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| Sigmund Freud | |
| Biographie | |
| Naissance : | 6 mai 1856 Ã Freiberg, Moravie, |
|---|---|
| Décès : | 23 septembre 1939 (à 83 ans) à Londres, |
| Nationalité : | autrichienne |
| Vie universitaire | |
| Formation : | Médecine (neurologie) |
| Titres : | Professeur |
| Approche disciplinaire : | Psychanalytique |
| Auteurs associés | |
| Détracteurs : | Pierre Janet — Ludwig Wittgenstein Lev Vygotski — Carl Gustav Jung |
| Partisans : | Karl Abraham — Donald Winnicott Melanie Klein — Sándor Ferenczi |
| Principaux travaux | |
| Psychanalyse - Sexualité infantile - Inconscient | |
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Sigmund Freud (prononcé ˈziËkmÊŠnt ˈfÊÉ”Êt), né Sigismund Schlomo Freud le 6 mai 1856 à Freiberg, Moravie (Autriche, aujourd'hui PÅ™Ãbor en République tchèque) et mort le 23 septembre 1939 à Londres (Royaume-Uni), est un médecin neurologiste, fondateur de la psychanalyse.
Le philosophe Paul Ricœur le situe aux côtés de Karl Marx et de Friedrich Nietzsche comme étant l'un des trois grands « maîtres du soupçon »[1], qui ont induit le doute dans la conception philosophique classique du sujet
Outre les psychanalystes (fidèles à Freud comme Karl Abraham, Sándor Ferenczi ; les innovateurs comme Melanie Klein, Jacques Lacan ; les dissidents comme Wilhelm Reich), son influence se fait aussi sentir sur l'ethnologie (Géza Róheim, l'ethnopsychanalyse), l'anthropologie et les sciences juridiques (Pierre Legendre) le marxisme (les tentatives de freudo-marxisme, Herbert Marcuse), les sciences politiques, la philosophie (Deleuze, Derrida), et même sur l'art (le surréalisme d'André Breton[2] ou de Salvador Dali).
L'histoire de sa vie, celle de la création de la psychanalyse et de sa postérité sont et ont été largemment débattues et ont fait l'objet de nombreuses polémiques, notamment à la suite des travaux d'historiographie critique initiés par Henri F. Ellenberger et qui ont conduits à réviser considérablement la portée et la validité de la psychanalyse, ainsi que la personnalité de Freud[réf. nécessaire][3].
Sommaire |
Sigmund Freud naît le 6 mai 1856 à Freiberg en Moravie, dans l'empire austro-hongrois. Les antécédents familiaux des Freud sont cependant peu connus[D 1]. Troisième fils de Jakob Freud, modeste négociant, certainement marchand de laine[D 2] et d'Amalia Nathanson (1836 - 1931), il est le premier enfant de son dernier mariage[Notes 1]. Selon Ellenberger, « la vie de Freud offre l'exemple d'une ascension sociale progressive depuis la classe moyenne inférieure jusqu'à la plus haute bourgeoisie »[D 3]. La famille Freud suivait la tendance à l'assimilation qui était celle de la plupart des Juifs de Vienne[D 4] ; en effet le jeune Sigmund n'est pas élevé dans le strict respect de l'orthodoxie juive et il ne parle que l'allemand[D 5]. Il passe à Freiberg ses trois plus jeunes années puis les Freud s'installent à Leipzig pour s'établir définitivement en février 1860 ensuite dans le quartier juif de Vienne, ancien ghetto de la capitale autrichienne. Freud y réside jusqu'à son exil forcé, après l'invasion nazie de 1938[D 6]. De 1860 à 1865, son père change toutefois à plusieurs reprises d'appartements, pour s'installer enfin dans la Pfeffergasse, dans le quartier juif de la Leopoldstadt[D 7].
Le jeune Sigmund fréquente, les écoles élémentaires juives du voisinage, puis, de 1866 à 1873, l'école secondaire. Brillant élève, premier de sa classe pendant ses sept dernières années de scolarité secondaire au gymnase communal (Sperlgymnasium)[4], il a pour professeurs le naturaliste Alois Pokorny, l'historien Annaka et le politicien Victor von Kraus[D 8]. Freud se met également à apprendre l'espagnol, certainement aux côtés d'Eduard Silberstein, son ami d'enfance et avec qui il entretient par la suite une riche correspondance, et dont un dialecte mêlé d'hébreu était couramment employé dans la communauté sépharade de Vienne. Freud quitte le gymnase en été 1873 et il se montre intéressé par la carrière de zoologue, influencé par la lecture d'un poème intitulé Nature, attribué à Goethe, de Carl Brühl lors d'une conférence publique[D 9]. Cependant, pragmatique, il choisit la médecine et commence ses études à la rentrée d'hiver 1873. Il obtient son diplôme le 31 mars 1881, soit huit années après, au lieu des cinq attendues. La raison est que le jeune Freud profite de sa liberté académique en tant qu'étudiant pour effectuer deux séjours dans la station de zoologie marine de Trieste sous la responsabilité de Carl Claus, puis pour travailler six années durant auprès d'Enrst Brücke (1819-1892) et dont les théories rigoureusement physiologiques l'influencent beaucoup[D 10]. l'institut de Brücke, Freud fait la connaissance des physiologistes Sigmund Exner et de Fleischl von Marxow, et surtout du docteur Joseph Breuer, « collègue stimulant » pour lui et qui aiguise sa curiosité avec le cas d'une jeune hystérique connue plus tard sous le pseudonyme d'Anna O.[D 11]. Son service militaire, de 1879 à 1880 retarde également la fin de son cursus universitaire. Il profite de ce moment pour traduire les Collected Works du philosophe John Stuart Mill, se faisant par là une réputation d'éternel étudiant. Il assiste également aux cours de Franz Brentano. Il passe ensuite ses deux premiers rigorosa en juin 1830 et le troisième en mars 1881 et obtient son diplôme le 31 mars 1881. Il est alors à titre temporaire préparateur dans le laboratoire de Brücke puis travaille deux semestres dans le laboratoire de chimie du professeur Ludwig. Parallèlement, il poursuit ses recherches histologiques[D 12].
