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Les sciences humaines et sociales sont un ensemble de disciplines scientifiques étudiant les aspects sociaux des diverses réalités humaines. On les met en contraste avec les sciences naturelles, et souvent aussi avec les sciences dites « exactes », en raison de leur statut épistémologique spécifique (bien que nulle science ne soit exempte de scepticisme et véritablement « exacte » au sens de la seule réalité, et bien que les sciences qui ne sont liées qu'à l'immatérialité dont la linguistique et la philosophie du langage aient pu faire l'objet de tentatives formalistes).
Selon les définitions simplifiées des dictionnaires, les sciences humaines ont pour objet d'étude ce qui concerne les cultures humaines, leur histoire, leurs réalisations, leurs modes de vie et leurs comportements individuels et sociaux, tandis que les sciences sociales auraient pour objet d'étude les sociétés humaines. Les sciences humaines et sociales s'opposent ainsi aux sciences de la nature de l'environnement. Celles-ci reconduisant ainsi, d'une certaine façon, l'opposition à l'âge classique entre la philosophie naturelle et la philosophie morale (qui incluait aussi la sociologie, la politique, l'économique, etc.). L'expression anglaise de « science sociale » ferait sa première apparition en 1824, dans un livre du coopératiste William Thompson (en)[1].
Le problème principal, et commun, qu'ont à affronter les sciences dites sociales ou/et humaines est celui de la méthode à suivre afin d'atteindre une objectivité relative à l'espèce humaine. L'objet d'étude coïncide en effet avec la culture du sujet qui l'analyse. Ce problème se confond donc avec de nombreux débats en épistémologie concernant le critère de scientificité et d'objectivité, à supposer qu'on puisse identifier les deux[2]. Cette objectivité des sciences humaines et sociales est structurée autour de plusieurs principes fondamentaux: la neutralité axiologique, théorisée par Max Weber; la distinction faits-valeurs et le vérificationnisme, théorisés par le Cercle de Vienne et formulées précisément par Alfred Ayer et Carnap. Karl Popper s'est ensuite substitué au critère de réfutabilité, qui demeure en débat aujourd'hui.
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Par sciences humaines et sociales, on entend en général un ensemble de disciplines diverses et hétérogènes, telles que, par exemple et dans le désordre, la sociologie, l'économie, l'ethnologie, l'anthropologie, la psychologie, l'histoire, la géographie, la démographie, les sciences politiques (science administrative, théorie politique, sociologie politique), l'archéologie et l'histoire de l'art, la linguistique, voire aussi les sciences de la religion[3], et parfois même la philosophie, la théorie de la littérature et de l'art, ou la théorie du droit.
On peut ainsi déclarer que les sciences humaines et sociales rassembleraient :
« Une science est un ensemble organisé de connaissances objectives, établies selon une démarche rationnelle, dans un domaine déterminé. »[4]. Il est difficile toutefois de dégager des caractéristiques et méthodes communes à toutes les sciences humaines et à elles seules; par conséquent, on peut légitimement se demander si l'étiquette de science humaine désigne bien quelque chose de positif, ou s'il s'agit simplement d'une étiquette commode pour faciliter sa classification dans les sciences[5] En les opposant aux sciences dites « dures » ou « exactes » ou « pures » que seraient par exemple la physique, les mathématiques, ou la biologie, les sciences humaines se distinguent. Dans le foisonnement récent des domaines du réel humain abordé, on a pu distinguer dans une logique floue appliquée à l’ensemble des productions humaines, les sciences sociales. Aussi bien par la nature des éléments sujets à l’observation que par ce qui en constitue la science[6] elles présentent le problème de n'être pas uniquement classable dans des sciences humaines. A un degré elles concernent des personnes individuelles, elles mêmes concernées par les sciences humaines dans la sociologie urbaine par exemple. À un autre degré, celui des entités de type « mécanisme mou» que sont les sociétés auxquelles on applique la « science de la mécanique », il s'agit de « science appliquée » au service de la technique de gestion de sociétés[7].
On ne peut pas plus définir précisément une science humaine et sociale par son objet société, qui est la société humaine: en effet, des disciplines telles que la psychologie animale, l'éthologie ou la psychologie évolutionniste sont en général regroupées dans le champ des sciences humaines et sociales. Quand elles décrivent le comportement des animaux, elles tendent en effet à nous apprendre des choses au sujet de nous-mêmes, la conception de ces comportements pouvant influencer sur notre conception de la société, et vice-versa [8] Le darwinisme social ou la sociobiologie sont l'exemple d'une telle interaction entre ces deux sphères, de même que l'imbrication, chez Kropotkine, d'une théorie anarchiste sur la société et d'une conception de l'entraide et de la coopération comme principes décisifs dans l'évolution (L'Entraide, un facteur de l'évolution, 1902) [8].
