que l'aigle simple devient le symbole du roi[282]. L'utilisation de l'aigle est un acte d'allĂ©geance Ă l'Empire. De nombreuses villes d'Empire reprennent l'aigle impĂ©riale[283] comme Francfort-sur-le-Main qui arbore une aigle simple depuis le XIIIe siĂšcle sur ses armoiries, LĂŒbeck qui arbore quant Ă elle une aigle bicĂ©phale depuis 1450 ou Vienne depuis 1278. AprĂšs la chute du Saint-Empire, l'aigle impĂ©riale est reprise par le Reichstag de 1848 comme symbole de l'Empire allemand[284].
Les regalia du Saint-Empire (Reichskleinodien) se composent de plusieurs objets, environ 25 rassemblées aujourd'hui à Vienne. On compte parmi les plus importantes piÚces la couronne impériale réalisée sous Otton Ier, la croix impériale réalisée en Lorraine vers 1025 servant de reliquaire pour deux autres regalia : la Sainte Lance et un morceau de la Sainte Croix. Le glaive, l'orbe et le sceptre sont les trois autres composants des regalia impériales que l'empereur a en sa possession lors de son couronnement[285].
ParallĂšlement Ă ces regalia, on peut Ă©galement Ă©voquer diffĂ©rents ornements comme le manteau impĂ©rial datĂ© du XIIe siĂšcle que l'empereur revĂȘt lors de son couronnement. Le manteau est brodĂ© de 100 000 perles et pĂšse onze kilos. Les ornements se composent aussi de gants brodĂ©s de perles et de pierres prĂ©cieuses, de chausses et de chaussons brodĂ©s, de l'aube et de l'Ă©vangĂ©liaire.
Devant l'avancée des troupes françaises, les regalia sont emportées à Ratisbonne puis à Vienne en 1800[286]. AprÚs l'effondrement de l'Empire, les villes de Nuremberg et d'Aix-la-Chapelle se sont disputées la conservation des regalia. En 1938, elles sont transportées sur l'ordre d'Hitler à Nuremberg. Retrouvées dans un bunker en 1945, elles sont de nouveau transportées à Vienne l'année suivante. Les regalia du Saint-Empire sont aujourd'hui le trésor médiéval le plus complet.