En juin 1882, Freud quitte le laboratoire de Ernest Brücke pour embrasser une carrière de médecin praticien, sans grand enthousiasme toutefois[D 13]. Deux explications existent sur ce point. Selon Freud lui-même Brücke lui a conseillé de commencer à pratiquer en hôpital pour se faire une situation alors que pour Siegfried Bernfeld et Ernest Jones, son biographe, c'est son projet de mariage qui l'oblige il doit renoncer au plaisir de la recherche en laboratoire. Sigmund Freud a en effet rencontré Martha Barnays (26 juillet 1861-2 novembre 1951), de famille juive et commerçante, en juin 1882, et, très tôt les conventions familiales alors en vigueur obligent les deux fiançés à se marier, d'autant plus que Freud était dans une situation financière très précaire[D 14].
En octobre 1882 Freud entre donc dans le service de chirurgie du célèbre hôpital de Vienne, alors un des centres les plus réputés du monde[D 15], puis, après deux mois, il travaille comme aspirant, sous la responsabilité de l'interniste Nothnagel et ce jusqu'en avril 1883. Il est nommé sekundararzt au service de psychiatrie de Theodor Meynert le 1e mai 1883 dans lequel il poursuit des études histologiques sur la moelle épinière, jusqu'en 1886[D 16].
Après avoir passé cinq années dans le service de Meynert, Freud entre en septembre 1883 dans la quatrième division du docteur Scholtz. Il y acquière une expérience clinique auprès de malades nerveux. En décembre de la même année, suite à la lecture d'un article du docteur Aschenbrandt, il se livre à des expériences sur la cocaïne et en déduit qu'elle a une efficacité sur la fatigue et les symptômes de la neurasthénie. Dans son article de juillet 1884, « Über Coca »[5], il conseille son usage pour de multiples troubles[D 17]. Il travaille sur sa découverte avec Carl Köller, qui mene alors des recherches sur un moyen d'anesthésier l'oeil. Celui-ci informe ensuite Leopold Königstein qui l'appliquer à la chirurgie. Tous deux communiquent leur découverte lors de la Société des médecins de Vienne en 1884, sans mentionner la primauté des travaux de Freud[D 18] (cf. chap. Freud et la cocaïne).
Le jeune médecin est ensuite affecté au service d'ophtalmologie de mars à mai 1884, puis dans celui de dermatologie. Il y rédige un article sur le nerf auditif[6], qui reçoit un accueil favorable, puis, en juin, il passe l'examen oral pour le poste de Privat-Dozent, et y présente son dernier article. Il est nommé le 18 juillet 1885 et, voyant sa demande de bourse de voyage acceptée, il décide d'aller étudier à Paris, auprès de Charcot. Après six semaines de vacances auprès de sa fiancé, Freud s'installe à Paris. Admirateur de Charcot, qu'il rencontre la première fois le 20 octobre 1885, il se propose de traduire ses écrits en langue allemande. Cependant, il semble que Freud n'ait pas passé autant de temps qu'il le dit auprès de Charcot, puisqu'il quitte Paris le 28 février 1886, cependant, il en retire toujours de la fierté et fait de ce séjour à Paris un moment clé de son existence[D 19]. Il reste néanmoins en contact épistolaire avec le français. En mars 1886 Freud étudie la pédiatrie à Berlin, avec Baginsky et revient finalement à Vienne en avril. Il rédige son rapport sur l'hypnotisme tel qu'il est pratiqué à la Salpêtrière devant les membres du Club de physiologie et devant ceux de la Société de psychiatrie, tout en organisant les préparatifs de son mariage.
Un article d'Albrecht Erlenmeyer le critique alors, quant aux dangers de l'usage de la cocaïne. Freud, pour gagner un peu plus de pécule, finit de traduire un volume des leçons de Charcot, qui paraît en juillet 1886, avec une préface de sa main. Après quelques mois de service militaire à Olmütz comme médecin de bataillon, Freud épouse Martha Bernays le 13 octobre 1886, à Wandsbek, puis passe avec elle le voyage de noce sur la mer Baltique. Dès son retour à Vienne, Freud aménage son cabinet dans le kaiserliches Stiftunghaus et travaille parallèlement avec l'Institut Kassowitz, un hôpital pédiatrique privé où il est affecté au service neurologique. Le 15 octobre 1886, devant la Société des médecins de Vienne, Freud[D 20], Freud fait une allocution concernant l'hystérie masculine, demeurée célèbre dans la littérature psychanalytique. Ce sujet était alors polémique, d'autant plus que à la conception classique Charcot opposait l'hystérie post-traumatique. S'appuyant sur la distinction entre « grande hystérie » (caractérisée par des convulsions et une hémianesthésie) et la « petite hystérie », et sur un cas pratique examiné à la {{Salpêtrière]], Freud explique que l'hystérie masculine est plus fréquente que ce que les spécialistes observent habituellement[D 21]. Pour Freud, la névrose traumatique appartient au champ de l'hystérie masculine. La Société s'ingurge contre cette opinion qui est, de plus, déjà connue par les neurologues viennois. Selon Ellenberger, l'idéalisme de Freud pour Charcot lui vaut l'irritation de la Société, agaçée par son attitude hautaine[D 22].
Blessé, Freud présente alors à la Société un cas d'hystérie masculine afin d'étayer sa théorie. La Société l'entend de nouveau mais, contrairement à une certaine légende autour de cet événement[D 23], Freud, éconduit, ne se retire pas de celle-ci ; il en devient même membre le 18 mars 1887. Cette année-là il fait la rencontre de [[Wilhelm Fliess], un oto-rhinolaryngologiste de Berlin avec qui il entretient une abondante correspondance scientifique et amicale[D 24]. Par ailleurs, la famille Freud accumule les dettes, son cabinet n'attirant pas en effet une abondante clientèle. De plus, Meynert se brouille avec lui en 1889, à propos de la théorie de Charcot, que Freud défend. Dès 1889, Freud est seul, son amitié avec Josef Breuer exceptée. Sa famille, nombreuse, l'aide également à surmonter cette période d'isolement professionnel[7]. Dès cette année, la pensée de Freud évolue. D'abord son intérêt pour Bernheim (dont il traduit le manuel) lui fait aborder la technique de l'hypnose. Il se rend à Nancy avant de participer, en juillet, au Congrès international de psychologie de Paris.