L'émergence de ces sciences à partir de la fin du XIXe siècle et au XXe siècle mit en avant la difficulté d'appliquer la « méthode scientifique » traditionnelle à ces domaines, et notamment la possibilité de mettre en œuvre une méthode expérimentale sur le même modèle que la physique. D'autres modalités d'expérience ont ainsi été élaborés, par exemple en psychologie. En outre, le développement de la statistique a permis de formuler des études quantitatives.
Les « sciences humaines et sociales » semble en fait un terme commode d'appellation de domaines regroupés pour ranger, en ce qui concerne l’humain, tout ce qui appartient à la science mais qui n'appartient pas aux sciences naturelles du vivant physico-chimique. Elles se fonderaient donc sur la distinction entre nature et culture. Cette répartition des sciences a été institutionnalisée par l'université et, en France, par le CNRS (avec l'Institut des sciences humaines et sociales[9]).
Enfin, l'émergence de diverses disciplines ou champs scientifiques, tels que l'éthologie, la psychologie évolutionniste, ou les sciences cognitives conduit à douter de la séparation stricte entre sciences naturelles et sciences humaines et sociales, dans la mesure où celles-ci rassemblent autour d'un même objet d'étude des disciplines issues de ces deux champs. Si cela n'entame pas nécessairement la distinction sciences de la nature/sciences humaines et sociales, cela du moins montre, comme l'avait déjà fait la statistique devenue outil fondamental dans le développement des études quantitatives puis de logique de comportement, qu'elles peuvent travailler ensemble.
Conclusion, sous le prétexte arbitraire que la pensée humaine ne peut faire l’objet d’une épistémologie univoque, les scientifiques distinguent à tort la recherche en sciences sociales et humaines de la recherche en sciences dites « exactes », se privant ainsi de définir précisément la rationalité, mais aussi de toute découverte scientifique en la matière. Or, la condition unilatérale et universelle d’acceptation d’une solution irrationnelle (pour la résolution d’un problème rationnel et,a fortiori, irrationnel), est la qualité satisfaisante de l’information solution. De ce fait, toute pensée ( voire irrationnelle) rentre dans le même cadre épistémologique de vérification que celui des sciences dites « exactes » et qui peut se définir comme suit : une démonstration théorique rationnelle est unilatérale et universelle, c'est-à-dire identiquement applicable et vérifiable par tout individu informé, donc incontestable. En conséquence et à ce jour, toutes les théories philosophiques ou issues des sciences sociales et humaines, relatives à la compréhension de la pensée humaine et qui ne rentrent pas dans le cadre de cette définition, sont irrationnelles.
Le XIXe siècle fut l'âge du positivisme, qui désigne, au sens strict du terme, le système d'Auguste Comte. Ce dernier affirmait en effet que la société traversait trois étapes ascendantes et progressives, l'âge théologique, l'âge métaphysique et enfin l'âge scientifique. Cette vision évolutionniste, qui considère l'histoire comme ayant un sens unilinéaire, a été très largement partagée au XIXe siècle (Hegel, Spengler, etc.), bien que la détermination du « sens » en question ait été matière à débat.
Marx et Engels, qui formulent le projet d'un « matérialisme scientifique », ont eu une influence décisive sur le développement des sciences humaines et sociales, bien que la genèse de certaines d'entre elles, dont l'économie, ait précédé la formation théorique du marxisme. Tocqueville, Montesquieu (et sa théorie des climats), Rousseau, ou Al-Biruni [10] et Ibn Khaldoun[11] ont été tour à tour considérés comme des ancêtres des sciences humaines et sociales (Lévi-Strauss a attribué en particulier un rôle fondamental à Rousseau et Montaigne dans sa théorie de l'ethnologie).
Vers la fin du XIXe siècle, les tentatives visant à recourir à des équations pour rendre compte du comportement devinrent de plus en plus communes [réf. nécessaire]. Parmi ces premières tentatives, figurent le cas des « lois » de la philologie qui visaient à cartographier les changements sonores d'une langue à travers le temps [réf. nécessaire].