En 1891 Freud publie son travail sur les paralysies cérébrales unilatérales chez les enfants, en collaboration avec Oscar Rie, puis son étude critique des théories sur l'aphasie. En 1892 il édite sa traduction d'un ouvrage de Bernheim sous le titre Neue Studien über Hypnotismus, Suggestion und Psychotherapie. La même année, devant le Club médical viennois il expose une conception proche du français[8].
En 1893 il publie plusieurs articles sur l'hystérie, donc, en collaboration avec Breuer : « Le Mécanisme psychique des phénomènes hystériques ». Il y défend la conception névrotique de l'hystérie, tout en proposant « une méthode thérapeutique fondée sur les notions de catharsis et d'abréaction »[D 25]. En 1894, avec son article « Névro-psychoses de défense », Freud se focalise sur la phobie. Il souffre par ailleurs de symptômes cardiaques et cesse de fumer. S'occupant de l'hystérie d'une patiente, Emma, Freud demande à Fliess de l'opérer du nez, pensant que sa névrose y est liée. Fliess commet une erreur médicale en oubliant la gaze iodoformée dans le nez de la patiente. Freud fait un rêve marquant dans la nuit du 23 au 24 juillet 1895 sur cet accident et entreprend d'en analyser le sens au moyen de la méthode des associations libres ;« cette étude devait devenir, [note Ellenberger], le prototype de toute analyse des rêves »[D 26].
En 1893 il publie plusieurs articles sur l'hystérie, donc, en collaboration avec Breuer : « Le Mécanisme psychique des phénomènes hystériques ». Il y défend la conception névrotique de l'hystérie, tout en proposant « une méthode thérapeutique fondée sur les notions de catharsis et d'abréaction »[D 27]. En 1894, avec son article Névro-psychoses de défense, Freud se focalise sur la phobie et, en 1895, Breuer et lui-même publient leurs Études sur l'hystérie qui regroupe les cas analysés depuis 1893, dont celui d'Anna O., présenté comme un exemple type de cure cathartique. En 1896, considérant que sa théorie a droit de cité en psychologie, Freud la baptise du nom de psychanalyse[D 28].
En 1895, Breuer et lui-même publient leurs Études sur l'hystérie qui regroupe les cas analysés depuis 1893, dont celui d'Anna O., présenté comme un exemple type de cure cathartique. En 1896, considérant que sa théorie a droit de cité en psychologie, Freud la baptise du nom de « psychanalyse »[D 29]. Dès lors il rompt avec Breuer et esquisse un essai laissé inédit : « Esquisse d'une psychologie scientifique ». Après la mort de son père, le 23 octobre 1896, abattu par la douleur physique également, Freud s'intéresse exclusivement à l'analyse de ses rêves. Nourrissant de la culpabilité pour son père décédé, il entreprend donc une auto-analyse qui l'absorbe de plus en plus[Notes 2]. Il dit alors tenter d'analyser sa « petite hystérie » et ambitionne de percer à jour la nature de l'appareil psychologique et de la névrose[D 30].
Lors de son auto-analyse, et après avoir abandonné sa théorie de l'hystérie, ses souvenirs d'enfance affluent. Sa nourrice lui permet de développer la notion de souvenir écran alors qu'il voit dans les sentiments amoureux pour sa mère et dans sa jalousie pour son père une structure universelle qu'il rattache à l'histoire d'Œdipe et d'Hamlet[D 31]. Ses analyses de patients lui apportent également des arguments dans l'édification d'une nouvelle conception, qui lui permet de revoir et l'hystérie et les obsessions. Seule la correspondance avec Fliess témoigne de cette évolution de sa pensée ; c'est notamment dans celle du du 15 octobre 1897 que Freud évoque pour la première fois le complexe d'Œdipe[9]. Le neurologue viennois explique ainsi : « J’ai trouvé en moi comme partout ailleurs des sentiments d’amour envers ma mère et de jalousie envers mon père, sentiments qui sont, je pense, communs à tous les jeunes enfants ».
Le 2 mai 1896, devant la Société de psychiatrie, présidée par Krafft-Ebing, sa conception ne soulève guère d'enthousiasme, même si ce dernier lui délivre le titre d'Extraordinarius. En effet, lors du Congrès international de psychologie à Munich, en août 1896 le nom de Freud est cité parmi les autorités les plus compétentes dans le domaine alors qu'en 1897 Van Renterghem le cite comme l'une des figures de l'École de Nancy[D 32]. En novembre de la même année, il se préoccupe des phases infantiles à dominante sexuelle. Il annonce à Fliess au début de l'année 1898 qu'il compte publier un ouvrage sur l'analyse des rêves, et, après une période de dépression brutale, il édite en 1899 L'Interprétation des rêves (Traumdeutung)[D 33], un ouvrage autobiographique dans la mesure où il se base sur ses propres rêves. Cette période d'auto-analyse mêlée de névrose est selon Henri F. Ellenberger caractéristique de la « maladie créatrice », phase de dépression et de travail intenses qui a permis à Freud d'élaborer la psychanalyse en dépassant ses problèmes personnels[D 34]. Sa situation, tant sociale que financière, s'améliore, et, de 1899 à 1900 il exerce les fonctions d'assesseur de l'Association impériale-royale pour la psychiatrie et la neurologie (Jahrbuch für Psychiatrie und Neurologie). Il jouit en effet d'une clientèle lucrative et est reconnu par la société viennoise.
En septembre 1901, il se sent capable de visiter Rome, en compagnie de son frère Alexander. La « Ville Éternelle » l'a toujours fascinée et Freud, en raison de sa phobie des voyages[B 1], a toujours remis à plus tard sa visite de l'Italie. À Rome, il est surtout impressionné par la statue du Moïse de Michel-Ange[B 2]. Freud publiera quelques années, en 1914, dans la revue Imago un essai, « Le Moïse de Michel-Ange », de manière anonyme dans lequel il oppose les deux figures, historiques et mythiques, du libérateur du peuple juif. Lors d'un passage à Dubrovnik (alors Raguse), Freud a l'intuition du mécanisme psychique du lapsus comme révélateur d'un complexe inconscient[B 3].
De retour à Vienne, se sentant davantage autonome par rapport à Fliess, Freud rompt tout échange avec ce dernier en 1902. Freud présente ses opinions scientifiques au cours de plusieurs conférences, devant le Doktorenkollegium de Vienne, puis devant le B'nai B'rith, et toutes deux sont bien accueillies.
En automne 1902 Freud réunit autour de lui un petit groupe d'intéressés (Kahane, Stekel, Adler et Reitler) et, chaque mercredi, ils discutent de psychanalyse. Selon Ellenberger, à partir de cette date la vie de Freud se confond avec l'histoire du mouvement psychanalytique[D 35].
En 1904 il publie Psychopathologie de la vie quotidienne. En septembre, il se rapproche d'Eugen Bleuler, de Zurich et commence une correspondance scientifique avec lui. Les thérapies engagées par Freud sur la base de ces hypothèses le conduisent alors à découvrir que tous ses patients n’ont pas subi de réels traumatismes sexuels dans leur enfance : ils évoquent des « fantasmes », ils racontent un roman familial, auxquels ils croient. Simultanément, il découvre que certains patients ne « souhaitent » pas vraiment guérir. Ils résistent et transposent des sentiments anciens vers leur thérapeute : c’est ce que Freud appellera le transfert. Freud crée alors le terme de « psychanalyse » pour désigner tout son champ de pratiques thérapeutiques et d’études théoriques. Freud parle en effet de la psychanalyse pour la première fois publiquement en 1904, lors d'une série de conférences à l'université Clark à Worcester, Massachusetts, invité par son président Stanley Hall[10]. Les deux hommes se voient honorés du titre de LL. D. (docteur des deux droits)[E 1]. Freud désigne explicitement Jung comme son « successeur et prince héritier »[11]. En témoignage de reconnaissance, il y déclare que le mérite de l'invention de la psychanalyse revient à Joseph Breuer. Plus tard, il précise que, bien qu'il soit lui-même réellement l'inventeur de la psychanalyse, il considère que le « procédé cathartique » de Breuer constitue une phase préliminaire à son invention.
En 1905 paraissent trois ouvrages : Trois Essais sur la théorie de la sexualité, qui rassemble les hypothèses de Freud sur la place de la sexualité et son devenir dans le développement de la personnalité, Le Mot d'esprit et ses rapports avec l'inconscient et Fragment d'une analyse d'hystérie : Dora[12]. Ce dernier ouvrage est le compte-rendu du cas de qui introduit de manière détaillée et illustre le concept de transfert psychanalytique. Ce transfert, par lequel le patient crée une névrose (la névrose de transfert) dans la relation établie avec son thérapeute, en quelque sorte « expérimentale », est à analyser dans le cadre de la cure. Contrairement à une idée largement répandu, l'oeuvre de Freud ne soulève pas de vives critiques et des indignations de la part de la communauté médicale, au contraire souligne Ilse Bry et Alfred H. Rifkin[13]. En mars 1907, l'isolement de Freud cesse définitivement[D 36] : deux psychiatres suisses, Carl Gustav Jung et Ludwig Binswanger de Zurich se rallient à la psychanalyse naissante et, grâce à l'« école de Zurich », le premier Congrès international de psychanalyse à lieu à Salzbourg. En 1908 le petit groupe autour de Freud devient la Société viennoise de psychanalyse. L'année suivante la première revue psychanalytique est fondée.
En 1909 parait les Cinq leçons sur la psychanalyse. Freud s'interroge sur la nature de la pratique psychanalytique dans un essai, À propos de la psychanalyse dite sauvage.
L'année 1910 marque un sommet dans l'histoire de la psychanalyse et dans la vie de Freud. Lors du second Congrès international à Nuremberg est crée l'Association Internationale de Psychanalyse (IPA) (Internationale Psychoanalytische Vereinigung), dont le premier président est Carl Gustav Jung, ainsi qu'une deuxième revue. Alors que Freud publie Un Souvenir d'enfance de Léonard de Vinci, dans lequel apparaît pour la première fois les concepts de narcissisme, de sublimation et de la créativité, la psychanalyse reçoit de noouvelles critiques émanant des milieux médicaux. Par ailleurs, les premiers schismes en son sein se font jour. Son opposition théorique à la théorie de Jung, qui deviendra en 1914, la psychologie analytique, l'occupe en effet ces années-là [B 4].
En 1911 Freud écrit un texte connu sous le titre le « Président Schreber » mais originairement intitulé Remarques psychanalytiques sur un cas de paranoïa (Dementia paranoïdes) décrit sous forme autobiographique. Freud y retrace l'analyse du juriste et homme politique Daniel Paul Schreber. Il publie aussi un court texte métapsychologique : « Formulations sur les deux principes du cours des événements psychiques » et dans lequel il décrit le le principe de plaisir et le principe de réalité. La direction des revues et des travaux théoriques de l'Association, celle des séminaires, occupent considérablement Freud à cette période, d’autant que parmi ceux qui travaillent avec lui, des rivalités se font jour ainsi que des dissenssions théoriques que Freud combat lorsqu'elles remettent notamment en question les rôles de la sexualité infantile et du complexe d'Oedipe comme le font Jung, Adler, Rank, et d’autres. Il intègre notamment, en cohérence avec ses théories, certaines d’entre elles dans ses hypothèses, des années après. Ainsi, il refuse la mise en avant de l’agressivité par Alfred Adler, car il considère que cette introduction se fait au prix de la réduction de l’importance de la sexualité. Il refuse également la mise en avant de l’inconscient collectif au détriment des pulsions du moi et de l’inconscient individuel, et la non-exclusivité des pulsions sexuelles dans la libido que propose Carl Gustav Jung. En juin 1911, le premier, Alfred Adler quitte Freud pour fonder sa propre technique et sa théorie. L'année suivante c'est au tour de Wilhelm Stekel, alors qu'en 1913, en septembre, il se brouille avec Carl Gustav Jung. En 1913 Totem et tabou permet à Freud de démontrer la portée sociale de la psychanalyse[D 37].