Au début du XXe siècle, le positivisme logique émerge dans le Cercle de Vienne. Le projet de Bertrand Russell, Rudolf Carnap, Alfred Ayer, etc., consiste à tenter de réduire la philosophie à la logique afin d'en faire une « science dure ». Par-delà la critique du kantisme, et en particulier de l'existence des jugements synthétiques a priori, il s'agit en fait de reconduire, par d'autres moyens, le projet kantien de faire de la métaphysique une science. Tandis que Kant voulait faire cela en imitant la révolution copernicienne, le Cercle de Vienne comptait faire cela en éradiquant les énoncés métaphysiques des sciences elles-mêmes, et par un réductionnisme logiciste affirmé. Le Cercle de Vienne pose ainsi les fondements de la philosophie analytique, qui, par sa méthode, tente de s'affirmer comme science rigoureuse. Dans le même temps, Husserl tente, avec la phénoménologie, de bâtir lui aussi une « méthode rigoureuse ». Ces développements de la philosophie consistent ainsi à essayer de trouver ce qui serait une alternative aux méthodes en œuvre dans les sciences de la nature.
Ils influencent nombre de projets théoriques portés par les sciences humaines et sociales, dont le behaviorisme ou le positivisme juridique. De plus, en imposant la distinction faits-valeurs d'un côté, et de l'autre le vérificationnisme, c'est-à-dire l'idée selon laquelle seul peut être validé scientifiquement un énoncé empiriquement testé par l'expérience (au sens large, et non au sens restreint d'expérimentation scientifique), ils conduisent à une certaine conception de la science qui engendrera de nombreux débats en épistémologie. Karl Popper y jouera un rôle majeur, en substituant le critère de réfutabilité au critère vérificationniste, permettant selon lui d'obtenir enfin un critère de scientificité valable. Cela lui permet notamment d'exclure le marxisme et la psychanalyse du champ scientifique.
On peut toutefois se demander s'il est possible d'obtenir un critère unique de scientificité, et si la définition du critère de réfutabilité par Popper ne procède pas d'une volonté préalable d'exclure du champ scientifique marxisme et psychanalyse. La recherche d'un tel critère demeure, aujourd'hui encore, un sujet de recherche problématique pour la philosophie des sciences et l'épistémologie.
Sous l'influence du positivisme logique, le behaviorisme devient la tendance dominante de la psychologie aux États-Unis pendant toute la première moitié du XXe siècle, critiqué par un renouveau de la philosophie du langage et de l'esprit, il fut supplanté par le modèle des sciences cognitives. Celles-ci font rejoindre autour d'un même objet d'étude, le fonctionnement du cerveau et de l'esprit, un ensemble de disciplines hétérogènes, telles que les mathématiques ou la philosophie.
Outre le positivisme, c'est le principe de neutralité axiologique, formulé par Max Weber dans Le Savant et le politique (1919), qui préside à l'ambition scientifique de la sociologie. Ce principe, qui rejoint partiellement la distinction faits-valeurs (théorisée en particulier par Alfred Ayer dans Langage, Vérité et Logique, 1936), est le réquisit (le présupposé) de l'objectivité des sciences humaines et sociales.
Diverses institutions de recherche, consacrées aux sciences humaines et sociales, ont été créées dans la première moitié du XXe siècle : la New School for Social Research à New York, en 1919 ; l'Institut international d'histoire sociale à Amsterdam, en 1935 ; en France, depuis 1869 l'École pratique des hautes études possède une section consacrée à l'économie, et la VIe section de l'École deviendra l'École des hautes études en sciences sociales. L'École libre des sciences politiques a été créée en 1872, et deviendra en 1945 Sciences Po. À partir de 1963, Fernand Braudel a dirigé la Fondation Maison des sciences de l'homme, qu'il a contribué à créer.
La Fondation Rockefeller a créé le Département des relations industrielles, visant à mieux comprendre les mouvements sociaux, après le massacre de Ludlow (avril 1914). Le département a été présidé par William Lyon Mackenzie King, qui sera à plusieurs reprises Premier ministre du Canada. Dans les années 1930, la Fondation Rockefeller, qui avait commencé à financer de plus en plus d'infrastructures liées aux sciences sociales en créant entre autres le Social Science Research Council, a racheté le Centre de documentation sociale (CDS), créé en France par le mécène Albert Kahn, et situé rue d'Ulm, dans les locaux de l'École normale supérieure (ENS)[12]. Mais le CDS a cessé ses activités en 1941, et ses fonds ont été dispersés (la plupart étant conservés à la BDIC de Nanterre).
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