Pendant la guerre, Freud n'exerce que peu. Il est surtout concentré sur la rédaction de des cours universitaires, rassemblés sous le titre de Cours d'introduction à la psychanalyse édité en français sous le titre Introduction à la psychanalyse en 1916. En 1915, il se lance dans la rédaction d’une nouvelle description de l’appareil psychique dont il ne conserve cependant que quelques chapitres. Ce qu’il prépare est en fait une nouvelle conception de la topique psychique. Il publie Deuil et Mélancolie en 1917. En janvier 1920 il est nommé professeur ordinaire. Les années suivantes, alors que le contexte politique et économique s'améliore, Freud publie tour à tour : Au-delà du principe du plaisir qui introduit les pulsions agressives, nécessaires pour expliquer certains conflits intrapsychiques, et Psychologie collective et analyse du moi.
Dès 1920 Freud élabore une seconde topique de l'appareil psychique composée du Moi, du Ça et du Surmoi. La seconde topique se superpose à la première (inconscient, préconscient, conscient). Le développement de la personnalité et la dynamique des conflits sont alors interprétés en tant que défenses du Moi contre des pulsions et des affects, plutôt que comme conflits de pulsions (les pulsions en cause sont les pulsions de mort). L’ambivalence et la rage étaient perçues dans la première topique comme consécutive de la frustration et subordonnées à la sexualité. Cette nouvelle conception évoque la lutte active qui se déroule entre les pulsions de vie (sexualité, libido, éros) et les pulsions de mort et d’agression (que d'autres analystes ont appelé thanatos). Plus fondamentales que les pulsions de vie, les pulsions de mort tendent à la réduction des tensions (retour à l’inorganique, répétition qui atténue la tension) et ne sont perceptibles que par leur projection au-dehors (paranoïa), leur intrication avec les pulsions libidinales (sadisme, masochisme) ou leur retournement contre le Moi (mélancolie). Freud défend une vision duelle de l'esprit[14].
Après la Première Guerre mondiale, en 1924, le mouvement psychanalytique voit le départ d'Otto Rank alors qu'en 1929 c'est le tour de Sandor Ferenczi.
En 1923 Freud apprend qu'il est atteint d'un cancer de la mâchoire qui le fera souffrir tout le restant de sa vie. Il écrit « Le moi et le ça » à un moment où le mouvement psychanalytique atteint une réputation internationale, notamment en Angleterre et aux États-Unis[D 38]. En 1925, il écrit Inhibition, symptôme et angoisse ainsi qu'une esquisse autobiographique. Dans un article, « L'analyse pratiquée par les non-médecins » de 1926 invite les non praticiens à utiliser la psychanalyse. À ce sujet, Freud parle de psychanalyse « laïque » ou « profane ». Dans les dernières années de sa vie, Freud essaye d’extrapoler les concepts psychanalytiques à la compréhension de l’anthropologie. Il rédigé donc un certain nombre de textes dans ce sens, en particulier sur la religion comme illusion ou névrose. En 1927, il publie L'Avenir d'une illusion, qui porte sur la religion d'un point de vue psychanalytique. En 1929 il publie Malaise dans la civilisation. En août 1930 il obtient le prix Goethe puis il retourne en 1931 dans sa ville natale de Freiberg, désormais Przibor, pour une cérémonie en sa faveur.
En 1932 il travaille à un ouvrage de synthèse, présentant des conférences devant un public imaginaire, Nouvelle Introduction à la psychanalyse.
En 1934, les ouvrages de Freud sont brûlés lors des autodafés nazis mais il refusa de s'exiler qu'en mars 1938 lorsque les Allemands entrèrent à Vienne (cf. chap. plus bas: Freud face à l'antisémitisme). Grâche aux négociations de Marie Bonaparte et d'autres amis, il peut rejoindre Londres, où il est reçu avec tous les honneurs. Il publie Moïse et le monothéisme et est nommé membre de la Société royale de médecine. Freud reçut chez lui la nomination, ne pouvant se déplaçer, abattu par son cancer et par trente-deux opérations et traitements susccessifs.
Il meurt à Londres le 23 septembre 1839 à l'âge de 83 ans. Son corps est incinéré au cimetière de Golders Green et les derniers hommages sont remis par le docteur Ernest Jones au nom de l'Association internationale de psychanalyse et par l'écrivain Stefan Zweig[D 39]. Le récit de sa longue maladie a été fait dans le détail par Max Schur son médecin personnel[15].
Conscient et Inconscient
Freud introduit une conception tout à fait neuve de l'inconscient. En effet, depuis longtemps, on avait remarqué que certains phénomènes échappent à la conscience : Leibniz[16] observait déjà que lorsque l'on passe quelque temps près d'une cascade, on est d'abord gêné par le bruit pour l'oublier ensuite tout à fait. Les phénomènes d'ivresse ou de transe donnaient eux aussi des exemples d'abolition de la conscience. L'inconscient qu'introduit Freud n'est pas simplement ce qui ne relève pas de la conscience. Par inconscient, Freud entend à la fois un certain nombre de données, d'informations, de vœux tenus hors de la conscience, mais il entend aussi l'ensemble des processus qui empêchent certaines données de parvenir à la conscience, et permettent aux autres d'y accéder, comme le refoulement, le principe de réalité, le principe de plaisir, la pulsion de mort. Ainsi, Freud pose l'inconscient comme origine de la plupart des phénomènes conscients eux-mêmes.
Les trois instances de l’appareil psychique
Dans la seconde topique[17]proposée par Freud, notre comportement est le résultat d’une subtile équation entre trois instances distinctes :
Les rêves
Selon Freud, son travail sur les rêves est le plus important de tous, celui qui devrait survivre à tout. Il écrivait que l'interprétation des rêves est la voie royale qui mène à l'inconscient. Il s'est ouvert à Wilhelm Fliess d'un vœu, celui d'une plaque posée sur sa maison et qui dise :
Cette plaque figure actuellement devant le 19 Berggasse à Vienne. La date correspond à l'un de ses rêves, celui de "l'injection faite à Irma".
Pour Freud, les rêves seraient des représentations de vœux (désirs) refoulés dans l’inconscient par la censure interne (le surmoi de sa seconde topique). Les désirs se manifesteraient dans le rêve de manière moins réprimée qu'à l'état de veille. Le contenu manifeste du rêve est le résultat d'un travail intrapsychique qui vise à masquer le contenu latent, par exemple un désir œdipien. En cure de psychanalyse, le travail repose sur l'interprétation à partir du récit (contenu manifeste) du rêve. Les associations du patient sur son rêve permettent de révéler son contenu latent.
Le travail du rêve reposerait sur quatre procédés :
Les pulsions
Les pulsions prennent leur source dans une excitation corporelle. Au contraire d'un stimulus, la pulsion ne peut être évitée ou fuie. Elle demande à être déchargée dans le conscient. Il existe plusieurs moyens de décharger une pulsion : le rêve, le fantasme et la sublimation. Une pulsion qui n'est pas déchargée est refoulée. Freud distingue deux principaux types de pulsions : la pulsion de vie (éros) et la pulsion de mort (thanatos).
Éros représente l’amour, le désir et la relation, tandis que Thanatos représente la mort, les pulsions destructrices et agressives. Thanatos tend à détruire tout ce qu’Éros construit (la perpétuation de l’espèce par exemple). Le masochisme en est un exemple typique.
Le complexe d’Œdipe
Pour Freud, la structure de la personnalité se crée en rapport avec le complexe d’Œdipe et la fonction paternelle. Le complexe d’Œdipe intervient au moment du stade dit "phallique". Cette période se termine par l’association entre la recherche du plaisir et une personne extérieure, la mère. Le père devient le rival de l’enfant ; ce dernier craint d’être puni, en conséquence de son désir pour la mère, par la castration par le père. L’enfant refoule donc ses désirs et alimente son Surmoi, avec la naissance en lui de la culpabilité et de la pudeur, entre autres.
Les cinq stades du développement psychoaffectif
Les trois blessures narcissiques
Freud constatait que l'humanité avait déjà subi deux "blessures narcissiques" du fait de la recherche scientifique : Nicolas Copernic montre qu'elle n'est pas au centre de l'univers, et Charles Darwin qu'elle est issue d'une branche du règne animal. Freud estimait que la psychanalyse apporte un troisième démenti en montrant que l'homme n'est pas véritablement maître de ses agissements, du fait de l'existence de l'inconscient : "le Moi n'est pas maître dans sa maison".
La cure psychanalytique
La culture désigne les pensées, la raison, le langage, les sciences, les religions, les arts, tout ce qui a été créé par l'être humain. La nature correspond aux émotions, aux instincts, pulsions et besoins.
L’être humain lutte en permanence contre sa nature instinctuelle et ses pulsions, qu'il tente de réfréner afin de vivre en société, sans quoi l’égoïsme universel amènerait le chaos. Plus le niveau de la société est élevé, plus les sacrifices de ses individus sont importants. Par les règles claires qu’elle lui impose, la culture protège l'individu, même si elle exige des renoncements pulsionnels conséquents. Cela peut expliquer qu’il existe une rage et un rejet – souvent inconscients – vis-à -vis de la culture. En contrepartie, la culture offre des dédommagements aux contraintes et sacrifices qu'elle impose, à travers la consommation, le divertissement, le patriotisme…
Freud est critique vis-à -vis de la religion et estime que l’Homme y perd plus qu’il n’y gagne par la fuite qu’elle propose. Selon lui, l’humanité doit accepter que la religion n’est qu’une illusion pour quitter son état d’infantilisme, et rapproche ce phénomène de l’enfant qui doit résoudre son complexe d’Œdipe.
Néanmoins, Freud reconnaît que son point de vue a une limite : il existerait un noyau de vérité dans les religions, les superstitions et ce qu'il nomme l'occultisme. Freud élabora des expériences de télépathie (en particulier avec les premiers psychanalystes Jung et Ferenczi) et écrivit plusieurs articles sur cette question.[réf. nécessaire] Il fut longtemps membre des Sociétés anglaises et grecques pour la Recherche Psychique. [21].
On venait de découvrir l'alcaloïde la plante de coca dont Freud a été le premier à chercher des applications thérapeutiques vers la fin du XIXe siècle. Les laboratoires Merck lui en avaient confié à fin d'expérimentation en 1884. Avant de créer la psychanalyse, il avait étudié ce produit et pensé pouvoir lui prêter toutes sortes d'indications médicales avant que la cocaïne ne révèle comme la dangereuse drogue dont on connaît les ravages aujourd'hui. Il en avait consommé épisodiquement entre 1884 et 1887 et avait rédigé un texte: [22], [23].
C'est notamment après la dramatique cure que Freud avait suggéré à son ami Ernest von Fleischl-Marxrow qu'il commença à douter et à revenir à des positions qui - aujourd'hui - passent pour plus réalistes. L'épisode est raconté en détail par Ernest Jones dans sa monumentale biographie de Freud. Voulant le soulager des souffrances d'une addiction à la morphine contracté après une amputation du pouce, il avait proposé de la remplacer par de la cocaïne. Comme on peut aujourd'hui aisément l'imaginer, une toxicomanie en avait ainsi remplacé une autre et finalement von Fleischl s'est suicidé [24]. Il est vrai que von Fleischl s'était mis à en consommer des quantités énormes, se ruinant, etc. Entre temps, les moments d'enthousiasme thérapeutique de Freud pour la cocaïne commençaient à faire débat au sein de la communauté médicale qui anticipait les dangers que Freud avait probablement négligés. Des toxicomanies à la cocaïne s'étaient déclarées dans d'autres pays, en Allemagne ou un autre médecin le Dr Wallé en vantait sans prudence les mérites. Dans un article datant de 1886, un autre médecin le Dr Erlenmeyer écrivit un article où il mettait en garde la communauté en termes précis, il parla du troisième fléau de l'humanité. Il y vante les qualités littéraires de Freud dans son essai sur la coca mais ajoute . L'auteur recommande sans réserve l'emploi de la cocaïne dans le traitement du morphinisme... Face aux critiques devenues de plus en plus nombreuses, c'est Arthur Schnitzler qui "rompit alors une lance" pour défendre Freud [25]. Freud s'est lui notamment défendu en affirmant que la cocaïne ne produisait pas d'accoutumance et même si cet argument ne convainquit pas grand monde, il est cocasse de noter qu'il est encore souvent utilisé aujourd'hui lorsqu'on opère une distinction entre "dépendance physique" et "dépendance psychique". Il affirmait que c'était le sujet qui était prédisposé et pas la drogue qui entraînait la toxicomanie...
Freud était par contre passé de justesse à côté de la découverte des propriétés anesthésiantes locale de cette drogue qu'un confrère et ami, Carl Koller, a pu mettre en évidence. Cet épisode est à prendre avec le recul historique nécessaire mais il a permis à certains d'y chercher de nouvelles raisons de ternir la réputation du créateur de la psychanalyse. En fait on connaissait bien une addiction de Freud, c'était celle du cigare auquel il n'arrivait pas à se résoudre à renoncer. On sait aussi par son médecin personnel qu'il refusait de prendre des opiacés lorsque pourtant ses douleurs à la mâchoire l'auraient largement justifiés [26], [27], [28].
Le rôle de l'antisémitisme dans la vie et la carrière de Freud a été discuté sous plusieurs angles. Le parcours des juifs dans l'Empire, leur accès ou non selon les époques à la fonction de médecin et à celle d'un poste à responsabilité, notamment en politique et à l'Université. Vienne avant Freud, la Galicie d'où il avait émigré avec sa famille, etc. sont des éléments indissociables de l'histoire de l'antisémitisme en Europe est un sujet qui ne relève pas de l'opinion d'auteurs isolés, partisans et/ou adversaires de la psychanalyse. Ce qu'il y a de sûr et certain, c'est que l'antisémitisme existait à Vienne avant la venue de Freud dans cette ville, qu'il a connu des hauts et des bas et qu'il a été déterminant dans la fin de sa vie et notamment celle de ses quatre soeurs qui sont mortes en camps. En 1933, les oeuvres de Freud ont été brûlées par les nazis du fait qu'ils les voyaient comme exposant une "science juive" "contre l'esprit allemand" (autodafé). Ceci s'est passé quelques années avant l'invasion de l'Autriche par l'Allemagne.
De nombreux psychanalystes ont dû cesser leur pratique, émigrer ou ont été tués et/ou envoyés dans des camps de concentration parce qu'ils étaient juifs. La ségrégation s'est d'abord passée en Hongrie sous le régime fasciste, en Allemagne dès les années vingt puis en Autriche sans parler des pogroms en Russie tzariste. Dès lors, la plupart de ceux qui ont survécus ont émigrés en Grande-Bretagne, en France, en Amérique du Sud et aux USA sans parler de ceux qui, commeMax Eitingon ont émigrés en Palestine bien avant la création de l'état d'Israël. Il est dès lors difficile d'affirmer, comme le font certains, que Freud n'a pas subi d'antisémitisme avant son exil forcé. L'Europe était enflammée par ce phénomène depuis des lustres et pas plus les médecins de Vienne, que ceux de Berlin ou de Budapest n'ont pu y échapper totalement malgré quelques périodes d'accalmie provisoires.
Reste la question de savoir comment ce "fond" antisémite a joué ou pas dans la carrière de Freud et se ce dernier aurait pu utiliser cet argument pour justifier des déboires dans des nominations comme il est devenu maintenant coutumier de le dire. Le médecin et historien autodidacte proche de Carl Gustav Jung, Henri Ellenberger [29] a fait une étude très documentée sur la situation des juifs dans l'ensemble de la région et a - entre autres - pu affirmer que Freud avait exagéré l'impact du fait qu'il était juif dans sa non-nomination à un poste universitaire de Professeur extraordinaire. Il argumente sa thèse de manière documentée [30] mais pour d'autres historiens, et bien qu'Ellenberger n'a jamais il n'ait été soupçonné ou accusé d'antisémitisme (à la différence de Jung),- considèrent qu'il a minimisé le phénomène à Vienne [31]. Il n'est donc pas prouvé que, pour l'exemple cité par lui, il ait eu raison ou tort, en partie ou totalement.
Un exemple parmi mille autres permet d'illustrer la haine qui animait certains envers les juifs, Freud et la psychanalyse. Il s'agit d'extraits d'un texte de 1933 d'un médecin, le Prof. Martin Staemmler de Chemnitz [32] qui a écrit ce qui suit dans la Revue de sexologie. Le titre de l'article est Le judaïsme dans la médecine (Das Judentum in der Medissin). Il résume d'abord la place des médecins dans la médecine de l'antiquité et du moyen-âge : (...) Tantôt le Talmud interdit au malade de consulter les médecins (parce qu'on considère la maladie comme envoyée par Dieu) tantôt il est prescrit de ne pas habiter dans une ville qui n'aurait pas de médecin). (...)Au moyen-âge, les médecins juifs se rencontrèrent tout d'abord principalement dans le milieu arabe. (..)Pour autant que l'on sache, ils n'ont guère eu d'activité scientifique qui leur fût propre. Ils s'entendaient comme toujours, à emprunter et à répandre le patrimoine scientifique des autres, etc. Plus loin, après avoir cité un médecin, Goldmann qui en 1916 déplorait l'influence des juifs sur le peuple alllemand, il déplore à son tour que 80% des médecins à Vienne, 52 % de Berlin et 27% à Cologne, etc. sont juifs, il ne peut manquer que l'esprit juif, la manière juive de penser et de sentir s'étendent de plus en plus au sein de la condition médicale. Il est plus préoccupant encore que les Facultés de Médecine des universités connaissent un degré critique de judaïsation. Quelques longs paragraphes du même esprit plus loins : La psychanalyse freudienne constitue un exemple typique de la dysharmonie interne de la vie de l'âme entre Juifs et Allemands. (..) Et lorsque on va encore plus loin et que l'on fait entrer dans la sphère sexuelle chaque mouvement de l'esprit et chaque inconduite de l'enfant, lorsque que comme l'écrivait le pédiatre de Chemnitz, Oxenius, l'être humain n'est pour le psychanalyste plus rien d'autre qu'un organe sexuel autour duquel le corps végète, alors nous devons avoir le courage de refuser ces interpétations de l'âme allemande et de dire à ces Messieurs de l'entourage de Freud qu'ils n'ont qu'à faire leurs expérimentations psychologiques sur un matériel humain (sic) qui appartienne à leur race. [33]
De nombreux documents sur la vie et l'œuvre de Freud, comme certains déposés à la Bibliothèque du Congrès à Washington, sont un certain temps restés délibérément inaccessibles et donc inexploités. Longtemps, la plupart des ouvrages ayant fait suite à la biographie de Freud par Ernest Jones, critiquée pour des aspects hagiographiques, avaient le défaut d'être au service d'une démonstration de leur auteur : il s'agissait soit de prouver que Freud était le plus grand penseur de tous les temps, soit qu'il était un charlatan. Après les critiques de Janet, celles du philosophe Popper puis les nouvelles recherches historiques initiée par Henri Ellenberger[34] puis relayée par des autres auteurs comme Mikkel Borch-Jacobsen[35], Van Rillaer ou Jacques Bénesteau, a finalement conduit à revoir l'histoire et la portée de l'œuvre de Freud.
Les critiques de Freud, à son époque et aujourd'hui mettent en cause tantôt la scientificité de sa démarche, sa méthodologie (auto-analyse, faible nombre de cas, interprétation littéraire...), son aspect hautement spéculatif, sa cohérence théorique, l'absence de validation expérimentale ou d'études cliniques rigoureuses au sens où on l'entend aujourd'hui, des manipulations de données et de résultats cliniques et thérapeutiques (cf. le cas Anna O dont H. Ellenberger [36]a montré qu'elle n'avait jamais été guérie contrairement aux allégations de freud et avait fini ses jours dans une clinique suisse, Borch-Jacobsen parle lui de mystification), des erreurs de diagnostic et d'interprétation – tantôt ils contestent la sincérité de son engagement. Les plus critiques parlent eux d'imposture intellectuelle et morale
Certains de ces points ont fait partie des controverses appelées les « Freud Wars ».
Avec l'inconscient, Freud a permis une nouvelle compréhension des névroses et, au-delà , de l'âme humaine. Les travaux historiques d'Ernest Jones et, plus récemment, d'Henri F. Ellenberger rappellent que le concept d'inconscient est antérieur à Freud, mais précisent que ce dernier est un précurseur par sa manière de théoriser l'inconscient, dans sa première topique puis seconde topique[38]. Le mouvement psychanalytique s'est développé. En 1967, les psychanalystes de la « troisième génération » Jean Laplanche et Jean-Bertrand Pontalis isolent environ quatre-vingt-dix concepts strictement freudiens à l'intérieur d'un vocabulaire psychanalytique contemporain composé de quatre cent trente termes[39]. Il faut aussi se rappeler que Sigmund Freud doit beaucoup à Martin DUTERTRE et à Benoît TRAN qui l'ont aidé à développer son idée.
Le travail de pionnier de Freud a eu un impact sur la psychologie, sur la nosographie des troubles mentaux, la psychopathologie, sur la relation du patient et de son psychanalyste (transfert), sur la structure et le développement de la personnalité, sur les conflits intrapsychiques, leurs origines internes, pulsionnelles et leurs origines sociales et familiales. Freud est également considéré par certains comme ayant été celui qui a délivré la parole sur la sexualité et notamment la sexualité féminine, questions jusqu'alors méprisées par beaucoup de médecins, mais pour la subordonner à la sexualité masculine. Freud considère l'homosexualité comme une particularité au sens psychologique, et non pas comme une perversion (morale ou juridique). Selon lui, dans Trois essais sur la théorie de la sexualité (1905) notamment, l'orientation homosexuelle est présente chez tout être humain au niveau inconscient. Dans une célèbre lettre à une jeune américaine, datant de 1919, Freud est encore plus explicite : "L'homosexualité n'est ni une maladie, ni une déviance, ni une perversion". Cependant, comme chez tout auteur, des contradictions existent dans l'ensemble de l'œuvre freudienne : l'homosexualité adulte peut y être présentée comme "immature" par blocage de la libido au stade anal, repli narcissique et identification à la mère. Il a pu également affirmer que l'homosexualité résulte "d'un arrêt du développement sexuel"[40]. Elle ne nécessite ni cure, ni traitement pour les homosexuels heureux. Les homosexuels malheureux peuvent être guéris, non de leur homosexualité (qui n'est pas une maladie), mais de la souffrance qu'ils ressentent en général, au même titre que les hétérosexuels [41] .
L'influence des théories de Freud s'est étendue dans beaucoup de pays. À l'heure actuelle et dans certains courants psychiatriques ou neuroscientifiques, elle est remise en cause.
En français, les traductions sont éparpillées entre plusieurs éditeurs ; Payot, Gallimard, PUF, Alcan. Depuis 1988, les Presses universitaires de France publient la traduction, œuvre collective sous la direction scientifique de Jean Laplanche, des Œuvres complètes de Freud / Psychanalyse [1], seize volumes publiés à ce jour. Cette traduction est controversée, du fait de ce que Laplanche définit comme "une exigence de fidélité au texte allemand", mais que ses contradicteurs voient comme un exercice formaliste, comportant des néologismes qui rendent la compréhension difficile[42]. Le volume Traduire Freud (1989) tente d'expliquer et de justifier les principes auxquels se réfère cette grande entreprise d'une nouvelle traduction des Œuvres complètes de Freud en France. Cette discorde retarde le travail nécessaire pour unifier la terminologie freudienne. En dernier ressort, c'est le lecteur qui fait son choix.
En allemand, dix-sept volumes sont parus entre 1942 et 1952 ; Gesammelte Werke.
En anglais, vingt-quatre volumes paraissent entre 1953 et 1974 ; Standard Edition. Toutes deux font actuellement autorité.
En 2010, la situation des traductions des œuvres change radicalement puisque ses écrits sont tombés dans le domaine public[43], ce qui annonce toute une série de nouvelles traductions dont on peut attendre le meilleur ou craindre le pire.[44]
Les principaux écrits de Freud traduits en français sont présentés ci-dessous, avec la première année de publication en langue allemande entre parenthèses :
Articles généraux
Premiers disciples
Concepts majeurs
Courants de la psychanalyse
Bibliographie générale
Études sur la psychanalyse
Bibliographie critique
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